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Lucia Cathala-Galinskaïa (Autre)Jean Cathala (Autre)
ISBN : 2264000708
Éditeur : 10-18 (30/11/-1)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.1/5 (sur 764 notes)
Résumé :
En 1962, pour qu'Une joumée d'Ivan Denissovitch pût être publiée en URSS, Soljenitsyne avait dû consentir à des coupures et, par endroits, remanier le texte original. Voici la version intégrale de ce roman si profondément, si tragiquement russe et qui, cependant, fait maintenant partie du patrimoine mondial de la culture. Vingt ans ont passé depuis qu'il a vu le jour. Des oeuvres monumentales ont succédé à ce joyau : le Premier Cercle, le Pavillon des cancéreux, Aoû... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (82) Voir plus Ajouter une critique
Luniver
  06 janvier 2013
Ivan Denissovitch Choukhov a été condamné à dix ans de camp de travail pour « trahison envers la patrie ». En réalité, il a simplement été fait prisonnier par les Allemands pendant la seconde guerre mondiale avant de parvenir à s'enfuir, pensant, naïvement, qu'il serait accueilli à bras ouvert à son retour. Bien qu'ayant déjà effectué la majeure partie de sa peine, il sait pertinemment qu'elle sera prolongée encore et encore, et qu'il ne sortira probablement du camp que les pieds devant.
Choukhov supporte pourtant chaque journée avec une résignation qu'approuveraient les stoïciens de l'antiquité. Toutes les petites combines sont bonnes pour améliorer un peu son existence : ne pas manger toute sa miche de pain le matin pour la faire durer et avoir l'illusion d'avoir de plus grandes rations ; rendre de menus services à ceux qui peuvent recevoir des colis pour recevoir quelque chose en retour ; embrouiller les comptes du cuisinier pour obtenir une part de soupe supplémentaire ; cacher la meilleure truelle du chantier pour s'assurer de la garder tous les jours ; …
Dès les premières pages, on s'identifie à Choukhov : on sent le froid mordant qui essaie de se frayer un chemin jusqu'à lui, son creux à l'estomac, on partage sa crainte que le morceau de pain qu'il a caché soit dérobé pendant son absence, on tremble qu'un autre prisonnier ne le trahisse pour y gagner un petit avantage.
Une œuvre puissante, qui nous fait comprendre à travers un témoignage minimaliste tout l'envers du décor : un système totalitaire qui nie l'individu, lui enlève tout espoir et toute possibilité de réintégrer la vie normale.
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Archie
  06 août 2019
Ce livre occupe une place à part dans la littérature. Ecrit dans les années cinquante, sa publication est autorisée en Union Soviétique en 1962, au cours d'un moment éphémère d'assouplissement du régime. Une journée d'Yvan Denissovitch révèle alors au monde l'existence du goulag, un système concentrationnaire à grande échelle, administré secrètement par la police politique aux ordres du pouvoir soviétique et du parti communiste. L'existence de camps de concentration, où étaient déportés les opposants et les dissidents au même titre que les condamnés de droit commun, était jusqu'alors subodorée sans preuve dans le monde libre et formellement démentie dans les pays de l'Est, ainsi que par leurs sympathisants en Occident.
L'auteur, Alexandre Soljenitsyne, un ancien officier, avait lui-même été déporté pendant huit ans, à la suite de critiques émises dans une correspondance privée sur la politique militaire de Staline pendant la seconde guerre mondiale. La publication d'Une journée d'Yvan Denissovitch le fait connaître à la fois pour sa détermination de dissident au régime et pour son talent d'écrivain, qui lui vaudra le Prix Nobel de littérature en 1970.
Pour faire connaître la vie quotidienne des prisonniers – les zeks – d'un camp du goulag, Soljenitstyne choisit de circonscrire sa narration à une journée et à un détenu, Ivan Denissovich Choukhov, un brave paysan, condamné à dix ans de travaux forcés de maçonnerie huit ans plus tôt, en 1941, parce qu'après avoir été fait prisonnier par les Allemands, il avait réussi à s'évader quelques jours plus tard. Lors d'un simulacre de procès, la justice soviétique en avait conclu qu'il était un traître et un espion.
