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ISBN : 2354085885
Éditeur : Mnémos (21/09/2017)

Note moyenne : 4.6/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Zothique est le nom d'un continent. Un monde mythique de sortilèges, de prodiges, d'incongruités, de maléfices et de terreurs innombrables. Dans cet univers, l'amour et la mort ont les couleurs de l'illusion, et les hallucinations sont toujours moins effrayantes que la réalité. Dans les villes et villages, dans les forêts et les campagnes, les morts, les momies, les squelettes ne laissent aux vivants aucun répit et, sans cesse, les assaillent et les poursuivent. Si ... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
thimiroi
  11 octobre 2017
Les Mille et Une Nuits de la dark fantasy
"L'étrangeté diabolique et la fertilité de la création de Clark Ashton Smith n'ont peut-être jamais été égalées par un autre écrivain, mort ou vivant. Qui d'autre a eu des visions aussi magnifiques, luxuriantes et déformées par la fièvre, de sphères infinies et de multiples dimensions, et y a survécu pour les exprimer ? " Ainsi Lovecraft proclamait-il son admiration pour Clark Ashton Smith. (François Truchaud, préface à "L'Ile inconnue")
Cette admiration pour le "sculpteur de l'Invisible" ( Jacques Bergier ) , tous les lecteurs de ses oeuvres l'ont éprouvée : j'en veux pour preuve que les éditions épuisées de ses récits sont particulièrement recherchées par les amateurs et se vendent souvent à des prix astronomiques.
Aussi faut-il remercier les Editions Mnémos et les contributeurs à cette nouvelle édition, car il s'agit bien d'une nouvelle édition, et non d'une réédition : les récits de ce recueil bénéficient d'une nouvelle traduction par Julien Bétan, d'une qualité exceptionnelle. Remercions-le lui aussi, car restituer le style somptueux de Klarkash-ton (surnom que lui donnait Lovecraft) n'est pas chose facile !
Ce premier volume concerne Zothique, dernier continent d'une Terre de la fin des temps, un univers baroque et décadent où se déploient sortilèges et fantasmagories, où nécromants, goules et squelettes dansent une sarabande infernale digne de Jérôme Bosch...
Grâce à son pouvoir visionnaire, grâce à la "magie de ses mots et de ses images", Clark Ashton Smith suscite dans nos imaginations enfiévrées de saisissants spectacles oniriques et macabres qui laissent un souvenir impérissable.
Un recueil fabuleux, à lire et à relire.
Coup de coeur, évidemment.
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nebalfr
  20 août 2017
LIVRES UNIVERS

Lire – enfin ! – Clark Ashton Smith… le financement participatif lancé par les éditions Mnémos il y a un peu plus d'un an de cela m'en a enfin fourni l'occasion – et quelle occasion ! le trouvage de corbeau ayant rencontré un beau succès, il a débouché sur un magnifique coffret comprenant trois très beaux livres, reliés avec signet et illustrés en couleurs (les couvertures de Zdzislaw Beksinski sont superbes, mais tout autant les illustrations intérieures de Santiago Caruso), sans compter quelques goodies, dont une carte de Zothique au format poster (c'est cool, j'aime les cartes), et comprenant, surtout, des dizaines de textes dans une nouvelle traduction plus que bienvenue, le cas échéant, et qui m'a l'air tout à fait satisfaisante, à en juger sur ce seul premier tome, un beau travail de Julien Bétan ; il faut d'ailleurs y ajouter un paratexte appréciable, avec ici une préface de Scott Connors et une postface de S.T. Joshi (il est partout), toutes deux traduites par Alex Nikolavitch.

Mais qu'en est-il du contenu proprement smithien de ces livres ? le titre global est hélas trompeur : il ne s'agit certes pas d'une « intégrale » de Clark Ashton Smith, bien évidemment – mais pas même, comme on avait pu le dire, une intégrale de ses récits de fantasy, ai-je l'impression ? Mais il y a quand même du matériau – plus que conséquent.

