AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782072887994
368 pages
Éditeur : Gallimard (05/03/2020)

Note moyenne : 3.92/5 (sur 929 notes)
Résumé :
En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, le couple s’installe au Maroc à Meknès, ville de garnison et de colons.
Tandis qu’Amine tente de mettre en valeur un domaine constitué de terres rocailleuses et ingrates, Mathilde se sent vite étouffée par le climat rigoriste du Maroc. Seule et isolée à la ferme avec ses deux enfants, elle souffre de la méfiance qu’elle inspir... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (214) Voir plus Ajouter une critique
Kirzy
  13 mars 2020
Avec ce troisième roman, Leïla Slimani sort de sa zone de confort. Elle ouvre ses horizons bien au-delà de la bourgeoisie parisienne, bien au-delà du drame contemporain en lieu clos pour proposer une saga familiale sous forme de trilogie. Ce premier tome s'inspire de l'histoire de ses grands-parents et couvre les années 1946-1956.
Dès les premières pages, son talent de narratrice m'a embarquée, glissant d'un personnage à un autre avec une fluidité remarquable, alternant les points de vue dans une intensité croissante. Et tous les personnages sont absolument superbes car d'une richesse psychologique rare. Ils sont tous terriblement vivants dans leurs contradictions, leurs aspirations, leurs emballements, leurs errements, toujours observés avec bienveillance par Leïla Slimani.
Et tous vivent dans le pays des autres. A commencer par Mathilde, jeune alsacienne qui débarque à Rabat après avoir épousé un spahi marocain venu libérer la France durant la Deuxième guerre mondiale, emplie d'un appétit de vivre assoiffé, rêvant d'aventures à la Karen Blixen. Mais c'est l'opprobre des colons qu'elle rencontre, c'est la solitude, c'est une ferme miséreuse dans laquelle elle vit et c'est un mari qui s'assombrit et s'épuise qu'elle découvre dans une vie plate et morne. Mathilde est la petite soeur d'Emma Bovary. Durant tout le roman, son enjeu sera de trouver la voix de l'émancipation dans ce pays des autres sans heurter la culture de son mari, et pour cela, elle doit perdre son identité facle de Française pour s'en construire une autre, plus personnelle.
Un si beau personnage, c'est déjà un cadeau mais là, tous les autres sont tout aussi passionnants. Amine, son mari, le Charbovary du bled : lui le soldat qui a a touché en France le sentiment fugace d'être quelqu'un et qui une fois au Maroc, redevient un indigène ; il assume mal d'avoir une femme blanche qui ne le comprend pas, il en devient amer et autoritaire, et en même temps il a des valeurs chevillées au corps, le travail, l'honneur, la famille. Selma, sa petite soeur de seize ans, débordant de sensualité et obligée de l'étouffer pour vivre dans le pays des hommes. Et la merveilleuse Aïcha, la fille de Mathilde et Amine, enfant brillante, sauvage, secrète, scolarisée dans une école de bonnes soeurs où elle est la seule non blanche. Métisse dans un pays où il faut choisir son camp
Ce qui est formidable dans ce roman, c'est l'indulgence et la douceur du regard que l'auteure porte sur eux, ils ne sont jamais jugés. Et c'est ainsi qu'elle traite tout l'arrière-plan historique de ce Maroc qui se révolte pour ouvrir la voie à la décolonisation : sans sectarisme, sans manichéisme, mais avec tous les camaïeus de gris, en respectant les aspérités complexes de l'histoire. Il faut assurément beaucoup de maturité et de tolérance pour parler ainsi du monde.
Cette plongée dans l'histoire en parallèle de l'intimité personnelle de ceux qui la vivent est passionnante. Les logiques de domination colon – indigène, homme-femme sont décrits avec une acuité percutante. L'adjectif « romanesque » prend du sens lorsqu'on lit le Pays des autres. Je l'ai dévoré. le talent de conteuse de Leïla Slimani, son écriture fine et précise dénué de lyrisme lourdaud, l'épaisseur de ces personnages, j'ai tout aimé. J'aurais juste voulu m'enflammer, aller au-delà de l'émotion et de la vibration pour palpiter de partout.
J'attends avec impatience le deuxième tome qui sera centré sur les années 1970-80, les années de plomb au Maroc. J'espère y retrouver Aïcha. Et décidément, après Dans le jardin de l'ogre, après Une Chanson douce, après Sexe et mensonges ( la vie sexuelle au Maroc ), Leïla Slimani est vraiment une auteure importante.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          18040
michfred
  06 mars 2020
Le pays des autres est un grand livre, plein de souffle, d'une belle et forte simplicité, qui possède tout ce qu'on attend d'une lecture: une vision très personnelle et un souffle épique , historique, une parole décapante et des points de vue contrastés , une richesse d'émotions jointe à  une parfaite rigueur d'analyse. 
Leila Slimani s'inspire de la vie de ses grands parents, Amine et Mathilde, lui colonel des spahis, elle jeune fille gâtée d'une famille bourgeoise alsacienne, unis par une passion sensuelle et forte, et par un rêve héroïque de réussite , à la Karen Blixen, sur les terres arides des environs de Meknès.
Deux très jeunes époux, deux cultures, deux religions, deux éducations radicalement différentes-et l'amour. Mais celui-ci  mis à rude épreuve par celles-là. Sans compter que Mathilde comme Amine sont ce qu'on peut appeler des caractères..
 
