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EAN : 9782072858000
Éditeur : Gallimard (09/01/2020)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 11 notes)
Résumé :
Ce récit raconte la rupture d'un fils avec son père. Dans les années 90, le narrateur habite un quartier sans histoire de Sélestat, ville moyenne du Centre-Alsace. Il vit dans une maison ordinaire avec sa mère, institutrice, son père, responsable technique dans une usine de cuisines, et sa soeur. Il a six ans au début de l'histoire. Il essaye de construire une relation affectueuse avec son père, d'origine allemande. Son père lui répond par de l'indifférence, du mépr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Sebthocal
  21 février 2020
16 soupapes de 139 chevaux lancées à pleine allure, la Golf blanche arpente les routes alsaciennes. À l'intérieur se joue un drame familial. Elle devient le symbole de cette violence insoutenable qu'exprime avec talent ce premier roman.
C'est l'histoire d'une famille ordinaire : la mère est institutrice, sillonnant l'Alsace au gré des remplacements qu'elle doit effectuer, le père est cadre, responsable technique dans une usine de cuisines aménagées. Ils ont deux enfants : Charles, l'aîné, et une petite fille, Flora. Ils vivent dans un pavillon d'un quartier tranquille de Sélestat, une ville moyenne à la limite entre le Bas et le Haut-Rhin. On pourrait penser qu'ils ont tout, ou à peu près, pour être heureux.
C'est sans compter le mépris, l'humiliation, le désamour et la folie qui remplissent l'espace sentimental de cette famille à l'apparence paisible. Sitôt la porte du foyer refermée, la violence peut se manifester. À tout moment, sans raison ou presque, des prétextes la plupart du temps : un objet mal placé, un mot de trop. Ce n'est pas le moment, ce n'est pas de sa faute, « c'est les nerfs » : le père justifie toujours ses crises de colère. Des injures, en allemand sa langue maternelle, des meubles brisés pour lesquels on avait patiemment économisés, et des vies brimées pour toujours : celle de la mère, de la soeur, et de Charles, le fils et auteur qui écrit ce livre rédempteur.
Ce père, son père, qu'il ne nommera jamais, Charles Sitzenstuhl en déroule la cruauté dans une langue claire et précise parfaitement maîtrisée. Lui qui sera dans son enfance sans cesse rabaissé : il ne court pas assez vite, ne nage pas assez bien, ne comprend rien à rien, nous déroule le fil d'une terreur domestique tragiquement banale. de ses six ans à ses treize ans, jusqu'à l'asphyxie de sa famille, jusqu'à la folie paternelle, il démontre brillamment la barbarie d'une enfance infernale dans ce premier roman salvateur, à la portée aussi personnelle qu'universelle.
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Ileauxtresors
  06 mars 2020
Le père de Charles Sitzenstuhl est un personnage insondable. On sait qu'il est allemand, viril, exigeant, pointilleux, peu causant. Mais surtout violent, pour des raisons incompréhensibles qui nous laissent aussi désemparé que son entourage.
Dans ce roman manifestement autobiographique, que j'ai eu la chance de pouvoir découvrir dans le cadre de l'opération Masse Critique de janvier, c'est de sa propre enfance alsacienne que parle Charles Sitzenstuhl. le récit prend la forme de chroniques de la vie quotidienne. Comme des milliers de foyers de la classe moyenne, la famille Sitzenstuhl rénove sa maison, sort le week-end pour des promenades dans la nature ou des baignades à la piscine, s'intéresse à différents sports, participe régulièrement à des repas de famille… Mais le joug terrible du père semble se resserrer sur Charles, sa soeur et sa mère.
Les mots révèlent un spectre effarant de reproches, de brimades, de formes de dépréciation plus ou moins subtiles, d'actes malveillants, d'humiliations et de blessures. Ils disent également les difficultés de grandir et de se construire, de s'extirper de ce qui devient une fatalité. Cette folie destructrice à laquelle toute une famille est livrée s'incarne dans cette Golf blanche lancée à une vitesse terrifiante sur les petites routes alsaciennes, instrument dément de l'affirmation de la tyrannie paternelle.
Charles Sitzenstuhl écrit avec pudeur et sans pathos. Son récit n'en frappe pas moins là où ça fait mal. C'est avant tout en temps que mère que j'ai été touchée, parfois profondément, pendant toute la lecture. La vulnérabilité de ces enfants, de cette femme aimante mais tétanisée, est presque insupportable : on lit ces pages avec angoisse, se demandant ce qu'il va advenir d'eux.
Ce texte m'a d'autant plus touchée qu'il résonne curieusement avec l'histoire de mon mari, allemand lui aussi, qui a grandi avec un père irascible, avec lequel la relation a suivi une trajectoire similaire à celle du livre. À travers certaines des séquences du roman, j'espère être parvenue à mieux comprendre ce qu'il a vécu. Mais aussi, j'ai souvent pensé à mes expériences de l'éducation des enfants en Allemagne, où la « bienveillance » est un impératif omniprésent, ce que j'ai tendance à interpréter comme une réaction au rejet de l'autoritarisme qui a fait tant de ravages dans ce pays. La tyrannie infligée à Charles Sitzenstuhl par son père allemand ne m'en a semblé que plus amère.
L'écriture peut être une alliée précieuse sur la voie de la résilience. le parcours et la réussite professionnelle de l'auteur suggèrent qu'il s'en est sorti et j'en suis sincèrement heureuse pour lui.
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avislitterairedetheoetgaultier
  30 mars 2020
Charles Sitzenstuhl, docteur en sciences politiques, actuellement membre du cabinet du ministre de l'Economie et des Finances en France, publie à 31 ans son premier roman. Il s'agit d'un récit autobiographique qui commence avec l'emménagement de sa famille dans la petite maison jaune de la rue Claude-Debussy, à Sélestat, en Alsace centrale, en 1994. Cette maison, comme la Golf blanche du père, vont devenir les théâtres de la violence froide, récurrente, absurde d'un père tout-puissant et tyrannique.