La journée s'ouvre sur le réveil des prisonniers. Il est 5 heures. C'est en tout cas l'évaluation des zeks, car ils n'ont ni montre ni horloge auxquelles se référer. A quoi leur servirait de connaître l'heure, ont pensé leurs geôliers, si ce n'est pour comptabiliser le temps de travail qu'on leur impose ?
Les camps sont situés loin de tout, dans des zones désertiques, la plupart en Sibérie du Nord, où les températures peuvent descendre jusqu'à 40 degrés en dessous de zéro. Les zeks sont logés dans des baraques rudimentaires non isolées, à peine chauffées, où des structures de couchettes collectives superposées sont installées. Pour leur vie quotidienne, comme pour le travail qui leur est assigné, ils sont organisés en brigades, sous l'autorité d'un des leurs, le brigadier, un zek « expérimenté » chargé de négocier leurs intérêts, face aux surveillants et aux autres personnels de l'administration du camp.
Les conditions de détention sont très dures. le froid est terrible, la nourriture inconsistante et insuffisante. La surveillance est à chaque instant un prétexte de maltraitance physique ou mentale : appels, contre-appels, ordres, contrordres, fouilles, récriminations, brimades, sanctions, chantage… tout est fait pour détruire l'homme derrière le zek. Seul point non négatif, au regard de ce que l'on sait sur d'autres camps de concentration, il ne s'y trouve ni chambre à gaz ni four crématoire. Mais cela, Choukhov et les autres zeks n'en ont pas la moindre idée.
Certains zeks décomptent les jours qu'il leur reste à tirer. Pas Choukhov ! Il a constaté qu'une fois la peine purgée, les condamnations sont systématiquement reconduites, sans même qu'on en donne la raison. Il sait donc qu'il est inutile d'espérer, qu'il ne rentrera jamais chez lui, qu'il ne reverra jamais sa femme et ses enfants.
En l'absence d'espérance, la seule façon de survivre est de s'adapter avec pragmatisme. Éviter de se faire sanctionner par les surveillants, de se faire spolier par les autres zeks. Collectionner les tous petits plaisirs : du rab de pain, la chaleur d'une soupe, une bouffée de cigarette, un échange de sourires, quelques minutes de répit près du poêle, un instant à soi emmitouflé sur sa paillasse… La journée qui fait l'objet du livre aura été bonne pour Ivan Denissovitch Choukhov. Il s'endort heureux.
Le livre est écrit dans le langage parlé d'un homme fruste et madré. La traduction est plutôt réussie. A ma grande honte, j'avoue avoir trouvé le livre un peu ennuyeux. Peut-être est-ce dû au fait que les révélations de Soljenitsyne sont aujourd'hui archi-connues.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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belette2911
  01 septembre 2013
"Une journée d'Ivan Denissovitch", c'est du café fort, du café fort noir, bien qu'en apparence, il n'en ait pas l'air. À vue de nez, le café a l'air fort clair, pour peu, on apercevrait le clocher de l'église dans le fond de la tasse, mais lorsqu'on le goûte, sa force se fait ressentir dans la bouche et elle vous prend à la gorge.
Étrange pourtant, puisque ce récit d'une journée dans un goulag, en plein hiver, ne comporte pas de scènes violentes, ni de scènes de tortures. Pour peu, on lirait bien cette histoire avec le sourire... jusqu'à ce que la dure réalité se fasse ressentir : hé, on est au goulag !
Voilà toute la force du roman de Soljénitsyne : faire du roman fort, nous prendre par les tripes, nous faire ressentir la faim d'Ivan et des autres, nous faire ressentir le froid mordant, la peur, la résignation, la violence des gardiens, l'inhumanité des lieux, le travail titanesque qu'on leur demande d'accomplir, le tout sans épanchements, sans forcer le trait, en restant sobre... Tout en nous donnant un récit d'une forte intensité.
