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Marie-France de Paloméra (Traducteur)
EAN : 9782267020595
231 pages
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (05/11/2009)
4.08/5   12 notes
Résumé :
En 1978, à partir de métaphores suscitées par le cancer, Susan Sontag analyse aussi bien les sources médicales et psychiatriques que les textes littéraires de l'Antiquité aux temps modernes, de Keats Dickens, Baudelaire, James Mann, Joyce, Mansfield et Auden. Elle démystifie les fantasmes idéologiques qui démonisent certaines maladies et, par extension, culpabilisent les malades. Dans un second essai, écrit dix ans plus tard, Susan Sontag souligne à quel point le si... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Bruno_Cm
  07 août 2018
Livre très court. Qui date un peu, puisqu'il est tributaire des évolutions des connaissances scientifiques et médicales. Et, écrit fin des 70's (le texte est un ensemble de différentes conférences retravaillées pour faire un tout cohérent, pas très réussi car il y a une certaine impression de redites, de phrases quasi identiques.), les idées notamment sur le cancer ont beaucoup évolué. le sida est aussi passé par là et aurait bien évidemment mérité sa place dans toute cette analyse des discours métaphoriques sur ces maladies, sur ces malades, tant dans la littérature que dans les discussions et vécus quotidien. Ce qu'est cet ouvrage.
L'auteure s'explique « Mon propos n'est pas la maladie physique en soi, mais l'usage qui en est fait en tant que figure ou métaphore. Or la maladie n'est pas une métaphore, et l'attitude la plus honnête que l'on puisse avoir à son égard - la façon la plus saine aussi d'être malade - consiste à l'épurer de la métaphore, à résister à la contamination qui l'accompagne. Mais il est presque impossible de s'établir au royaume des malades en faisant abstraction de toutes les images sinistres qui en ont dessiné le paysage. C'est à l'élucidation de ces métaphores et à l'affranchissement de leurs servitudes que je consacre cette enquête. »

On passe de la si belle tuberculose, phtisie à l'horrible cancer honteux, avec un petit passage par d'autres maladies comme la peste et avec la « folie » en arrière-plan. Plus honteux encore selon les qualités imaginées de l'organe atteint. La gloire des poumons, la honte du colon...
« ... les métaphores modernes de la maladie sont toutes minables. Les individus réellement atteints de la maladie en question ne sont guère aidés lorsqu'ils entendent constamment citer le nom de celle-ci pour représenter le mal. »

Sontag insiste sur le fait que les métaphores évoluent, disparaissent, changent dès qu'on connait mieux les ressorts, causes de la maladie. Et comme le cancer ne cesse d'être mieux connu, on imagine bien qu'il subira également ces évolutions métaphoriques. C'est déjà le cas.

Cette question des métaphores rejoint l'idée plus actuelle des « étiquettes », vouloir ou ne pas vouloir être diagnostiqué. Je pense à d'autres comme « schizophrénie », « trouble bipolaire », « toxicomane », « alcoolique »... tous ces mots qui peuvent ajouter aux maux et qui n'explicitent pas nécessairement les choses, et qui peuvent les simplifier à l'extrême et nous rendre... bêtes.

Ce livre est fort intéressant, mais le fait qu'il date et qu'il soit sans doute difficile à trouver ne va pas dans le sens d'un must have been readen. Les idées qu'il véhicule globalement sont intemporelles et sont dans l'air de l'homme pour longtemps.

Je termine, en laissant l'auteur nous dire que :
« ... l'intérêt de la métaphore réside précisément dans le fait qu'elle se réfère à une maladie envahie par la mystification, remplie des phantasmes de la fatalité à laquelle on n'échappe pas. Car nos ides sur le cancer et les métaphores que nous avons plaquées sur lui servent trop à convoyer les vastes insuffisances de notre culture, nos attitudes superficielles à l'égard de la mort, nos angoisses en matière de sentiment, nos réactions impatientes et insouciantes à l'égard de nos vrais "problèmes de croissance", notre incapacité à construire une société industrielle avancée qui règle convenablement la consommation, et nos peurs justifiées devant le cours chaque jour plus violent de l'histoire.La métaphore du cancer deviendra périmée, je le prédis, bien longtemps avant que les problèmes qu'elle a su refléter avec tant de force de persuasion soient, eux, résolus. »

