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EAN : 9782290385760
640 pages
J'ai lu (03/05/2023)
3.64/5   74 notes
Résumé :
Vern, enceinte, s'est échappée de la communauté religieuse où elle a grandi. Depuis, elle vit dans la forêt, où elle a donné naissance à des jumeaux qu'elle élève dans des conditions précaires. Elle doit cependant quitter ce refuge, tant pour essayer de comprendre les inexplicables changements de son corps que pour fuir la menace d'un personnage mystérieux, homme ou bête, qui les traque sans relâche. Commence alors un voyage initiatique à travers les États-Unis, où ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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Acclamée dès son premier roman, l'excellent L'incivilité des fantômes, Rivers Solomon avait enfoncé le clou un an plus tard avec Les Abysses.
Comme toujours en France, ce sont les éditions des Forges Vulcain qui nous offrent aujourd'hui son troisième ouvrage avec l'ambitieux Sorrowland, pavé de plus de 500 pages où Solomon convoque une fois de plus ses fantômes et les fait remonter du plus profond des abysses humains.
Coup de génie ou déception ?

Dans la forêt
Une jeune femme court dans la forêt. On ne sait ni où elle se trouve ni ce qu'elle fuit, mais Vern doit bientôt marquer le pas pour mettre au monde son premier enfant. Hurlant est né. Viendra ensuite Farouche… puis les loups… et le Démon qui la poursuit. Vern recommence immédiatement à fuir dans la nuit, elle fuit une communauté où elle a vécu une grande partie de sa vie : le domaine de Caïn. Femme du gourou Sherman, Vern a décidé de ne pas se laisser maintenir en servitude, elle a décidé de désobéir et de se révolter toujours.
On apprend rapidement que le domaine de Caïn est une communauté noire séparatiste qui rejette toute influence du monde blanc extérieur. Caïn est un nouveau paradis pour les Noirs et leurs enfants. du moins, il est censé l'être.
Sous son vernis racial, la secte n'en reste pas moins une secte. Ses membres sont ligotés la nuit pour d'obscures raisons, on pratique le mariage forcé et le gourou a bien entendu les pleins pouvoirs. N'oublions pas non plus certaines tortures et autres joyeusetés afin de punir vices et péchés à l'encontre de certains adeptes forcément pervertit par les Blancs. Vern, elle, n'est pas comme les autres. Et pas seulement parce qu'elle est une femme intersexe noire et albinos, non. Mais parce que Vern ne veut plus subir, elle ne veut plus être dominée par qui que ce soit. Elle souhaite mettre au monde des enfants véritablement libres, loin des contraintes et des châtiments.
Malheureusement, après quelques années passées dans la forêt, Vern doit se rendre à l'évidence, elle doit retrouver le monde extérieur pour mettre de la distance entre elle et le culte de Caïn…et tenter de trouver des réponses aux terribles changements corporels qui l'affligent !
Elle fait alors la connaissance d'une autochtone, Gogo, qui va à la fois l'aider à survivre mais également à accepter qui elle est vraiment.
Rivers Solomon parle dans son introduction d' « États-Unis imaginaires » mais, soyons clairs d'emblée, Sorrowland se déroule bel et bien dans notre monde réel, à quelques complots près. de ce fait, Sorrowland est certainement le roman le plus ancré dans le réel comparativement à ses éminents prédécesseurs. Solomon retrouve son penchant science-fictif de L'incivilité des fantômes et le mixe avec le fantastique des Abysses.
Le résultat est pour le moins surprenant et tout à fait passionnant dans son premier tiers, porté par la plume incisive et revendicatrice de son autrice. Mais dès la seconde partie et l'irruption de Vern dans le monde extérieur, les choses se gâtent…

Overdose intersectionnelle
Si vous avez suivi la carrière de Rivers Solomon jusque là, vous savez à quel point ses romans sont engagés et puissants.
C'est naturellement le cas de ce Sorrowland.
Malheureusement, Solomon se laisse déborder et, à force, loupe la plupart des thématiques qu'elle tente de défendre. En effet, le roman parle bien évidemment de la cause Noire et de liberté sexuelle, notamment confrontée à l'homophobie presque traditionnelle du domaine de Caïn.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là et l'autrice tente de parler dans le même temps d'acceptation de son propre corps, de « coming of age », de colonisation, des peuples autochtones, de parentalité, d'altérité, de révolte, de misogynie et de patriarcat, d'abus sexuels et même de la question du VIH…
C'est l'overdose !
En voulant parler d'autant de choses dans une intrigue aussi fine et bancale, Solomon étouffe une bonne partie de ce dont elle veut parler. Ainsi, le sous-texte sur le passif colonial des États-Unis et la souffrance des autochtones à travers le personnage de Gogo passe très mal. Cette dernière semble davantage là pour faire office de faire valoir aux revendications de Vern que pour parler des véritables malheurs qui accablent son peuple. Il en résulte un propos superficiel et maladroit, pour ne pas dire opportuniste, et qui sonne totalement faux et creux après la lecture d'un grand roman comme Les Femmes de North End de Katherena Vermette. Il en sera de même d'ailleurs pour les rapports entretenus par Vern et ses deux enfants, Hurlant et Farouche, qui sont souvent sacrifiés sur l'autel d'une histoire complotiste mal amenée. Après 250 pages plutôt réussies, Rivers Solomon révèle que la transformation mycélienne de son héroïne ne doit rien au hasard mais cette révélation qui arrive comme un cheveu sur la soupe ne repose très longtemps sur rien d'autres que la parole de Gogo. Mal exploitée et mal mise en place, cette idée avait pourtant énormément de choses pour plaire, notamment dans ce qu'elle permet d'établir comme lien entre les ancêtres de Vern et elle-même, et cette écho tendu entre le monde humain et le monde végétal.
Tout se passe comme si Solomon n'arrivait pas à cadrer ses idées et que le tout bouillonnait tant et si bien que le récit lui-même finissait par s'y brûler.
Une déception au regard de ce premier tiers aussi envoûtant que fascinant et qui promettait beaucoup plus au lecteur, dans une atmosphère quasi-horrifique capable de réutiliser à merveille des mythes sinistres comme celui des Docteurs de la Nuit.