Ben oui, c'est quoi une journée dans toute une vie ? Rien... Mais pourtant, si importante. Surtout qu'au goulag, il faut rester en vie.
Il ne se passe pas de choses exceptionnelles dans le roman, pourtant, l'ennui est impossible et j'ai suivi cette journée d'Ivan avec passion, mes les tripes nouées tout de même.
Ivan, il est un homme simple, avec de l'enthousiasme. Ce n'est pas un tire-au-flanc ou un salaud, mais pour survivre au goulag, il doit ruser afin que son morceau de pain qu'il a caché ne soit pas dérobé durant son absence, ne pas se faire donner par un autre qui aurait à gagner un petit avantage, bref, éviter de se faire remarquer et d'aller au cachot qui signifierait la presque mort.
Mieux qu'un Spartiate, le prisonnier CH-854 de la brigade 104 a mis au point tout un tas de petites combines afin d'améliorer quelque peu sa détention inhumaine : ne pas dévorer toute sa miche de pain le matin pour la faire durer; magouiller afin d'avoir une soupe en plus; rendre des services à ceux qui reçoivent des colis; faire correctement son travail pour ne pas mettre leur brigadier dans la merde; cacher quelque lames dans son uniforme et faire en sorte de ne pas se faire attraper...
Denissovitch se permet même le luxe, à la fin, d'être optimiste et de se dire qu'une journée de plus était passée, sans seulement un nuage, presque un bonheur...
Un récit minimaliste qui donne naissance à une oeuvre puissante, fallait le faire et le génie de l'auteur l'a fait. Poignant.
Et si le lecteur se donne la peine de réfléchir à l'envers du décor, cela lui donnera la vision d'un système totalitaire qui nie l'individu, qui lui enlève tout espoir et toute possibilité de réintégrer la vie normale. Ils savent tous qu'ils ne sortiront jamais de là...
On peut comprendre qu'à l'époque où le roman fut publié dans le "Novy Mir" il fallu couper quelques passages pour la publication (pourtant, ils n'étaient pas excessifs, ces passages) et que cela péta comme une bombe dans l'opinion russe puisque c'était la première fois qu'un écrivain parlait des goulags, lui qui y avait été.
Un grand roman à découvrir !

Lien : https://thecanniballecteur.w..
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Crossroads
  18 septembre 2010
Au Goulag , rien ne vous est epargné !!! Les brimades se suivent sans repit , le but ultime etant bien sur de vous casser , de vous briser afin que votre volonté soit aneantie , lavée de tout residu anti-patriotique faisant ainsi de vous un homme neuf , fidele aux idees du Soviet Supreme.
Livre glaçant s'il en est..( sans vilain jeu de mot car bosser par -30 , a moins d'etre un ours polaire..) Une fois l'effort d'immersion accompli ,rendu delicat par la redaction argotique de ce recit d'epoque et qui a necessité , pour ma part , un petit temps d'adaptation , l'on se prend d'affection pour Choukhov , et sa resignation ( comment ne pas l'etre) s'apparentant souvent a une certaine philosophie de vie (de survie serait plus appropriée ).
La faim , le froid , les maladies , les embrouilles entre prisonniers , et ces comptages qui n'en finissent pas sont ainsi le lot journalier , mensuel , annuel..de ces "reeduques" qui , pour les plus chanceux , ressortiront libres alors que leurs camarades , eux , le feront les pieds devant.

Un livre puissant , dur , d'une immense tristesse au regard de toutes ces vies sacrifiees au profit d'un ideal socialisme omnipotent...
Un livre necessaire...
