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Nastasia-B
  10 juin 2014
Sophocle est sans conteste mon auteur préféré parmi les tragiques grecs. Il y a une profondeur, une vitalité d'écriture, et même — même ! — j'ose le prétexter, au creux d'une ou deux tirades, parfois, parmi tout ce tragique, une once de comique, un zeste de pétillance. C'était vrai pour Ajax et ça l'est encore selon moi pour Électre.

À beaucoup d'égards, et ce rapprochement a déjà été fait moult fois, Électre est une héroïne qui rappelle énormément Antigone : une rebelle, une fille de roi, qui s'oppose au roi en place, qui préfère prendre des coups, risquer sa vie et la disgrâce plutôt que de lâcher d'un pouce sur la question de l'honneur, et notamment l'honneur dû aux morts.

Ici, la fibre tragique est encore plus tendue car le responsable de la mort d'un père n'est autre que sa propre mère. Aussi, venger l'un équivaut à commettre un odieux parricide envers l'autre. Douloureuse alternative. Mais ça, ce n'est pas tellement son problème car si meurtre il y a, ce devra être l'oeuvre d'Oreste, son frère bienaimé qu'elle a soustrait jadis aux griffes meurtrières de sa mère, Clytemnestre et de son nouvel époux, Égisthe.

Électre passe donc une bonne partie de son temps à se lamenter sur son sort tragique, celui d'avoir vu son père, Agamemnon, assassiné sous les ordres de sa propre mère par le fourbe Égisthe, celui de subir au quotidien les brimades engendrées par son manque d'allégeance au nouveau couple royal, celui de savoir son frère vivant mais ne tentant toujours aucune action pour venir restaurer l'honneur meurtri de son père.

Il est à noter également que, comme dans le cas d'Antigone, Électre est accompagnée d'une soeur non rebelle, qui l'enjoint à accepter son sort sans trop de mauvais ressentiment et qui ne fera rien pour aller contre la volonté des maîtres, creusant ainsi, s'il en était besoin, le fossé entre l'attitude " commune " de la soeur, ici Chrysothémis, et l'attitude de l'héroïne en ce qui concerne la question du droit, de la morale, du légitime et du respect des règles publiques établies.

Tout semble tourner court lorsqu'on vient annoncer à l'infortunée Électre que son malheureux dernier espoir, Oreste, vient de trouver accidentellement la mort lors de festivités dans une cité voisine (festivités proches des jeux olympiques).

La terre s'arrête presque de tourner pour notre rebelle en mal d'action mais...,
mais...,
... toutes les informations sont-elles toujours fiables ? C'est ce que je vous laisse le soin de découvrir par vous-même. Il me reste peut-être encore à tâter deux ou trois mots quant au sens probable, civique et religieux, que cette tragédie revêtait durant l'Antiquité. Il faut peut-être y voir le fait que les dieux sont au-dessus de tout et que, peu ou prou, ils font concourir les événement à la justice. Que le fourbe qui a gagné par félonie sur le juste ne se réjouisse pas trop vite, son tour viendra... les dieux n'oublient jamais rien ni personne ! gnarf ! gnarf ! gnarf ! (rire sadique.)

J'ai hésité longuement à pousser mon appréciation jusqu'à quatre étoiles car, sur l'ensemble de l'impression laissée par cette pièce, pour un lecteur ou un spectateur du XXIème siècle, on ne va pas au-delà d'une impression moyenne. Toutefois, je tiens à saluer cette grande audace stylistique, ce tonique incroyable, cette palpitante écriture qui intervient lors du récit du drame de la course de chevaux.

N'oublions pas que cela a été écrit il y a 2500 ans, qu'il s'agit de théâtre, que le jeu d'acteur est alors très différent de ce qu'on l'imagine aujourd'hui et pourtant, Sophocle nous décoche une scène d'une vivacité d'écriture qui annonce déjà franchement un genre encore inconnu à l'époque et qui fera long feu : le roman.

Rien que pour cette scène, Sophocle peut être qualifié de génie de la littérature. C'est tellement vivant, c'est tellement intense comparativement à ce qui se faisait en ce temps-là que ça mérite un très grand coup de chapeau et tout notre respect. Saurions-nous, aujourd'hui, nous qui ricanons parfois du côté un peu vieillot de certaines pièces, apporter autant d'innovation, autant de jus, autant de style que Sophocle en apporta à l'écriture de son temps ? Alors, respect, Monsieur Sophocle, pour vous qui sûtes électriser les foules avec votre Électre. Au demeurant, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
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BazaR
  27 mai 2018
Troisième version antique de la légende d'Electre que je lis. Après Eschyle (fiasco) et avant Euripide (excellent) c'est l'élève Sophocle qui s'y colle.