Accepter qui l'on est
Si l'on arrive cependant à passer outre un récit souvent trop facile qui se repose beaucoup trop sur des ressorts fantastiques peu crédibles pour asseoir son complotisme science-fictif, Sorrowland offre encore pas mal de belles choses de la part de son autrice. À commencer par le personnage de Vern elle-même, magnifique figure de jeune fille qui ne sait plus qui elle est.
Au cours de l'histoire, Solomon charge le poids du fait religieux et la culpabilité qui s'implante inconsciemment en Vern. C'est le chemin de l'acceptation de sa propre sexualité et, au-delà, de sa propre identité qui s'avère la plus grande réussite de ce roman et qui permet aussi de redorer le blason terni de Gogo qui, cette fois, trouve une véritable existence dans cet amour libérateur.
De même, Sorrowland incite à se méfier des faux-prophètes et montre de façon intelligente que la manipulation de causes nobles peut finir dans l'extrémisme et le fanatisme le plus total. Que parfois, sous les oripeaux du nouveau monde se cache le retour dans les ténèbres du passé.
Le passé occupe toujours une très large place dans le récit de Solomon.
La figure du fantôme, omniprésente chez la britannique, s'incarne même ici littéralement par les « hallucinations » de Vern. Des hallucinations qui blessent mais qui épaulent aussi, qui soignent et qui effraient. En un sens, c'est aussi le message sur le poids du passé qui sauve Sorrowland. Si l'expérience mycélienne semble tirée par les cheveux, elle permet de mettre en lumière les atrocités commises sur des femmes noires par le passé, faisant écho elles-mêmes aux autres expérimentations médicales abominables de l'Histoire récente de l'humanité. le corps, motif récurrent pour ne pas dire primordial chez Solomon, est un enjeu central. C'est son bouleversement ou sa profanation qui transfigure l'être, en bien ou en mal. C'est aussi lui qui, souvent, devient un enjeu politique et religieux. Dommage que Rivers Solomon ne s'applique pas mieux dans ces thématiques et qu'elle préfère s'investir à fond dans une intrigue bancale et trop superficielle.

Sorrowland avait le potentiel d'être tellement plus s'il choisissait d'en faire moins (et mieux). Affaibli par un cheminement narratif bancal et souvent grossier, le roman de Rivers Solomon peine à trouver ses marques et se noie dans ses multiples revendications intersectionnelles qui, à force de s'empiler les unes sur les autres, finissent par s'étouffer mutuellement. Reste le talent de l'autrice pour les personnages marquants et meurtris, mais cela est-il suffisant ?
Lien : https://justaword.fr/sorrowl..
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Troisième roman traduit de Rivers Solomon après les remarqués « L'incivilité des fantômes » et « Les abysses », « Sorrowland » reprend une partie des thématiques déjà évoquées dans les précédentes oeuvres de l'auteur mais avec un cadre très différent. Pas de vaisseau spatial ni de cité sous-marine, donc, mais une petite communauté américaine vivant en autarcie et dont les membres appartiennent à la même secte : le Domaine béni de Caïn. Fondée sous l'impulsion d'un groupe nationaliste noir, celle-ci prône la séparation avec la civilisation des blancs et la nécessité de se reconnecter avec la nature et des savoirs-faire concrets dans le but de maximiser les chances des noirs de survivre. La religion y occupe une place omniprésente, aussi le soin de la communauté est-il placé entre les mains du révérend Sherman qui commande à l'ensemble des habitants du domaine. Parmi eux figure Vern, une jeune femme qu'on a justement marié au révérend mais qui, depuis toujours, refuse de se soumettre et de se plier aux règles de la communauté malgré les nombreux rappels à l'ordre. N'y tenant plus, Vern, enceinte et presque à terme, va finalement se décider à fuir le domaine pour trouver refuge dans la forêt environnante. Elle y mettra au monde deux petits, des jumeaux, qu'elle va tout faire pour garder en vie tout en tâchant de les maintenir à l'écart de l'influence grandissante de la secte qui l'a vu naître. Si « Les abysses » m'avait laissée un sentiment mitigé, « Sorrowland », lui, m'a totalement conquise. L'auteur nous plonge dès les premières pages au coeur de l'action, avec cette jeune femme fuyant un prédateur invisible tout en mettant au monde ses petits, et cette angoisse qui nous étreint dès les premières pages ne nous quittera plus jusqu'à la conclusion de l'histoire. La tension est permanente, ravivée en permanence par l'attitude constamment sur le qui-vive de l'héroïne ou par des scènes brutales qui font voler en éclat le sentiment de sécurité éprouvé brièvement par les personnages. Difficile par conséquent de lâcher le livre une fois entamé, celui-ci ne souffrant que de peu de temps morts qui sont finalement bienvenus tant certains passages s'avèrent émotionnellement chargés.

