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EAN : 9782072945717
160 pages
Gallimard (14/04/2022)
3.78/5   608 notes
Résumé :
« Écrire, c’est jouer avec le silence, c’est dire, de manière détournée, des secrets indicibles dans la vie réelle. »

Comme un écrivain qui pense que « toute audace véritable vient de l’intérieur », Leïla Slimani préfère la solitude à la distraction. Pourquoi alors accepter cette proposition d’une nuit blanche à la Pointe de la Douane, à Venise, dans les collections d’art de la Fondation Pinault, qui ne lui parlent guère ?
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Critiques, Analyses et Avis (139) Voir plus Ajouter une critique
3,78

sur 608 notes

Magnifique. J'ai été éblouie par cette balade introspective nocturne au musée de la « Punta della Dogana » à Venise en compagnie de la délicate, émouvante et passionnante Leila Slimani. Ce livre court mais dense écrit pour la très belle collection « ma nuit au musée » des éditions Stock est un enchantement. J'ai adoré accompagner l'autrice dans ses errances et partager sa claustration, ses réflexions, ses rêveries et souvenirs d'enfance au coeur de ce musée d'art contemporain abritant une partie de la Collection Pinault. Au départ cet art « espace élitiste dont je n'ai toujours pas saisi les codes » l'intéresse peu, c'est l'idée d'enfermement qui l'a séduite. On flâne à ses côtés dans Venise tandis qu'« un soleil rasant, aux tons orangés, fait briller les façades des palais » jusqu'à ce que le crépuscule l'enserre sous un ciel « alourdi d'étoiles » avant de pénétrer dans le musée pour une nuit d'insomnie et de contemplation. Dans le silence de ces salles en clair-obscur affranchie du regard des autres elle se laisse peu à peu envahir par les émotions, les perceptions et réminiscences que lui inspirent certaines oeuvres. Tout prend sens. Elle construit alors un pont entre art et littérature et déambule pieds nus dans ce lieu désert à l'ambiance onirique en livrant un récit lucide et poétique, admirablement écrit où présent et réel se mêlent aux souvenirs intimes et à l'imaginaire. A chaque sollicitation d'un de ses sens, rejaillit un souvenir chargé d'émotion comme lorsqu'elle hume l'intense parfum du galant de nuit, fleur de son enfance. Elle confie comment elle est parvenue à s'émanciper et fuir « toutes les cases qui enferment ». Femme de contraste à l'identité à la fois « plurielle et partielle » son roman est marqué par les oppositions. Cette visite guidée introspective est enrichie de références culturelles, de voyages, du douloureux souvenir de son père incarcéré. La création littéraire source de bonheur et de mélancolie y tient une place prépondérante « je fuis la comédie humaine, je plonge sous l'écume épaisse des choses ...Pour écrire il faut se refuser aux autres...décevoir...». Un roman qui a résonné en moi. Un bonheur de lecture.

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Un confinement d'une nuit dans le Musée Punta dalla Dogana, à Venise, nous offre ce florilège remarquable de méditations, de réflexions et de citations sur la création artistique et sur la condition humaine.

Ces cent cinquante pages constituent un étrange objet littéraire, loin du roman, territoire sur lequel Leïla Slimani règne depuis quelques années. Pas d'intrigue à proprement parler, pas de héros, mais « cette nuit mes disparus vont me rejoindre » et le souvenir de son père et de l'attaque insidieuse dont il fut victime la hante. Une suite de dissertations, au fil de chapitres brefs dont l'ordre importe peu, en déambulant parmi des oeuvres d'art qu'elle découvre en néophyte et qui font écho à son propre travail de créateur et à son histoire.

Héritière cosmopolite de l'orient et de l'occident, Leïla se retrouve chez elle dans cette ancienne douane vénitienne qui était l'étape obligatoire de tout échange, source d'enrichissements mutuels. Avec l'empathie et la bienveillance qui sont sa marque de fabrique, elle livre ses confidences qui sont un hymne à la liberté et à la création littéraire.

Et je dois avouer que ces pages m'ont bouleversé en étant parfois le miroir de situations vécues, en m'amenant à prendre du recul et de la hauteur, et finalement en me faisant grandir.

Une nuit au musée assurément inoubliable.

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Invitée à contribuer à la collection Une nuit au musée, Leïla Slimani a accepté de se laisser enfermer, un soir venu, à la Punta della Dogana, musée d'art contemporain situé dans les anciennes douanes de Venise. de ce tête-à tête nocturne avec les oeuvres exposées dans ce lieu chargé d'histoire, est sorti ce texte très personnel sur la création littéraire.

