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André Camp (Traducteur)Claude Demarigny (Traducteur)
Éditeur : L'Avant-scène (01/05/1994)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Un couple d'artistes de variétés, Paulino et Carmela, parcourt la campagne et les petites villes, pour subsister, pendant la guerre civile en Espagne.
Mais ils sont pris, bien malgré eux, dans la tourmente de cette guerre et réquisitionnés par les Franquistes.
Pour sauver sa peau Paulino est prêt à tout, mais Carmela, plus sentimentale et généreuse refuse le geste imposé et se met à chanter avec eux le chant républicain Ay Carmela. Elle est sur le cha... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Cosaque
  03 octobre 2015
Dans cette pièce on assiste au retour des spectres de la guerre civile espagnole (1936 à 1939). Rappelons que la victoire a été obtenue par les franquistes en grande partie grâce au soutien inconditionnel des armées de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie ; les démocraties (France et Angleterre) elles se refusaient à toutes interventions pour ne pas risquer de froisser les fascismes.
¡ Ay Carmela ! N'est pas un exposé historique mais bien plus une évocation poétique de la Guerre d'Espagne. Même si le titre de la pièce est une référence explicite à celle-ci ; « ¡ Ay Carmela ! » est aussi le nom d'une chanson de combat célèbrissime dans le camp républicain, un peu comme la « Carmagnole » l'était pour les Sans-culottes.
En homme de théâtre Sinisterra utilise la scène comme l'espace propice au retour des fantômes d'un passé douloureux. La scène devient le lieu où se rejoue leur dernier drame. Un peu à la manière du Nô japonais ce texte est un long flashback. L'action s'ouvre alors que tout est fini. Seul un homme, Paulino, erre désoeuvré sur le plateau d'un théâtre déserté. L'attitude de Paulino, l'éclairage froid des lumières de service (de l'intérêt des didascalies) engendrent tristesse et résignation ; tout laisse supposer que cet homme n'a plus d'avenir : des souvenirs,... peut-être. Rompant la torpeur, l'âme de Carmela apparaît. Cette apparition redonne vie à Paulino. le dialogue entre l'homme et le fantôme de sa compagne réveille des relations faites de connivences, de sensualité, de jalousie et de désillusion. Ces deux-là formaient un couple banal parmi tant d'autres ; sans la moindre conscience politique rien ne les prédisposait à l'action héroïque. Paulino et Carmela deux comédiens sans envergure survivaient grâce à un spectacle de music-hall fait de numéros grossiers (un solo de pétomane, blagues salaces …). Durant leur pérégrination dans l'Espagne en guerre ils se retrouvent sur une ligne de front, plus précisément dans le village de Belchite (dans la région de Saragosse nord/est du pays). — Ce village est devenu l'emblème de la violence des combats de la guerre civile de 36/39 ; le village ne fut d'ailleurs jamais reconstruit : aujourd'hui encore les ruines témoignent de l'âpreté de la lutte. — Ils se trouvent là dans une situation délicate ; ils doivent se produire dans une même représentation pour les franquistes et leurs prisonniers, des républicains, qui seront fusillés le lendemain. Ce spectacle devait offrir un délassement pour les vainqueurs et un ultime réconfort pour les vaincus.
Sinisterra progressivement réussit à dissoudre le quatrième mur, transformant les spectateurs en protagonistes de l'action, et par là les ramenant en 1938. Les deux personnages interpellent la salle, qui pour réclamer son indulgence et qui pour exprimer sa compassion ou sa solidarité ; pendant que Paulino s'enfonce dans la basse flatterie, Carmela refuse l'indignité du jeu qu'on lui impose. Et enfin telle une icône révolutionnaire elle se drape nue dans le drapeau républicain et entonne la chanson qui porte son nom, que la partie républicaine de la salle reprend en choeur.
Cette pièce au moment de sa création aux débuts des années 1990 eut en Espagne un grand retentissement doublé d'un succès tout aussi grand. Il y avait certes à cela le contexte historique traité qui résonnait fortement dans l'esprit du public espagnol, mais la grande maîtrise formelle de la pièce a lui aussi contribué à ce succès mérité. Sinisterra est l'un des plus grands (si ce n'est, le plus grand) dramaturge contemporain qui manie en virtuose la relation entre scène et salle, allongeant et raccourcissant la distance entre les deux groupes. En bref, du grand, du beau, du magnifique théâtre à lire mais bien plus sûrement à voir.
