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EAN : 9782266161138
721 pages
Pocket (19/12/2005)
4.19/5   668 notes
Résumé :
En 1955, au début de la déstalinisation, Alexandre Soljenitsyne est exilé dans un village du Kazakhstan après huit ans de goulag. Il apprend alors qu'il est atteint d'un mal inexorable dont le seul nom est un objet de terreur. Miraculeusement épargné, il entreprendra quelques années plus tard le récit de cette expérience.
Au " pavillon des cancéreux ", quelques hommes, alités, souffrent d'un mal que l'on dit incurable. Bien que voisins de lit, Roussanov et Ko... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (62) Voir plus Ajouter une critique
4,19

sur 668 notes

Marple
  19 avril 2013
J'ai trouvé ce livre brillant et fort, j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, et pourtant me voilà très embêtée pour en faire la critique. Parce qu'il y a du génie là-dedans, mais que je ne sais pas bien dire où et quoi...
Le principal n'est pas l'histoire, puisqu'il n'y en a pas vraiment. Juste une multitude de gens -malades ou soignants- confrontés au tragique de la vie à l'Hopital de Tachkent dans les Années 50. Ils se croisent, se rencontrent, pensent, parlent, lisent, aiment, font des rayons, des opérations et des transfusions, vivent et/ou meurent.
Parmi eux, Roussanov, le contrôleur-délateur qui se dresse sur ses ergots communistes à tout bout de champ, et surtout quand ça l'arrange. Chez lui, tout est petit, sauf la tumeur qu'il a dans le cou. Nettement plus attachant : Kostoglotov, ancien détenu des camps, assigné à résidence, bouillonnant, paradoxal et profondément vivant. Son errance et ses hésitations à la fin ont résonné très fort en moi. Et tant d'autres, de l'universitaire devenue fille de salle, à la cancérologue qui néglige ses propres symptômes, en passant par ces adolescents qui doivent apprendre la vie avec un morceau de corps en moins...
Cette galerie de portraits toujours juste flirte tantôt avec l'émotion, tantôt avec l'ironie. Elle nous renvoie à notre condition humaine : la petitesse (souvent), la dignité (parfois), les souffrances, l'impuissance, les difficultés... et ces instants de pur bonheur qui rachètent tout. Elle va bien au-delà d'un livre sur le cancer ou sur la terrible vie en URSS, et constitue une oeuvre de portée universelle.
Merci donc à Gwen/Challenge Nobel pour cette magnifique découverte... et merci à Limonov d'avoir tant détesté Soljenitsyne (cf Limonov d'Emmanuel Carrere) qu'il m'a donné envie de le lire !
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Sachenka
  17 octobre 2017
Après le monde carcéral soviétique (les goulags), voici le système de santé : le pavillon des cancéreux. Paul Roussanov, un fonctionnaire soviétique à Tachkent, une région excentrée, doit être hospitalisé. Eh oui, même les cadres et membres du parti communiste peuvent être victimes de la maladie : le cancer n'épargne personne ! Dans ses premiers jours à l'hôpital, Roussanov regarde de haut les autres patients, des bergers, des ex-prisonniers, la plupart provenant des environs, des ethnies de l'Asie centrale. Aussi, il se montre hautain avec le personnel médical qui est fort occupé. Très rapidement, il se rend compte qu'il n'est qu'un autre numéro parmi tant d'autres malades. Tous sont égaux devant la maladie. Quel choc ! C'est un roman rempli d'ironie.
Dans les pages et les chapitres suivants, le lecteur découvre les compagnons de malchance de Roussanov : le « bandit » Kostoglotov, le vieil ouzbekh Moursalimov, le berger kazakh Eguenbourdiev ainsi que le jeune Diomka, à peine seize ans, et tant d'autres. Chacun souffre à sa façon, essaie de (sur)vivre avec la maladie et de se changer les idées. Pour y arriver, l'un refuse de croire à l'inévitable, un autre cherche le confort dans la vodka ou bien dans la visite tant attendue qui n'arrive jamais. Parfois, la narration s'attarde longuement sur certains d'entre eux. C'est alors que je me rappelle que l'auteur est Alexandre Soljenitsyne. Pour bien présenter son univers, comme il l'a fait avec les goulags et la charachka, il ne peut rester concentré trop longtemps sur les mêmes personnages.
