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Victor-Henry Debidour (Traducteur)Francis Goyet (Éditeur scientifique)Albin Lesky (Préfacier, etc.)
ISBN : 225306713X
Éditeur : Le Livre de Poche (01/01/1994)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.78/5 (sur 820 notes)
Résumé :
Quatrième de couverture - Cruauté du sort qui amène Œdipe à commettre à son insu l'acte criminel prédit par l'oracle !
Averti par un oracle qu'il tuerait son père et épouserait sa mère, Œdipe fuit les lieux de son enfance, espérant ainsi préserver Polype et Mérope, ses parents présumés. Que ne lui a-t-on dit, hélas, qu'il était en réalité le fils de Laïos ! Cette cruauté du sort l'amène à commettre à son insu un acte criminel.
Ignorant du drame qui se... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
  12 avril 2013
Voici donc la tragédie " so folk " de Sophocle. Mais pourquoi est-elle si populaire ?
Pourquoi tellement elle et si peu Ajax, par exemple, dont la finalité profonde me semble si comparable ?
C'est vrai qu'elle est très bien écrite et que définitivement, Sophocle est LE grand tragédien grec, selon moi, devant tout autre. Mais ça ne suffit probablement pas pour expliquer un tel succès.
Le sujet alors ? Pourquoi pas, mais je le répète, Ajax n'est pas si différente de cette pièce à cet égard.
Alors je vais avancer ma théorie (au sens que j'ai indiqué une fois, c'était dans ma remarque sur Terre Des Hommes, il me semble), qui vaut ce qu'elle vaut, mais que je vais essayer d'étayer, tant bien que mal.
Et bien, selon moi, si Oedipe Roi est si populaire et fonctionne si bien encore de nos jours, c'est probablement parce que c'est l'une des seules tragédies grecques qui nous replace à peu près dans le même bain culturel que les spectateurs de l'Antiquité auxquels elles étaient toutes destinées.
Je m'explique. Il n'était pas un spectateur des pièces d'Eschyle, Sophocle ou Euripide qui ne connaissait sur le bout des doigts les subtilités de la mythologie ainsi que les archi-classiques (même pour l'époque) Iliade et Odyssée.
Donc, aucun point du scénario de ces pièces n'était une découverte pour les spectateurs, seuls comptaient la qualité de la langue dans laquelle était énoncée les tirades et la morale sous-jacente à chacune.
De nos jours, peu nombreux sont encore les fervents connaisseurs de ces moindres détails mythologiques. le scénario est donc une découverte et nécessite même souvent des explications pour le néophyte.
Qu'en est-il d'Oedipe ? Qui ne connaît pas le fameux " complexe " ? Et est-il faux d'affirmer que, peu ou prou, parmi les lecteurs, tout le monde sait plus ou moins qu'Oedipe a tué son père et épousé sa mère ?
Voilà donc un point très important : pour ainsi dire, chaque lecteur moderne de cette tragédie en connaît par avance le scénario, exactement comme nos aînés de l'Antiquité.
Voilà pourquoi l'empathie fonctionne si bien, voilà pourquoi l'on peut encore être bouleversé, car on voit, sous nos yeux, s'accomplir un destin que chacun de nous connaît, sait inéluctable, fatal, implacable et pathétique.
On se met à la place du pauvre diable, qui est un homme bien sous tous points de vue, honorable, héroïque, magnanime... et qui, pourtant, sous l'angle de la morale, pour qui connaît le fin mot, est le dernier des derniers.
Il n'a pourtant jamais voulu se rendre coupable de quoi que ce soit. Mais c'était plus fort que lui, c'était au-dessus de lui que cela se jouait, c'était de l'ordre de la destinée, du divin. Et un simple mortel n'est rien, dans l'esprit de l'époque, face au divin, face aux oracles et toutes les choses de ce genre.
La finalité civique de cette pièce est donc exactement la même que pour Ajax, édifier le public et lui montrer qu'il n'est point de salut sans allégeance aux dieux.
C'est pourtant le volet psychologique qui nous intéresse le plus aujourd'hui. C'est donc un curieux hasard qui fait qu'on s'intéresse, de nos jours, plus à cette pièce qu'à beaucoup de ces petites soeurs. Pour Sophocle, parricide et inceste étaient probablement parmi les pires maux qui soient et avaient pour vocation de faire vibrer la corde sensible du trémolo de notre âme, agitant pitié, empathie et commisération.
Pour nous c'est autre chose et papa Freud y joue un grand rôle, mais peu importe, grâce à notre connaissance préalable du mythe, nous entrons mieux dans la tragédie et elle fonctionne donc à ravir.
Le mot de la fin sera donc, me concernant, si vous n'en choisissez qu'une, parmi tout l'héritage classique, optez plutôt pour celle-ci qu'une autre, car il y a plus de chance qu'elle fonctionne avec vous que toute autre. Mais bien évidemment, ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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aaahhh
  30 novembre 2012
Génial ! Moi qui raffole de romans policiers et qui ne jure que par la psychanalyse, je ne sais pas comment j'ai pu vivre jusqu'à 31 ans sans lire "Oedipe roi" ! Bien entendu on en connait tous plus ou moins les tenants et les aboutissants et c'est pourquoi je n'avais jamais jugé utile de lire le texte avant, mais vraiment vraiment vraiment, même si d'Oedipe on nous a déjà rabâché les oreilles, la pièce de Sophocle vaut quand-même la lecture et je me sens personnellement grandie d'avoir côtoyé enfin personnellement ce roi au destin plus que funeste. En effet, je connaissais son histoire mais pas tellement l'homme en lui-même me suis-je rendue compte. A vrai dire j'ai eu la surprise de le découvrir naïf et archi-arrogant ce cher Oedipe, mais ces grises facettes de sa personnalités ne m'ont pas empêché de m'attacher à lui et surtout de vibrer au rythme de son histoire. le mythe d'Oedipe est d'une richesse rare et l'écriture étonnamment moderne de Sophocle le rend vivant et très entrainant, aussi je ne peux qu'en recommander chaudement la lecture! C'est une petite pièce et une heure ou deux vous suffiront amplement pour en venir à bout et il est à parier que comme moi vous en sortirez grandis ou tout du moins instruits, éveillés ou titillés, ce qui est déjà pas mal...
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colimasson
  20 juin 2013
Qui est donc cet Oedipe dont le nom a fini par devenir celui d'un complexe ? Cité à tout bout de champ, à tort ou à raison, on se persuaderait presque de le connaître sans en avoir lu la légende. Sophocle nous apprendra-t-il quelque chose de plus que nous ne savions pas encore ?

