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ISBN : 226616113X
Éditeur : Pocket (19/12/2005)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 445 notes)
Résumé :
En 1955, au début de la déstalinisation, Alexandre Soljenitsyne est exilé dans un village du Kazakhstan après huit ans de goulag. Il apprend alors qu'il est atteint d'un mal inexorable dont le seul nom est un objet de terreur. Miraculeusement épargné, il entreprendra quelques années plus tard le récit de cette expérience.
Au " pavillon des cancéreux ", quelques hommes, alités, souffrent d'un mal que l'on dit incurable. Bien que voisins de lit, Roussanov et Ko... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (38) Voir plus Ajouter une critique
Marple
  19 avril 2013
J'ai trouvé ce livre brillant et fort, j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire, et pourtant me voilà très embêtée pour en faire la critique. Parce qu'il y a du génie là-dedans, mais que je ne sais pas bien dire où et quoi...
Le principal n'est pas l'histoire, puisqu'il n'y en a pas vraiment. Juste une multitude de gens -malades ou soignants- confrontés au tragique de la vie à l'Hopital de Tachkent dans les Années 50. Ils se croisent, se rencontrent, pensent, parlent, lisent, aiment, font des rayons, des opérations et des transfusions, vivent et/ou meurent.
Parmi eux, Roussanov, le contrôleur-délateur qui se dresse sur ses ergots communistes à tout bout de champ, et surtout quand ça l'arrange. Chez lui, tout est petit, sauf la tumeur qu'il a dans le cou. Nettement plus attachant : Kostoglotov, ancien détenu des camps, assigné à résidence, bouillonnant, paradoxal et profondément vivant. Son errance et ses hésitations à la fin ont résonné très fort en moi. Et tant d'autres, de l'universitaire devenue fille de salle, à la cancérologue qui néglige ses propres symptômes, en passant par ces adolescents qui doivent apprendre la vie avec un morceau de corps en moins...
Cette galerie de portraits toujours juste flirte tantôt avec l'émotion, tantôt avec l'ironie. Elle nous renvoie à notre condition humaine : la petitesse (souvent), la dignité (parfois), les souffrances, l'impuissance, les difficultés... et ces instants de pur bonheur qui rachètent tout. Elle va bien au-delà d'un livre sur le cancer ou sur la terrible vie en URSS, et constitue une oeuvre de portée universelle.
Merci donc à Gwen/Challenge Nobel pour cette magnifique découverte... et merci à Limonov d'avoir tant détesté Soljenitsyne (cf Limonov d'Emmanuel Carrere) qu'il m'a donné envie de le lire !
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Sachenka
  17 octobre 2017
Après le monde carcéral soviétique (les goulags), voici le système de santé : le pavillon des cancéreux. Paul Roussanov, un fonctionnaire soviétique à Tachkent, une région excentrée, doit être hospitalisé. Eh oui, même les cadres et membres du parti communiste peuvent être victimes de la maladie : le cancer n'épargne personne ! Dans ses premiers jours à l'hôpital, Roussanov regarde de haut les autres patients, des bergers, des ex-prisonniers, la plupart provenant des environs, des ethnies de l'Asie centrale. Aussi, il se montre hautain avec le personnel médical qui est fort occupé. Très rapidement, il se rend compte qu'il n'est qu'un autre numéro parmi tant d'autres malades. Tous sont égaux devant la maladie. Quel choc ! C'est un roman rempli d'ironie.
Dans les pages et les chapitres suivants, le lecteur découvre les compagnons de malchance de Roussanov : le « bandit » Kostoglotov, le vieil ouzbekh Moursalimov, le berger kazakh Eguenbourdiev ainsi que le jeune Diomka, à peine seize ans, et tant d'autres. Chacun souffre à sa façon, essaie de (sur)vivre avec la maladie et de se changer les idées. Pour y arriver, l'un refuse de croire à l'inévitable, un autre cherche le confort dans la vodka ou bien dans la visite tant attendue qui n'arrive jamais. Parfois, la narration s'attarde longuement sur certains d'entre eux. C'est alors que je me rappelle que l'auteur est Alexandre Soljenitsyne. Pour bien présenter son univers, comme il l'a fait avec les goulags et la charachka, il ne peut rester concentré trop longtemps sur les mêmes personnages.