Le grand auteur russe décrit avec réalisme la vie dans un hôpital, les conditions avec lesquelles doivent vivre les patients souffrants de cancer, etc. Certains guérissent et sont renvoyés chez eux, d'autres… eh bien… se font amputer des morceaux ou quittent les pieds davant. Désolant, c'est alors qu'on se rend compte que le corps humain est une chose bien fragile… Il ne faut pas oublier l'équipe médicale, qui fait partie intégrante de cet univers. Médecins et infirmières travaillent de longues heures et ont leurs propres problèmes personnels, expliquant pourquoi certains sont un peu rudes avec les patients. Aussi, tout comme les dirigeants du parti, ces derniers peuvent également se transformer du jour au lendemain en patient, même s'ils refusent de l'admettre.
En lisant le pavillon des cancéreux, il faut s'attendre à une longue histoire (plusieurs, plusieurs centaines de pages). Personnellement, j'éprouve un peu de difficulté à rester concentré surt un pavé quand la narration saute d'un personnage à un autre, sans intrigue principale. Mais bon, je m'y suis attelé. Il faut dire que la maladie, les séjours dans les hôpitaux, la plupart d'entre nous savons un peu c'est quoi – malheureusement – même si nous souhaitons ne jamais avoir à subir cela. Soljenitsyne a réussi à critiquer les revers du système médical soviétique mais également et surtout à raconter des portraits poignants. Et c'est ça qui me l'a fait apprécier. Peut-être lire à petites doses ? Parce qu'il faut bien le lire, du moins, je le recommande. Malgré le propos (et la longueur), c'est une lecture agréable, drôle, émouvante, pas aussi sombre qu'on pourrait l'imaginer.
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isanne
  16 octobre 2021
Que dire sur ce livre qui n'ait déjà été dit ? Qu'ajouter aux critiques et aux commentaires déjà écrits ? Et pourtant, j'ai envie d'en parler tant ce livre reste présent dans mon esprit, la dernière page tournée.
Il y a des livres qu'on ouvre pour "imaginer", d'autres pour "voyager", d'autres pour "apprendre" - découvrir une autre Culture, un autre pays, un période de l'histoire du monde.
Certains sont légers, véritables nuages de l'esprit qui s'envole en les parcourant, au contraire de ceux qui maintiennent l'esprit sous emprise, qui empoisonnent les pensées, empêchant presque de respirer, on ne peut s'en éloigner : ce récit est de ceux-là !
Alexandre Soljenitsyne que je connaissais pour avoir lu des recueils de nouvelles - La Maison de Matriona ou Zacharie L'escarcelle, sait en impressionniste qu'il est, faire surgir en trois coups de crayons, trois phrases des personnages habités d'autant de réalité que possible. En deux pages, la nouvelle - genre où il excelle, fait naître un être dont le souvenir va vous accompagner bien après la lecture.
Et bien, là, c'est le même talent mais de façon démultipliée. En montant les marches du pavillon 13, celui des cancéreux, vous allez rencontrer une multitude de personnages, tous différents, comme autant de facettes de la Russie, comme autant de regards sur la société russe et l'Histoire de ce multiple pays.
Si les pages qui se déroulent dans ces chambres, dans ce lieu de soin, sont parfois terribles à lire, les pages qui constituent la dernière partie du récit le seront bien davantage, quittant cette "unité de lieu" qu'est l'hôpital, elles réunissent et ordonnent les destinées de tous les protagonistes, pour évoquer les caractères qui composent la société russe, pour évoquer les différences de pensées qui ont écrit l'histoire de pays et suggérer ce que sera l'avenir individuel et collectif.