En fait d' « intégrale », il s'agit d'abord ici de reprendre tous les textes de Clark Ashton Smith se rapportant à ses quatre univers imaginaires récurrents : dans le premier tome, qui va nous intéresser aujourd'hui, nous avons donc tout Zothique, et tout Averoigne ; le deuxième volume, plus petit, comprend tout Hyperborée, et tout Poséidonis. Mais il y a aussi un troisième volume (dont je crois qu'il s'agit d'une spécificité du crowdfunding, indisponible autrement ?), qui comprend d'autres textes de fantasy, indépendants de ces quatre univers majeurs, mais pouvant correspondre je crois à des tentatives d'ensembles moins amples.

Aujourd'hui, nous nous pencherons donc sur Zothique et Averoigne… en relevant que le titre de ce premier volume n'est pas plus pertinent que le titre d'ensemble : Zothique est assurément un « monde dernier », c'est même une de ses caractéristiques essentielles, mais Averoigne n'est certainement pas dans ce cas, qui correspond à un monde passé...

UNE APPROCHE DE LA FANTASY

Je ne vais pas revenir ici sur la biographie de Clark Ashton Smith, et notamment sa décennie d'écriture de nouvelles (la quasi-totalité des textes ici compilés ont été composés durant cette brève période de production presque frénétique de fictions), ou encore son statut primordial de poète, avec la possibilité que ces nouvelles publiées dans des pulps (en fait, très concrètement ici, Weird Tales, systématiquement) puissent être envisagées comme des poèmes en prose : tout ceci, j'en ai parlé hier, en traitant de l'essai de Donald Sidney-Fryer The Sorcerer Departs: Clark Ashton Smith (1893-1961).

On peut cependant, en guise de préambule, dire quelques mots de l'approche du genre fantasy chez Clark Ashton Smith, et de ses implications en matière de style.

Smith était donc un poète avant que d'être un conteur – même s'il avait livré, adolescent, quelques nouvelles, où les influences essentielles (et communes avec le correspondant Lovecraft) des Mille et Une Nuits et du Vathek de William Beckford se faisaient particulièrement sentir ; Zothique témoignerait plus tard de ce que ce n'était pas un enthousiasme passager, mais bel et bien une influence déterminante.

En tant que poète, Smith ne donnait initialement guère l'impression de pouvoir être associé au monde des pulps (quand bien même ils publiaient de la poésie), mais il y viendra pourtant – peut-être via Lovecraft ? Car il prisait la littérature « d'évasion », l'imaginaire au premier chef – et il l'a sans doute toujours prisée. En fait, ce goût du fantastique et de l'irréalisme était si prononcé qu'il a débouché sur une (très) vague querelle avec son mentor, le poète George Sterling, qui louait par-dessus tout la poésie du jeune Smith, et ne renâclait, dans ce contexte, pas le moins du monde aux éléments proprement baroques qui y abondaient, mais ne comprenait pas l'engouement semble-t-il soudain du poète pour l'évasion à peu de frais des pulps… Lequel a répondu par un plaidoyer plus qu'enthousiaste. Mais c'était une très vague querelle, si même « querelle » est bien le mot : Sterling et Smith sont restés très liés jusqu'à la mort du premier, cette opposition relative n'était d'aucun poids dans les rapports entretenus par les deux poètes.

Quoi qu'il en soit, Smith n'avait rien de cette intelligentsia littéraire qui ne pouvait que conspuer la sous-littérature des pulps, et peut-être au premier chef de ceux traitant d'imaginaire – que l'on parle de science-fiction, genre tout juste naissant en tant que tel (Smith a régulièrement publié dans le Wonder Stories de Hugo Gernsback), ou de cette « nouvelle » forme de fantasy américaine dont Smith serait finalement l'un des pionniers, à l'égal de son correspondant Robert E. Howard, à moins d'englober tout cela et d'autres choses encore (le fantastique et l'horreur au premier chef) sous l'étiquette plus souple de « weird ».

En fait, il faut associer ici deux tendances complémentaires, mais peut-être pas parfaitement équivalentes : le goût de l'évasion, et le mépris du « réalisme » dans sa forme la plus vulgaire – et, ici, Smith rejoint largement Lovecraft. Pour le Barde d'Auburn, la fantasy constitue une « libération bienvenue et salutaire de la tyrannie oppressante de l'anthropocentrisme » ; en effet, à l'instar du gentleman de Providence, Klarkash-Ton est bien au contraire persuadé de ce que l'homme n'a pas de place significative dans l'univers. Mais cela va au-delà :

To me, the best, if not the only function of imaginative writing, is to lead the human imagination outward, to take it into the vast external cosmos, and away from all that introversion and introspection, that morbidly exaggerated prying into one's own vitals—and the vitals of others—which Robinson Jeffers has so aptly symbolized as "incest." What we need is less "human interest," in the narrow sense of the term—not more. Physiological—and even psychological analysis—can be largely left to the writers of scientific monographs on such themes. Fiction, as I see it, is not the place for that sort of grubbing.