Le plus grand défaut d'Oedipe Roi est peut-être son succès. Tout le monde connaît la conclusion de l'histoire : Oedipe a tué son père, épousé sa mère, il se percera les yeux et sera banni de la cité. En revanche, on connaît moins l'histoire qui précède ces révélations. C'est sur ce point précisément que l'Oedipe Roi de Sophocle est intrigant.

La peste s'est abattue sur Thèbes. En cette époque où tous les maux ont une origine divine, un prêtre et des enfants viennent supplier le roi Oedipe de combattre le coupable de ce châtiment, comme il avait auparavant su vaincre Sphinx. Oedipe envoie son beau-frère Créon consulter l'Oracle de Delphes pour en apprendre davantage. le verdict tombe : les dieux sont courroucés par la mort de Laïos et ne seront pas en paix tant que son meurtrier ne sera pas découvert. A cette étape-là de l'intrigue, nous avons déjà tous deviné la nature du coupable. Tirésias le devin intervient alors pour suggérer à Oedipe, à demi-mot, qu'il serait peut-être bien responsable de la colère des dieux… Malheur au devin ! Oedipe s'insurge, pense à une machination de Créon pour s'emparer du trône, et refuse de croire aux prédictions. Jocaste, la femme d'Oedipe, en rajoute et lui conseille de ne pas accorder trop de crédit à ces oiseaux de mauvais augure. Pour le rassurer, elle prend en exemple un oracle reçu jadis par son ancien époux Laïos : il devait mourir assassiné par un enfant né de leur union, mais il fut finalement tué par des étrangers au cours d'un déplacement, et le seul enfant né de Laïos et Jocaste avait été abandonné sur le mont Cithéron dès sa naissance. Rassuré, mon petit Oedipe ? Plus tellement…

