AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Pierre Vidal-Naquet (Préfacier, etc.)René Langumier (Éditeur scientifique)Paul Mazon (Traducteur)
EAN : 9782070363605
434 pages
Gallimard (27/03/1973)
4.31/5   197 notes
Résumé :
OEDIPE : O mes enfants, où donc êtes-vous ?... Sur vous aussi je pleure... quand je songe combien sera amère votre vie à venir et quel sort vous feront les gens... Quand vous atteindrez l'heure du mariage, qui voudra, qui osera se charger de tous ces opprobres faits pour ruiner votre existence, comme ils ont fait pour mes propres parents ? Est-il un crime qui y manque ? Votre père a tué son père ; il a fécondé le sein d'où lui-même était sorti; il vous a eues de cel... >Voir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
4,31

sur 197 notes
5
6 avis
4
4 avis
3
3 avis
2
0 avis
1
0 avis

Nastasia-B
  31 mars 2012
Avant que de donner un quelconque misérable avis sur du théâtre antique, peut-être vaut-il d'y glisser un petit avertissement pour les lecteurs profanes, que nous sommes en majorité (je m'inclus dedans, bien évidemment). Qu'était-ce donc que le théâtre au temps de Sophocle ?
Un divertissement parmi d'autres ? sûrement pas. Un spectacle raffiné pour élite bourgeoise ou gratin mondain ? encore moins. Plus vraisemblablement un outil d'édification des foules, un peu comme aujourd'hui on regarde un spot publicitaire du gouvernement pour nous enjoindre à trier nos déchets ou à éviter les accidents domestiques, ou bien, il n'y a pas si longtemps, les programmes éducatifs de la défunte O.R.T.F. Ou bien encore, comme on s'accorde à reconnaître les bienfaits des programmes de sensibilisation aux dangers des drogues ou à la bonne hygiène sexuelle pour former les jeunes lycéens. C'était un peu ça le théâtre, une sorte d'outil de propagande doublé d'une visée moralisante et normative pour assurer autant que possible le bon fonctionnement et l'harmonie sociales.
Pour atteindre cet objectif, afin de marquer durablement le spectateur, le théâtre va choisir d'agir directement sur le centre des émotions, et si possible les deux émotions extrêmes que peut ressentir un spectateur : soit les larmes, soit le rire. Voici de fait les deux genres majeurs, caricaturaux par nature mais parfaitement efficaces et compréhensibles en regard de l'objectif poursuivi, qu'a produit l'art théâtral grec : la tragédie et la comédie.
Ainsi donc, si l'on replace Sophocle dans ce contexte, notre lecture et nos attentes sont quelque peu différentes. On y lira par exemple l'éloge du patriotisme, de la fidélité et de quelques autres vertus (ou considérées comme telles) à l'époque. Mais pour nous autres, lecteurs du XXIième siècle, qu'attendre du théâtre antique ? « Telle est la question » a répondu un autre dramaturge, et c'est celle-ci qu'il nous faut nous poser.
Si c'est pour le message brut véhiculé à l'origine par ces pièces, manifestement il y a péremption et l'on se trompe de chemin. Par contre, si c'est pour la forme ou pour tout autre apanage, alors pourquoi bouder notre plaisir ? J'en connais qui admirent des affiches Art Nouveau, non pas pour ce qu'elles évoquent et qui a disparu, mais parce qu'elles sont belles, tout simplement.
Peu sont ceux qui peuvent encore jouir de la musique de la langue que procurait le grec ancien : il nous faut nous rabattre sur des traductions, où, après le fond, l'on perd encore un peu de ce quelque chose qu'y avait mis l'auteur pour forger une oeuvre complète, complexe, équilibrée et marquante. Avec ses trente pour cent, peut-être, de ce qui nous arrive aujourd'hui à nous, les lecteurs profanes, par rapport à l'oeuvre initiale, il faut chercher à y trouver tout de même son bonheur.
Ce bonheur vient par éclairs, par flash, lorsque l'auteur touche du doigt un paramètre de l'humain qui n'a pas changé depuis vingt-cinq, quatre ou trois cents siècles, qui est du registre de l'Humain en tant qu'espèce, indépendamment de toute appartenance à une société donnée à un moment donné, message qui ne se flétrira pas davantage dans mille ans ou dans cinq cents siècles, pour peu que l'humain sache se trainer jusque là.