De leur séjour au Pavillon, vous partagez les journées qu'il faut remplir des obligations et meubler des moments de solitude inéluctables. Les décisions à prendre varient en fonction du temps qui passe, en fonction du regard qui change sur la maladie, en fonction de l'espace qui s'amenuise vers l'inéluctable : le traitement refusé hier, s'avère le seul acceptable aujourd'hui et sera obsolète demain...
Des liens se tissent entre les malades, des rancoeurs s'édifient, construites du passé de chacun. Si certains se reconnaissent dans la même misère partagée, les mêmes geôles traversées, ils n'échangeront au mieux que quelques mots, quelques souvenirs pudiques mais ne créeront aucun lien car sur l'inhumanité du passé, aucun élan d'amitié ne peut fleurir. Si certains reconnaissent en l'autre, celui qui les a dénoncés, celui qui a "profité", celui qui a continué à vivre pendant qu'on les enfermait, qu'on les déportait, qu'on leur imposait la relégation, aucune haine ne survit cependant sur l'avilissement que celui-ci a fait subir à ceux-là.
Comme le dit un personnage : "L'homme est tyran, traître ou reclus" et les journées qui passent distribuent tous les malades et personnels du service croisés au sein des trois catégories.
L'un des personnage m'a émue aux larmes - petit à petit inconsciemment, je lui ai donné la stature et les traits de Varlam Chalamov. Cet homme relégué, qui s'est traîné jusqu'à l'hôpital au plus mal, alors qu'il n'en espère finalement aucun salut, cet homme brisé qui garde son calme et reste digne devant la calomnie et les idées qui l'ont anéanti, il est celui qui n'a plus sa place dans cette vie, où le cours de l'Histoire ne s'est pas arrêté pendant les années de camp, de sorte que la vie qu'il entrevoit, il la refuse, n'aspirant finalement qu'à pouvoir retrouver le lieu isolé de sa relégation, son jardin et ceux dont il a partagé les ténèbres. Si l'amnistie arrive un jour, alors pourra-t-il espérer aller à Leningrad caresser les colonnes de Saint Isaac, les édifices n'ont jamais pris parti contre l'Homme et il n'en craint donc rien de mauvais.
Quand Alexandre Soljenitsyne évoque les animaux - et il le fait souvent, c'est pour mieux faire entrevoir dans leur regard, la part d'humanité qui a déserté l'homme : c'est Jouk le chien réconfortant ou la macaque placide du zoo qui renvoient, par les sévices subis l'homme à sa lâcheté et éteignent l'espoir d'une autre vie possible.
De celui qui ne peut vivre sans oublier les automatismes de survie en camp à celle qui attend son mari détenu et qui implore " Ne l'avez-vous donc pas connu, là-bas ,", de ce jeune homme pauvre qui ne rêve que de s'instruire et qu'on va amputer à ceux qui, malgré les promesses balbutiantes d'une thérapie nouvelles des rayons, vivent la fin d'une existence, de ces anonymes qui continuent à rejeter celui qui a été arrêté sans raisons à ces deux femmes qui essayent de le faire à nouveau exister, il reste les visages ancrés dans mes pensées et je ne peux les quitter. Même les plus antipathiques d'entre eux gardent, grâce aux prouesses et au talent de l'écriture une réalité qui ne s'efface pas. le récit ne m'a jamais paru long, ni ennuyeux : oserais-je dire que j'aurais aimé qu'il se poursuive encore ?
Parfois, comme un clin d'oeil, on pose au lecteur la question de savoir quel personnage de récit, il aurait aimé rencontrer, je sais aujourd'hui que ce serait Oleg Filemonovith Kostoglotov ! Merci à "l'ami" qui me l'a fait rencontrer et m'a peut-être ainsi donné les clefs pour reprendre la lecture des "Récits de la Kolyma" de Varlam Chalamov.