Comme Mathilde, sensible et généreuse, comme la farouche et secrète Aïcha née de ces noces "de la carpe et du lapin", comme Selma la jeune et jolie belle-soeur, comme toutes ces femmes "modernes" qui luttent pour leur émancipation qu'elle soit financiere et quasi professionnelle, pour Mathilde, scolaire pour la petite Aïcha  ou sexuelle pour Selma, le Maroc d'après guerre rue, lui aussi, dans les brancards. 
Mais ce sont ceux de la colonisation, ce Protectorat français qui  met sous tutelle ce fier pays qui a cru mériter le respect de la France en combattant à  ses côtés et découvre, après la guerre, l' ignorance et le mépris de cette seconde "mère-Patrie" qui le  traite en enfant mineur ou en femme subalterne, jusqu'à l'éclatement des émeutes nationalistes et indépendantistes de 1956.
On devine que le pays acquerra plus vite son autonomie-sans parler des libertés démocratiques- que les femmes qui y vivent.
Voilà pour la saga familiale et la fresque historique. Mais c'est oublier ce qui fait tout le sel de cette première partie de ce qui est annoncé comme une trilogie.
D'abord, les personnages, jamais figés, jamais d'un bloc, toujours pris sous plusieurs angles pour éviter leur caricature ou leur simplification, et pour rendre, surtout , leur adaptation au réel, si différent de leurs rêves , retracer leur évolution dans un pays lui-même en mutation profonde. J'en veux pour exemple ce Noël alsaco- marocain bouleversant où Amine, le droit et honnête Amine,  va voler nuitamment un cônifère sur les terres du colon voisin pour que Mathilde ait son sapin, où il subit avec stoïcisme et fureur rentrée la condescendance méprisante des commerçants, en venant acheter un costume de père Noël.. .sans réussir à satisfaire les attentes de sa femme qui ne retrouve pas dans cette pauvre mascarade ses souvenirs  de Noël alsacien et pleure de déception devant un cadeau mal choisi tandis que les enfants sont épouvantés par ce père Noël incongru.
Les personnages sont modelés par leur expérience, par les grands événements de leur vie.
Plus tard, Mathilde, encore fantasque et rebelle, toute pleine de désirs inassouvis et d'amères déconvenues, part pour un séjour d'un mois en Alsace où son père vient de mourir. Après le bluff, les mensonges sur sa vie prétendument héroïque et romanesque, au Maroc, elle finit par confesser à une soeur qu'elle n'aime pas la triste vérité, faite de misère, de renoncement, de contraintes et de malentendus. Et par lui dire sa tentation de rester, en abandonnant au pays ses deux enfants.
Elle revient pourtant.
Et c'est, pour moi, un des plus beaux passages du livre : "Tandis qu’elle pénétrait dans la maison, qu’elle traversait le salon baigné par le soleil d’hiver, qu’elle faisait porter sa valise dans sa chambre, elle pensa que c’était le doute qui était néfaste, que c’était le choix qui créait de la douleur et qui rongeait les âmes. Maintenant qu’elle était décidée, à présent qu’aucun retour en arrière n’était possible, elle se sentait forte. Forte de ne pas être libre."
Tout un petit monde, bien campé et extrêmement vivant, fourmille autour de ce couple mixte déchiré, déchirant et pourtant solidaire aux heures graves.
Le récit procède par petites touches, jamais partial, toujours partiel, plein de facettes et d'antennes sensibles, attentif aux petits frémissements, aux grandes colères, aux terribles résignations, aux rêves entrevus et brisés des existences individuelles   comme aux secousses plus vastes et inquiétantes de l'Histoire en marche.
Leïla Slimani excelle à rendre les contrastes de paysages: Meknès avec ses ruelles et sa médina grouillante de vie, ses patios frais, ses odeurs prégnantes,  la campagne avec ses collines arides où toute exploitation agricole tient de l' exploit, la mer magique, dorée et bleue,  comme une récompense rare, un événement..
   Plus qu'une chose en particulier, j'ai aimé ...tout! 
La cohérence entre le particulier et le général, les contrastes subtils, jamais forcés, la vérité renversante des personnages, la simplicité,  le naturel et la force de conviction de la langue dont le lyrisme est toujours discret, les choix,  classiques et justes, sans esbrouffe, sans afféterie, sans tic...
Du grand Slimani. 
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10815
Kittiwake
  04 mai 2020
C'est par amour que Mathilde a quitté l'est de la France pour aller vivre à Meknès, avec l'homme qui avait combattu auprès des soldats français quelques années plus tôt.
Nous sommes dans les années 50, le Maroc revendique son indépendance et la défiance évolue peu à peu vers la haine envers les colons. Double peine pour le couple, elle, française et lui traitre au pays pour avoir servi l'ennemi.
C'est aussi pour Mathilde la découverte d'une vie rude, pauvre, dans le douar où son mari tente de devenir fermier. Pas de loisirs, pas d'argent, pas d'amis, et un homme qui peu peu révèle sa vraie nature, faite de violence et de mépris de la femme.
Le roman est annoncé comme le premier tome d'une trilogie et c'est la suite qui permettra de faire le point sur le récit. On pressent le rôle central de la petite Aïcha qui dans ses premières années d'école se révèle particulièrement douée. Et les heurts entre colons et nationalistes ne font que commencer.
On attend donc avec impatience la suite de l'histoire