S'avouant assez peu réceptive à l'art moderne, l'écrivain nous livre néanmoins quelques réflexions subtiles et poétiques sur son ressenti face aux oeuvres de ce musée, dont l'une a d'ailleurs joliment inspiré le titre de ce livre. Sa sensibilité artistique trouve chaque fois un prolongement littéraire, chacune de ses sensations et de ses idées la ramenant à ce qui aimante sa vie : l'écriture. Sacerdoce éminemment solitaire mais aussi incommensurable espace de liberté, l'écriture relève chez Leïla Slimani du viscéral. C'est avec une lucidité parfois douloureuse qu'elle explore, au tréfonds de son être, ce qui l'attache tant à l'expression écrite. Elle est ainsi amenée à évoquer par exemple l'expérience d'emprisonnement de son père, ou encore l'absence d'ancrage résultant de sa double appartenance culturelle. Ecrire devient pour Leïla Slimani une quête quasi ascétique, une lente décantation du bouillonnement de la vie et du monde dans l'espoir d'en saisir l'impalpable essence. Ses références littéraires illustrent son propos avec le plus grand naturel. Et c'est avec simplicité qu'elle nous livre un texte impressionnant de sensibilité et de profondeur.

Pause d'une nuit dans un espace artistique, cet intermède entre deux romans est l'occasion d'une réflexion intime sur la création littéraire qui confirme, une fois de plus, le talent et la brillante personnalité de Leïla Slimani.


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Qu'on ne s'y trompe pas, « le parfum des fleurs la nuit » sous-titré « Ma nuit au musée » n'est pas une visite des lieux par l'auteure de « Chanson douce ». le musée en question, c'est la Punta della Dogana, les anciennes douanes de mer de Venise, transformées en un musée d'art contemporain. On peut y voir certaines des oeuvres de la collection Pinault. C'est dans cette énorme bâtisse où se mêlent passé et présent que l'autrice va passer une nuit solitaire, en face à face avec les oeuvres exposées.

« L'ensemble, d'une superficie totale de cinq mille mètres carrés, donne une impression d'austérité, de vide »

La voilà donc enfermée pour la nuit, seule avec elle-même

« Je me demande ce que je suis censée faire. Me promener dans les allées. Aller voir chaque oeuvre, essayer d'en tirer quelque chose ? »

L'approche, la contemplation de quelques-unes de ces oeuvres va favoriser une introspection sur son métier d'écrivaine. Ses origines et sa double culture entre Maroc et France sera évoquée. Ainsi va-t-elle également convoquer le passé et nous dresser le portrait émouvant d'un père disparu. La mort du père l'a poussée à « écrire avec rage », comme pour réparer l'injustice qu'il a subie. Les références littéraires jalonnent ce parcours nocturne car, Leila Slimani qui avoue ne pas comprendre grand-chose à l'art contemporain, insiste sur les livres qui l'ont nourrie et sur la création littéraire. Écrire est vécu comme un acte de résistance, une forme de liberté pour cette écrivaine marocaine qui se souvient de l'enfermement des femmes. Et elle aime plus que tout cette liberté de sortir la nuit, liberté chèrement acquise lorsqu'on est femme dans un pays patriarcal.

L'écriture est fluide, poétique. Après un début que j'ai trouvé laborieux et poussif, l'autrice nous livre un récit intime empreint d'émotion.

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[Choisi à la Librairie Caractères / Issy-Les-Moulineaux- Vendredi 22 janvier 2021 ]

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Un petit bijou…lu en un temps record !

Un texte dense et inattendu pour cette collection originale « Une nuit au musée », collection que j'apprécie beaucoup et suis avec grande attention !

Leïla Slimani est sollicitée par son éditrice et invitée, pour écrire un texte dans cette collection, à passer une nuit dans un endroit incroyable que je ne connaissais que de nom et quel nom….pour partir « en rêverie » : « La Douane de mer » ancien bâtiment transformé en musée d'Art contemporain…à Venise !

« Venise est une ville sans terre. Sans terroir et sans autre richesse que le sel. On se nourrit du dehors, de l'extérieur, de l'étranger. J'y vois le symbole de ma propre histoire. Peut-être est-ce là que je vis, dans un lieu qui ressemble à cette presqu'île pointue. A une douane qui est par essence un lieu paradoxal. Je n'ai ni tout à fait quitté mon lieu de départ ni tout à fait habité mon lieu d'arrivée. Je suis en transit. Je vis dans un entremonde. (p. 128) »

L'auteure ne cache pas sa perplexité sur le projet ainsi que son ignorance quant à l'art contemporain. Autant elle est dans son élément dans les mots, la fiction, le travail d'écriture…ce qui nous vaut de très abondantes , intéressantes analyses sur la maturité et les difficultés inhérentes à l'Ecriture ! Autant elle n'est pas à l'aise dans les musées… ne se sent pas à sa place !

« Les musées continuent de m'apparaître comme des lieux écrasants, des forteresses dédiées à l'art, à la beauté, au génie et où je me sens toute petite. J'y éprouve un sentiment d'étrangeté, une distance que je cherche à cacher derrière une fausse nonchalance. le musée reste pour moi une émanation de la culture occidentale, un espace élitiste dont je n'ai toujours pas saisi les codes. »

Cette nuit si particulière, au sein de « La Pointe de la Douane »…fera réfléchir Leïla Slimani sur la création littéraire, son combat avec l'écriture, mais aussi sur l'Art, son enfance marocaine, et surtout la ramènera à son Père, ce père vénéré, mystérieux, « noyau central » de son parcours de sa vie de femme et d'écrivain…Un Père, fou de littérature et de livres... ayant subi un procès et une incarcération injustes, le détruisant !