Une position assez radicale, donc.

Mais, sur un mode plus pondéré, Smith traitant de la fantasy ici ou là, probablement surtout dans sa correspondance, peut faire penser à ce que son contemporain J.R.R. Tolkien exprimerait bientôt devant de doctes savants oxoniens dans sa fameuse apologie des « contes de fées », figurant dans le recueil Faërie et autres textes. du moins se reconnaissent-ils essentiellement, vocabulaire spécifique ou pas, dans les fonctions qu'ils attribuent au genre fantasy – mais sans doute à une exception près, notable : l'eucatastrophe, si essentielle à la conception tolkiénienne de la féerie, ne signifie sans doute pas grand-chose pour Smith – même si, ai-je envie de préciser, ce concept-clef chez le philologue catholique va bien plus loin que le seul « happy end » ; or la préface de Scott Connors est quelque peu ambiguë à cet égard, notamment en appuyant sur les chutes « négatives » récurrentes chez le Barde d'Auburn (ce qui n'exclut pas des « bonnes fins » de temps à autre)… Même s'il est sans doute pertinent de relever que, dans la fantasy de Smith, les « mauvaises fins » sont régulièrement choisies par les protagonistes, de préférence à une « bonne fin » qui ne leur était en rien inaccessible.
UN STYLE ADAPTÉ

Quoi qu'il en soit, cette fantasy implique un style adapté, et Clark Ashton Smith le dérive de son expérience de poète – plus particulièrement de poète en prose ; au point où l'on a pu dire, comme Donald Sidney-Fryer dans The Sorcerer Departs, que nombre de ces nouvelles de fantasy pourraient tout aussi bien être envisagées comme autant de poèmes en prose, ou du moins de poèmes en prose « développés ». Il est vrai que, dans ce volume, même en faisant la part de la narration, certaines nouvelles de Zothique, par exemple, pourraient coller – ainsi, disons, « L'Empire des Nécromants », qui ouvre le cycle, ou peut-être davantage encore « le Sombre Eidolon » ou « Xeethra ».

En fait, à cet égard, l'approche de Clark Ashton Smith a quelque chose de savamment délibéré. Voici ce qu'il pouvait en dire :

My own conscious ideal has been to delude the reader into accepting an impossibility, or series of impossibilities, by means of a sort of verbal black magic, in the achievement of which I make use of prose-rhythm, metaphor, simile, tone-color, counter-point, and other stylistic resources, like a sort of incantation.

D'où cette langue à la fois chatoyante et peu ou prou « extraterrestre » (une chose qui ne pouvait que séduire un Lovecraft, j'imagine). Sans doute peut-on au moins pour partie la dériver, au-delà des modèles poétiques de l'auteur (et plus particulièrement en termes de poésie en prose), Poe et Baudelaire, de choses bien plus anciennes – en fait, la fascination enfantine pour les contes, et notamment ceux des Mille et Une Nuits, ressurgit ici, complétée au registre de l'orientalisme par Vathek : au fond, ces influences primordiales n'ont jamais lâché l'auteur. Mais cette langue largement incantatoire emprunte sans doute dans une égale mesure à d'autres sources, dont peut-être cette Bible du Roi Jacques qui, vingt ou trente ans plus tôt, avait fourni le substrat stylistique des contes oniriques de Lord Dunsany (S.T. Joshi, dans sa postface, fait explicitement le rapprochement entre les deux auteurs – et c'est encore une autre manière de lier Smith à Lovecraft).