Ceci est possible également à une autre échelle que l'auteur ignorait et qui n'était pas l'objectif poursuivi à l'époque mais qui a grandi avec le décalage temporel : celle de témoignage quasi ethnographique sur un mode de pensée aujourd'hui révolu et qui pourtant est le fondement, la base, l'origine, le foyer du système occidental.
Aussi, lisez-le pour ça, ce théâtre, pour ce témoignage, pour ce qu'il peut vous apprendre d'universel et qui n'a pas tremblé d'un iota depuis lors, un peu comme vous lisez Anne Frank ou Primo Levi, et alors, vous ne serez probablement pas déçus.
Si vous attendez la puissance de certains écrits plus modernes, peut-être n'y trouverez-vous pas tout votre content (quoique, ce n'est pas sûr), mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          492
frandj
  16 février 2014
J'ai eu la chance de lire "Oedipe Roi" dans la collection du Livre de Poche, qui non seulement donne le texte de cette tragédie, mais aussi propose des commentaires, clairs et sans érudition excessive, qui m'ont semblé très intéressants. Dans la suite, je me permettrai d'utiliser des éléments qui en proviennent.
La première chose qu'il faut admettre, c'est que le théâtre grec antique présentait des particularités qui ne correspondent absolument pas à ce que nous connaissons dans l'époque moderne. Les nombreuses différences tiennent notamment à la mise en scène de la pièce, au nombre et au jeu des acteurs, aux conventions admises par les spectateurs, ainsi qu'au rôle civique et religieux du théâtre (sur ce point, voir la belle critique de Nastassia.B).
De plus, les interventions du choeur entre deux épisodes de la tragédie, essentielle dans Sophocle, n'est évidemment plus de mise aujourd'hui. Dans chaque "stasimon", le choeur dansait et en même temps chantait ou psalmodiait son texte, écrit dans une veine résolument lyrique (voir par exemple la citation que je mets simultanément en ligne). Ce type de déclamation poétique parait surprenant au lecteur ou au spectateur du XXIème siècle après J. C.: il lui est presque impossible l'apprécier comme le faisaient les Athéniens du Vème siècle avant J. C. Cette lacune illustre notre quasi impossibilité à entrer vraiment dans l'esprit antique.
Concernant le personnage d'Oedipe dans la tragédie de Sophocle, il est absolument nécessaire d'oublier Freud si l'on veut éviter de grossiers contresens. Le point de départ de la tragédie est la dénonciation de deux crimes. Le héros malheureux est d'abord aveuglé par les dieux: tant qu'il reste dans l'ignorance, ces crimes n'existent pas, pour ainsi dire. Et c'est seulement au fur et à mesure que sa propre enquête avance qu'il devient un criminel. Arrivé à ce point, Oedipe ne peut absolument pas ergoter sur sa responsabilité personnelle et sur sa bonne foi (liée à son ignorance de sa parenté avec Laïos et Jocaste). En effet, Sophocle développe ici une conception "matérialiste" du crime: l'acte accompli est un fait constituant souillure, qui n'a rien à voir avec la psychologie individuelle et qu'il faut impérativement "laver". Le héros doit donc payer le prix pour son forfait qui, pourtant, a été littéralement programmé par les dieux. Ensuite Oedipe, tout en étant maudit, devient un "intouchable sacré".
Une autre remarque me semble mériter d'être ajoutée. Un des nombreux commentateurs de cette tragédie, R. Girard, a avancé en 1967 une thèse surprenante. Pour lui, les crimes sont inventés au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête. En fait, Oedipe est innocent mais il se "dévouerait" pour assumer la responsabilité des crimes reprochés par les dieux et, ainsi, exempter sa cité de la punition divine. Ses sujets fermeraient complaisamment les yeux sur l'invraisemblance de cet aveu de pseudo-culpabilité. Leur roi, réduit au rôle de bouc émissaire, se crève les yeux et disparait. On se rend compte que ce scénario, invraisemblable de prime abord, peut "tenir la route" en fin de compte. Cette simple considération rend encore plus fascinant le destin du héros maudit…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Bouteyalamer
  02 juillet 2021
Oedipe à Colone
La dernière tragédie de Sophocle, probablement écrite l'année de sa mort à 90 ans, est le terme du cycle d'Oedipe. Guidé par Antigone jusqu'au bois de Colone consacré aux Euménides, l'aveugle vient accomplir son destin et mourir, ou plus précisément disparaître en héros avec Thésée pour seul témoin (il demande à ses filles de « quitter ces lieux sans voir ni entendre les choses ni les mots qui vous sont interdits »).
