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EAN : 9782070407255
265 pages
Éditeur : Gallimard (03/03/1999)
3.23/5   11 notes
Résumé :

" Je suis rentré à Paris dans la nuit. L'avion avait du retard. En traversant la cour silencieuse, en ouvrant la porte du studio, j'ai eu une sensation de grande étrangeté. Tout était en ordre, en attente, personne n'était venu, mais c'était comme si je n'avais pas bougé, comme si j'étais resté assis devant mon bureau pendant mon absence : un autre volume. Je me suis vu distinctement du dehors, penché... >Voir plus
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
moklosmoklos   17 septembre 2007
Je cherche le dissemblable, l’inamical de fond, l’opposé sexuel, racial ou social. J’aime d’instinct les Gitans, les Juifs, les noirs, les chinois, les femmes les plus étrangères, les différences d’âges, de rites, de signaux. J’aime que l’on ne soit pas moi, j’aime admirer et apprendre. Rien de plus répréhensible, plus tard, que ce goût pour l’étude et l’admiration.
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PartempsPartemps   30 juin 2021
Le 19 avril 1812, l’année du désastre français en Russie, le menuisier Zimmer écrit à la mère de Hölderlin :

« Son esprit poétique se montre toujours aussi actif, ainsi il a vu chez moi le dessin d’un temple. Il m’a dit que je devrais en faire un comme cela en bois, à quoi j’ai répliqué qu’il me fallait travailler pour gagner mon pain, que je n’étais pas assez heureux pour pouvoir vivre comme lui dans le Repos philosophique. Il m’a répondu aussitôt : "Hélas, je suis pourtant un pauvre homme", et dans la minute même, il a écrit pour moi les vers suivants sur une planche :

Les lignes de la vie sont diverses
Comme les routes et les contours des montagnes
Ce que nous sommes ici, un Dieu là-bas peut le parfaire
Avec des harmonies et l’éternelle récompense et le repos. »

Madame Hölderlin mère montre cette lettre du menuisier au Pasteur. Ils hochent la tête ensemble. Le petit-fils du Pasteur la montre au Professeur, qui la lègue à son petit-neveu l’Éditeur, lequel la transmet au Poète officiel, qui connaît le Directeur, lequel sponsorise une exposition de manuscrits, dessins et tableaux poétiques, déjà tous vendus à des collectionneurs eux-mêmes conservateurs. « Vous voyez bien, commente le Poète officiel, au sujet du poème contenu dans la lettre du menuisier Zimmer, ce n’est presque rien. » De nos jours, en mars, la Directrice de la tour Zimmer transformée en musée me regarde d’un air soupçonneux. Il fait beau, le soleil brille sur le parquet ciré, un vase rempli de roses rouges est posé sur le sol, au centre de l’ancienne chambre, la Directrice trouve que je n’aurais pas dû ouvrir la fenêtre pour respirer l’air de la vallée traversée par le beau Neckar long de trois cent soixante kilomètres. Elle est blême de réprobation et de fureur rentrée, maintenant, parce que je m’attarde trop, selon elle, devant les vitrines où sont exposés les papiers de Hölderlin couverts de sa fine écriture noire, parce que je murmure pour moi-même les dates inscrites là, sous mes yeux : 2 mars 1648, 24 mai 1778, 25 décembre 1841, 9 mars 1840, 15 novembre 1759, 24 mai 1758, 24 janvier 1676, 24 janvier 1743, 24 mai 1748, 24 mai 1758, et encore 24 mai 1748. La Directrice, sur ma gauche, tapote légèrement la vitrine, je vois son alliance et son rouge à ongles, elle ne dit rien de façon indignée, sauf, à un moment : « Vous cherchez quelque chose de particulier ? » Ah oui, de très particulier, en somme, dans ce rayon de soleil, là, sur les papiers à peine jaunis par le temps, mais la Directrice n’en peut plus, elle attend des journalistes et un photographe, il doit y avoir aussi la télévision, la Directrice est exaspérée, une houle de haine la fait vibrer de toutes ses forces, elle referme violemment la fenêtre, manque de s’étaler les bras en avant dans le vase de fleurs, me pousse vers la sortie, me dit à peine au revoir, il y aura d’autres murs que celui de Berlin, des frontières meurtrières d’on­des, tenez-vous-le pour dit, sale type.


Les lignes de la vie sont diverses
Comme les routes et les contours des montagnes.