Le grand auteur russe décrit avec réalisme la vie dans un hôpital, les conditions avec lesquelles doivent vivre les patients souffrants de cancer, etc. Certains guérissent et sont renvoyés chez eux, d'autres… eh bien… se font amputer des morceaux ou quittent les pieds davant. Désolant, c'est alors qu'on se rend compte que le corps humain est une chose bien fragile… Il ne faut pas oublier l'équipe médicale, qui fait partie intégrante de cet univers. Médecins et infirmières travaillent de longues heures et ont leurs propres problèmes personnels, expliquant pourquoi certains sont un peu rudes avec les patients. Aussi, tout comme les dirigeants du parti, ces derniers peuvent également se transformer du jour au lendemain en patient, même s'ils refusent de l'admettre.
En lisant le pavillon des cancéreux, il faut s'attendre à une longue histoire (plusieurs, plusieurs centaines de pages). Personnellement, j'éprouve un peu de difficulté à rester concentré surt un pavé quand la narration saute d'un personnage à un autre, sans intrigue principale. Mais bon, je m'y suis attelé. Il faut dire que la maladie, les séjours dans les hôpitaux, la plupart d'entre nous savons un peu c'est quoi – malheureusement – même si nous souhaitons ne jamais avoir à subir cela. Soljenitsyne a réussi à critiquer les revers du système médical soviétique mais également et surtout à raconter des portraits poignants. Et c'est ça qui me l'a fait apprécier. Peut-être lire à petites doses ? Parce qu'il faut bien le lire, du moins, je le recommande. Malgré le propos (et la longueur), c'est une lecture agréable, drôle, émouvante, pas aussi sombre qu'on pourrait l'imaginer.
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Luniver
  06 juin 2012
L'histoire se déroule en Ouzbékistan quelques mois après la mort de Staline. Paul Nikolaievitch Roussanov intègre le pavillon des cancéreux pour une tumeur au cou. Fonctionnaire modèle, il est presque outré qu'une tumeur ose s'attaquer à un cadre du parti. le manque d'empressement des médecins à son chevet le scandalise, puis l'angoisse quand il se rend compte que cette fois-ci, ses nombreuses relations ne pourront l'aider en rien. Les bouleversements dans la société ne le calment en rien : les anciens camarades qu'il a courageusement, et anonymement, dénoncés risquent d'être réhabilités. L'anniversaire de la mort de Staline est célébrée de manière extrêmement discrète, à la stupeur de certains malades pour qui il représentait toute leur vie.
À côté de Roussanov se trouve Oleg Kostoglotov. Son parcours est diamétralement opposé : il a passé plusieurs années dans les goulags, et en est sorti uniquement pour se faire soigner. Il tente alors de reprendre un peu de contrôle sur sa vie en contestant les choix des médecins et en essayant de peser sur leurs décisions : il se documente lui-même sur le cancer pour tenter de connaître précisément son état, il tente de convaincre les médecins de le laisser partir pour qu'il profite des derniers mois qu'il lui reste à vivre, il s'oppose aux injections d'hormones qui le rendront impuissant.
Autour de ces deux personnages gravitent plusieurs autres personnalités intéressantes : Ephrem Poddouïev qui a vécu en égoïste et qui s'interroge sur le sens de la vie quelques jours avant de mourir; Vadim, persuadé d'avoir la mission de faire une découverte scientifique importante, et qui craint de mourir avant de la mener à bien; Chouloubine, qui a renié tous ses principes et toutes ses convictions pour se protéger, mais qui en souffre terriblement; Chaly, qui parle fort, boit de la vodka, et joue au poker, pour se convaincre lui-même que ce qu'il a n'est pas grave; Lioudmila Afanassievna Dontsova, médecin qui se spécialise depuis des années dans le cancer avant de s'apercevoir qu'elle en ressent les premiers symptômes; Vera Kornilievna Gangart, infirmière écarsée par la solitude, qui préfère se faire passer pour mariée par peur d'affronter les regards des autres.