De manière chirurgicale, le narrateur détaille son quotidien familial, avec son père allemand, sa mère alsacienne et sa petite soeur. le quotidien est entièrement suspendu aux crises de nerf du père, qu'un rien peut emporter jusqu'à faire craindre le pire. Un quotidien ritualisé à l'extrême, selon le seul bon vouloir de celui face à qui la mère et la soeur s'effacent presque totalement du discours du narrateur.

Malgré la violence, l'humiliation, la peur, le narrateur ne peut détourner les yeux de celui dont il scrute le corps en permanence, comparant son corps d'adolescent blanc, malingre et frêle, à celui tonique, musclé, viril du père. Toutes les activités sont bonnes pour tenter de rejoindre ce père autant aimé que craint. Car c'est bien à une histoire d'amour passionnel qu'on assiste, aussi terrible qu'intense, celui d'un fils pour son père, avec tout ce qu'il peut y avoir de meurtrier dans un tel amour.

C'est une sorte de fascination qui m'a poussé - presque contraint - à aller au bout de cette lecture un brin douloureuse, pris par l'inquiétude à chaque détour de page que quelque chose de terrible se passe. J'ai beaucoup pensé à Edouard Louis pendant la lecture, mais là où Edouard Louis réanime des traces traumatiques par un style vivant et fort, j'ai trouvé l'écriture de Charles Sitzenstuhl trop opératoire, donnant à ce récit troublant un tour documentaire.