Mais le « style » doit probablement être entendu au sens large – ce qui dépasse le seul registre de la langue, aussi baroque et chatoyante soit-elle, lequel pourtant suffit probablement à placer Smith au-dessus des deux autres « mousquetaires » de Weird Tales (avec toute la passion que m'inspire Lovecraft, je n'ai aucun doute quant à la supériorité formelle de Smith, écrasante). le Barde d'Auburn ne fait pas qu'aligner des mots, même colorés, il sait aussi parfaitement raconter des histoires, avec toute la compétence d'un conteur madré, conscient et maître de ses effets, et sachant en outre véhiculer le récit via des personnages autrement complexes, là encore, que ceux souvent « fonctionnels » d'un Lovecraft ou d'un Howard – une remarque avancée notamment par E. Hoffmann Price, confrère en pulps qui a eu l'insigne privilège d'être le seul homme à avoir rencontré successivement les trois maîtres de Weird Tales.

Même avec ce que la publication des cycles de Zothique et Averoigne en intégralité peut comporter de faiblesses et de redites, le tableau final est néanmoins celui d'un auteur puissant et habile avec les mots comme avec les thèmes – un auteur parfois joueur sur ces deux plans, aussi.

ÉROS ET THANATOS

Mais ces thèmes, donc : quels sont-ils ? Multiples, sans doute – d'abord et avant tout : une oeuvre de pareille ampleur ne saurait probablement être résumée à deux ou trois formules, même si l'analyse impose plus ou moins de procéder ainsi…

Chaque cycle a ses propres préoccupations : Zothique, ainsi, est une ode à la décadence, où l'idée de « fin » est omniprésente, et bannissant comme futiles toutes les prétentions à la civilisation, au progrès et aux oeuvres de la raison. Cette décadence, en dehors du seul chatoiement paradoxalement coloré d'un univers en fin de vie, s'exprime aussi dans un regard ambigu sur le passé, très concrètement incarné dans la pratique perverse et pourtant presque commune de la nécromancie. La sexualité a son mot à dire, à tous les niveaux, en tant que figure marquée de la décadence.

Averoigne, moins fantasque, est un terrain propice à la mise en scène d'une pseudo-rationalité d'ordre essentiellement religieux, luttant vainement contre les connotations les plus sombres (et en même temps parfois très prosaïques) d'une sorcellerie dont les abbés, etc., souhaiteraient qu'elle ne soit plus qu'un mauvais souvenir, et fort lointain – à moins bien sûr qu'ils ne soient eux-mêmes corrompus à cet égard, tel saint Azédarac, ou que leur pureté, très fâcheusement, ne leur offre pas le moins du monde les clefs pour l'emporter dans cette lutte eschatologique, ne leur laissant pour seul recours... que de faire appel à une autre sorcellerie. D'autant que le « mal » contre lequel nos saints hommes se dressent avec plus ou moins d'assurance, sinon de conviction outragée, relève souvent d'une sexualité qu'ils ne sauraient percevoir autrement que comme une menace à réprimer – un autre combat futile…

Globalement, l'amour et la mort, l'inévitable duo des instincts, sont cependant presque toujours de la partie. La fantasy de Smith, dans ces deux cycles en tout cas, a un caractère morbide marqué, auquel je ne connais guère d'équivalents ; bien sûr, le rôle essentiel de la nécromancie, surtout dans Zothique, en est un témoignage éloquent, sur lequel il me faudra revenir en temps utile. Mais, même sans recourir à ce procédé, la mort, qui est aussi la fin, la destruction parfois, l'oubli autrement, est toujours là – tapie non loin.

Or la mort entretient souvent des relations complexes avec l'amour – lequel peut être envisagé à la « romantique », voire « platonique », ou tourner bien plus concrètement à la mise en scène d'une sexualité franche et même outrée, porteuse à l'occasion de restrictions morales ou au contraire farouchement libérée sinon proprement libératrice. En fait, les deux univers de Zothique et Averoigne jouent de cette thématique de manière paradoxale : la décadence du dernier continent implique son lot de scènes d'orgie ou peu s'en faut, mais, hypocrisie ou pas, elle s'accompagne souvent de « critiques » d'ordre moral, dans des récits empruntant parfois des allures de fables ; Averoigne, au contraire, met en scène un monde « médiéval » où la sexualité est strictement réprimée par l'Église omniprésente, mais elle n'en apparaît que plus libératrice hors du mesquin contrôle des institutions.