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majero
  14 novembre 2019
Moins 20 degrés, Sibérie années 50, une journée 'presqu'heureuse' d'Ivan Denissovitch, qui termine bientôt ses dix ans de travaux forcés. Il s'endormira heureux de ne pas avoir été collé au cachot, ni être affecté au travail sans chauffage de construction de barrières mais d'avoir maçonné avec entrain, de ne s'être pas fait piqué à la fouille en ramenant le bout de ferraille qu'il pourra valoriser en couteau de cordonnier, d'avoir eu du pot en petites débrouilles pour une deuxième ration de bouillon ou quelques biscuits de son copain César qui reçoit des colis deux fois par mois et avec lesquels il achète sa tranquillité.
Le style est sobre, factuel, s'attachant à des détails presque désuets et c'est justement cela qui nous prend aux tripes.
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Citations et extraits (100) Voir plus Ajouter une citation
LuniverLuniver   23 décembre 2012
— Pour sûr, fit Choukhov : le soleil est d'aplomb.
— Si le soleil est d'aplomb, fit le commandant, il n'est pas midi, mais une heure.
Ça épata Choukhov :
— Pourquoi ? Tous les vieux te le diront : c'est à l'heure de midi que le soleil est à son plus haut.
— Oui, fit le commandant, c'était vrai de leur temps. Mais, depuis, il y a eu un décret : le soleil, maintenant, atteint sa hauteur maximum à une heure.
— Pas possible ? De qui qu'il est ce décret ?
— Du pouvoir soviétique.
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LuniverLuniver   22 décembre 2012
À cause qu'il ne fait pas chaud dans le réfectoire, la plupart mangent le bonnet sur la tête, mais posément, en cherchant, sous les feuilles de chou noir, la bouillie de petits poissons pourrissants dont on recrache les arêtes sur la table. Lorsque ça fait un gros tas et que la brigade suivante va s'attabler, on les balaie d'un revers de sa main, et elles s'en vont craquer sous les bottes.

Mais on ne crache jamais les arêtes directement sur le plancher : c'est malpoli.
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araucariaaraucaria   29 juillet 2016
Faire son lit, ici, c'est pas compliqué : on détache la couverture gris crasse bordée sous la paillasse, on s'allonge à même la paillasse (les draps, Choukhov n'a pas dormi dedans depuis - mais oui! - depuis 1941 qu'il est parti de la maison : même qu'il trouve drôle, à présent, que les femmes se donnent, en lessives, tant de tintouin pour une chose qui sert à rien), on met sous sa tête l'oreiller (garni, lui, en copeaux), on s'enfile les jambes dans la veste, on déploie le caban par-dessus la couverture...
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araucariaaraucaria   28 juillet 2016
Choukhov, lui, cherchait dans le fond de sa mémoire ce qu'il n'avait pas réussi à faire, le matin, au camp, et il se rappela : l'infirmerie! Le drôle, c'est qu'en travaillant, il l'avait complètement oubliée, l'infirmerie.
A présent, c'est juste l'heure de la visite. Il aurait encore le temps. A condition de ne pas dîner. Et puis, on dirait que les courbatures ont passé. Est-ce que seulement le thermomètre lui trouvera de la fièvre? Inutile de perdre sa peine. Choukhov a réchappé sans docteurs. Heureusement, vu qu'avec les docteurs qu'on a, c'est le paletot de sapin garanti.
Son rêve, maintenant, ça n'est plus l'infirmerie, mais comment rabioter à dîner.
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araucariaaraucaria   29 juillet 2016
Pour le réfectoire, le commandant du camp avait encore fait une autre loi bien sévère : comme quoi les brigades devaient y aller chacune en colonne par deux, et comme quoi, encore, une fois arrivées devant le réfectoire, sans monter les marches, elles devaient se reformer en colonne par cinq et attendre de pied ferme, d'ici que le préposé les laisse entrer.
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Videos de Alexandre Soljenitsyne (69) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Alexandre Soljenitsyne
Extrait de "Une journée d'Ivan Denissovitch" d'Alexandre Soljénitsyne lu par Ivan Morane. Editions Audiolib. Parution le 15 mai 2019 en téléchargement.
Pour en savoir plus : https://www.audiolib.fr/livre-audio/une-journee-divan-denissovitch-9782367627687
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