Oedipe se souvient que jadis, l'Oracle de Delphes lui avait révélé qu'il n'était pas le vrai fils de Polybe et de Mérope, et qu'il serait un jour coupable de parricide et d'inceste. Ne réfléchissant pas à la contradiction, Oedipe avait alors décidé de fuir ses parents pour ne pas accomplir les deux dernières prédictions. Chemin faisant, il avait subi une altercation avec une troupe d'hommes de laquelle il était sorti victorieux, massacrant toute âme qui vive. La vérité continue de cheminer avec les témoignages d'un messager puis d'un berger. Ce dernier finira par avouer qu'il a récupéré l'enfant abandonné par Jocaste et Laïos, et que cet enfant n'est autre qu'Oedipe. Grand fracas ! A présent, nous connaissons tous la suite de l'histoire : Oedipe n'est pas le fils de Polybe et de Mérope. Il est l'enfant de Laïos, qu'il a assassiné au cours de sa fuite, et l'enfant de Jocaste, qu'il a épousée et dont il a eu deux filles. Là où Oedipe et Jocaste, en bons précurseurs de Freud, auraient simplement pu tomber dans la névrose, ils préfèrent avoir recours aux expédients les plus extrêmes : Jocaste se pend et Oedipe se perce les yeux avec les épingles des vêtements de Jocaste.

Pour mieux apprécier cette histoire, il faut encore une fois se projeter loin dans le temps et imaginer être un spectateur qui découvre pour la première fois Oedipe Roi. On imagine que l'intérêt pris pour la progression de l'intrigue doit être beaucoup plus grand que le nôtre, puisque nous connaissons déjà sa résolution. Est-ce un plaisir pour Sophocle de mettre en scène des rois qui doivent à chaque fois apprendre l'humilité et la soumission à des forces qui leur sont supérieures ? Il se permet ainsi de nous glisser une petite leçon de morale qui fait toutefois pâle figure face aux détournements sordides empruntés par son esprit créateur.