Dans les deux cas, le ton peut se montrer moqueur, ou plus généralement provocateur. Plusieurs de ces nouvelles s'illustrent par un contenu érotique assez marqué, à un point parfois surprenant – et qui a pu choquer un Farsnworth Wright, retournant furieux quelques textes à Smith au prétexte qu'il s'agissait d'une « pure histoire de sexe », ou que « le satyriasis [n'était] pas dans la ligne éditoriale de Weird Tales » (magazine qu'on aurait pu supposer moins frileux, à regarder simplement ses couvertures, notamment celles de Margaret Brundage, mais c'est sans doute un biais guère significatif) ; il faut dire que la conception du « spicy », chez Smith, pouvait passer par des séquences fort étranges – pensez à « La Mère des crapauds » étouffant le pauvre « héros » sous ses énormes mamelles ; ce en quoi la nouvelle faisait d'ailleurs écho à la très narquoise « Vénus exhumée », immédiatement antérieure dans le cycle d'Averoigne, où l'auteur raillait méchamment les pulsions charnelles plus ou moins vertement réprimées des hommes d'Église…

Mais ce jeu ambigu de l'amour et de la mort imprègne bien davantage de nouvelles d'un ton moins léger, dérivant son traitement des deux notions, davantage associées qu'opposées, des canons d'une école décadente portée sur le scandale et l'ironie. L'orientalisme de Zothique y a d'ailleurs sa part. Quoi qu'il en soit, des « triangles amoureux » les plus chastes (dit-on) aux quasi-orgies frontalement lascives et perverses, les jeux pas si contraires d'Éros et Thanatos ne sont pas pour rien dans la réussite des contes, au plan de l'ambiance comme du fond.

LE FRÈRE DU LEVANT

Par ailleurs, lecteur de Lovecraft, j'ai été tout naturellement incité à guetter dans les nouvelles de ce beau volume des allusions « lovecraftiennes » : Clark Ashton Smith avait après tout participé à l'élaboration du « canular » cthulhien, et les deux auteurs s'appréciaient énormément, et s'empruntaient régulièrement.

