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Alain Bouldouyre (Illustrateur)
EAN : 9782259197199
486 pages
Éditeur : Plon (15/10/2004)
3.59/5   35 notes
Résumé :
Venise est une grande aventure historique. Elle peut être aussi une passion individuelle. C'est le cas ici.

Dans ce titre : Dictionnaire amoureux de Venise, je souligne le mot amoureux. Il ne s'agit évidemment pas d'un " guide " (il y en a d'excellents), mais d'une expérience personnelle liée à ma vie d'écrivain. Je suis arrivé là très jeune, j'ai passé chaque année, printemps et automne, beaucoup de temps à marcher, naviguer, regarder, respirer, dor... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Lune
  06 novembre 2008
De qui, de quoi risque-t-on de tomber amoureux? de Venise, de Sollers, des deux? L'un est continuellement présent en filigrane et se promène entre les bras de l'autre qui semble si bien fusionner avec cet amant hors du temps (XVIIIè-XXIè, parmi les siècles, à travers siècles...). Venise, telle une coquette incomprise et insoumise se love sensuelle contre le torse de son protecteur. Il nous l'offre, elle se dérobe. Il nous la dévoile, elle nous échappe. Il l'aime, elle reste pudique... Nous sommes pris dans cet élan d'amour et voulons à tout prix la rejoindre et la découvrir comme il nous la fait apercevoir. Se détourner du tourisme de masse, du pseudo-carnaval médiatique, partir à sa conquête en s'oubliant, ne se déplacer d'un chez nous à Elle, que gonflés des beautés qu'il nous a décrites, les mots sonnant à nos oreilles (Proust, Morand, Casanova,etc...), les couleurs et les perspectives noyant nos yeux (Le Titien, Bellini,Giorgione, Manet! etc...) et au bout de nos doigts fébriles tenter de toucher... Venise, un monde dans le monde : "Venise est un trésor flottant, c'est entendu, mais il y a mille trésors dans ce trésor..." Relire Proust, Hemingway, Stendhal... Ecouter et réécouter Vivaldi, Vivaldi et l'incomparable Cecilia Bartoli... S'asseoir, rester sans bouger, assis sur un banc place San Agnese ou accoudé à la rambarde d'une fenêtre face à la Douane de mer. S'imprégner. Voilà ce qu'a réussi Philippe Sollers, nous imprégner de "son" histoire vénitienne et nous faire frissonner. C'est son livre en tête que je parcourrai Venise et que la Rencontre entre elle et moi, peut-être, aura lieu.
"Je ne veux rien voir autrement que par hasard". Friedrich Nietzsche
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Aquilon62
  15 juillet 2021
Qui mieux que Philippe Sollers pour nous faire partager Sa Venise dans ce dictionnaire amoureux
Lui qui nous dit : "du bon usage de Venise : choisir son quartier, son pont, son ponton, son quai, son jardin, ne plus bouger, lire ou écrire" Et bien partons avec lui lire ce Dictionnaire Amoureux
Et il aura écrit sur Venise et à Venise, et dès le prologue le ton est donné :
"Je me revois, à l'automne 1963, arrivant pour la première fois, de nuit, à Venise.
Je viens de Florence, me voici tout à coup sur la place Saint Marc.
La prévision de la scène est étonnante : debout, sous les arcades, regardant la basilique à peine éclairée, je laisse tomber mon sac de voyage, ou plutôt il me tombe de la main droite, tant je suis pétrifié et pris.
J'entends encore le bruit sourd qu'il fait sur les dalles.
Je sais, d'emblée, que je vais passer ma vie à tenter de coïncider avec cet espace ouvert, là, devant moi.