L'auteur va rajouter à son récit un soupçon de fantastique et de SF qui va donner un peu de sel à l'intrigue. Vern subit en effet de profondes transformations physiques au fur et à mesure de son périple. Transformations qui lui causent des douleurs insupportables mais décuplent sa force et sa capacité à se régénérer. La nécessité vitale pour la jeune femme de comprendre ce phénomène constitue, au-delà de la simple survie, le vrai fil conducteur du récit puisque c'est cela qui va l'obliger à renouer avec son passé. L'histoire du Domaine béni de Caïn est en effet trouble, de même que certains usages rythmant le quotidien des habitants et avec lesquels Vern a toujours été en opposition. L'auteur laisse fuiter ses révélations au compte-goutte, et celles-ci vont souvent de paire avec la survenue de scènes d'action spectaculaires que ne renierait pas un blockbuster. Mais là où le roman est le plus intéressant, c'est en ce qui concerne les thématiques qu'il choisit de mettre en avant. L'auteur aborde ici un grand nombre de sujets, certains plus frontalement que d'autres qui, bien que traversant tout le roman, ne sont évoqués qu'en sous-texte. C'est le cas par exemple de la violence de la colonisation envers les populations autochtones aux États-Unis, un sujet qui n'est abordé que marginalement mais qui imprègne pourtant le récit à travers l'image qu'on se fait de ce pays qui n'est jamais vraiment nommé mais qu'on identifie pourtant immédiatement. le racisme, et le sort infligé aux millions d'Africains réduits en esclavage en Amérique, est évidemment omniprésent, comme c'était déjà le cas dans les deux précédents romans de l'auteur, puisque la métamorphose de l'héroïne s'accompagne de visions sanglantes liées au sort réservé aux populations noires aux États-Unis, et ce à différentes époques. Certaines scènes sont par conséquent difficiles à lire par la violence qui s'en dégage, qu'elle soit physique ou morale. D'autres, en revanche, sont pleines de tendresse et permettent un relâchement bienvenus sans qu'on ne puisse pour autant taxer l'auteur de la moindre mièvrerie. J'ai pour ma part été assez sensible aux références littéraires (Ursula le Guin, par exemple, dont on retrouve ici de jolis extraits) de même qu'à la subtilité avec laquelle l'auteur tente de déconstruire certaines de nos représentations. C'est le cas, entre autre, avec le genre, puisque le sexe des jumeaux (jumelles ?) est volontairement passé sous silence, ce qui permet de se représenter les personnages sans qu'aucun stéréotype ne vienne interférer.

La relation entre Vern et ses jumeaux étant au coeur de l'intrigue, la question de la maternité apparaît également comme centrale et est abordée avec beaucoup de sensibilité. L'amour que porte l'héroïne à ses enfants et sa conscience aiguë que leur survie repose, dans un premier temps, sur ses seules épaules sont communicatifs. On passe ainsi une grande partie du roman avec au creux du ventre un sentiment d'urgence, le même que celui ressenti par Vern lorsqu'elle se voit contrainte de laisser momentanément ses petits. L'auteur livre d'ailleurs une réflexion intéressante sur la construction du rapport entre parent et enfant, les valeurs qu'on veut leur transmettre, le poids de l'éducation qu'on leur donne… Vern est en effet une mère atypique qui, parce que totalement seule et avec pour seule représentation un modèle qu'elle ne veut pas reproduire, se sent libre d'élever ses enfants de la manière qui lui semble la plus appropriée, sans aucune pression sociale d'aucune sorte. La relation qu'elle tisse avec ses enfants est par conséquent un peu déstabilisante mais surtout très touchante dans la mesure où, au-delà de toutes considérations d'ordre éducatif, l'auteur parvient à décrire avec justesse et délicatesse la profondeur du lien qui peut unir un parent et ses petits. Les autres relations que l'héroïne tisse avec les personnages sont également très intenses, y compris avec ses adversaires. L'auteur fait d'ailleurs le choix de mettre presque exclusivement en scène des femmes, principalement noires, ce qui lui permet évidemment d'aborder de façon plus intimiste l'ensemble des thématiques dont j'ai déjà fait mention. Toutes font l'objet d'un traitement soigné et parviennent, à un moment ou un autre du récit, à nous toucher, que ce soit par leur force, leur bienveillance, ou la tristesse de leur sort.

Rivers Solomon signe avec « Sorrowland » un très bon roman qui, à travers la lutte d'une femme pour sa liberté et celle de ses enfants, met en lumière des aspects sombres de l'histoire des États-Unis. L'auteur alterne avec succès entre scènes d'action spectaculaires et moments intimes bouleversants, une combinaison qui rend difficile pour le lecteur de se résigner à reposer l'ouvrage une fois celui-ci entamé. Une très belle découverte, donc, que je vous recommande chaudement.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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Depuis quelques temps, j'ai l'impression d'avoir trouvé un nouveau motif qui me plaît dans mes lectures d'imaginaire : celui des destins de femmes bafouées par les hommes qui luttent avec force contre le patriarcat mais au travers la plume poétique et imagée de leurs autrices et auteurs. Sorrowland est dans cette veine aux côtés de Rouge ou encore du Dieu dans l'ombre et je les adore !