En fait, les références lovecraftiennes « explicites » sont très rares : en dehors de « Iog-Sotôt » mentionné dans « Saint Azédarac » (dans le cycle d'Averoigne), on ne trouve pas grand-chose. Sans doute faut-il chercher de telles allusions dans un registre davantage implicite – mais sans aller jusqu'au principe même d'une « horreur cosmique », trop vague en tant que tel, même si Zothique en serait probablement une très parlante illustration (pas Aver
Lien : http://nebalestuncon.over-bl..
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Oliv
  17 octobre 2017
Autant identifier tout de suite le coupable : c'est la critique élogieuse d'Apophis qui m'a convaincu de me procurer ce recueil de nouvelles, me donnant ainsi l'occasion de découvrir Clark Ashton Smith, l'un des grands anciens de la fantasy dont il était devenu difficile de se procurer les oeuvres en français. Poète, il traduisit entre autres Baudelaire pour le public américain. Écrivant principalement dans les années 30, il n'était pas de son temps : tout dans "Zothique" rappelle la littérature décadente ou "fin de siècle", aussi bien dans les thématiques abordées que dans le style, magnifiquement ciselé, voire précieux. Cette lecture m'a rappelé Jean Lorrain et ses contes macabres dont je m'étais délecté dans le recueil "Princesses d'ivoire et d'ivresse" publié en 1902... Il y a pire comme filiation !
Cités perdues, tombeaux royaux et catacombes, liches et momies, malédictions et nécromancie : voilà en gros le programme de ces seize nouvelles, toutes de très bonne facture. La corruption, la ruine, la mort, sont omniprésentes dans ces pages, et sous la plume élégante de Clark Ashton Smith les pires horreurs deviennent esthétiques. C'est un recueil qui ne se dévore pas mais qui se déguste. Impossible de le lire d'une traite. À vrai dire, j'ai rarement lu aussi lentement, non pas par ennui ou manque d'intérêt, mais parce que chaque mot nécessite d'être apprécié, et de nombreuses phrases méritent d'être relues pour mieux en goûter la beauté et la force d'évocation, comme un bon vin qui se garde longtemps en bouche. En outre, si la quatrième de couverture ainsi que plusieurs lecteurs mentionnent une écriture envoûtante, je ne pouvais imaginer que ce serait à ce point : de nombreux passages sont littéralement hypnotiques, si bien que je me suis surpris à rester de longues minutes sur la même page sans avancer dans ma lecture, car je m'étais laissé aller à rêvasser devant les mots imprimés sur la page... Quelle sorcellerie est-ce là ?
Saluons la belle initiative de Mnémos, qui dans une édition soignée remet à l'honneur un auteur qui mériterait de connaître la renommée de ses compères Lovecraft et Howard, même s'il est sans doute moins "facile" et donc moins susceptible de parler à un très large public. Sans avoir lu le texte original, on peut aisément imaginer que rendre en français le style si particulier de Clark Ashton Smith a dû être une sérieuse gageure. Un petit regret néanmoins : il aurait été intéressant d'avoir, pour chaque nouvelle, quelques informations la replaçant dans son contexte, avec les dates de rédaction et de parution, les éventuelles péripéties éditoriales, etc., à la manière de ce qu'a réalisé Patrice Louinet pour l'intégrale de R.E. Howard chez Bragelonne.
Ravi de cette découverte, il est certain que je garderai un oeil sur les parutions à venir, consacrées aux autres univers créés par Clark Ashton Smith : Averoigne, Hyperborée, Poséidonis.
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Apophis
  18 septembre 2017
Un style incomparable, un des joyaux de la Sword & Sorcery et, par extension, de la Fantasy dans son ensemble
Clark Ashton Smith a la réputation d'être un des plus, sinon le plus grand styliste ayant jamais exercé en Fantasy. Je dois dire que cette réputation n'est en rien usurpée : l'écriture de l'américain, pilier de Weird Tales et ami de Lovecraft, réussit le double exploit d'être extrêmement fluide, agréable et évocatrice (pour ne pas dire souvent envoûtante) tout en employant un niveau élevé de langage et en ne sonnant jamais pédant (signalons d'ailleurs l'excellence de la traduction). La Terre du lointain futur dont le Zothique qui donne son titre à ce recueil de nouvelles est le dernier continent n'est pas un cadre de SF, mais au contraire d'une Sword & Sorcery de haute volée qui n'a rien à envier à celles d'Howard ou de Leiber. Pourtant, à titre personnel, j'aurais une très légère préférence pour le cycle de Kane de Karl Edward Wagner, ne serait-ce que pour le magnétisme de son antihéros et pour son côté science-fantasy et lovecraftien bien plus affirmé que chez Smith, où il est pourtant nettement présent.
Cependant, les qualités d'écriture extrêmes de Clark Ashton Smith font de Zothique et, je pense, de l'ensemble de son oeuvre, un incontournable pour tout lecteur de Fantasy qui se respecte, qu'il lise ou apprécie de la Sword & Sorcery ou pas. Et ce d'autant plus que les nouvelles présentées sont d'un haut niveau général, encore rehaussé par la présence de ces perles que sont L'empire des Nécromants, le sombre Eidolon ou le très lovecraftien et très onirique Xeethra. Certes, quelques textes sont un peu plus dispensables, mais à part à la rigueur le voyage du roi Euvoran (qui fait tâche avec son Odyssée Heroic Fantasy plus basique que les nouvelles qui l'entourent), voire le dernier hiéroglyphe, rien n'est à jeter.