On y trouve les ingrédients de l'antique : la piété utilitaire dans l'imploration des dieux, pour la vengeance comme pour l'apaisement ; l'observance sourcilleuse des rites ; la protection exigée du fort par le faible entre gens de bien ; les vigoureux contrastes, ici l'amour paternel d'Oedipe pour ses filles et sa haine à l'endroit de son fils Polynice qui s'exprime par d'implacables malédictions. le spectateur antique et le lecteur moderne ne se soucient pas de vraisemblance : Oedipe et Antigone marchent en haillons, Ismène, d'une élégante fraicheur, apparait sur une pouliche de l'Etna, Polynice et Créon, le fils indigne et l'usurpateur bardés d'arrogance, tous se rencontrent dans le bois interdit où va et vient le roi d'Athènes ; les sept armées qui s'assemblent contre Thèbes sont défaites quelques instants plus tard. Pensons aux raccourcis spatiotemporels du Cid et de Phèdre !
Ce qui importe est l'expression des sentiments extrêmes, la guerre, les pleurs, la colère, le poids de la vieillesse : « Meurtre, dissensions, rivalités, batailles – envie surtout ! Et puis, pour dernier lot, la vieillesse exécrable, l'impuissante, l'insociable, l'inamicale vieillesse, en qui viennent se rejoindre tous les maux, les pires des maux ». La rencontre de la tendresse et de la violence, qu'on trouve aussi dans l'imploration de Priam embrassant les genoux d'Achille, sommet de l'Iliade, est ce qui fait la grandeur de ces textes antiques.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
Neneve
  24 août 2019
7 pièces regroupées en un seul bouquin... c'est dire du programme qui m'attendait au début de ma lecture ! Mais quand c'est bien écrit comme le fait Sophocle, ça passe bien, même très bien. Pour certaines, c'était une relecture, parce que lues à mon adolescence, dans le cadre d'un cours de français... Mais ce fut une joie de les redécouvrir, avec un oeil adulte et je me rends compte que j'étais passé à côté de certaines réflexions... de la tragédie pure et dure.. comme la Grèce antique savait si bien en faire... Des pièces profondes et intelligentes. du théâtre qui fait réfléchir.
Commenter  J’apprécie          80
juten-doji
  22 décembre 2017
Lecture scolaire relue il y a peu, j'avais gardé un très bon souvenir des pièces de Sophocle, et plus généralement des tragédies grecques. Avant "Oedipe roi", j'avais peur de toute cette "vieille" littérature classique et barbante, sans doute difficile d'accès - déjà que j'avais du mal avec mes classes de latin. C'est pourtant cette même pièce, et les suivantes que j'ai lues de Sophocle, qui m'ont permis de découvrir une litérature riche, animée, pleine d'histoires plus incroyables les unes que les autres. Je ne comprends pas pourquoi, comme beaucoup, on a peur d'essayer ce type d'ouvrage, y compris quand on est jeune, d'autant plus que j'adorais la mythologie grecque et romaine. Je pense qu'une image élitiste et négative est dans l'inconscient de beaucoup d'entre nous.
Au final, ces pièces sont très faciles d'accès, la lecture agréable et absolument pas obscure, et ces histoires nous touchent tout autant d'un point de vue humain que par l'héritage culturel qui nous a été laissé par cette même civilisation, et que l'on retrouve partout autour de nous.
Challenge "Autour du monde"
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Citations et extraits (75) Voir plus Ajouter une citation
DarkcookDarkcook   30 novembre 2013
Les dieux sont seuls à ne connaître ni la vieillesse ni la mort. Tout le reste subit les bouleversements qu'inflige le Temps souverain. Voit-on pas dépérir la force de la terre comme dépérit la force d'un corps? La loyauté se meurt, la félonie grandit, et ce n'est pas le même esprit qui toujours règne entre amis, pas plus que de ville à ville. Aujourd'hui pour tels, et pour tels demain, la douceur se change en aigreur, et puis redevient amitié. De même pour Thèbes : aujourd'hui, à ton égard, règne la paix la plus sereine. Mais le Temps infini enfante à l'infini et des nuits et des jours, au cours desquels, sous un léger prétexte, on verra soudain la guerre disperser à tous les vents les assurances qui vous unissent aujourd'hui.