Avec dans chacune de ses éditions des couvertures toujours percutantes, Sorrowland me permet de découvrir Rivers Solomon, un-e écrivain-e américain-e non binaire, qui s'est déjà fait remarquer pour deux textes forts évoquant racisme et ségrégation : L'incivilité des fantômes et Les Abysses, qu'il va me falloir découvrir de toute urgence, tant j'ai aimé celui-ci. Avec sa plume simple mais tranchante, rude mais poétique, iel m'a fait vivre une sacrée expérience de lecture dans l'Amérique inventée qu'iel a mis en scène qu'on ne peut malheureusement que trop rapprocher de celle qu'on connaît. Malgré quelques maladresses finales, j'ai été frappée par sa facilité à instaurer une ambiance étrange et inquiétante, et moi, j'adore ça !

C'est avec une belle finesse qu'iel nous plonge dans un univers qui semble au départ sortir d'un vieux livre d'histoire ou d'un vieux conte de fée, où l'héroïne Vern, s'est enfuie de là où elle vivait pour trouver refuge dans la forêt et y donner naissance à des jumeaux. le lecteur est d'abord saisi par la rudesse de sa vie, puis par la force de caractère de cette toute jeune femme et par le lieu singulier où elle évolue. Il peut alors s'attendre, peut-être, à une lecture du domaine de la fantasy, mais petit à petit, un récit encore plus riche se dévoile.

Sorrowland est un texte qui porte à merveille son nom tant l'univers où évolue l'histoire est gris, dangereux et étrange. On pourrait facilement se laisser aller à la morosité mais ce n'est pas le choix de Vern, qui va se battre pour ses enfants, afin qu'ils ne connaissent pas le même destin qu'elle. Et quel destin ! Elle vivait jusqu'alors au sein d'une communauté noire raciste, patriarcale et homophobe où son mari, une sorte de pasteur, avait la main mise spirituelle sur tous les habitants, mari qui l'a épousée à même pas 14 ans et qui n'a que des réflexions archaïques sur la vie et les femmes ! Mais Vern est un personnage comme je les aime. Malgré son handicap, elle est albinos de naissance et voit très mal, la révolte a toujours couvé en elle et aussi bien son âme que ses désirs dérangent. Son choix de s'enfuir m'a donc semblé parfaitement logique et le récit de sa survie fut lumineux car exemplaire !

Bien que dans un univers très sombre, j'ai aimé voir le récit porté par le positif courage de l'héroïne qui lutte envers et contre tous pour le futur de ses enfants et le sien, et ce malgré son jeune âge. Alors que d'habitude ce n'est pas mon truc, j'ai aimé me retrouver face à un récit de survie où Rivers Solomon écrit magnifiquement la vie en forêt, entre rudesse et source de vie. C'est beau et dangereux à la fois, fascinant et proche également. C'est un très bel exemple de nature writing. J'ai adoré y voir évoluer Vern et ses jumeaux : Hurlant et Farouche, dont elle taie le sexe, voulant les élever dans la non-binarité, une trouvaille fabuleuse ! Et des pages superbes sur la protection et l'éducation d'enfant en milieu naturel + milieu hostile. ❤

Cependant Rivers ne se contente pas de cela, même si ça aurait déjà fait une superbe histoire. Iel imagine une intrigue plus complexe autour de l'ancien foyer de Vern et de ce qu'elle y a vécu ainsi que les autres habitants, l'occasion de revenir sur les sectes et leurs ravages, mais aussi de virer de bord et de partir vers un très beau récit entre fantastique, thriller et body horror. Fascinant ! Rivers nous amène avec beaucoup de subtilité vers ces points de bascule qui vont tendre son récit à deux reprises et le faire évoluer, passant d'un récit de survie dans la nature, à un fantastique tendance body horror, pour finir par un thriller vengeresque. Que d'ambiances différentes et que de réussites à chaque fois ! le récit est donc plein de surprises et à part un petit coup de mou au milieu quand Vern et ses enfants trouvent un nouveau refuge où se poser, j'ai tout aimé et pardonné, même les grosses ficelles et raccourcis finaux.

Il faut dire que Sorrowland est un récit puissant, qui marque, ravage et fait réfléchir. Il montre comment on peut dévoyer une utopie. Il raconte le courage incommensurable d'une mère pour ses enfants. Il dénonce le racisme, l'homophobie et le patriarcat et appelle à la non-binarité, à la liberté de ressentir et assouvir ses désirs, à l'ouverture à l'autre. Rivers Solomon fait preuve de pages et de pages puissantes pour mettre cela en scène dans des lieux qu'on ne peut oublier et des situations perturbantes qui restent en tête, comme la transformation qui se produit chez Vern au fil des pages. C'est très singulier.