Et merci à ceux qui auront eu la patience de lire cet avis bien long !

(Avril 2021)
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Luniver
  06 juin 2012
L'histoire se déroule en Ouzbékistan quelques mois après la mort de Staline. Paul Nikolaievitch Roussanov intègre le pavillon des cancéreux pour une tumeur au cou. Fonctionnaire modèle, il est presque outré qu'une tumeur ose s'attaquer à un cadre du parti. le manque d'empressement des médecins à son chevet le scandalise, puis l'angoisse quand il se rend compte que cette fois-ci, ses nombreuses relations ne pourront l'aider en rien. Les bouleversements dans la société ne le calment en rien : les anciens camarades qu'il a courageusement, et anonymement, dénoncés risquent d'être réhabilités. L'anniversaire de la mort de Staline est célébrée de manière extrêmement discrète, à la stupeur de certains malades pour qui il représentait toute leur vie.
À côté de Roussanov se trouve Oleg Kostoglotov. Son parcours est diamétralement opposé : il a passé plusieurs années dans les goulags, et en est sorti uniquement pour se faire soigner. Il tente alors de reprendre un peu de contrôle sur sa vie en contestant les choix des médecins et en essayant de peser sur leurs décisions : il se documente lui-même sur le cancer pour tenter de connaître précisément son état, il tente de convaincre les médecins de le laisser partir pour qu'il profite des derniers mois qu'il lui reste à vivre, il s'oppose aux injections d'hormones qui le rendront impuissant.
Autour de ces deux personnages gravitent plusieurs autres personnalités intéressantes : Ephrem Poddouïev qui a vécu en égoïste et qui s'interroge sur le sens de la vie quelques jours avant de mourir; Vadim, persuadé d'avoir la mission de faire une découverte scientifique importante, et qui craint de mourir avant de la mener à bien; Chouloubine, qui a renié tous ses principes et toutes ses convictions pour se protéger, mais qui en souffre terriblement; Chaly, qui parle fort, boit de la vodka, et joue au poker, pour se convaincre lui-même que ce qu'il a n'est pas grave; Lioudmila Afanassievna Dontsova, médecin qui se spécialise depuis des années dans le cancer avant de s'apercevoir qu'elle en ressent les premiers symptômes; Vera Kornilievna Gangart, infirmière écarsée par la solitude, qui préfère se faire passer pour mariée par peur d'affronter les regards des autres.
L'intérêt de l'histoire se situe à deux niveaux : humain tout d'abord, en découvrant tous ces hommes devenus égaux par la maladie, partageant les mêmes craintes et les mêmes espoirs fous (commme cette course au champignon de bouleau qui aurait le pouvoir miraculeux de guérir le cancer), et qui s'interroge sur le sens de leur vie. Et politique ensuite, où partisans et adversaires du stalinisme s'affrontent. le changement qui s'annonce peu de temps après la mort de Staline rend encore plus dérisoires tous les efforts consentis et les sévices subis pendant cette période.
Le pavillon des cancéreux est un livre magnifique. Et curieusement, malgré la noirceur des thèmes abordés, c'est avec un sentiment d'espoir et de joie de vivre que j'ai refermé ce chef-d'oeuvre.
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Myriam3
  21 décembre 2021
Riche et belle lecture que ce roman à la fois fresque sociale des années 50 soviétiques et incursion auprès de malades du cancer. Dans ce qui n'était pas encore (ou plus) l'Ouzbékistan, un hôpital accueille des personnes atteintes du cancer venus d'un peu partout en URSS. le roman donne tour-à-tour la parole à Oleg, ancien prisonnier du goulag et à Roussanov, haut fonctionnaire pro-stalinien, ainsi qu'à d'autres personnages, géologues, médecins et infirmières, à la fois confrontés à la mort et aux débuts de la déstalinisation. L'une des forces de ce roman est cette introspection dans les pensées des protagonistes, opposées ou complémentaires, qui nous donnent un vaste aperçu de ce que pouvait représenter le parti communiste sous Staline pour les soviétiques. Au passage, Alexandre Soljenitsyne évoque pour la première fois sans doute dans un roman les dénonciations souvent arbitraires et intéressées entre voisins et la vie au goulag dans les années 40 - 50. L'auteur part bien sûr de sa double expérience de déporté et de cancéreux, à travers le personnage d'Oleg Kostoglotov.