Vous voyez bien, rien, ou presque.
Mais c’est justement ce presque qui les irrite, les agite, les inquiète, les trouble. Ce rien n’est pas rien, il est même peut-être d’une folle richesse, et tout le reste, on le sent, pourrait soudain paraître superflu, nul, pauvre, inutile, faux. Ce rien est trop, beaucoup trop. Rassurons-nous, le monde étroitement réel et romanesquement falsifié existe, la Directrice et ses sentiments si intéressants existent, il y a mille choses à raconter tous les jours, des drames, des passions, des intérêts, des singularités, des nouveautés. Des cas extrêmes et tragiques comme ceux de Hölderlin, de Rimbaud, sont parfaitement isolables, d’ailleurs ils se sont jugés et punis eux-mêmes, nous en tirerons, si c’est nécessaire, autant de films déprimants qu’il faudra. Pas question d’arrêter l’industrie du disque. Il tourne désormais tout seul comme la planète, le disque. Et ne nous dites pas qu’il fait remonter, à travers sa rotation ultra-rapide, quelque chose d’invisible et d’à peine audible, quelque chose de tout simple à quoi nous n’aurions pas pensé en termes de chiffres assurés et de publicité réservée. Vous seriez alors un ennemi de la démocratie, on nous a d’ailleurs prévenus lors de la dernière réunion Son et Lumière.
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PartempsPartemps   30 juin 2021
Pourtant, le menuisier Zimmer, chez lequel il a pris pension (un nom prédestiné, Zimmer, puisqu’il veut dire « chambre »), ne se plaint pas trop de son malade, voyez ce qu’il dit pendant l’été 1836 : « Oh ! en vérité il n’est plus du tout fou, ce qu’on appelle fou. Il est tout à fait sain de corps, il a bon appétit et boit sa bouteille de vin tous les jours à son heure. Il dort bien, sauf au plus chaud de l’été, où il rôde toute la nuit dans l’escalier. Mais il ne fait de mal à personne. C’est un bien agréable compagnon dans ma maison. Il se sert lui-même, s’habille et se met au lit tout seul. Il peut aussi penser, parler, faire de la musique, tout cela comme auparavant. » Là-dessus, le visiteur s’empresse de dire qu’il n’y a dans tout cela aucune cohérence. « C’est vrai », reconnaît le menuisier, qui est aussi charpentier. Le visiteur journaliste : « Et cet état a pu durer si long­temps sans une crise, sans une interruption ? » Le menuisier, soudain méfiant : « C’est en quoi il est vraiment souabe. Ce qu’est un Souabe, il l’est jusqu’au bout. »

Le journaliste a compris : le menuisier Chambre est aussi fou que son poète, ce sont là des histoires provinciales, archaïques, coupées de l’histoire mondiale et de la régulation des marchés. On fait un détour pour l’exotisme du lieu et de la situation, le bourgmestre et le pasteur hochent la tête, la femme du pasteur rougit, voilà où mène la philosophie trop compliquée, le cerveau explose, la subversion s’en mêle, les intellectuels, c’est connu, se sont toujours trompés. Ces jeunes gens autrefois, le pasteur me l’a dit, avaient de mauvaises fréquentations, des Français athées et débauchés et lui, justement, le fou, est allé en France, même Zimmer est obligé de le reconnaître, il me l’a dit l’autre jour au temple : « C’est la manie du paganisme qui lui a brouillé les idées. » Cette manie, on le sait, a été propagée par l’Antéchrist de l’Église de Rome, relayée ensuite par la Révolution. Elle est un grand danger pour la culture, l’éducation, l’État, l’Art, la Poésie, et sur­tout pour la femme au foyer. N’est-il pas vrai que ce délirant, autrefois précepteur refusant d’être pasteur, a été le suborneur d’une femme mariée mère de quatre enfants ? Que le scandale a été étouffé à grand-peine par le mari, l’honorable banquier Gontard de Francfort ? Il paraît que ce dément se fait appeler maintenant, par dérision, Monsieur le Bibliothécaire. Savez-vous que la dernière fois que je l’ai vu il m’a dit : « Mais non, mais non, que Votre Sainteté, Votre Altesse, Votre Grâce, se rassure. Sa Majesté veut-elle que je lui écrive un poème ? Sur l’été, le printemps, l’hiver ? Le passage des nuages ? Sur les moutons, là, sur ce pont ? »
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PartempsPartemps   30 juin 2021
Le conseiller aulique Genning, le 2 juillet 1805, notait déjà, en commençant, pendant ses vacances, ce qu’il appelle son « poème didactique » : « Le pauvre Hölderlin en loue l’idée, mais m’a dit que je ne devais pas le faire trop moral. Est-ce un esprit sain ou malade qui parle ici en lui ? » On voit que la bonne société était poétiquement sur ses gardes. Elle l’est toujours. Par exemple, aujourd’hui, tel directeur de journal ou de télévision, en train d’écrire son roman, rencontrant un écrivain qui lui dirait : « Vous écrivez un roman ? Vous ne voulez pas que je vous le termine pendant le week-end ? » serait amené à parler du « pauvre X. ». D’autant plus si X. lui disait soudain que, lui, maintenant, écrit des poèmes dont le sujet peut être n’importe quoi : les oiseaux, la lumière, les arbres, le temps, les montagnes, les feuillages, les dieux, les femmes brunes sur le sol de soie, le journal du jour lorsqu’on le jette, la télévision quand on l’éteint et que l’adorable fraîcheur de la nuit entre par la fenêtre. « Pauvre X., il est vraiment très atteint. » Voilà, à n’en pas douter, ce que le Directeur, en consultant son dossier publicitaire du lendemain et ses marges bénéficiaires en fonction de ses actionnaires, dirait le soir à sa femme en train de se maquiller pour le dîner qu’ils donnent tous deux en l’honneur de leurs amis fonctionnaires-romanciers, membres du jury Le Roman Pour Tous ou La Fiction Contre l’Exclusion, lequel décerne chaque mois son prix convoité par les candidats nommés par le jury lui-même.