Prise en elle-même, cette pièce n'est intrigante que pour ceux qui ne connaissent pas le mythe d'Oedipe. Elle est distrayante car sans cesse rythmée par les sentiments et les impulsions démesurés de ses personnages, mais ralentie par des complications dramatiques qui semblent parfois gratuites. Si Oedipe Roi n'était inventé qu'aujourd'hui, nous n'en dirions sans doute pas grand-chose, mais si cette pièce n'avait pas été créée plus tôt, notre héritage culturel serait radicalement différent. Peut-être parce que je louche un peu trop, il me semble reconnaître dans cette pièce tous les fondements qui ont permis à de nombreux auteurs postérieurs de fonder ou de contester leurs hypothèses concernant le destin, et c'est pourquoi Oedipe Roi est finalement le plus fascinant.
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Woland
  26 février 2016
Traduction : Jean Grosjean
Préface : Jean-Louis Backès
Dossier sur la version cinématographique de Pasolini : Romain Berry
Notes : Raphaël Dreyfus
ISBN : 9782070466214
L'"Odipe Roi" de Sophocle est, à ce jour, la plus ancienne version qu'on ait retrouvée de l'antique tragédie grecque, inspirée elle-même par le mythe que nous connaissons tous et qui permit à Freud de créer sa théorie du "Complexe d'Oedipe." Freud a omis d'indiquer (ou voulu l'omettre) qu'Oedipe non seulement ignorait qu'il tuait son père mais aussi que c'était sa mère qu'il épousait. On comprend donc que certains puissent reprocher au père de la Psychanalyse cette formulation dans le fond inexacte puisque Odipe n'épouse pas Jocaste parce qu'il nourrit envers elle depuis l'enfance des sentiments incestueux pas plus qu'il ne tue Laïos en ayant pleinement conscience qu'il se trouve en présence de son géniteur.
Chez l'auteur grec, l'histoire est, pour utiliser une expression hautement moderne mais bien peu littéraire, "brute de décoffrage." Elle est aussi traitée, pourrait-on se risquer à dire ;o), sur le mode de l'intrigue policière. Car ce texte, relativement court - il n'y a ni actes ni scènes, au sens où nous entendons aujourd'hui ces mots dans le monde du théâtre - qui débute lentement avant d'adopter, avec ce que nous nommerons "la troisième partie", un crescendo aussi saisissant que déchirant, se présente un peu comme une suite de questions dont la dernière posée en entraîne obligatoirement une autre. Un peu normal d'ailleurs : Oedipe n'est-il pas devenu roi grâce à son don pour résoudre les énigmes ?
D'abord, il y a la peste qui a envahi la ville : pourquoi cette horreur ? Pourquoi ce fléau, cette épreuve atroce infligée aux Thébains alors qu'ils sont certains de n'avoir offensé aucun dieu ? Créon, beau-frère du roi, qu'on a envoyé en délégation à Delphes pour interroger la fameuse Pythie, prêtresse d'Apollon, leur rapporte une réponse à la fois nette (sur sa forme) et sybilline (sur son fond) : il faut extirper la "souillure" du sol thébain, il faut dénoncer et mettre à mort l'assassin du précédent monarque, Laïos.
C'est alors que, après un échange un peu rude entre les beaux-frères, le spectateur s'aperçoit que plusieurs versions de l'événement, toutes évidemment invérifiables d'autant que, depuis lors, bien de l'eau à coulé sous les ponts, existent et ont toujours existé. Pour certains, ce sont des brigands qui ont attaqué le monarque par surprise et l'ont lâchement assassiné. Pour Tirésias, devin célèbre qui vit à Thèbes (connu aussi pour des caractéristiques sexuelles qui auraient fait de lui un hermaphrodite), un seul homme au contraire est responsable mais il se refuse à révéler son identité. Oedipe l'Impulsif a beau exprimer ici toute sa fureur : Tirésias ne veut pas entrer dans ce jeu (car il sait bien que c'est une forme de jeu) auquel les Dieux se sont un peu trop mêlés.
Finalement, on découvre qu'il y a eu un témoin, un berger désormais bien vieux, qui s'est retiré dans les montagnes et qu'Oedipe ordonne d'aller chercher illico. Et le berger raconte une histoire bien singulière : Laïos lui aurait confié un nouveau-né - son propre fils - pour qu'il allât l'exposer dans la montagne afin que les bêtes sauvages le tuassent. C'est qu'une autre prédiction avait annoncé à Laïos que ce fils, pourtant si attendu par lui et Jocaste, tuerait son père et épouserait sa mère, dont il aurait même des enfants. Mais, un peu comme le chasseur de "Blanche-Neige", le pauvre berger n'a pas le courage d'obéir à son maître. Certes, il a pris l'enfant mais l'a confié à un inconnu rencontré là haut, dans les alpages, et qui, lui, se trouvait - coïncidence étrange où l'on peut voir la main d'Apollon - bien heureux de dénicher un nouveau-né. le tour de passe-passe s'accomplit donc sans que Laïos soit mis au courant et sans que son malheureux berger sache qu'il vient de faire le jeu du Destin.
La suite est si célèbre qu'il serait inutile d'en parler.
Durant toute la pièce de Sophocle, une question demeure néanmoins sans réponse : pourquoi cette malédiction d'Apollon ? En effet, les dieux grecs, si proches des humains, tuent par passion, par amour, par jalousie, pour aider leur "champion" (comme dans la Guerre de Troie) mais, peut-être à l'exception d'Arès, dieu de la Guerre, qui ne vit que pour le sang et les performances sexuelles - peut-être - ils ne tuent jamais pas plaisir pur : toujours, ils ont une bonne raison pour agir. Il en résulte parfois ce que M. Bush W. appellerait des "dommages collatéraux" mais les occupants de l'Olympe ne les recherchent pas et même les déplorent. Par conséquent, pourquoi Apollon en veut-il tellement à Oedipe ou, plutôt, si on récapitule les faits, à un nourrisson avec qui il n'avait en principe aucun rapport ?