Gaultier
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Calimero29
  16 mars 2020
Ce roman, probablement autobiographique, raconte la spirale de violence et de folie au sein d'une famille de la classe moyenne en apparence sans histoire: le père, d'origine allemande est venu travailler à Sélestat, en Alsace; il y épouse la fille de commerçants de la ville, institutrice, et ont deux enfants, Charles, le narrateur et sa petite soeur Flora.
On assiste à la progression de la violence et de la tyrannie paternelles ainsi qu'aux efforts désespérés et émouvants d'un petit garçon qui admire son père et essaie d'attirer son attention, ses compliments, sa fierté, son amour et qui ne récolte que mépris, insultes, violence d'abord verbale puis physique. Et à un moment, le déclic se fait dans la tête et le coeur de Charles : il rejette enfin ce père qui n'en est pas un et en vient à le haïr.
Ils ont une Golf blanche, qui a donné son titre au roman et qui joue un rôle important car, dans les mains du père, elle devient un instrument dérisoire de domination sur la famille; le père la fait rugir telle la bête sauvage qu'il est lui-même, il roule à tombeau ouvert pour terroriser sa femme et ses enfants.
Aucune excuse, aucune explication n'est fournie pour comprendre cette violence probablement parce que l'enfant qu'était Charles n'en avait pas.
La tension permanente, l'appréhension dans laquelle vit journellement la famille sont très bien rendues avec le bruit menaçant des Birkenstock, le sifflement annonciateur de folie. Mais la répétition des mêmes scènes tout au long du livre (Charles ne nage pas assez bien, il ne court pas assez vite, ne marque pas assez au hand-ball... et son père le rabaisse sans cesse) a fini par me lasser. Par ailleurs, ayant vécu une dizaine d'années en Alsace, j'ai aimé retrouver les lieux familiers, le dialecte alsacien, les coutumes, la langue allemande mais j'imagine que pour la plupart des lecteurs, des renvois en bas de page avec traductions et /ou explications auraient pu être utiles pour une meilleure compréhension.
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Melitaea
  08 février 2020
Comme je suis la première à avoir l'honneur de 'critiquer' ce livre, je me permets la liberté de lui octroyer la note maximale de cinq étoiles.
Ce livre pour moi a été une révélation. Bon, j'avoue qu'à la lecture des premières pages, j'étais plutôt sceptique avec ce père autoritaire d'origine allemande et cette famille proprette qui faisaient beaucoup trop cliché à mes yeux. Mais cette impression s'est rapidement estompée notamment grâce à la subtilité d'écriture dont a fait preuve l'auteur pour nous mener là où il voulait exactement nous amener. C'est le style d'écriture de Charles Sitzenstuhl qui fait toute l'intelligence de ce récit et qui m'a littéralement soufflée.
Pour résumer rapidement, Charles Sitzenstuhl nous raconte son enfance marquée par l'autoritarisme paternel qui s'est poursuivi en violences physiques tout en passant par le stade des violences psychiques. C'est un sujet déjà vu, soit, mais ce texte est mené avec rondeur et avec une pudeur telle que nous ne pouvons que nous laisser emporter et engloutir par le récit. Un livre à savourer du début à la fin.
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critiques presse (1)
LeMonde   13 janvier 2020
La violence et le mystère d’un père sont au cœur du premier roman, de toute évidence autobiographique, de Charles Sitzenstuhl.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
SebthocalSebthocal   19 février 2020
Toute mon enfance, j'avais vécu dans la peur. Mon père créait la peur partout, tout le temps. Même quand il n'était pas là, j'avais peur. Cette crise était celle de trop. Je ne savais pas où s'arrêterait sa violence, quand s'arrêterait sa violence. Que devait-il se passer pour qu'il arrête ? Ce soir-là, je finis de basculer contre lui. Je basculai intérieurement, définitivement, complètement contre lui. Il fallait en finir.

Page 15, Gallimard, 2020.
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SebthocalSebthocal   20 février 2020
La Golf blanche grimpe la route dans la forêt sombre. Au-dessus de la cime des arbres, on devine le ciel bleu et le soleil. Un motard en combinaison de cuir noir nous dépasse, son phare jaune scintille dans l'obscurité, son pot d'échappement pétarade. Mon père débraye, empoigne le levier de vitesse et accélère. Mes oreilles se bouchent, mes tympans vibrent, j'avale ma salive.

Page 62, Gallimard, 2020.
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