Retrouvez un résumé et mon avis sur chacune des seize nouvelles qui forment ce recueil sur mon blog.
Lien : https://lecultedapophis.word..
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XIX
  27 juillet 2017
Clark Ashton Smith n'est pas seulement l'un des pionniers de la Dark Fantasy, il n'est pas seulement l'ami de Lovecraft et Howard, il est aussi le dernier romantique, un écrivain à la plume raffinée, aux univers mêlant merveilles et tragédies, magies noires et décadences, amours et amoralité.
Ce tome 1 regroupe deux "cycles" de Smith : Zothique et Averoigne.
Zothique est un continent crépusculaire, l'ultime continent entouré d'océans sans fins ponctués d'îles de cannibales et de mages noirs.
Averoigne est une France de type médiévale telle qu'elle n'a pas été.
Oubliez toutes vos idées à propos de la Dark Fantasy découlant de Tolkien : ici nous sommes (dans l'histoire de la littérature) avant le Seigneur des anneaux. SI nous parlons de "cycle" c'est que ce sont des nouvelles qui furent publiées dans des fanzines américains dans les années 20-30-40 et regroupées plus tard.
Ici pas de bien contre le mal, pas vraiment de grandes quêtes, mais de l'aventure - et surtout des mésaventures, pas de niaiseries mais du romantisme noir. Pas de gnomes rigolos, pas de géants patauds, pas de hobbits, pas de tentative pour sauver le monde, pas de compagnie, ni de je ne sais quoi qui a pétri la fantasy depuis quelques décennies pour en faire cette soupe insipide de cycles à 20 tomes niais.
Il y a sera question de nécromants, de rêves et de cauchemars, de tortures, de survie dans ce monde hostile où des courants noirs vous feront dériver vers des peuplades pour qui la seule passion est la torture, de jardins peuplés de plantes empoisonnées, de peuples cannibales, de sorciers ayant pénétré d'ineffables mystères.
Difficile de résumer de tels recueils , mais Smith est, d'après moi, au pinacle le la dark fantasy. Ses ambiances, ses créations, ses personnages, ses intrigues, sa plume, tout est parfait. Ca foisonne d'idées, ça sent les influences de la fin XIX°, des poètes décadents.
Je n'en dirai pas davantage. Smith ça ne peut pas se transmettre.
Seul regret pour cette édition (globalement, ça varie d'un tome à l'autre, même si je devrais me contenter de ne parler que de celui-ci) : la traduction n'est pas au niveau de ce qui avait été fait précédemment en France, elle a des lacunes propres aux choix des éditeurs (et de la tendance du moment) de vouloir coller au texte plutôt qu'adapter en Français. Elle manque de poésie, on ne ressent pas l'art de Smith dans la forme. C'est regrettable car Smith c'est aussi une forme bien particulière, pas seulement des mots rares et des idées sombres, mais aussi un écrin poétique de velours imprégné de parfums étranges et de poisons inconnus (pensez aux auteurs fin-de-siècle), et avec cette édition nous ne l'avons pas.
Ce n'est donc pas la meilleure édition mais c'est la seule accessible à des prix raisonnable - et la seule en neuf - et ce serait dommage de passer à côté d'un monument de la Fantasy et de la Dark Fantasy. Pourtant si vous aimez vraiment la fantasy actuelle ne le lisez pas, ça rendrait vos autres lectures bien fades.
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Les critiques presse (1)
Elbakin.net   02 juillet 2017
Cette parution […] vient combler un vide regrettable et se doit de figurer dans la bibliothèque de tout amateur de la part sombre de la fantasy ainsi que, plus généralement, de tous ceux qui éprouvent de la curiosité envers une des premières plumes de la fantasy, artiste au talent certain.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations & extraits (5) Ajouter une citation
OlivOliv   17 octobre 2017
La chose ressemblait au rêve impie d'un démon fou. Sa partie principale ou son corps, en forme d'urne pâle et piquée d'innombrables petits trous, reposait sur un piédestal de blocs de pierre curieusement penchés, au centre de la crypte. De multiples appendices, jambes ou bras cauchemardesques et boursouflés, partaient de son ventre et de sa base pour rejoindre le sol ; deux autres membres, inclinés et tendus telles des racines, plongeaient derrière elle dans un sarcophage de métal doré, gravé d'étranges symboles archaïques, et apparemment vide.
Le torse en forme d'urne était doté de deux têtes. La première avait un bec de seiche et deux longues fentes obliques en guise d'yeux ; la seconde, serrée contre elle sur les épaules étroites, était celle d'un vieillard à la peau sombre, terrible et majestueux, dont les pupilles brillaient comme des spinelles rouges et dont la barbe grisonnante, aussi luxuriante que la mousse d'une jungle, retombait sur la poitrine affreusement percée. En dessous de cette tête, le torse présentait les contours vagues d'une cage thoracique, et certains membres se terminaient par des mains et des pieds humains, quand ils n'étaient pas dotés d'articulations anthropomorphiques. De ce corps tout entier émanait le gargouillement qui avait attiré Milab et Marabac dans la crypte. À chacune de ses occurrences, une rosée gluante sourdait des pores monstrueux et ruisselait lentement avant de perler en gouttes visqueuses sur le sol.