Même son écriture des personnages est réussie. Comment résister à cette jeune mère courage, perdue, handicapée et pourtant toujours là pour ses enfants et ceux qu'elle aime, même s'ils l'ont parfois trahie. Impossible de résister également à ses chers chérubins tellement attachants, aux noms si parlant. J'ai adoré la sagacité de Hurlant, et la force de Farouche, qui bien que plus fragile, suit toujours son jumeau. La rencontre avec un duo de femmes non-jugeantes au milieu de l'histoire m'a fait un bien fou. Elles furent l'ancre et notre jeune famille et ont tellement apporté à chacun pour se trouver, s'instruire et avancer. Je suis juste un peu déçue par les antagonistes de cette histoire, ma foi, très manichéens mais c'est le cadre aussi de cette utopie manquée qui veut ça, je pense. Il faut des antagonistes en tout point détestables pour dénoncer ce que dénoncer l'auteur-trice.

Sorrowland entre donc à son tour dans la courte liste (pour le moment) de ces titres revendicateurs pour la femme et les minorités avec une plume puissante, étrange et poétique, qui prend aux tripes. Ici, c'est à l'aide d'éléments de nature writing et de body horror fascinants et glaçants que Rivers Solomon aura su me convaincre et me marquer. Je me souviendrai longtemps de cette petite famille prête à tout pour survivre au milieu des racistes, des homophobes et des patriarches d'un autre âge. Force et courage à ceux luttant contre l'oppression alors même qu'on veut leur faire croire qu'ils vivent dans un paradis. Ça devrait nous interroger sur notre propre réalité.
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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Voilà quelques mois que j'ai lu ce livre maintenant et il m'est toujours impossible d'en dire tout le bien que j'en pense tellement il est foisonnant et intense.
Aujourd'hui encore je suis incapable de vous résumer l'histoire.
Alors pour faire simple…
Pour fuir la secte où elle a été élevée, Vern une jeune fille noire albinos, trouve refuge dans la forêt. Oui mais voilà, Vern est enceinte de sept mois, et seule dans les bois, elle donne naissance à des jumeaux Hurlant et Farouche, qu'elle aimerait élever à l'abri de l'influence du monde extérieur. Mais Vern est pourchassée par un monstre pour avoir échappé au Domaine de Caïn, le complexe religieux isolé qui la tenait captive depuis sa plus tendre enfance.
Cachée en pleine nature, elle fait la rencontre de Gogo qui va lui venir en aide. Et entre l'Afro-Américaine et l'Amérindienne une belle complicité va naître. Oui mais voilà ! Vern observe les changements étranges en son sein. Elle développe des pouvoirs extra-sensoriels. Pour comprendre la métamorphose de son corps, Vern doit enquêter car la jeune femme veut alors découvrir la vérité sur sa propre nature et sur cette communauté sectaire afin de protéger ses fils. Elle veut tout connaître, des expérimentations médicales, des violences, des tortures, de la déshumanisation qui se pratique au sein de l'institution qui était censé la protéger !
Ce qui est dingue aussi ici c'est les diverses formes narratives que Rivers Solomon a pratiquées pour nous raconter son histoire. A la fois roman initiatique et récit d'apprentissage, ce texte de pure science-fiction est mené comme un thriller mais c'est aussi un récit fantastique et horrifique. Et c'est ce mélange des genres qui donne toute sa puissance à cette histoire.
De plus Sorrowland est peut-être avant tout un roman engagé, comme l'étaient les deux précédents titres de notre auteur-e.
Comme dans « L'incivilité des fantômes » son premier roman, il est question ici de révolte, d'esclavage, de racisme, de ségrégation. Et comme dans « Les abysses » on parle des fantômes du passé, d'histoires traumatiques.
Ainsi, au cours de la reconquête de ses propres ténèbres, Vern va apprendre que les monstres ne sont pas seulement des individus, mais des histoires, des systèmes et des nations entières.
Ici, il est questions de différences, de diversité, de minorité, d'altérité, de question de genre, de parentalité, de révolte, de colonisation, d'indépendance, de peuple premier, d'asservissements. Il y est aussi question de des faux-prophètes, du pouvoir des religions, de manipulations et de fanatisme. Quand l'extrémisme empêche les individus de se réaliser. On parle de liberté sexuelle, d'homosexualité féminine et d'homophobie.
Sorrowland condamne toutes les oppressions, exige le respect de chacun dans leurs droits à la différence et dénonce cette société binaire qui encourage le patriarcat et écrase les minorités qu'elles soient identitaires, sexuelles, culturelles ou dans leur singularité.
Je vous le disais Sorrowland est un roman foisonnant, riche, intense, tout comme l'est la plume vif et incisive et pourtant poétique de Rivers Solomon.
Au début du roman Sorrowland est l'histoire d'une jeune femme en colère et à la fin c'est toujours une jeune femme en colère mais elle a trouvé l'amour.
Bref si vous n'avez jamais lu Rivers Solomon, il est grand temps de la découvrir, si vous avez lu ses autres romans, celui-ci vous paraitra indispensable. Surtout qu'à mon avis c'est le plus abordable des trois malgré tous les thèmes de société abordés.
Ce qui est sûr voire certain c'est que Sorrowland me restera longtemps en mémoire. Ce qui est plus que certain c'est que sa jeune héroïne est de celles qui vous marquent à l'instar de Turtle dans My absolute Darling, de Betty dans le roman éponyme et aussi de Harley McKenna de Mon territoire ou encore de Duchess dont j'espère vous parler bientôt.
Donc attention coup de coeur et coup de point !
Sorrowland est véritablement de la trempe de ces romans qui vous marquent durablement !
Lien : https://collectifpolar.fr/20..
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Un thriller fantastique endiablé pour un troisième roman de résistances mythologiques foisonnantes et convergentes.


Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2022/07/16/note-de-lecture-sorrowland-rivers-solomon/

Pas de note de lecture pour ce « Sorrowland », troisième roman de Rivers Solomon, publié en 2021 et traduit en français en 2022, toujours par Francis Guévremont et toujours chez Aux Forges de Vulcain : l'article que je lui consacre est à lire dans le Monde des Livres daté du vendredi 15 juillet 2022, ici. Si je n'ai pas résisté au plaisir de reproduire ci-dessus la citation illustrant l'article dans le quotidien du soir, et d'en proposer quelques autres ci-dessous, le reste des commentaires sur cette page de blog sont donc plutôt à considérer comme des notes de bas de page vis-à-vis de l'article principal, incluant éventuellement quelques bribes (n'ayant pas été utilisées telles quelles) de mon entretien à Paris avec Rivers Solomon il y a quelques semaines.

L'un des traits saillants de ces 500 pages, qui empruntent cette fois davantage les codes de l'horreur gothique et du thriller d'espionnage (en un cocktail particulièrement réjouissant, la composante thriller proposant un mix redoutable de classique Robert Ludlum – les super-héros solitaires ne sont pas toujours où l'on croit – et de minutieuse fiction documentaire à la Dana Spiotta – lisez « Eat the Document ») plutôt que ceux de la science-fiction interstellaire ou de la fantasy mythologique, est leur foisonnement thématique, appuyé dans certains chapitres, beaucoup plus discret dans d'autres. Si l'on ose un glissement stylistique (mais oui !) du côté de ce que les universitaires anglo-saxons appellent, pour le meilleur et pour le pire, la « French Theory », particulièrement familière à Rivers Solomon, avec son master de Stanford en études comparatives raciales et ethniques, « L'incivilité des fantômes » et davantage encore « Les abysses », regardent vers Jacques Derrida et ses flèches métaphoriques acérées, là où « Sorrowland » lorgne beaucoup plus manifestement vers les rhizomes de Gilles Deleuze et Félix Guattari (et pas uniquement par la présence officielle dans le texte, le moment venu, de mycélium).

La notion même de « sensitivity reader » demeure controversée aujourd'hui, tout particulièrement en France, alors qu'il semble plutôt normal et logique de s'assurer d'un minimum de respect et de vérisimilitude lors du traitement de sujets sensibles du point de vue des personnes directement concernées – sans préjuger naturellement des choix artistiques qui seront faits, en toute connaissance de cause, par les autrices et les auteurs in fine. On pourra noter ainsi que si Rivers Solomon réalise à l'occasion des consultations pour des collègues sur les sujets d'afro-américanisme et de troubles du spectre de l'autisme, pour lesquels sa légitimité semble indéniable, il ne lui a pas fallu un instant d'hésitation pour s'assurer à son tour d'une lecture sensible extérieure sur les questions amérindiennes et de troubles de la vision liés à l'albinisme, qui jouent un rôle essentiel dans « Sorrowland ».

D'une manière qui ne faisait pas jusqu'ici partie de son ADN observé, Rivers Solomon est aussi capable d'une belle dose d'humour (même s'il s'agit souvent d'humour noir), jouant soit des étrangetés de point de vue que lui permet son personnage principal, soit d'une forme d'anachronisme de tonalité que ne renieraient peut-être pas les Wu Ming (avec lesquels se partage de facto ici une certaine conception du lien combattant entre le politique et le littéraire) de « L'Oeil de Carafa » ou la Marie-Fleur Albecker de « Et j'abattrai l'arrogance des tyrans ».

Comme dans les deux romans précédents, l'enjeu principal ici, au service duquel les moyens littéraires, aussi malléables que possible, doivent se mobiliser, est bien l'élaboration de contre-narrations au sens de John Keene, comme l'illustrent ailleurs un Colson Whitehead et un George Saunders (que je cite logiquement, après échange avec Rivers Solomon – qui apprécie tout particulièrement l'auteur de « Grandeur et décadence d'un parc d'attractions » -, dans l'article du Monde des Livres cité en introduction de cette « note »), ou encore une Nalo Hopkinson (également l'une des autrices favorites de Rivers Solomon, et dont on ne peut que regretter à nouveau qu'elle soit aussi peu traduite en France) et, bien entendu, une Octavia Butler, dont la stature de pionnière d'un afro-futurisme résolument littéraire ne cesse désormais de s'affirmer.

On notera également que par rapport aux deux romans précédents, « Sorrowland » marque certainement un point d'inflexion dans le nombre d'ambiguïtés dialectiques proposées à la sagacité de la lectrice ou du lecteur, du couple réassurance /endormissement (ou pire) de la religion (surtout dans sa déclinaison nord-américaine évoluant si souvent à la limite de la secte) à celui émancipation individuelle / lutte collective (si joliment incarné ici au sein du duo formé par l'Afro-Américaine Vern et l'Amérindienne Gogo), en passant par l'opposition ville-civilisation / forêt-sauvagerie qui, tout en jouant autour des figures mythiques de l'esclave en fuite et de l'enfant sauvage, force la question-clé : « qu'est-ce qu'être sauvage de nos jours ? », pour ne citer que quelques-unes des mécaniques de réflexion par opposition mises ici en oeuvre par Rivers Solomon.