J'ai ressenti une émotion du même genre, mais moins forte, en pénétrant, à Pékin, dans la Cité interdite et, surtout, en allant aux environs visiter le temple du Ciel au toit bleu.
C'est un mouvement bref de tout le corps violemment rejeté en arrière; comme s'il venait de mourir sur place et, en vérité, de rentrer chez soi. Être dehors est peut être une illusion permanente : il n'y aurait que du dedans et nous nous acharnerions à ne pas le savoir.
La nuit (il était très tard, il n'y avait personne ni sur la place ni dans les ruelles) favorisait ce choc semblable à celui qu'on ressent dans l'épaule en tirant un coup de fusil. Détonation silencieuse, vide, plein, vide : évidence intime"
Tel un syndrome De Stendhal....
On comprend mieux cet amour qu'il voue à la Sérénissime et qu'il sait si bien nous transmettre, prenant le relais d'autre écrivains illustres, qui perpétuent a mon sens, le plus beau texte sur Venise, a savoir
L'éloge de Venise, de Luigi Crotto Cieco d'Hadria, prononcé pour la consécration du doge sérénissime de Venise Luigi Mocenigo, le 23 août 1570.
« Voici la ville qui, à tous, inspire la stupeur. Et j'ajouterai que toutes les vertus en Italie dispersées en fuyant la fureur des barbares ici se rassemblèrent, et, ayant reçu du ciel le privilège des alcyons, firent, sur ces eaux, de cette cité, leur nid. Et je conclurai ainsi : qui ne la loue est indigne de sa langue, qui ne la contemple est indigne de la lumière, qui ne l'admire est indigne de l'esprit, qui ne l'honore est indigne de l'honneur. Qui ne l'a vue ne croit point ce qu'on lui en dit et qui la voit croit à peine ce qu'il voit. Qui entend sa gloire n'a de cesse de la voir, et qui la voit n'a de cesse de la revoir. Qui la voit une fois s'en énamoure pour la vie et ne la quitte jamais plus, ou s'il la quitte c'est pour bientôt la retrouver, et s'il ne la retrouve il se désole de ne point la revoir. de ce désir d'y retourner qui pèse sur tous ceux qui la quittèrent elle prit le nom de Venetia, comme pour dire à ceux qui la quittent, dans une douce prière : Veni etiam, reviens encore. »
Un texte qui exprime si bien ce qu'est Venise et qui donne envie d'y venir et d'y revenir que ce soit en vrai ou au travers de textes ou d'ouvrages et ce Dictionnaire Amoureux y contribue...
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Gine
  12 janvier 2011
Ce livre est une somme d'informations et de culture... Emporté à Venise, je m'en suis régalée, revivant l'histoire sur les lieux décrits par Philippe Sollers. L'écriture est pourtant très personnelle et la passion de l'auteur pour la ville surgit à chaque page. Je n'aime pas spécialement cet auteur pour ses écrits antérieurs, mais sur Venise, il est incontournable !
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valerie91230
  24 avril 2015
J'ai aimé ce livre pour son côté forcément partial, pour ses belles photos, et pour ce souvenir que j'ai de Venise. La collection est de toute façon superbe. Et ceci malgré l'agacement que me procure parfois l'auteur toujours si sûr de lui...
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AndyL
  02 février 2015
Passionnée par Venise, j'ai été un peu déçue par cet ouvrage dont j'attendais peut-être trop. Articles choisis dans une thématique très -trop- resserrée, répétitions fréquentes, bref, ce n'est pas le reflet de "ma" Venise. Dommage.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   31 octobre 2020
Vivaldi Antonio (1678-1741)