Au début assez peu rassurée et par la taille de ce pavé et par le thème peu joyeux, j'ai en fait été happée par ce récit. Kostoglotov, en personnage meurtri et pourtant toujours plein d'espoir et de révolte, est vraiment attachant, et ceci jusqu'à la fin. Mais les autres personnages, Roussanov notamment, qui est l'exact opposé de Kostoglotov, est captivant aussi par sa vision conformiste à l'extrême du Parti.
Petit-à-petit, on s'installe dans ce pavillon bien vivant contrairement à ce qu'on pourrait imaginer car on y résiste avec passion et derniers sursauts d'espoir à la maladie.
Encore une très belle et riche découverte d'un Prix Nobel!
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critiques presse (1)
Telerama   12 octobre 2011
Dans ce grand roman russe, Soljenitsyne s'interroge sur le sens de la vie, dépeignant un lieu où il a vécu et des comportements terriblement humains. Une œuvre magistrale.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (109) Voir plus Ajouter une citation
tolstoievskitolstoievski   24 janvier 2022
Si on en est à accuser quelqu'un de manquer de sincérité, qu'on s'en prenne aux écrivains occidentaux : ceux-là sont des vendus. […] Là-bas, tout se fait pour de l'argent.

Chapitre XXI : Les ombres se dissipent.
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Nastasia-BNastasia-B   21 juillet 2021
— Et pourquoi lire ? pourquoi, si on doit tous crever bientôt ? […]
— C'est justement parce qu'on doit tous crever qu'il faut se dépêcher. Tiens, prends.
Il tendait le livre à Ephrem mais celui-ci ne bougea pas.
— Il y en a trop à lire. Je ne veux pas.
— Tu ne sais pas lire, ou quoi ? poursuivit " Grande gueule " sans trop de conviction.
— Je sais lire, et même très bien. Quand il le faut, je sais très bien lire. […]
— C'est que tu nous embêtes rudement à te lamenter tout le temps. Lis plutôt.

Première partie, Chapitre II : L'éducation ne rend pas plus malin !
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LuniverLuniver   31 mai 2012
Il m'était déjà arrivé de me demander, et je me le demande de plus en plus à présent, quel est tout de même le prix maximal de la vie. Que peut-on donner pour la conserver, et où est la limite ? Comme on vous l'enseigne maintenant à l'école : «Ce que l'homme a de plus cher, c'est la vie, elle ne lui est donnée qu'une fois.» Par conséquent : s'accrocher à la vie à n'importe quel prix... Nous sommes beaucoup à qui les camps ont fait comprendre que la trahison, le sacrifice d'être bons et démunis était un prix trop élevé, et que notre vie ne le valait pas. Quand à la servilité, la flatterie, le mensonge, les avis, au camp étaient partagés : certains disaient que ce prix-là était acceptable, et c'est peut-être vrai.

Oui, mais avoir la vie sauve au prix de tout ce qui en fait la couleur, le parfum, l'émotion ? Obtenir la vie avec la digestion, la respiration, l'activité musculaire et cérébrale, et rien de plus. Devenir un schéma ambulant. Ce prix-là, n'est-ce pas un peu trop demander ? N'est-ce pas une dérision ? Faut-il le payer ?