Lien : https://kittylamouette.blogs..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          921
Pancrace
  16 mars 2020
Le pays des autres est un roman « de regard ».
De celui qu'on perçoit dans les yeux de ceux qui ne sont plus de nulle part.
Le pays des autres est un roman « d'égards ».
De ceux que l'on accorde avec respect aux êtres qui ont bâti leur destin dans d'autres chemins, sur d'autres territoires avec une faculté rare.
J'ai, avec avidité embrassé le dessein de Mathilde l'alsacienne, tombée amoureuse d'Amine le combattant marocain de l'armée coloniale venu défendre une patrie qui n'était pas la sienne, de tout quitter pour rejoindre cet homme dans son Maroc vivre son amour baroque.
Admirable pour l'époque !
A la faveur de son intrigue, Leïla Slimani distribue les cartes d'une sorte de jeu des sept familles où sur chaque lame la vie de chacun est développée, capturée, comme saisie sur le Rif.
A vous de jouer…
Dans la famille Alsace, je veux Georges, le père de Mathilde. Pour lui, l'Afrique évoque les femmes aux seins nus, les hommes en pagnes. Un lieu où l'on pouvait être les maitres du monde.
Dans la famille Maroc, je veux la mère d'Amine, Mouilala qui, sa vie durant n'a fait que la cuisine et des enfants et qui n'est jamais sortie de la médina. Qui en fait n'est jamais sortie de la vie qui lui a été assignée, sans résistance.
Dans la famille Maroc encore, je veux Amine, le revenu de la guerre imposée comme une figure, avec l'idée de reprendre les terres de son père mort qui sont juste en face de celles florissantes des colons français. Pour faire les mêmes avec sa sueur et ses gènes.
Dans la famille Alsace j'aime Mathilde, sa force, sa fougue. Qui ne veux pas qu'on dise
qu'elle a « atterri là ». C'est son choix, elle va l'assumer.
Dans la famille Rebelle, j'ai entendu Omar, le frère d'Amine, dire sa haine des envahisseurs français, sa hargne à les chasser. Pour lui, même Amine aurait du mourir, il a pactisé.
Dans la famille Malaise, je plains Aïcha, la fille de Mathilde et Amine, blanche mais crépue,
ça fait jaser dans l'école des Soeurs où sont regroupées les enfants de colons.
Dans la famille Indomptable, j'ai mal pour Selma, la soeur d'Omar, qui se fait battre et se fait traiter de pute par son frère parce qu'elle est trop belle et qu'elle pourrait plaire. Lui, qui avec ses valeurs ancestrales immuables se prend pour le père. Quel avenir pour elle.
Dans la famille Délaissé, j'ai écouté grogner Mourad le contremaitre de l'exploitation, revenu d'Indochine et qui pour plaire à Amine veut imposer la rigueur aux fellahs, leur faire plier l'échine, incapables de discipline. En sera-t-il récompensé ?
Et enfin, dans la Famille Alsace restée sur place, je veux Irène qui envie sa soeur Mathilde d'avoir quitté une vie sans relief et sans adrénaline. Les lettres qu'elle reçoit la font rêver,
mais est-ce la réalité ?
Dans ce roman Leïla Slimani explore tous les mécanismes de la société coloniale dans le Maroc de l'après guerre de 40 où, tous les rouages sensibles des comportements humains sont exploités avec les engrenages de la fierté et de l'arrogance et les ressorts de l'orgueil et du mépris. La machine va-t-elle se gripper ?
Bonne pioche…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          7417
Cannetille
  16 juin 2020
Appelé à servir la France pendant la seconde guerre mondiale, le Marocain Amine rencontre en Alsace celle qui, en 1946, deviendra son épouse et le suivra à Meknès. Très mal accueilli dans une société de plus en plus violemment clivée entre colons et autochtones, le couple franco-marocain aura deux enfants et, pendant bientôt une décennie, s'acharnera à transformer une terre aride et rocailleuse en une vaste exploitation agricole. En 1955, au moment où Amine et Mathilde commencent à entrevoir le fruit de leurs efforts, l'insurrection des nationalistes marocains contre le Protectorat français met leur campagne à feu et à sang…