(Oedipe à Colone)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          100
Nastasia-BNastasia-B   22 décembre 2012
AJAX : Oui, le temps, dans sa longue, interminable course, le temps fait voir ce qui restait dans l'ombre, tout comme il cache ce qui brillait au jour. Il n'est donc rien à quoi l'on ne puisse s'attendre, et l'on trouve en défaut aussi bien le plus fort serment que les volontés les plus fermes.
Commenter  J’apprécie          190
Nastasia-BNastasia-B   11 avril 2012
Pourtant c'est le fait d'un traitre que de prétendre, quand on n'est qu'un sujet, ne pas obéir à ses chefs. Jamais les lois dans un État ne seraient admises ainsi qu'il le faut, si la crainte ne régnait pas ; et jamais plus une armée ne ferait montre de sage discipline, sans un rempart de crainte et de respect. Un homme doit savoir que, quand même il aurait stature de géant, il n'en peut pas moins succomber à un mal de rien. Celui qui garde dans son cœur crainte et vergogne à la fois, celui-là, sois-en sûr, porte son salut en lui.

ANTIGONE.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Nastasia-BNastasia-B   12 novembre 2014
LE CHŒUR : Chacun doit défendre son droit pour le mieux, mais aussi s'abstenir, quand il l'a défendu, de pousser la pointe blessante que comporte un haineux langage.

PHILOCTÈTE.
Commenter  J’apprécie          290
KahlanAmnellKahlanAmnell   09 août 2014
AJAX

Le vieux dicton des hommes est vrai : "Présents d'un ennemi ne sont pas des présents : n'en attends nul profit." Aussi, dans l'avenir, je saurai céder aux dieux, j'apprendrai à rendre hommage aux Atrides. Ce sont nos chefs, il faut leur céder, point de doute ! Les puissances les plus terribles cèdent aux droits reconnus. L'hiver qui marche dans la neige laisse la place à l'été porteur de moissons. Le char lugubre de la nuit s'efface devant le jour aux blancs coursiers, afin de le laisser briller de tous ses feux. Le souffle des vents redoutables endort la mer aux flots grondants. Le tout-puissant sommeil lâche les êtres qu'il avait enchaînés et ne maintient pas son emprise indéfiniment sur eux. Et nous ne saurions pas, nous, être raisonnables ? ... Pour moi, je viens d'apprendre que l'on ne doit haïr son ennemi qu'avec l'idée qu'on l'aimera plus tard ; et, pour l'ami, je n'entends de ce jour l'assister, le servir, qu'avec l'idée qu'il ne restera pas mon ami à jamais. Ils ne sont pas nombreux, les gens dont l'amitié offre un refuge sûr.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          30

Videos de Sophocle (36) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Sophocle
Au sommaire de la Critique, deux spectacles :
"Illusions perdues" par Pauline Bayle (d'après Balzac) Après "Iliade et Odyssée", adaptation des poèmes d'Homère, Pauline Bayle poursuit sa quête d'un théâtre littéraire. Pierre angulaire de "La Comédie humaine", "Illusions perdues" De Balzac suit les pas de Lucien Chardon, un jeune poète idéaliste qui quitte son Angoulême natal pour tenter sa chance à Paris. Nous sommes dans les années 1820, en pleine Restauration monarchique, et la société française en est aux prémices de la révolution industrielle. Préfigurant le capitalisme moderne, le pouvoir se déplace vers une nouvelle bourgeoisie triomphante et l'argent devient le véritable roi.
"Oedipe" de Georges Enesco par Wajdi Mouawad à l'Opéra de Paris - Palais Garnier En 1909, en sortant d'une représentation d'"Oedipe" roi à la ComédieFrançaise, Georges Enesco s'empresse de transcrire les premières mesures de son futur et unique opéra. La pièce de Sophocle a l'effet d'un électrochoc sur le compositeur roumain qui dès lors, et avant même d'avoir un livret, travaille à sa partition, créée en 1936 à l'Opéra de Paris. L'influence de Fauré, son maître, de Stravinsky, de Debussy et d'ancestrales traditions musicales de Roumanie nourrissent une écriture orchestrale et vocale à l'originalité sans pareil. Malgré un accueil triomphal dès les premières représentations et des salutations unanimes face à ce – déjà – classique du répertoire, l'opéra fait étonnement figure de rareté sur les scènes au cours du XXe siècle. L'oeuvre est seulement redonnée au Palais Garnier en mai 1963 par la troupe de l'Opéra de Bucarest en version roumaine.
+ Lire la suite
autres livres classés : théâtreVoir plus
Acheter ce livre sur

LirekaFnacAmazonRakutenCultura





Quiz Voir plus

Titres d'oeuvres célèbres à compléter

Ce conte philosophique de Voltaire, paru à Genève en 1759, s'intitule : "Candide ou --------"

L'Ardeur
L'Optimisme

10 questions
937 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature française , roman , culture générale , théâtre , littérature , livresCréer un quiz sur ce livre