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Citations et extraits (55) Voir plus Ajouter une citation
douziemedouzieme   28 août 2007
"On estime en général que le cancer est déplacé chez un personnage romantique, à la différence de la tuberculose, peut-être parce que la dépression banale a remplacé la mélancolie romantique." (p. 67)
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Bruno_CmBruno_Cm   07 août 2018
Ce n'est pas le fait de nommer qui est péjoratif et qui ostracise le malade, c'est le nom. Cancer. Aussi longtemps que l'on considèrera une maladie déterminée comme "maligne", comme un prédateur invincible, et non comme une simple maladie parmi d'autres, la plupart de cancéreux seront plongés dans le désarroi en apprenant de quoi ils souffrent. La solution ne consiste pas à cesser de dire la vérité au malade, mais à rectifier l'idée que l'on se fait de cette maladie, à la démystifier.
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Bruno_CmBruno_Cm   07 août 2018
On ne ment pas au malade atteint d'un cancer parce que sa maladie est (ou jugée être) mortelle, mais parce qu'elle est ressentie comme obscène au sens original du terme, c'est-à-dire de mauvais augure, abominable, répugnante, offensante pour les sens. Une maladie cardiaque suppose une faiblesse, un trouble, une déficience purement mécaniques ; rien de scandaleux, rien du tabou qui entourait naguère les individus atteints de tuberculose et qui isole aujourd'hui les cancéreux. Les métaphores liées çà la tuberculose et au cancer laissent entendre qu'un processus vivant et aux résonances particulièrement hideuses est à l'oeuvre.
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Bruno_CmBruno_Cm   06 août 2018
Mon propos n'est pas la maladie physique en soi, mais l'usage qui en est fait en tant que figure ou métaphore. Or la maladie n'est pas une métaphore, et l'attitude la plus honnête que l'on puisse avoir à son égard - la façon la plus saine aussi d'être malade - consiste à l'épurer de la métaphore, à résister à la contamination qui l'accompagne. Mais il est presque impossible de s'établir au royaume des malades en faisant abstraction de toutes les images sinistres qui en ont dessiné le paysage. C'est à l'élucidation de ces métaphores et à l'affranchissement de leurs servitudes que je consacre cette enquête.
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Bruno_CmBruno_Cm   10 août 2018
... les métaphores modernes expriment un profond déséquilibre entre l'individu et la société, celle-ci étant conçue comme l'adversaire de l'individu. Les métaphores pathologiques jugent la société non parce qu'elle est en état de déséquilibre mais pour la répression qu'elle exerce. Elles apparaissent régulièrement dans le discours romantique qui oppose le coeur à la tête, la spontanéité à la raison, la nature à l'artifice, la campagne à la ville.
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Videos de Susan Sontag (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Susan Sontag
Chaque mois, un grand nom de la littérature française contemporaine est invité par la Bibliothèque nationale de France, le Centre national du livre et France Culture à parler de sa pratique de l'écriture. Javier Cercas, auteur de Terra Alta qui lui valut en 2019 le 68e prix Planeta, est à l'honneur de cette nouvelle séance du cycle « En lisant, en écrivant ».
QUI EST JAVIER CERCAS ? Né en 1962 à Ibahernando, dans la province de Cáceres, Javier Cercas est un écrivain et traducteur espagnol. Après des études de philologie, il enseigne la littérature à l'université de Gérone, pendant plusieurs années. En 2001, son roman Les Soldats de Salamine – sur fond de Guerre civile espagnole – remporte un succès international et reçoit les éloges, entre autres, de Mario Vargas Llosa, Doris Lessing ou Susan Sontag. Ses livres suivants, qui s'inspirent souvent d'événements historiques et de personnages ayant réellement existé, rencontrent le même accueil critique et sont couronnés de nombreux prix : Prix du livre européen (2016), Prix André Malraux (2018), Prix Planeta (2019), Prix Dialogo (2019). Son oeuvre est traduite en une vingtaine de langues. Il est également chroniqueur pour le quotidien El País.
De Javier Cercas, Actes Sud a publié : Les Soldats de Salamine (2002), À petites foulées (2004), À la vitesse de la lumière (2006), Anatomie d'un instant (2010), Les Lois de la frontière (2014, prix Méditerranée étranger 2014), L'Imposteur (2015), le Mobile (2016), le Point aveugle (2016), et le Monarque des ombres (2018). Son nouveau roman, Terra Alta, paraîtra en mai 2021.
En savoir plus sur les Masterclasses – En lisant, en écrivant : https://www.bnf.fr/fr/master-classes-litteraires
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