L'intérêt de l'histoire se situe à deux niveaux : humain tout d'abord, en découvrant tous ces hommes devenus égaux par la maladie, partageant les mêmes craintes et les mêmes espoirs fous (commme cette course au champignon de bouleau qui aurait le pouvoir miraculeux de guérir le cancer), et qui s'interroge sur le sens de leur vie. Et politique ensuite, où partisans et adversaires du stalinisme s'affrontent. le changement qui s'annonce peu de temps après la mort de Staline rend encore plus dérisoires tous les efforts consentis et les sévices subis pendant cette période.
Le pavillon des cancéreux est un livre magnifique. Et curieusement, malgré la noirceur des thèmes abordés, c'est avec un sentiment d'espoir et de joie de vivre que j'ai refermé ce chef-d'oeuvre.
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claudine42
  20 janvier 2015
Avec le pavillon des cancéreux on entre dans l'univers glauque des malades atteints de divers troubles, métastases, tumeurs. Cela se passe en 1955, dans un hôpital de Tachkent, en Russie. Ainsi, on va rencontrer des dizaines de personnages qui nous apparaissent les uns après les autres. On y entre avec l'arrivée de Paul Nikolaievitch Roussanov qui souffre d'une tumeur au cou et qui est en totale admiration avec Staline et se vante d'être entièrement dévoué à sa patrie. L'autre personnage phare du récit, Kostoglotov, qui a plusieurs points en communs avec l'auteur, exilé lui aussi dans un village après plusieurs années de "goulag" et atteint d'une tumeur dont il va miraculeusement se soigner, est un homme de grandes valeurs qui croit en l'amour de son prochain et n'accorde que peu de crédit aux chimères proposées par l'État. On entre donc dans la Russie du siècle dernier avec tous ses excès, sa grandeur, ses injustices et l'amour que portent ses habitants à cette chère patrie.
Au fil des pages, dans l'étroit dortoir où sont alités plusieurs hommes (car le récit se déroule presque totalement dans le pavillon leur étant réservé) on va être témoin de leurs discussions animées sur la Russie d'hier et la jeunesse d'aujourd'hui, le système de santé, les remèdes naturels (champignons, racines), les relations entre docteurs et malades, mais aussi des questions plus philosophiques telles que "qu'est ce qui fait vivre les hommes ?" et "quel est l'endroit de la terre qu'on élit entre tous ?" et enfin des questions sur la mort, bien sûr.
Je dirais que la force de ce roman est de passer au travers beaucoup de sujets assez "lourd" sans pour autant nous lasser. Chaque chapitre apporte de la nouveauté et de la fluidité au récit et nous fait réfléchir. Et tous ces sujets sont traités au cours de dialogues parfois très drôles entre malades qui retrouvent de la fougue à se diputer alors qu'ils sont gravement affaiblis par la maladie. Par contre, nulle intrigue dans ces 722 pages, nul suspense. Que de la rhétorique !  Mais à petites doses, ça fait toujours du bien ! 
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Epictete
  22 janvier 2014
J"ai lu ce livre alors que j'étais encore assez jeune, et j'en ai été marqué.
Je découvrais alors tout un tas d'idées de notions, avec lesquelles je n'étais pas familier : La dictature, le totalitarisme, l'emprisonnement, la maladie, la promiscuité, la misère, mais aussi la solidarité, l'amitié, l'instinct de survie.
Quand on entre dans cette lecture, on ne se doute pas que l'on va y passer autant de temps, ni que ses effets seront aussi durables.
Bref, c'est un incontournable de la littérature russe, mais j'oserais dire aussi de la littérature en général.
Il faut l'avoir lu. Donc je ne peux que écourter cette critique pour la terminer par : Lisez-le !