[Le fruit de la tombe]
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thimiroithimiroi   16 octobre 2017
Le roi Adompha se promène dans son jardin...

"Sur des troncs palmés, sous un feuillage touffu et duveteux, pendaient en grappes, à la façon de drupes noires, des têtes d'eunuques. Sur un arbuste nu et rampant fleurissaient les oreilles de gardes inconséquents. Des cactus déformés, couverts de cheveux féminins, produisaient des fruits en forme de seins. Des torses et des membres entiers avaient été unis à des arbres monstrueux, des coeurs palpitaient sur les plus larges feuilles, des yeux cillaient au centre de petits boutons floraux. Et il y avait d'autres greffes encore, trop obscènes pour être ici relatées.
Adompha s'avança entre les cultures hybrides, qui remuèrent en bruissant à son approche. Les têtes semblèrent se tendre un peu vers lui, les oreilles tremblèrent, les seins furent parcourus d'un léger frisson, les yeux s'écarquillèrent ou s'étrécirent pour suivre sa progression. Il connaissait l'existence léthargique de ces restes humains qui vivaient à la manière des plantes et partageaient leur activité subanimale."

(Le Jardin d'Adompha)
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OlivOliv   16 octobre 2017
Yadar, tiré du néant pour mener une existence diaphane et crépusculaire, vivait et travaillait avec les autres liches. Il ne se rappelait qu'avec confusion les divers événements d'avant sa mort ; les souvenirs des jours radieux de sa jeunesse au Zyra s'étaient envolés, cendres dans le vent. La disparition d'Uldulla s'était résumée à celle d'une ombre ; la promesse des fils de Vacharn et son espoir de s'échapper avec sa bien-aimée avaient perdu toute signification. Néanmoins, des sentiments évanescents le liaient toujours à elle : il la suivait durant la journée, trouvant dans sa proximité un réconfort vague, et la nuit, à ses côtés, elle teintait d'une douceur pâle son sommeil vaporeux. L'accablement, les longs tourments du désir et de la séparation n'avaient plus que du souvenir la distance lointaine, et il partageait désormais avec Dalili les plaisirs éthérés d'un amour spectral.

[Les nécromants de Naat]
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OlivOliv   14 octobre 2017
Ainsi les nécromants bannis se trouvèrent-ils un empire et un peuple soumis, dans la région stérile et désolée où les hommes de Tinarath les avaient condamnés à une mort certaine. Exerçant, grâce à leur magie maléfique, un pouvoir absolu sur tous les défunts du Cincor, ils régnèrent en terribles despotes. Des esclaves décharnés leur apportaient les tributs de royaumes éloignés ; de grandes momies parfumées de baumes mortuaires et des cadavres rongés par la maladie circulaient dans Yethlyreom pour satisfaire leurs moindres désirs, ou amassaient, sous leurs yeux cupides, les gemmes poussiéreuses et l'or noirci du passé, couverts de toiles d'araignée, tirés d'inépuisables chambres fortes.
Des paysans morts faisaient refleurir dans les jardins du palais des plantes fanées depuis longtemps ; liches et squelettes peinaient dans les mines ou édifiaient de fabuleuses tours pointées vers le soleil mourant. Les princes et chambellans d'autrefois étaient devenus échansons, et les mains fines des impératrices, dont les chevaux dorés avaient gardé tout leur éclat malgré la nuit du tombeau, pinçaient des instruments à cordes pour le plaisir des sorciers. Des morts les plus vaillants, que la peste et les vers n'avaient pas trop défigurés, ils firent leurs amants, destinés à assouvir leurs fantasmes nécrophiles.

[L'empire des nécromants]
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thimiroithimiroi   10 octobre 2017
Sur Zothique, dernier continent de la Terre, le soleil ne brillait plus de sa blancheur primordiale, mais d'une lueur faible, ternie d'un sang vaporeux. De nouvelles étoiles, innombrables, étaient apparues dans les cieux, et les ombres de l'infini s'étendaient, toujours plus proches. Sortis de l'obscurité, les anciens dieux avaient repris place parmi les hommes : des divinités oubliées depuis Hyperborée, depuis Mu et Poséidonis, dotées d'autres noms mais des mêmes attributs. Les anciens démons, eux aussi revenus, attisaient puissamment les braises de sacrifices maléfiques et favorisaient à nouveau la magie primordiale.

(début du "Sombre Eidolon", également cité dans la préface de Scott Connors)
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