Comme les citranges, ces fruits amers issus de l'hybridation d'un oranger et d'un citronnier, Amine et Mathilde, sans parler de leurs enfants, sont au croisement de deux mondes que tout sépare : la culture et les usages bien sûr, en particulier leur conception de la condition féminine, mais aussi le regard des autres où ne se reflète que leur statut d'intrus, de traîtres à leurs identités, et bientôt d'ennemis de part et d'autre. Comment s'y retrouver quand on finit si intimement écartelé entre deux camps, et que, rejeté de tous, spolié de toute identité, l'on devient partout indésirable et étranger ?

L'histoire de ce couple franco-marocain, inspirée de la vie des grands-parents de l'auteur, est l'occasion de se plonger dans une vaste fresque historique, qui restitue avec véracité, sans parti-pris ni langue de bois, ce que fut la colonisation française au Maroc. Le regard plein d'acuité et d'empathie de Leïla Slimani excelle à faire comprendre toutes les complexités et les ambivalences de la relation d'assujettissement des locaux aux colons étrangers, mais aussi des femmes aux hommes. Dans ce roman couvent les ferments de la liberté, que l'on pressent proche pour le peuple marocain, mais bien plus inaccessible pour les personnages féminins.

A la fois épique et intimiste, ce récit au souffle indéniable et à l'écriture juste et sensible, réussit magnifiquement à faire revivre le Maroc colonialiste d'après-guerre, dans une narration réaliste et captivante qui fait attendre avec impatience les deux prochains volets de la trilogie annoncée. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          798


critiques presse (4)
LeDevoir   06 avril 2020
Au moyen d’une riche galerie de personnages féminins marquants, Leïla Slimani aborde de front la condition des femmes — ici doublement colonisées, à travers le joug français et celui des hommes. Une trajectoire à fleur de peau, passionnante et cruelle, servie par un souffle narratif indéniable.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
Bibliobs   05 mars 2020
La lauréate du prix Goncourt 2016 porte dans son nouveau livre un regard à la fois original, complexe et très juste sur ce que fut la colonisation française au Maroc.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Culturebox   04 mars 2020
Dans cette grande fresque, la romancière nous offre de très beaux personnages, à commencer par Mathilde, qui évolue au fil du récit. Jeune fille "frivole et écervelée" , "fantasque", sensuelle et déjà audacieuse au début de l'histoire, elle change et prend de l'épaisseur au contact de ce nouveau monde qui lui est étranger.
Lire la critique sur le site : Culturebox
Bibliobs   27 février 2020
Quatre ans après son prix Goncourt, la romancière revient avec « le Pays des autres », grande saga familiale qui démarre dans le Maroc colonial de l’après-guerre. Féminisme, identité, Macron, migrants... elle aborde ici tous ces sujets sans langue de bois.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (216) Voir plus Ajouter une citation
sweetiesweetie   07 mars 2021
Sous les yeux, il avait des poches si gonflées qu'il aurait suffi qu'une main les effleure ou même un coup de vent pour qu'elles éclatent et que s'en échappe un liquide visqueux.