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critiques presse (1)
Telerama   12 octobre 2011
Dans ce grand roman russe, Soljenitsyne s'interroge sur le sens de la vie, dépeignant un lieu où il a vécu et des comportements terriblement humains. Une œuvre magistrale.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (60) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   04 septembre 2014
[...] ... La peur ? En ce moment, couché sur le dos, dans l'obscurité de la salle qui soufflotait et ronflotait (il ne passait au travers de la vitre dépolie de la porte qu'un léger reflet de la lampe posée sur la table de l'infirmière, dans le vestibule), Roussanov essayait, de son esprit clair d'insomniaque, de débrouiller pourquoi les ombres de Roditchev [= voisin qu'il avait dénoncé dans les années 30] et de Gouzoun [= compromis dans l'interrogatoire de Roditchev] l'avaient à ce point bouleversé et s'il se serait pareillement effrayé du retour des autres personnes dont il avait également contribué à établir la culpabilité : cet Edouard Khristoforovitch, mentionné en passant par Roditchev, un ingénieur d'éducation bourgeoise qui avait devant des ouvriers traité Paul Nikolaïevitch [= Roussanov] d'imbécile et d'arriviste (il avait par la suite avoué qu'il rêvait de restaurer le capitalisme) ; cette sténographe coupable d'avoir déformé le discours d'un chef important, protecteur de Paul Nikolaïevitch (or, il n'avait pas du tout dit les choses de cette façon) ; ce comptable, difficile à manier (un fils de prêtre, qui plus est - on l'avait entortillé en une minute) ; les Eltchanski, mari et femme ... et tant d'autres ! ...

Aucun d'eux n'avait fait peur à Paul Nikolaïevitch, il avait de plus en plus hardiment et ouvertement aidé à étayer les accusations, il était même allé deux fois à des confrontations, il y avait élevé la voix, il les avait démasqués. C'est qu'on n'estimait pas du tout à l'époque qu'il y avait quelque chose dont on dut avoir honte. En cette belle et honnête époque, en 37, en 38, on sentait se purifier l'atmosphère publique, on commençait à respirer si bien ! Tous les menteurs, tous les calomniateurs, les amateurs trop hardis d'auto-critique, les intellectuaillons trop retors, tous avaient disparu, cachés, blottis, et les personnes de principes, fermes, dévouées, les amis de Roussanov et Roussanov lui-même, marchaient la tête haute et digne.

Et voici que maintenant commençait une nouvelle époque, trouble et malsaine, où il fallait rougir au souvenir de ses plus beaux actes de civisme ! Ou même craindre pour soi ? ... [...]
+ Lire la suite
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LuniverLuniver   31 mai 2012
Il m'était déjà arrivé de me demander, et je me le demande de plus en plus à présent, quel est tout de même le prix maximal de la vie. Que peut-on donner pour la conserver, et où est la limite ? Comme on vous l'enseigne maintenant à l'école : «Ce que l'homme a de plus cher, c'est la vie, elle ne lui est donnée qu'une fois.» Par conséquent : s'accrocher à la vie à n'importe quel prix... Nous sommes beaucoup à qui les camps ont fait comprendre que la trahison, le sacrifice d'être bons et démunis était un prix trop élevé, et que notre vie ne le valait pas. Quand à la servilité, la flatterie, le mensonge, les avis, au camp étaient partagés : certains disaient que ce prix-là était acceptable, et c'est peut-être vrai.

Oui, mais avoir la vie sauve au prix de tout ce qui en fait la couleur, le parfum, l'émotion ? Obtenir la vie avec la digestion, la respiration, l'activité musculaire et cérébrale, et rien de plus. Devenir un schéma ambulant. Ce prix-là, n'est-ce pas un peu trop demander ? N'est-ce pas une dérision ? Faut-il le payer ?
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WolandWoland   04 septembre 2014
[...] ... Du noir nuage de soupçons accumulé au-dessus des blouses blanches, il ne restait plus ici et là que des lambeaux qui s'en allaient. Tout récemment, un chauffeur du Guépéou avait été hospitalisé ici pour une tumeur à l'estomac. C'était un "chirurgical" et Vera Kornilievna n'avait rien à voir avec lui ; mais, une nuit, elle avait été de garde, et c'était elle qui avait fait la visite du soir. Cet homme s'était plaint de mal dormir. Elle lui avait prescrit du bromural ; là-dessus, l'infirmière lui avait dit que les comprimés étaient minuscules, et elle avait répondu : "Donnez-lui-en deux !" Le malade les avait pris et Vera Kornilievna n'avait même pas remarqué le regard qu'il lui avait lancé. L'affaire en serait restée là si l'une des laborantines de service, voisine du chauffeur dans l'appartement communal où ils habitaient, n'était venue lui rendre visite dans sa chambre d'hôpital. Elle avait ensuite couru chez Vera Kornilievna, toute retournée : le chauffeur n'avait pas pris les comprimés (pourquoi deux d'un coup ?), il n'avait pas dormi de la nuit et il venait de la questionner : "Pourquoi s'appelle-t-elle Gangart [= nom allemand] ? - lui avait-il dit - parle-moi un peu d'elle en détail. Elle a voulu m'empoisonner. Il faut que nous nous occupions d'elle."