J'écris "en principe" parce que le dieu du Soleil a bien une raison - en tous cas, la raison, il la connaît. J'ai filé me renseigner auprès de Lydia à qui je laisse le soin de vous éclairer. Si elle n'en trouve pas le temps, eh ! bien, je fouillerai dans l'un de mes nombreux dictionnaires ou dans "Les Mythes Grecs" de Robert Graves - que je n'ai toujours pas lu, honte à moi ! - et je vous donnerai la solution.
Pour en revenir à la pièce de Sophocle, eh ! bien, sachez que la troisième partie est d'une beauté sauvage et émouvante (étonnamment moderne aussi). Si sauvage, si émouvante qu'il est impossible que, au-delà tous les siècles qui nous séparent, l'auteur grec ne parvienne pas à vous émouvoir. On peut ne pas apprécier le personnage d'Oedipe - qui la "ramène" un peu, il faut bien en convenir - mais on ne peut que se révolter contre le Destin qui lui est imposé. Oedipe est un coupable innocent, qu'une rancune proche d'une vendetta pure et simple a décidé de créer tel quel. Oedipe paie pour les autres. La grandeur du personnage, grandeur qu'il transmettra à sa fille, Antigone, éclate, magnifique, éblouissante, dans les scènes finales, quand cet homme un peu suffisant, à qui tout a réussi, découvre que tous ses succès ne lui ont été accordés que dans un seul but : se crever les yeux et prendre la route de l'exil afin d'expier ce dont, en fait, il n'est en rien responsable. Dès le berceau, Oedipe n'était qu' un pion qu'on a pris soin de pourvoir de dés éclatants, fascinants, mais qui étaient pipés.
Comment croire que le Destin puisse vous donner un jeu faussé dès le départ et vous entretenir dans l'idée qu'il sort de l'ordinaire et qu'on ne l'a faussé que pour votre plus grande gloire ? Et pourtant, c'est bien ce qu'il arrive à notre héros. Tandis que le Destin, parrain infernal, caresse doucement Oedipe dans le sens de son orgueil - son talon d'Achille - ce même Destin cisèle les agrafes d'or dont il lui fera un jour cadeau parce que ce qu'Oedipe a fait et vu, sans avoir aucune conscience des tabous qu'il enfreignait, il ne devait ni le faire, ni le voir.
Petit détail en prime : l'ambiguïté de Jocaste qui, elle, peut-être en tant que mère, donne l'impression non pas de savoir mais de pressentir la vérité. Par tous les moyens, elle essaie de retenir son fils-époux sur la voie de la Vérité et l'on peut regretter que les déchirements intimes qui sont les siens ne soient pas mis un peu plus en valeur. Il est vrai que la société grecque ne donnait pas précisément le beau rôle à la Femme ... Précisons toutefois que Sophocle ne désigne jamais Jocaste comme une coupable éventuelle : pour lui, elle aussi est victime du Destin et de la partie de dés pipés des Dieux.
Vous l'avez compris : lisez "Oedipe Roi" de Sophocle, qui a engendré tant de "suites" ou de variantes comme "La Machine Infernale" de Cocteau. Rédigé cinq siècles environ avant notre ère, un chef-d'oeuvre d'une beauté si sombre et d'une vérité aussi authentique ne saurait s'ignorer. ;o)
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Mladoria
  29 novembre 2015
Quel calvaire que ce livre ! Le théâtre antique n'est décidément pas ma tasse de thé, loin s'en faut ! Ce livre avait déjà été une véritable épreuve quand il m'a fallu le lire dans le cadre de mon programme du BAC il y a 12 ans de ça, mais la relecture a été plus que pénible. Lu par petits morceaux, je me suis ennuyée à mourir tout du long.
Pourtant férue de mythologie, je ne comprends pas pourquoi je n'accroche pas. Le personnage d'Oedipe me tape sur les nerfs, les autres n'ont que peu de profondeur.
Je préfère et de très loin l'adaptation d'Antigone par Jean ANOUILH, le personnage a d'ailleurs beaucoup plus de profondeur.
Un livre qui reflète bien la catégorie pour laquelle je l'ai lu dans le cadre du challenge variétés : livre lu à l'école mais pas aimé. Le mot est faible.
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Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   15 avril 2013
Ne va pas, sur un simple soupçon, m'incriminer sans m'avoir entendu. Il n'est pas équitable de prendre à la légère les méchants pour les bons, les bons pour les méchants. Rejeter un ami loyal, c'est en fait se priver d'une part de sa propre vie, autant dire de ce qu'on chérit plus que tout. Mais cela, il faut du temps pour l'apprendre de façon sûre. Le temps seul est capable de montrer l'honnête homme, tandis qu'il suffit d'un jour pour dévoiler un félon.
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Nastasia-BNastasia-B   12 avril 2013
Subitement, il poussa un cri terrible et, comme mené par un guide, le voilà qui se précipite sur les deux vantaux de la porte, fait fléchir le verrou qui saute de la gâche, se rue enfin au milieu de la pièce... La femme est pendue ! Elle est là, devant nous, étranglée par le nœud qui se balance au toit... Le malheureux à ce spectacle pousse un gémissement affreux. Il détache la corde qui pend, et le pauvre corps tombe à terre... C'est un spectacle alors atroce à voir. Arrachant les agrafes d'or qui servaient à draper ses vêtements sur elle, il les lève en l'air et il se met à en frapper ses deux yeux dans leurs orbites.
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WolandWoland   26 février 2016