Commenter  J’apprécie          20
sweetiesweetie   07 mars 2021
Tamo avait laissé des traces de doigts sur les murs, sur la table de nuit, et la chambre ressemblait à ces tableaux d'artistes dégénérés qui confondaient le talent et la mélancolie.
Commenter  J’apprécie          00
Jean-DanielJean-Daniel   26 février 2021
“Ici, c’est comme ça”. Cette phrase, elle l’entendrait souvent. À cet instant précis, elle comprit qu’elle était une étrangère, une femme, une épouse, un être à la merci des autres. Amine était sur son territoire à présent, c’était lui qui expliquait les règles, qui disait la marche à suivre, qui traçait les frontières de la pudeur, de la honte et de la bienséance.
Commenter  J’apprécie          130
CannetilleCannetille   16 juin 2020
« Papa, ce ne sont que les méchants Français qui sont attaqués, n’est-ce pas ? Les gentils, les ouvriers les protègent, tu ne crois pas ? »
Amine eut l’air surpris et il s’assit sur le lit. Il réfléchit quelques instants, la tête basse, les mains serrées devant sa bouche.
« Non, asséna-t-il d’une voix ferme, cela n’a rien à voir avec la gentillesse ou avec la justice. Il y a des hommes bons dont les fermes sont brûlées et des salauds qui échappent à tout. Dans les guerres, il n’y a plus de gentils, plus de méchants, plus de justice.
— C’est la guerre alors ?
— Pas vraiment », dit Amine, et comme s’il se parlait à lui-même, il ajouta : « En réalité, c’est pire que la guerre. Car nos ennemis ou ceux qui devraient l’être, nous vivons avec eux depuis longtemps. Certains sont nos amis, nos voisins, notre famille. Ils ont grandi avec nous et quand je les regarde, je ne vois pas un ennemi à abattre, non, je vois un enfant.
— Mais nous, est-ce que nous sommes du côté des gentils ou bien des méchants ? »
Aïcha s’était redressée et le regardait avec inquiétude. Il pensa qu’il ne savait pas parler aux enfants, qu’elle ne comprenait sans doute pas ce qu’il essayait de lui expliquer.
« Nous, dit-il, nous sommes comme ton arbre, à moitié citron et à moitié orange. Nous ne sommes d’aucun côté.
— Et nous aussi ils vont nous tuer ?
— Non, il ne nous arrivera rien. Je te le promets. Tu peux dormir sur tes deux oreilles. »
Il attrapa doucement les oreilles de sa fille pour approcher son visage du sien et déposer sur sa joue un baiser. Il ferma la porte délicatement et dans le couloir il songea que les fruits du citrange étaient immangeables. Leur pulpe était sèche et leur goût si amer que cela faisait monter les larmes aux yeux. Il pensa qu’il en allait du monde des hommes comme de la botanique. À la fin, une espèce prenait le pas sur l’autre et un jour l’orange aurait raison du citron ou l’inverse et l’arbre redonnerait enfin des fruits comestibles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
michfredmichfred   06 mars 2020
Tandis qu’elle pénétrait dans la maison, qu’elle traversait le salon baigné par le soleil d’hiver, qu’elle faisait porter sa valise dans sa chambre, elle pensa que c’était le doute qui était néfaste, que c’était le choix qui créait de la douleur et qui rongeait les âmes. Maintenant qu’elle était décidée, à présent qu’aucun retour en arrière n’était possible, elle se sentait forte. Forte de ne pas être libre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250