« Le 4 mars 1678, en même temps que l’apparition d’Antonio Vivaldi en ce monde, se produit un événement très rare : un tremblement de terre. Panique, et beaucoup de dégâts.
J’aime ce signal divin, il définit sa musique. Tempête, éclairs, repos, tourbillon fiévreux et grand calme.
S’il y a un génie du lieu, et du temps absolument singulier de ce lieu, c’est lui. Deux ou trois accords, et on est immédiatement sur place, dans la lagune, entre ciel et eau, dans la préparation des navires, en bateau. Tout évoque ici le bois profilé et rapide, le violon volant, le lent détour flottant suspendu, les cordes, les cordages, une sorte d’artisanat enflammé tenu par l’archet, la main, les doigts, l’oreille infaillible, et puis gouge, varlope, copeaux, coques bondissantes, éclats.

Vivaldi est un dieu grec. Sa fulgurante odyssée reste, par bien des côtés, incompréhensible.
Quel nom, aussi : VI-VAL-DI.
La vie, la valeur, la variété, la vivacité, le dit.
Des dieux au pluriel. C’est dit et redit.
Tout est mystérieux chez lui : sa prêtrise, sa rousseur ("Prete rosso", le prêtre roux ou rouge), sa fureur de composition, sa fécondité créatrice, sa profusion, sa vie de laboratoire incessant avec les jeunes chanteuses de l’Ospedale della Pietà, sa liaison avec la cantatrice Anna Giro (ou Giraud, puisque son père était français), sa mort misérable à Vienne en 1741, la censure sauvage dont il a été l’objet pendant deux siècles, sa redécouverte récente son succès populaire inattendu, sa profondeur cachée.
Robbins Landon, dans son Vivaldi de 1993, rappelle le rôle du poète américain Ezra Pound (voir Pound) dans la résurrection de Vivaldi :

Pendant deux cents ans, le nom d’Antonio Vivaldi n’était connu que des musicologues et des historiens. Mais au XXe siècle, avec le regain d’intérêt pour la musique baroque, il commença à émerger de l’oubli. L’un des artisans de cette renaissance fut l’écrivain américain Ezra Pound, qui vivait à Rapallo et qui y organisa de remarquables concerts consacrés à Vivaldi. Il comptait au nombre de ses amis la violoniste américaine Olga Rudge qui fut l’une des principales interprètes des concerts de Rapallo entre 1933 et 1939. En 1936, à l’instigation de Pound, elle catalogua les trois cent neuf pièces instrumentales de Vivaldi en manuscrits à la Bibliothèque nationale de Turin ; ensuite de quoi elle devint l’une des principales figures dans la renaissance de Vivaldi au XXe siècle, acceptant les fonctions de secrétaire de l’Accademia chigiana à Sienne, où elle fonda, avec le musicologue intalien S.A. Luciani, le Centro di studi vivaldiani.
Olga Rudge était, bien entendu, beaucoup plus qu’une simple "amie" de Pound. On la voit souvent photographiée avec lui à Venise. Je les ai souvent vus tous les deux marcher sur les Zattere, au soleil.
Ce n’est qu’un début. Il faut attendre des années après la Deuxième Guerre mondiale pour que la musique d’église de Vivaldi commence à être connue, sans parler de ses opéras. Les résistances ont été très fortes, mais rien à faire. Vivaldi est un tremblement de terre dans l’histoire falsifiée de la musique, une vague déferlante de vérité et de beauté, d’autant plus inarrêtable qu’il peut passer aussi pour un musicien d’écoute "facile" (on ne compte plus les enregistrements des Quatre Saisons). Il gagne dans tous les registres. C’est une catastrophe pour tous les carcans. [...]

Le ressentiment qu’il provoque est comique. Prêtre catholique et musicien de génie : impossible à admettre. A ce compte-là, il n’est pas non plus admissible que Monteverdi, l’auteur du tardif Couronnement de Poppée, ait été ordonné prêtre dans les dernières années de sa vie. Bref, c’est toujours Venise qui fait problème et qui choque. S’il n’y avait pas eu les transcriptions que Bach a réalisées de Vivaldi (pour lequel il avait la plus vive admiration), il est possible que le nom du "prêtre roux" eût complètement disparu. Les Allemands, par respect pour Bach, ont continué à le citer. Cela a fini par attirer l’attention. L’Histoire et ses ravages ont précipité la suite. Il y avait donc une lumière intraitable et ineffaçable dans l’océan du négatif ? Mais oui, Vivaldi. [...]