LE DOMESTIQUE

Pour être bref et t'instruire vite,
la divine et chère Jocaste est morte.

LE CORYPHEE

La malheureuse ! Qui en est cause ?

LE DOMESTIQUE

Elle-même. Et le plus affligeant t'échappe
car tu n'as pas vu. Mais tu sauras
autant que le permet ma mémoire,
ce qu'a souffert la malheureuse.
Dès le vestibule passé, prise de fureur,
elle courait vers le lit nuptial,
elle s'arrachait à deux mains les cheveux.
Elle entre, elle claque les portes derrière elle.
Et elle appelle Laïos, mort depuis longtemps,
elle évoque les enfants qu'elle en eut jadis
et par qui il mourut, la laissant leur enfanter
une abominable descendance. Elle gémit
sur la couche où, misérable, elle enfanta
son époux de son époux, ses enfants de son enfant.
Je ne sais comment elle a péri - nous n'avons pu
voir ce malheur car Oedipe s'est précipité
en hurlant et nous l'avons regarder tourner.
Il allait et venait, il nous demandait
une épée, et sa femme qui n'était pas sa femme
mais, glèbe doublement fertile,
sa mère et celle de ses enfants. Dans cette rage
un dieu sans doute l'a renseigné mais en tout cas
aucun de nous qui étions là. Avec un cri
terrible et comme guidé par quelqu'un, il se rue
sur les deux battants de la porte, il fait sauter
les pentures des gonds, il se jette dans la pièce.
Nous y aperçûmes la femme pendue
au lien qui l'étranglait. Le malheureux, à cette vue,
pousse un rugissement terrible et rompt le lien.
Le pauvre corps tombe sur le sol
et nous vîmes alors une horrible scène.
Il lui arrache les agrafes d'or dont elle attachait ses vêtements ; il les lève
et s'en frappe le creux de yeux en disant :
"Ils ne verront plus le mal que j'ai subi
ni celui que j'ai fait. Dans les ténèbres
ils ne verront plus ceux qu'ils ne devaient pas voir,
ne connaîtront plus ceux que je voulais connaître."
Il répétait ce cri et ne cessait de frapper
sous ses paupières. Le sang de ses prunelles
ruisselait de ses joues, non pas
un suintement de sang mais une sombre averse,
une grêle de sang qui ruisselait.
Ce n'était pas le malheur d'un seul, mais d'eux deux,
le malheur conjoint de l'homme et de la femme.
L'ancien bonheur était vraiment jusque là
un bonheur, mais n'est plus aujourd'hui
que gémissement, malédiction, mort et honte,
tout ce qu'on peut nommer de pire sans exception.
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Nastasia-BNastasia-B   18 avril 2013
Personne dans sa ville ne pouvait contempler son destin sans envie. Aujourd'hui, dans quel flot d'effrayante misère est-il précipité ! C'est donc ce dernier jour qu'il faut, pour un mortel, toujours considérer. Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin.
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LydiaBLydiaB   06 décembre 2010
OEDIPE. - Enfants, jeune lignée de notre vieux Cadmos, que faites-vous là ainsi à genoux, pieusement parés de rameaux suppliants ? La ville est pleine tout ensemble et de vapeurs d'encens et de péans mêlés de plaintes. Je n'ai pas cru dès lors pouvoir laisser à d'autres le soin d'entendre votre appel, je suis venu à vous moi-même, mes enfants, moi, Oedipe - Oedipe au nom que nul n'ignore. Allons ! vieillard, explique-toi :
tu es tout désigné pour parler en leur nom.
A quoi répond votre attitude ? A quelque crainte ou à quelque désir ? va, sache le, je suis prêt, si je puis, à vous donner une aide entière. Il faudrait bien que je fusse insensible pour n'être pas pris de pitié à vous voir ainsi à genoux.
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Videos de Sophocle (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Sophocle
Le comédien Luc-Antoine Diquéro interprète le rôle de Créon dans "Antigone" .Le comédien Luc-Antoine Diquéro interprète le rôle de Créon dans "Antigone", un texte original écrit par Stéphane Michaka d'après la tragédie de Sophocle. Une fiction enregistrée au musée Calvet d'Avignon, avec les musiciens de l'Orchestre National de France, à réécouter ici : http://bit.ly/2ulrN55
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