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Éditeur : Les Belles Lettres (01/01/1946)

Note moyenne : 4/5 (sur 2 notes)
Résumé :
Collection des universités de France
tome 1
bilingue:français-grec
texte établi et traduit par Paul Masqueray
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Nastasia-B
  11 novembre 2014
Attention ! avec ce recueil de chez Belles Lettres, vous avez entre les mains un vrai best of Sophocle, la crème de la crème de la tragédie grecque, idéal pour une découverte de ce théâtre si particulier.
1. AJAX
De nos jours, Ajax évoque pour beaucoup un produit d'entretien, voire un club de football prestigieux, mais guère plus. Pour les spectateurs de Sophocle, c'était l'un des fiers guerriers grecs allant venger l'affront du rap d'Hélène, femme du roi Ménélas, par le troyen Pâris. Bref, un brave parmi les braves.
Mais l'Ajax de ce temps-là, c'est aussi un fameux goujat, qui n'hésite pas à aller poursuivre de ses avances la troyenne Cassandre jusque dans le temple d'Athéna, chose absolument défendue (pour les Grecs anciens, le scandale ne vient pas du fait qu'il ait violé une femme, il aurait pu la violer n'importe où, mais pas dans un temple consacré à la déesse Athéna, ça ne se fait pas !). Si bien que notre Athéna se trouve vexée d'une telle liberté et complote un mauvais coup pour les Grecs victorieux des Troyens lors de leur retour en Argos.
Ce que je retire de cette tragédie au XXIème siècle (mais sans aucune garantie que c'en soit le véritable thème principal), c'est un questionnement sur l'orgueil et plus particulièrement sur l'orgueil mal placé.
De fait, Ajax, furieux de ne pas avoir été désigné comme le guerrier le plus valeureux, le plus digne de recevoir la distinction des armes forgées par Héphaïstos, face à Ulysse, décide d'aller jouer du sabre pour venger ce qu'il considère être un affront. Il souhaite donc trucider Ulysse et toute sa bande.
Mais c'est sans compter sur le concours d'Athéna, déesse de la sagesse, fort courroucée de l'impétuosité d'Ajax qui prétend n'avoir besoin que de son courage pour vaincre les Troyens et pas de l'appui des dieux.
Ainsi donc, Athéna trouble les sens d'Ajax, qui croyant étriper les compagnons d'Ulysse, joue en fait de l'estoc et de la taille dans le bétail accompagnant les guerriers du roi Ithaque. Détrompé de ses visions, Ajax mesure l'affront, plus grand encore, d'avoir été ainsi joué par les dieux. Je vous laisse découvrir la suite si vous ne la connaissez déjà.
Pour moi, outre la nécessaire allégeance aux Dieux, l'idée forte de Sophocle est donc de mettre en relief tout ce qu'il peut y avoir de vain et de destructeur, même pour un être de grande valeur comme Ajax, à se nourrir d'orgueil, à laisser parler son ego plus que tout le reste, plus que l'intérêt général, plus que le patriotisme ou la déférence aux autorités (divines ou royales).
Je lis aussi, de manière plus diffuse et en filigrane, une considération de l'auteur sur la valeur des individus qui n'a rien à voir avec leur milieu d'extraction (c'est le cas du demi-frère d'Ajax, Teucros, fils d'une esclave, au coeur plus brave et plus noble que certains dignitaires).
2. ANTIGONE
Avec Antigone, on passe immédiatement dans la catégorie des chef-d'oeuvres intemporels, pour ainsi dire LA tragédie canonique. le poids du religieux dans la Grèce de Sophocle est difficile à appréhender de nos jours et c'est vraiment un exercice délicat que d'essayer de comprendre dans le détail les visées réelles de l'auteur.
L'une des questions civiques et morales soulevée par la pièce est celle de l'obéissance à l'ordre émanant de la hiérarchie, même s'il va à l'encontre de nos convictions. Dit autrement, doit-on exécuter un ordre s'il est immoral ? Je doute que la lecture d'Antigone soit au chevet de beaucoup de nos militaires ou policiers, pourtant, c'est une vraie question. Il en va de même pour tout fonctionnaire. On sait ce que Vichy, pour ne parler que de ce régime, a été capable de faire. Les fonctionnaires de Vichy avaient-ils lu Antigone ? À méditer…
Voilà donc, Antigone, fille du célèbre Oedipe, qui vient de perdre ses deux frères bien aimés. L'un se battant pour Thèbes, l'autre contre. Thèbes obtient la victoire, et Créon, le roi de Thèbes, offre des funérailles dignes à celui qui a donné sa vie pour Thèbes, mais interdit qu'on laisse reposer l'autre frère selon les rites, car jugé comme traître, doit pourrir sur place ou être dévoré par des bêtes. Antigone, elle, refuse cette sentence et décide de braver l'interdit. Sa soeur, Ismène, elle, fait l'autre choix.