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croquignolcroquignol   16 septembre 2021
Oleg était excité  – excité d’avoir tant parlé et d’avoir été écouté. Brusquement il s’était senti submergé, entraîné par la sensation de la vie retrouvée, cette vie dont, il y avait tout juste quinze jours, il s’était cru congédié. Bien sûr, cette vie ne lui promettait rien de bon, de ce qu’on appelle ainsi du moins, et pour quoi se battaient les habitants de cette grande ville : ni appartement, ni biens matériels, ni succès social, ni argent  – mais il y avait d’autres joies intrinsèques, des joies que lui n’avait pas désapprises, dont il savait toujours le prix : le droit de marcher sur cette terre sans obéir à un ordre ; le droit d’être seul ; le droit de regarder les étoiles sans être aveuglé par les projecteurs du camp ; le droit d’éteindre la lumière pendant la nuit et de dormir dans l’obscurité ; le droit de jeter des lettres dans les boîtes aux lettres ; le droit de se reposer le dimanche ; le droit de se baigner dans la rivière. Oui, des droits de ce genre, il y en avait beaucoup, beaucoup.
Et parmi eux, le droit de bavarder avec les femmes.
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WolandWoland   04 septembre 2014
[...] ... La peur ? En ce moment, couché sur le dos, dans l'obscurité de la salle qui soufflotait et ronflotait (il ne passait au travers de la vitre dépolie de la porte qu'un léger reflet de la lampe posée sur la table de l'infirmière, dans le vestibule), Roussanov essayait, de son esprit clair d'insomniaque, de débrouiller pourquoi les ombres de Roditchev [= voisin qu'il avait dénoncé dans les années 30] et de Gouzoun [= compromis dans l'interrogatoire de Roditchev] l'avaient à ce point bouleversé et s'il se serait pareillement effrayé du retour des autres personnes dont il avait également contribué à établir la culpabilité : cet Edouard Khristoforovitch, mentionné en passant par Roditchev, un ingénieur d'éducation bourgeoise qui avait devant des ouvriers traité Paul Nikolaïevitch [= Roussanov] d'imbécile et d'arriviste (il avait par la suite avoué qu'il rêvait de restaurer le capitalisme) ; cette sténographe coupable d'avoir déformé le discours d'un chef important, protecteur de Paul Nikolaïevitch (or, il n'avait pas du tout dit les choses de cette façon) ; ce comptable, difficile à manier (un fils de prêtre, qui plus est - on l'avait entortillé en une minute) ; les Eltchanski, mari et femme ... et tant d'autres ! ...

Aucun d'eux n'avait fait peur à Paul Nikolaïevitch, il avait de plus en plus hardiment et ouvertement aidé à étayer les accusations, il était même allé deux fois à des confrontations, il y avait élevé la voix, il les avait démasqués. C'est qu'on n'estimait pas du tout à l'époque qu'il y avait quelque chose dont on dut avoir honte. En cette belle et honnête époque, en 37, en 38, on sentait se purifier l'atmosphère publique, on commençait à respirer si bien ! Tous les menteurs, tous les calomniateurs, les amateurs trop hardis d'auto-critique, les intellectuaillons trop retors, tous avaient disparu, cachés, blottis, et les personnes de principes, fermes, dévouées, les amis de Roussanov et Roussanov lui-même, marchaient la tête haute et digne.

Et voici que maintenant commençait une nouvelle époque, trouble et malsaine, où il fallait rougir au souvenir de ses plus beaux actes de civisme ! Ou même craindre pour soi ? ... [...]
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Videos de Alexandre Soljenitsyne (71) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alexandre Soljenitsyne
Le 9 décembre 1983, Bernard PIVOT consacre un "Apostrophes" spécial à Alexandre Soljenitsyne qui a accueilli l'équipe de l'émission chez lui, aux Etats Unis, dans sa propriété du Vermont, à Cavendish. Citant un passage du dernier roman de l’écrivain "La Roue rouge : premier nœud : août 14" où l’un des personnages aborde Léon Tolstoï, Bernard Pivot interroge Soljenitsyne sur la finalité de l’existence humaine sur terre
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