J’écoute une fois de plus Il piacere. Et puis le Nisi Dominus, chanté par par James Bowman [cf. plus bas] (il faudrait parler longuement de la façon dont les voix de chant, femmes et hommes, ont été refaçonnées par l’exécution de la musique de Vivaldi, la manière de jouer des instruments aussi. Il a ainsi fallu des années pour que de nouveaux corps amoureux surgissent). J’écoute une fois de plus, jamais assez, ce Gloria résurrectionnel, fou de joie, avec trompettes et choeurs embarqués dans une affirmation grandiose. [...] »
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GineGine   12 janvier 2011
Acqua Alta. La ville est à fleur d'eau, elle se laisse envahir par elle. C'est l'inondation, et il faut installer sur des tréteaux des passerelles de planches. Restons sur les quais, des bottes sont nécessaires, mais on peut aussi retrousser ses pantalons et marcher pieds nus dans cette prairie liquide. Tu enlèves tes souliers à talons, tu danses un peu. Tu te souviens ? La main dans la main près de l'église ? Comme on a ri au soleil ?
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PartempsPartemps   09 novembre 2020
Tout à coup, elle a été là, l’incroyable chanteuse cascadeuse joyeuse. D’où est-elle venue ? De Rome où elle est née ? De ses parents musiciens ? Mais non : de Venise, de l’esprit inlassable et enflammé de Venise, autrement dit d’Antonio Vivaldi.
Il a suffi qu’elle s’empare rythmiquement et vocalement de cette musique pour que celle-ci se mette à vivre comme jamais, à revivre, à supra-vivre travers les syllabes et sa gorge.
Nous sommes dans le superbe et imposant Teatro Olimpico de Vicence (Palladio), en juin 1998.
Cecilia, dans sa belle robe rouge, s’avance devant les musiciens. Elle tape un peu du pied, elle les lance. Elle chante un air de Griselda (texte d’Apostolo Zeno, adapté par Goldoni). Je le donne aussi en français , mais il faut l’écouter en italien :

Agitata da due venti
freme l’onda in mar turbato
e’l nocchiero spaventato
già s’aspetta a naufragar.
Dal dovere da l’amore
combattuti questo core
non resist e par che ceda
e incominci a desperar.


Agitée par deux vents
l’onde frémit sur la mer troublée
et le marin épouvanté
se voit déjà faire naufrage
ce coeur combattu
par le devoir et par l’amour
ne résiste plus et semble céder
et commence à désespérer.

Tempête, donc. Désespoir ? Ce n’est pas ce qu’on va entendre. Attendez Cecilia sur le mot naufragar. Elle le module avec une joie sauvage, elle est ravie de sombrer, l’amour triomphe du devoir (dolore, amore). NAUFRAGAR ! Elle n’a jamais fait mieux, elle ne fera jamais mieux. Vitesse et virtuosité confondantes, éclairs, coups de vent, tornade, percussions, roucoulades, cela s’appelle, à l’époque de Vivaldi et de Haendel, « tordre la voix de légèreté ». Elle a voulu chanter dans ce théâtre, elle a minutieusement préparé son attentat. Ça passe, ça ne casse pas, c’est inouï de torsade. Le public est électrisé, un ange révolutionnaire vient de vibrer.
Cecilia est une grande musicienne (érudite) et une grande comédienne. Il faut la voir de près en concert, tête plus ou moins penchée, cou, poitrine, buste, cuisses, mains, chevilles, mimiques. Tout son corps est un instrument de souffle. Elle peut être furieuse, idyllique, pseudo-naïve, sentimentale, drôle, sadique, tendre, rêveuse, enfantine. Elle a fait le tour des mille détours. Elle prend les mots à la racine (divin italien), elle les étire et les broie, elle les catapulte, les caresse et les fouette. Vivaldi est un dieu incessant des températures, des heures, des saisons, des situations. Un dieu marin, tantôt en tourbillon, tantôt en lévitation. Il possède sa cantatrice, elle le possède. Une telle aptitude à la volupté abolit, chirurgicalement, des tonnes de musique romantique inutiles. Bartoli est une sorcière, une fée, une débauchée, une fille du peuple sensuelle et gaie, une artiste incroyable, une merveilleuse femme de la vie courante, une camarade, une aristocrate, une reine. Elle descend de tous les tableaux vénitiens, Vénus, saintes, elle est là, à la fin du XXe siècle et au début du XXIe. Toute l’actualité paraît lui donner tort, et c’est pour cela qu’elle a raison. Vous avez parié sur l’engloutissement de Venise ? Sur le naufrage de sa civilisation ? Perdu. Rien à attendre des sociétés, Venise ressuscite chaque fois que quelqu’un respire.
Une femme (et quelle femme !) vous le dit tout net.