L'autre axe qui me semble majeur dans la pièce est celui de l'orgueil qui nous empêche de revenir sur une parole prononcée afin de ne pas « perdre la face ».
Je dirai simplement qu'à propos de faces perdues, Créon, se jugeant dans son bon droit, pour ne pas avoir voulu revenir sur sa décision risque d'en perdre bien d'autres de faces…
3. OeDIPE-ROI
On continue de monter en qualité avec la tragédie " so folk " de Sophocle. Mais pourquoi est-elle si populaire ? Pourquoi tellement elle et si peu Ajax, par exemple, dont la finalité profonde me semble si comparable ?
C'est vrai qu'elle est très bien écrite et que définitivement, Sophocle s'impose avec Oedipe-Roi comme LE grand tragédien grec, selon moi, devant tout autre. Mais ça ne suffit probablement pas pour expliquer un tel succès.
Le sujet alors ? Pourquoi pas, mais je le répète, Ajax n'est pas si différente de cette pièce à cet égard. Alors je vais avancer ma théorie : selon moi, si Oedipe Roi est si populaire et fonctionne si bien encore de nos jours, c'est probablement parce que c'est l'une des seules tragédies grecques qui nous replace à peu près dans le même bain culturel que les spectateurs de l'Antiquité auxquels elles étaient toutes destinées.
Je m'explique. Il n'était pas un spectateur des pièces d'Eschyle, Sophocle ou Euripide qui ne connaissait sur le bout des doigts les subtilités de la mythologie ainsi que les archi-classiques (même pour l'époque) Iliade et Odyssée. Donc, aucun point du scénario de ces pièces n'était une découverte pour les spectateurs, seuls comptaient la qualité de la langue dans laquelle était énoncée les tirades et la morale sous-jacente à chacune.
De nos jours, peu nombreux sont encore les fervents connaisseurs de ces moindres détails mythologiques. le scénario est donc une découverte et nécessite même souvent des explications pour le néophyte.
Qu'en est-il d'Oedipe ? Qui ne connaît pas le fameux " complexe " ? Et est-il faux d'affirmer que, peu ou prou, parmi les lecteurs, tout le monde sait plus ou moins qu'Oedipe a tué son père et épousé sa mère ? Voilà donc un point très important : pour ainsi dire, chaque lecteur moderne de cette tragédie en connaît par avance le scénario, exactement comme nos aînés de l'Antiquité.
Voilà pourquoi selon moi l'empathie fonctionne si bien et pourquoi l'on peut encore être bouleversé, car on voit, sous nos yeux, s'accomplir un destin que chacun de nous connaît, sait inéluctable, fatal, implacable et pathétique. On se met à la place du pauvre diable, qui est un homme bien sous tous points de vue, honorable, héroïque, magnanime... et qui, pourtant, sous l'angle de la morale, pour qui connaît le fin mot, est le dernier des derniers.
Il n'a pourtant jamais voulu se rendre coupable de quoi que ce soit. Mais c'était plus fort que lui, c'était au-dessus de lui que cela se jouait, c'était de l'ordre de la destinée, du divin. Et un simple mortel n'est rien, dans l'esprit de l'époque, face au divin, face aux oracles et toutes les choses de ce genre. La finalité civique de cette pièce est donc exactement la même que pour Ajax, édifier le public et lui montrer qu'il n'est point de salut sans allégeance aux dieux.
C'est pourtant le volet psychologique qui nous intéresse le plus aujourd'hui. C'est donc un curieux hasard qui fait qu'on s'intéresse, de nos jours, plus à cette pièce qu'à beaucoup de ces petites soeurs. Pour Sophocle, parricide et inceste étaient probablement parmi les pires maux qui soient et avaient pour vocation de faire vibrer la corde sensible du trémolo de notre âme, agitant pitié, empathie et commisération.
Pour nous c'est autre chose et papa Freud y joue un grand rôle, mais peu importe, grâce à notre connaissance préalable du mythe, nous entrons mieux dans la tragédie et elle fonctionne donc à ravir.
4. ÉLECTRE
À beaucoup d'égards (et ce rapprochement a déjà été fait moult fois), Électre est une héroïne qui rappelle énormément Antigone : une rebelle, une fille de roi, qui s'oppose au roi en place, qui préfère prendre des coups, risquer sa vie et la disgrâce plutôt que de lâcher d'un pouce sur la question de l'honneur, et notamment l'honneur dû aux morts.
Ici, la fibre tragique est encore plus tendue car le responsable de la mort d'un père n'est autre que sa propre mère. Aussi, venger l'un équivaut à commettre un odieux parricide envers l'autre. Douloureuse alternative. Mais ça, ce n'est pas tellement son problème car si meurtre il y a, ce devra être l'oeuvre d'Oreste, son frère bienaimé qu'elle a soustrait jadis aux griffes meurtrières de sa mère, Clytemnestre et de son nouvel époux, Égisthe.