Assumant pleinement ses visées et ses ambitions politiques dans un contexte marqué par l'urgence à laquelle est désormais confronté « Black Lives Matter », parmi d'autres mouvements de défense des minorités bafouées ou menacées, « Sorrowland », tout en gardant les aspects joueurs et efficaces que lui permet le recours habile à l'arsenal des « mauvais genres », marque une nouvelle étape décisive dans le développement littéraire de Rivers Solomon, pour notre plus grand plaisir complice – et notre soutien un peu plus qu'implicite à tous ces éveils et travaux mémoriels si nécessaires.

Lien : https://charybde2.wordpress...
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critiques presse (2)
LeMonde
19 juillet 2022
Certains textes sortent tout armés de l’esprit et du cœur de leur auteur. D’autres ne prennent leur forme définitive qu’après une confrontation avec un environnement changeant le temps de leur élaboration. Sorrowland, le troisième roman de Rivers ­Solomon, appartient sans conteste à cette deuxième catégorie.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Elbakin.net
29 avril 2022
L’ouvrage se conclut sur une fin ouverte et, au bout du compte, non dénuée d’un certain espoir. De quoi laisser les lecteurs poursuivre leur route en compagnie de leurs réflexions, au-delà de ses dernières lignes puissamment évocatrices. Car comme la plupart des bons romans, on repense à ce livre encore plusieurs jours avoir l’avoir refermé…
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Pourquoi est-ce que les Blancs disaient toujours aux Noirs que ça suffisait, avec l'esclavage, qui était aboli depuis cent-cinquante ans, alors qu'eux-mêmes ne s'étaient toujours pas remis de la mort de Jésus, qui avait pourtant eu lieu 1830 ans avant l'Émancipation ?
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En dépit de tout, Vern lisait.
Chaque fois, la femme apparaissait, mais Vern, langue coupée ou non, ânonnait les mots. La femme – la maîtresse quelconque d’une ancienne plantation – riait à perdre haleine, des mèches de ses cheveux couleur de paille s’échappant de son bonnet, et ses yeux gris bleu ressemblaient à des ecchymoses au-dessus de son petit nez rond, tandis que Vern s’efforçait de contrôler sa langue sanguinolente.
Elle lut, jour après jour, les aventures du petit garçon vêtu de rouge dans la neige, comme si elle mettait la femme au défi de se moquer de sa prononciation imparfaite. Puis les semaines passèrent et Vern lut un autre livre, et un autre, encouragée par la cruauté de la femme – des livres aux pages cartonnées, des livres d’images.
Si la maîtresse d’esclaves n’avait pas été là, à se moquer de Vern avec ses énormes cisailles et son maigre cou qui ondulait quand elle avalait, Vern n’aurait sans doute pas fait des progrès aussi rapides. L’esprit de contradiction avait toujours été la plus pure et la plus puissante source de motivation.
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Quand les Caïniens sortaient en groupe, vêtus de leur uniforme distinctif, les parents leur jetaient des regards inquiets et serraient leurs enfants contre eux. On disait qu'ils appartenaient à une secte.
Vern aurait voulu savoir pourquoi tous ces gens étaient certains de ne pas appartenir, eux aussi, à une secte.
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Des cris visqueux bouillonnaient dans la gorge de l’enfant, mais se dissipaient sur le lit de la peau de Vern. Il commençait à comprendre cette réalité : la chair de cette personne était un refuge. Il savait qu’il fallait à tout prix rechercher la chaleur qu’elle dégageait, et se rapprocher de la source de l’odeur de lait.
C’était dommage : il avait les bons réflexes, mais cela ne suffirait pas à lui sauver la vie. De terribles dangers rôdaient dans cette forêt, même si Vern avait réussi à s’y créer un véritable refuge au cours des derniers mois. Un étranger lui avait déclaré la guerre, et ses menaces se faisaient sans cesse plus explicites : une biche étripée et le fœtus de son faon mort posé sur le sol ; un raton laveur écorché et cloué au tronc d’un arbre, son corps revêtu d’une grenouillère ; et partout, partout, des lapins pendus à des branches, le cou enserré par un nœud coulant, les pattes recouvertes de chaussons de nourrissons. Le démon grimait toujours ses victimes de façon à faire allusion à la maternité et s’efforçait de coller à son thème avec l’entêtement d’un enfant de cinq ans qui préparait sa fête d’anniversaire.
Une autre fille aurait sans doute écouté ces avertissements et quitté la forêt, mais Vern préférait la violence ouverte de ces menaces à la sourde malveillance qu’elle avait connue hors des bois. Se faire prévenir qu’un malheur allait arriver lui semblait un luxe agréable. Elle n’aurait peut-être pas été la seule à fuir le domaine, si là-bas aussi il y avait eu un démon qui envoyait des messages à l’aide d’animaux massacrés.
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Elle l’imaginait, planté tout près de leur arbre, en train de déclamer un long sermon sur les hormones, les antibiotiques et les aliments génétiquement modifiés qu’on mangeait à l’extérieur du domaine et qui stimulaient les tendances lesbiennes contre nature. Il se lamenterait sur les hamburgers qu’il lui avait laissé manger quand ils faisaient des sorties en ville et lui annoncerait qu’elle devrait se nourrir exclusivement d’aliments crus pendant toute une année pour se purifier, comme la sœur Jay, dont le seul péché, apparemment, était d’avoir une voix trop grave. Jay était, comme aimaient le dire les Caïniens, de nature hommasse : grosse, large, affable, mais d’une affabilité assez peu féminine. Ce n’est pas la forme que devrait avoir un corps de femme, avait dit Sherman dans un de ses sermons. Certes, il fallait avouer qu’il n’avait pas été jusqu’à montrer une photo de sœur Jay. Regardez les images de nos ancêtres africains, nos frères, nos soeurs, ils étaient minces, agiles et d’apparence saine. C’étaient des chasseurs, qui régnaient sur leur territoire avec grâce et beauté. C’est la nourriture de l’homme blanc qui nous a endommagés, qui a déformé et perverti nos corps. La maladie, l’obésité, le prétendu autisme, la dépression, l’homosexualité, les hommes qu’ils croient qu’ils sont des femmes et les femmes qui croient qu’elles sont des hommes.
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Videos de Rivers Solomon (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rivers Solomon
« C'est un roman qui ne laisse pas indifférent. C'est un texte passionnant, aux dimensions sociologiques très troublantes. Et c'est une pièce de plus dans une oeuvre qui fera date en ce début de XXIème siècle, j'en suis persuadé, l'oeuvre de Rivers Solomon, quelqu'un de pas comme les autres – comme ce roman. » – Gorian Delpâture – RTBF
Emission du 16 juin 2022
Copyright © 2022 RTBF
Vern est enceinte de sept mois et décide de s'échapper de la secte où elle a été élevée. Cachée dans une forêt, elle donne naissance à des jumeaux, et prévoit de les élever loin de l'influence du monde extérieur. Mais, même dans la forêt, Vern reste une proie. Forcée de se battre contre la communauté qui refuse son départ, elle montre une brutalité terrifiante, résultat de changements inexplicables et étranges que son corps traverse.Pour comprendre sa métamorphose et protéger sa petite famille, Vern doit affronter le passé…
Informations Genre : Roman 512 pages Format : 14 x 20,5 cm ISBN : 978-2-373-05634-1 Date de parution : 13 Mai 2022
ActuSF annonce Sorrowland comme finaliste du Ray Bradbury Prize 2022.