Leïla Slimani dans un interview de Télérama [du 20 /01/ 2021 n° 3706] confie qu'elle, qui n'aime pas se tourner vers le passé, va repenser au cours de cette nuit, à son enfance. Cette nuit d'enfermement volontaire dans ce musée d'art dans une ville aussi singulière que Venise va induire un retour sur elle-même, les raisons de son choix d'être une romancière, son rapport à son pays…La figure paternelle centrale . L'essentiel est là ; quelques remarques annexes sur les contenus du musée… Ainsi j'ai fait, par son intermédiaire, deux belles découvertes avec les artistes suivantes , Berenice Abbott, et Ethel Adnan….

Un texte aussi riche que précieux pour comprendre en profondeur le parcours de cette auteure déjà prolifique… Pour ma part, c'est le premier texte que je lis d'elle, ayant depuis des mois dans ma PAL, « le Pays des autres » , en attente !Je le lirai ainsi ,avec un regard plus averti !

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critiques presse (4)
LeDevoir
06 avril 2021
La romancière Leïla Slimani a passé une nuit dans le ventre de la Douane de mer à Venise.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeSoir
02 février 2021
Leïla Slimani a publié trois romans qui explorent avec imagination des faces cachées du réel.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LeFigaro
28 janvier 2021
À Venise pour la collection «Ma nuit au musée», la romancière, qui ne s'est jamais autant livrée, offre un texte magistral sur les écrivains et la création littéraire.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LesInrocks
25 janvier 2021
Avec “Le Parfum des fleurs la nuit”, l’autrice de “Chanson douce” transforme un texte de commande en plaidoyer pour la littérature et la liberté d'être soi, dévoilant sa part la plus profonde.
Lire la critique sur le site : LesInrocks
Citations et extraits (307) Voir plus Ajouter une citation

Non, ce qui m'a plu dans la proposition d'Alina, ce qui m'a poussé à l'accepter, c'est l'idée d'être enfermée. Que personne ne puisse m'atteindre et que le dehors me soit inaccessible. Être seule dans un lieu dont je ne pourrais pas sortir, où personne ne pourrait entrer. Sans doute est-ce un fantasme de romancier. Nous faisons tous des rêves de cloître, de chambre à soi où nous serions à la fois des captifs et les geôliers.

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Parfois, je me dis que si je ne parlais à personne, si je gardais toutes mes pensées pour moi, elles ne prendraient pas ce tour banal que je leur trouve quand je les partage avec les autres.

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C'est par la magie du regard, par l'interactivité, qu'un objet devient une œuvre d'art. Soit. Mais c'est précisèment parce que l'art peut être partout, dans un urinoir ou une pelle à tarte, que les artistes contemporains et le monde qui gravite autour sont aussi jaloux de leur travail. Cette insularite les protège d'un risque évident de dilution voire de ridicule. Moins l'œuvre en elle-même est le produit d'une technique ou d'un travail complexe et plus on a besoin de créer ce cercle de « connaissants » qui valident : oui, c'est bien de l'art. Et si je me retrouvais un jour admise dans ce cercle confidentiel, si j'étais initiée à mon tour, je finirais peut-être par dire moi aussi : « Non, ce n'est pas un simple ballon, abruri. C'est de l’art !»

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Beaucoup pensent qu’écrire c'est reporter. Que parler de soi c'est raconter ce qu'on a vu, rapporter fidèlement la réalité dont on a été le témoin. Au contraire, moi je voudrais raconter ce que je n'ai pas vu, ce dont je ne sais rien mais qui pourtant m'obsède. Raconter ces événements auxquels je n'ai pas assisté mais qui font néanmoins partie de ma vie. Mettre des mots sur le silence, défier l'amnésie. La littérature ne sert pas à résumer le réel mais à combler les vides, les lacunes. On exhume et en même temps on crée une réalité autre. On n'invente pas, on imagine, on donne corps à une vision, qu'on construit bout à bout, avec des morceaux de souvenirs et d'éternelles obsessions.

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" Oui, je suis détenu dans une prison de sécurité au beau milieu d'un no man's land. Oui, je demeure enfermé dans une cellule où la lourde porte de fer fait un bruit d'enfer en s'ouvrant et en se refermant (...) Tout cela est vrai mais ce n'est pas toute la vérité. Quand je me réveille avec le murmure de la neige s'empilant de l'autre côté de la fenêtre, en hiver, je commence la journée dans cette datcha aux énormes vitres où le docteur Jivago avait trouvé refuge. Jusqu'à présent, je e me suis jamais réveillé en prison. Je suis écrivain. Où que vous m'enfermiez, je parcourrai le monde illimité de mon esprit. Comme tous les écrivains, j'ai des pouvoirs magiques. Je peux traverser les murs avec facilité", écrit Ahmet Altan(Je ne reverrai plus le monde).

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Vidéo de Leïla Slimani
Dans notre émission littéraire scolaire Le Secret des livres*, Leïla Slimani répond à une question d'élève sur son album "Reiko et l'ourson" * émission primée au concours Médiatiks 2022 organisé par le CLEMI
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