Réécoutez Agitata da due venti. Et encore. Regardez l’enregistrement public. Et encore. Demandez-vous ce que signifie, dans le temps, la générosité de Cecilia sur scène. Sainte Cécile, on le sait, est la patronne des musiciens.
Ici, une fois encore, Rimbaud : « Je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m’ont précédé ; un musicien même, qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l’amour. »
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PartempsPartemps   24 août 2020
Quand je suis quelques semaines à Venise, c’est mon église (deux fois par jour, le matin, le soir). L’ordre de Gesuates (et pas des Jésuites) était voué au service des hôpitaux. Il est supprimé en 1668 « pour cause de conduite immorale » (laquelle ?). Le lieu passe aux dominicains. Nouvelle église terminée en 1736 par Giorgio Massari, Nef unique, long rectangle aux angles arrondis. trois chapelles de part et d’autre. Sur les côtés, la voûte est percée de grandes fenêtres en demi-lune, et le choeur est couronné d’une coupole terminée par une lanterne. Les peintures sont dans la tradition dominicaine. Piazzctta,, trois saints : Vicenzo Ferrer, Giacinto et Luigi Beltran, très agités, extatiques au sujet de 1 ’eucharistie. Mais l’essentiel se passe au plafond avec Tiepolo. grand maître aérien de l’espace..

Plafond : une vie de saint Dominique sur des petits panneaux latéraux et dans le vaste panneau central, l’étourdissante Institution du rosaire, La Vierge, un rosaire à la main. apparaît à saint Dominique (blanc et noir. selon les couleurs de son ordre, dans une symphonie de couleurs vives), le lui tend, tandis que dans le bas du tableau, et donc dans l’église elle-même, les fidèles attendent que le saint leur transmette, comme une pluie bienfaisante, cette nouvelle façon de prier.
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PartempsPartemps   10 octobre 2020
Pour certains, le centre du monde est le Parthénon, pour d’autres le Mur des Lamentations ou les Pyramides, à moins qu’on ne situe la chose essentielle au Vatican, à La Mecque, dans la Cité interdite, ou encore, de façon plus modestement délirante (Dali), sur l’emplacement de la gare de Perpignan.
Pour moi, comme pour d’autres, c’est la pointe de la Dogana, la Douane de mer, petit triangle tout au bout du Dorsoduro. Son ancien nom est la pointe de la Trinité (comme l’église, le monastère et la Scuola qui s’élevaient là) et pointe du Sel à cause des nombreux entrepôts de sel des Zattere.
Portique et petite tour. Au sommet, deux Atlantes de bronze soutiennent la boule dorée où trône la Fortune de Bernardo Falcone. La Fortune varie, c’est une girouette, elle tourne avec les années et le vent.
Ruskin écrit : « La statue de la Fortune, formant la girouette debout sur le monde, donne une juste idée des conceptions du temps et des espérances et des principes des derniers jours de Venise. »
Pourquoi « les derniers jours de Venise » ? Ruskin s’éloigne, Venise revient.
J’ai passé là bien du temps. A droite, en remontant vers les Zattere, il y a des bancs de pierre. Il est rare qu’ils ne soient pas occupés par des amoureux.
Au printemps 1981, époque pour moi très sombre, j’ai jeté ici, dans l’eau bouillonnante, un exemplaire de Paradis, écrit surtout à Venise pendant sept ans. Geste plus dicté que volontaire.
Dans le film d’André S. Labarthe (1997), pour la partie qui concerne Venise (les deux autres lieux sont l’île de Ré et New York), on me voit là debout pendant que je lis le poème de Hölderlin Andenken. La prise de son, à la dérobée, a été effectuée à l’intérieur de l’église de la Salute. L’autre livre que j’avais alors dans la poche était une traduction de Lao-tseu. Ce plan est plutôt réussi, je pense. Le vent du nord-est, Bordeaux, l’allemand, un Français, la Douane, la Fortune. Ici, on ne pense plus en latin, mais plutôt en grec, en chinois.
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