Videos de Leïla Slimani (85) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Leïla Slimani
Édition en ligne / du 10 au 28 mars 2021 : Un invincible été "Au milieu de l'hiver j'apprenais enfin qu'il y avait en moi un été invincible" (Albert Camus, Retour à Tipasa,1937)
Après avoir tenté, avec enthousiasme et persévérance, de proposer un festival en présence des auteurs et du public, l'association s'est résolue à transformer la 35ème édition de la Fête du Livre de Bron en un événement 100% digital. Une formule inédite et attractive, entièrement en ligne, qui se déploiera sur les réseaux sociaux et le tout nouveau site de la Fête du Livre de Bron, appelé dans l'avenir à constituer un véritable média numérique autour de la littérature, des sciences humaines et de la littérature jeunesse.
Dans le contexte actuel, l'équipe de la Fête du Livre de Bron est plus que jamais convaincue de la nécessité de donner la parole aux écrivains, aux intellectuels et aux artistes pour comprendre le temps présent et envisager le monde qui vient. Même s'il manquera la chaleur humaine d'un festival habituel, nous sommes certains que cette édition en ligne, organisée avec le plus d'exigence, d'inventivité et de plaisir possible, permettra à tous une belle échappée littéraire vers un invincible été. Cette formule digitale du festival se basera sur la programmation que nous avions établie pour une édition en présentiel, autour d'un thème très actuel, Un invincible été (inspiré du mot de Camus) et des auteurs de grande notoriété comme Leïla Slimani, Hervé le Tellier, Emmanuel Guibert, Charif Majdalani, Lola Lafon ou Bruno Latour, mais aussi de jeunes écrivains comme Guillaume Poix, Hugo Lindenberg, Victor Pouchet... et des auteurs-illustrateurs pour le jeune public : Marc Boutavant, Gaëtan Dorémus, Marine Schneider, Raphaële Frier...
La 35ème Fête du Livre de Bron se déploiera donc du 10 au 28 mars prochain avec une cinquantaine d'invités et une grille de programmation faite de rendez-vous récurrents et d'extras, de rencontres interactives avec les auteurs, de discussions en live, de reportages, de performances et de spectacles.
Programmation à découvrir sur fetedulivredebron.com.
© musique : String's Edge / Taizo Audio (PremiumBeat Recording) - vidéo : Pierrick Servais - création graphique : Élise Milonet / Fête du Livre de Bron 2021
+ Lire la suite
autres livres classés : marocVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Famille je vous [h]aime

Complétez le titre du roman de Roy Lewis : Pourquoi j'ai mangé mon _ _ _

chien
père
papy
bébé

10 questions
1173 lecteurs ont répondu
Thèmes : enfants , familles , familleCréer un quiz sur ce livre

.. ..