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ninon16
  24 mai 2018
je n'ai étudié qu'Ay, Carmela pour les cours et ce fut passionnant. La pièce en elle-même est extrêmement déroutante, on ne comprend pas exactement où on se trouve dans l'intrigue puisque plusieurs temporalités se succèdent sans transition particulière. Mais une fois qu'on a compris le principe de l'oeuvre et qu'on l'analyse, alors l'admiration pour José Sanchis Sinisterra arrive. C'est en tout cas mon cas, j'ai beaucoup aimé cette pièce de théâtre qui parle de deux acteurs de théâtre ambulant, Paulino et Carmela, se retrouvant obligés de faire un spectacle pour l'armée franquiste. Il y a dans cette pièce à la fois de l'humour et de la réflexion. Cette oeuvre est un excellent moyen pour rendre hommage aux victimes de la guerre civile espagnole et de faire passer un message : ne les oublions pas !
Naque n'était pas à lire pour mes cours mais je l'ai quand même fait, par curiosité. J'avais été prévenue de sa difficulté et elle consiste dans le fait que... il ne s'y passe pas grand chose. Déjà familière avec le théâtre de José Sanchis Sinisterra, j'ai pu me faire une idée du message que l'oeuvre voulait transmettre mais disons qu'elle est particulière et pas aussi impactante que l'est Ay, Carmela.
Je vous recommande donc Ay, Carmela pour qui souhaite découvrir cet auteur impressionnant et la littérature espagnole. Mais je n'ai aucune idée de si cette pièce existe en français ou non...
Et le lire en espagnol ? le vocabulaire est varié et simple à la fois, tombant parfois dans le familier donc j'ai trouvé ces pièces faciles à lire de ce point de vue. En revanche, le fait que comprendre la signification de ces textes soit difficile ne les rend pas très indiqués pour des débutants.
Lien : https://livresdecoeur.blogsp..
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
CosaqueCosaque   03 octobre 2015
La scène est vide, plongée dans l'obscurité. Avec un déclic sonore, une triste ampoule de répétition s'allume et, peu après, Paulino apparaît : habillé à la va comme j'te pousse, titubant, un cruchon de vin à la main. Il regarde le plateau, boit un coup, regarde à nouveau, traverse la scène en déboutonnant sa braguette et disparaît par le côté opposé. Pause. Il revient en se reboutonnant. Il regarde à nouveau. Il aperçoit par terre, un vieux gramophone. Il s'en approche et il essaie de le faire marcher. Ça ne marche pas. Il retire le disque qui est dessus, le regarde et a envie de le casser mais il se retient et le remet sur le gramophone. Toujours accroupie et le dos au public, il boit un coup. Son regard découvre sur le sol, dans une autre partie du fond, un bout de tissu. Il s'en approche le soulève en attrapant un coin avec les doigts. C'est un drapeau républicain espagnol à moitié brûlé (rouge, jaune, violet).

ACTE I ( la toute première didascalie)
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CosaqueCosaque   30 août 2015
PAULINO : Suffit Carmela. N'en parlons plus. Mais réalise : je suis un chanteur. J'ai pas eu de chance, c'est vrai [ ... ] . Et les pets, c'est le contraire du chant, tu comprends ? Les pets, c'est le chant à l'envers, l'art traîné dans la boue, la honte de l'artiste... Et si on oublie cela, ou si on veut pas le voir, ou si on le sait et qu'on s'en fout et qu'on dit : " les gens, ils aiment ça, regarde comme ils rigolent, et bien vivons-en, vivons de nos pets ... ou de n'importe quoi ". Et alors, alors, Carmela, c'est ... c'est ... et bien oui, c'est ça l'ignominie.

ACTE 1
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CosaqueCosaque   21 septembre 2015
JOSÉ SANCHIS SINISTERRA : LE THÉÂTRE MIS À L'ÉPREUVE

" J'aspire à un théâtre métissé, bâtard, impur, qui va vers la "trahison" des règles conventionnelles, habité par les tensions formelles et les contradictions idéologiques"

[ page 43 , le dossier autour de la pièce]
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