« Les Ignyte Awards qui récompensent les oeuvres de science-fiction, de fantasy et d'horreur qui mettent en avant la diversité, reviennent pour la troisième année consécutive avec une jolie sélection. (…) Sorrowland de Rivers Solomon, publié en version originale chez MCD et à paraître en français aux Forges de Vulcain » – ActuSF

« Ce livre est puissant. Il est plus qu'un classique instantané des littératures dites « de genre ». Il impose Rivers Solomon comme une des plus brillantes plumes de la littérature contemporaine. » – Hugo – Librairie Des Livres et Nous

« Comme la plupart des bons romans, on repense à ce livre encore plusieurs jours avoir l'avoir refermé… » – Gillossen – Elbakin.net

« Rivers Solomon mène son récit de manière viscérale, envoutante et complexe, produisant un livre absolument impossible à poser avant la fin. » – Lectures LGBT+

« Rivers Solomon conteste, condamne et désapprouve, elle ne se contente pas d'interroger et c'est sans doute ce qui rebute ses détracteurs. (…) On peut peut-être aussi lire Sorrowland sans se sentir envahi par ce questionnement, mais qu'il est bon d'avoir les yeux grands ouverts ! » – Christophe Gelé – Ce que j'en dis…

« Un uppercut, une oeuvre plus viscérale encore que ses précédents textes. » – Librairie Critic

« Un roman queer et antiraciste puissant qui mêle fantastique et science-fiction qui dénonce l'histoire violente des États-Unis. » – Librairie le Monte-en-l'air

« Sorrowland nous rappelle les titres d'Octavia Butler, il est dérangeant, engagé, original et surtour terriblement efficace. » – Librairie Lilosimages

« Un livre d'une rare intensité tant par l'intrigue que par les sujets abordés : l'emprise, le libre-arbitre, l'homosexualité, le racisme. Une critique acerbe de l'histoire des Etats Unis. Subtil et âpre. Une belle pépite! » – Librairie Les Jolis Mots

« Un texte étonnant et puissant, une héroïne inoubliable dont l'épopée douloureuse m'a bien bousculé. C'est remarquablement écrit et rythmé et c'est typiquement le genre de roman qui me séduit parce qu'irréductible aux étiquettes de genre. » – Elias, Librairie le Chameau Sauvage

« Un récit dur et juste sur la transformation. Énorme coup de coeur ! » – Librairie Au Librius, à Voiron

« Sorrowland parle de résistance. Résistance à l'oppression bien sûr mais aussi de résistance à la normalité, aux cases assignées. Rivers Solomon donne l'impression de partager avec nous, au travers de ses textes un cheminement de pensée qui va au-delà de ses personnages et qui læ fait progresser dans comment iel envisage et habite le monde. » – Tigger Lilly – le Dragon Galactique

« Un roman passionnant et intéressant, une course pour la vie, pour donner un avenir à ses enfants. » – Allan – Fantastinet
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