Et ainsi de suite.

— Quoi ? Vous dites que les Illuminations de Rimbaud, méconnaissables car recopiées sur une mauvaise machine à écrire, ont été envoyées à tous les éditeurs, français et internationaux, et partout unanimement refusées ? Bon, d’accord, et alors ? Mauvaise plaisanterie de lycéens ou de rapeurs, aucune importance. D’ailleurs, il y a des photos de Rimbaud partout et jusque dans le métro. On a transféré ses cendres au Panthéon au siècle dernier. Comment, ce n’était pas lui ? Qui, alors ? Son frère ? Sa sœur ? De toute façon, Victor Malraux a dit ce qu’il fallait sur la question. À moins que ce ne soit Louis Breton ? André Aragon ? Albert Sartre ? Virginie Duras ? Jean-Paul Camus ? Simone Yourcenar ? Stéphane Verlaine ? Frédéric Mallarmé ? Paul Char ? Antonin Claudel ? Marcel Céline ? Louis­ Ferdinand Proust ? Guy Ducasse ? Isidore Debord ?
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PartempsPartemps   27 novembre 2020
Le Rhin et le Rhône sont germains, la Seine romaine, la Garonne grecque. On contourne l’éblouissement du Midi par la réflexion atlantique, l’étendue protégée où se trouvent les Hespérides. On peut aller jusqu’en Amérique, mais cela, à la longue, ne servira pas à grand-chose, il faudra revenir au port. Voilà ce que voit Hölderlin dans son poème Andenken [7]. Je le relis souvent. Alors, je me retrouve là-bas, dans le jardin sombre entouré de vignes, sous la protection du " feu du ciel ". Alors, le vent du nord-est souffle, présage heureux pour les navigateurs, et je vois la " belle Garonne " devant moi, vaste, pensive, argentée, avec son sentier qui " longe la rive exacte ". Alors, Maria ressurgit comme aux " jours de fêtes, les femmes de ces lieux, les femmes brunes allant sur le sol de soie ". On est en mars, c’est le milieu du temps où la nuit est égale au jour. Femmes de soie, temps de soie. " Et sur les lents sentiers passent lourds de rêves d’or les souffles berceurs. " Le pollen flotte, les mimosas sont en fleur. On va en promenade jusqu’à " la pointe venteuse, au pied des vignes, où descend la Dordogne, ensemble avec la somptueuse Garonne, large comme la mer ".
Oui, je vois tout cela sans rien voir, c’est une vision pour dormir après avoir bu la " sombre lumière ". Non pas dans une coupe parfumée, comme dit Hölderlin, mais dans un léger verre de cristal qui fait résonner le rouge sang ou l’or des légendes. Et il est vrai que " la mer, qui prend la mémoire, la donne ", puisqu’il s’agit de l’océan, justement, de cet océan-là, et pas d’un autre, de ce vieil océan aux vagues de cristal, de ce fleuve-là, et pas d’un autre, augmenté d’un autre fleuve, qui font que ces deux fleuves forment une mer avant de devenir océan. La mer sans marée se jette dans l’océan qui va et vient sous la lune, et si Bordeaux, avec son croissant, s’appelle le Port de la Lune, ce n’est pas pour rien, mer mêlée au soleil, océan à la lune, opération détournée du temps passant par le mûrissement du raisin et des pins. Le sol soyeux est couvert d’aiguilles, on chausse des espadrilles. Et il est vrai, aussi, que " l’amour rive des yeux attentifs ". De tels yeux attentifs sont rares, l’amour est rare. Pour cette raison, " les poètes fondent ce qui demeure ". Il suffit donc d’entrer dans ce qui demeure. Ici.
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Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2502494/philippe-sollers-agent-secret
Note de musique : © mollat
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