Et, pendant plusieurs semaines, Vera Kornilievna avait attendu qu'on vînt s'occuper d'elle. Et pourtant, toutes ces semaines, elle avait dû, sans la moindre défaillance, sans la moindre erreur, et même avec enthousiasme, établir des diagnostics, évaluer, de manière irréprochable les doses de rayons nécessaires à chaque traitement, encourager du regard et réconforter par son sourire les malades tombés dans le cercle infernal du cancer, et surprendre dans chaque regard la même question : "Tu n'est pas une empoisonneuse, au moins ?"

Et puis il y avait eu autre chose encore de pénible pendant la visite d'aujourd'hui : Kostoglotov, l'un de ceux, parmi les malades, dont l'état était le plus satisfaisant et pour lequel Vera Kornilievna, sans bien savoir pourquoi, éprouvait une réelle sympathie, ce même Kostoglotov avait ouvertement pris à partie "maman" [= le Dr Dontsova, chef du service] et la soupçonnait visiblement de se servir de lui pour quelque obscure expérimentation. ... [...]
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WolandWoland   25 août 2014
[...] ... La peur ? En ce moment, couché sur le dos, dans l'obscurité de la salle qui soufflotait et ronflotait (il ne passait au travers de la vitre dépolie de la porte qu'un léger reflet de la lampe posée sur la table de l'infirmière, dans le vestibule), Roussanov essayait, de son esprit clair d'insomniaque, de débrouiller pourquoi les ombres de Roditchev [= voisin qu'il avait dénoncé dans les années 30] et de Gouzoun [= compromis dans l'interrogatoire de Roditchev] l'avaient à ce point bouleversé et s'il se serait pareillement effrayé du retour des autres personnes dont il avait également contribué à établir la culpabilité : cet Edouard Khristoforovitch, mentionné en passant par Roditchev, un ingénieur d'éducation bourgeoise qui avait devant des ouvriers traité Paul Nikolaïevitch [= Roussanov] d'imbécile et d'arriviste (il avait par la suite avoué qu'il rêvait de restaurer le capitalisme) ; cette sténographe coupable d'avoir déformé le discours d'un chef important, protecteur de Paul Nikolaïevitch (or, il n'avait pas du tout dit les choses de cette façon) ; ce comptable, difficile à manier (un fils de prêtre, qui plus est - on l'avait entortillé en une minute) ; les Eltchanski, mari et femme ... et tant d'autres ! ...

Aucun d'eux n'avait fait peur à Paul Nikolaïevitch, il avait de plus en plus hardiment et ouvertement aidé à étayer les accusations, il était même allé deux fois à des confrontations, il y avait élevé la voix, il les avait démasqués. C'est qu'on n'estimait pas du tout à l'époque qu'il y avait quelque chose dont on dut avoir honte. En cette belle et honnête époque, en 37, en 38, on sentait se purifier l'atmosphère publique, on commençait à respirer si bien ! Tous les menteurs, tous les calomniateurs, les amateurs trop hardis d'auto-critique, les intellectuaillons trop retors, tous avaient disparu, cachés, blottis, et les personnes de principes, fermes, dévouées, les amis de Roussanov et Roussanov lui-même, marchaient la tête haute et digne.

Et voici que maintenant commençait une nouvelle époque, trouble et malsaine, où il fallait rougir au souvenir de ses plus beaux actes de civisme ! Ou même craindre pour soi ? ... [...]
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MarpleMarple   19 avril 2013
De même qu'une bicyclette, de même qu'une roue, une fois lancées, ne peuvent demeurer stables que dans le mouvement et tombent dès qu'elles en sont privées, ainsi en va-t-il du jeu entre un homme et une femme : une fois commencé, il ne peut subsister que s'il se développe.
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