Électre passe donc une bonne partie de son temps à se lamenter sur son sort tragique, celui d'avoir vu son père, Agamemnon, assassiné sous les ordres de sa propre mère par le fourbe Égisthe, celui de subir au quotidien les brimades engendrées par son manque d'allégeance au nouveau couple royal, celui de savoir son frère vivant mais ne tentant toujours aucune action pour venir restaurer l'honneur meurtri de son père.
Il est à noter également que, comme dans le cas d'Antigone, Électre est accompagnée d'une soeur non rebelle, qui l'enjoint à accepter son sort sans trop de mauvais ressentiment et qui ne fera rien pour aller contre la volonté des maîtres, creusant ainsi, s'il en était besoin, le fossé entre l'attitude " commune " de la soeur, ici Chrysothémis, et l'attitude de l'héroïne en ce qui concerne la question du droit, de la morale, du légitime et du respect des règles publiques établies.
Tout semble tourner court lorsqu'on vient annoncer à l'infortunée Électre que son malheureux dernier espoir, Oreste, vient de trouver accidentellement la mort lors de festivités dans une cité voisine (festivités proches des jeux olympiques).
La terre s'arrête presque de tourner pour notre rebelle en mal d'action mais...,
mais...,
... toutes les informations sont-elles toujours fiables ? C'est ce que je vous laisse le soin de découvrir par vous-même. Il me reste peut-être encore à tâter deux ou trois mots quant au sens probable, civique et religieux, que cette tragédie revêtait durant l'Antiquité. Il faut peut-être y voir le fait que les dieux sont au-dessus de tout et que, peu ou prou, ils font concourir les événement à la justice. Que le fourbe qui a gagné par félonie sur le juste ne se réjouisse pas trop vite, son tour viendra... les dieux n'oublient jamais rien ni personne ! gnarf ! gnarf ! gnarf ! (rire sadique.)
De mon point de vue, l'impression laissée par cette pièce, pour un lecteur ou un spectateur du XXIème siècle, on ne va pas au-delà d'une impression moyenne. Toutefois, je tiens à saluer cette grande audace stylistique, ce tonique incroyable, cette palpitante écriture qui intervient lors du récit du drame de la course de chevaux.
N'oublions pas que cela a été écrit il y a 2500 ans, qu'il s'agit de théâtre, que le jeu d'acteur est alors très différent de ce qu'on l'imagine aujourd'hui et pourtant, Sophocle nous décoche une scène d'une vivacité d'écriture qui annonce déjà franchement un genre encore inconnu à l'époque et qui fera long feu : le roman.
Rien que pour cette scène, Sophocle peut être qualifié de génie de la littérature. C'est tellement vivant, c'est tellement intense comparativement à ce qui se faisait en ce temps-là que ça mérite un très grand coup de chapeau et tout notre respect. Saurions-nous, aujourd'hui, nous qui ricanons parfois du côté un peu vieillot de certaines pièces, apporter autant d'innovation, autant de jus, autant de style que Sophocle en apporta à l'écriture de son temps ? Alors, respect, Monsieur Sophocle.
En somme, de bien belles tragédies, qu'il nous est parfois difficile de recontextualiser, mais dont certaines questions conservent toute leur raison d'être et toute leur verdeur, même après vingt-cinq siècles et quelques autodafés. Vingt-cinq siècles après qu'elles aient été écrites, ces lignes continuent de nous questionner, dans nos échelles de valeur, dans nos rapports aux autres ou à nous-même, preuve s'il en était besoin de leur caractère universel, donc indispensable, mais ceci n'est que mon minuscule avis, ma toute petite vérité, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
mireille.lefustecmireille.lefustec   16 avril 2012
Je ne veux plus songer qu'à recevoir du mieux qu'il m'est possible,l'époux respecté qui rentre en sa demeure (v.600)
qu'il vienne retrouver aussi dans ma maison,telle qu'il l'y laissa,une épouse fidèle,chienne de garde à lui dévouée..........

à propos de Clytemnestre dans Electre
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mireille.lefustecmireille.lefustec   27 avril 2012
A l'insu de ma mère et de mon père je m'en vais à Delphes;aux questions que j'étais venu lui poser ,Phoebus me renvoya sans rien répondre,mais il m'annonça clairement bien d'autres malheurs,des malheurs horribles,lamentables: que j'étais destiné à m'unir à ma mère,que je montrerais aux yeux des hommes une lignée exécrable,que je serai l'assassin du père qui m'avait donné la vie.

Oedipe-roi
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Videos de Sophocle (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Sophocle
Le comédien Luc-Antoine Diquéro interprète le rôle de Créon dans "Antigone" .Le comédien Luc-Antoine Diquéro interprète le rôle de Créon dans "Antigone", un texte original écrit par Stéphane Michaka d'après la tragédie de Sophocle. Une fiction enregistrée au musée Calvet d'Avignon, avec les musiciens de l'Orchestre National de France, à réécouter ici : http://bit.ly/2ulrN55
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