Je ne vais pas rabâcher longtemps le pitch hein. Clytemnestre a assassiné son époux Agamemnon qui avait sacrifié leur fille Iphigénie pour acquérir un sauf conduit pour Troie. Elle a été aidée par Egisthe, un cousin d'Agamemnon qui devient son amant.
Electre, autre fille du couple, ne songe qu'à la vengeance. Mais elle ne peut pas grand-chose à part faire la gueule tout le temps. Elle atteint son frère Oreste qui finira par revenir et tous les deux se vengeront des infâmes assassins de leur père (commettant au passage un matricide).

Sophocle focalise sur l'événement que constitue le retour d'Oreste. Il développe la pièce autour de ça et évacue assez rapidement à la fin le meurtre de Clytemnestre et d'Egide – dans cet ordre contrairement à ce qu'ont écrit Eschyle et Euripide. L'auteur donne tout le temps à Electre pour conter son désespoir de vivre aux côtés des assassins de son père, sa profonde envie de vengeance. Il la confronte au choeur, à sa soeur Chrysothémis (jamais apparue dans les autres versions de la légende) qui est plus « raisonnable », plus prête à accepter la situation. le duo Electre/Chrysothémis ressemble au duo Antigone/Ismène : l'implacable volonté d'un individu fort face à la raison prête à céder devant l'autorité du moment.
Et bien sûr l'échange venimeux avec Clytemnestre est présent, toujours tourné sur la justification des envies de vengeance de l'une et de l'autre. Il est clair que Clytemnestre maltraite sa fille. Mais je me suis demandé si c'est pour elle une tactique destinée à la faire craquer, à la ramener dans son giron. Cela fait je crois qu'elle lui aurait à nouveau accordé son amour.

Sophocle développe le retour d'Oreste qui a monté un plan pour paraître incognito. Son ancien précepteur vient prévenir l'assemblée de Mycènes de la… mort d'Oreste. Et il se lance dans un long exposé épique et mythomane décrivant cette mort lors d'une course de chars. Cette partie est tout à fait inattendue et surprenante. Elle offre un contraste fort avec le sujet principal et l'occasion de satisfaire l'esprit patriotique de son public athénien car c'est un athénien qui gagne la course du récit.
Oreste est là, à côté, portant l'urne contenant les « cendres » de lui-même. Et il va prendre un temps fou à torturer sa soeur Electre. Celle-ci est évidemment effondrée depuis l'annonce de la mort de son frère. Et lui traîne les pieds avant de lui avouer qui il est. Sophocle prétend dans un vers que c'est parce qu'il n'a pas confiance dans les gens que représente le choeur, mais ça ne tient pas la route vu la vitesse à laquelle est évacué l'argument.

Comme je l'ai dit, les meurtres sont rapidement réalisés, libérant d'un coup la tension de l'attente du public. On ne verra pas Oreste poursuivi par les Erinyes comme dans les deux autres versions antiques. Justice est faite et bien faite à la fin.
Seul mystère : comment Chrysothémis a pris le meurtre de sa mère par son frère qui a dû avoir lieu sous ses yeux ? Personne n'en sait rien.
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colimasson
  16 juillet 2013
Electre ne va pas sans rappeler un autre personnage que l'on croit avoir déjà croisé dans le théâtre de Sophocle : il s'agit d'Antigone. Dans les deux cas, ces femmes se désolent de la mort d'un homme de leur famille (le père pour Electre ; le frère pour Antigone), et ce d'autant plus que cette mort est inachevée, ne laissant pas les survivants dans un deuil simplement attristé mais les nourrissant également de colère. Agamemnon, le père d'Electre, a été tué par son épouse Clytemnestre et son amant. Electre ne trouve aucun réconfort auprès de sa soeur Chrysothémis qui ne daigne visiblement pas vouloir venger leur père. Ne reste plus qu'à attendre leur frère Oreste qui –Electre n'en doute pas-, n'hésitera certainement pas à s'allier à elle pour rétablir l'honneur du disparu. Dans cet espoir, alors qu'elle mène une vie misérable au palais de Mycènes, Electre apprend d'un messager qu'Oreste est mort. Ne comprenant pas qu'il s'agit d'une ruse de son frère pour rentrer plus discrètement dans la cité, Electre ne le reconnaît même pas lorsqu'il fait son retour, jusqu'à ce qu'il lui avoue son stratagème. L'heure de la vengeance a sonné…


Pour peu que l'on commence à connaître Sophocle, la pièce ne surprend pas. le mythe sert ici, une fois encore, à transmettre le message d'une morale d'obéissance et de respect des lois civiques. Il s'agit d'une démonstration appliquée de la loi « Tu ne tueras point », contrebalancée toutefois par la possibilité donnée de tuer à son tour lorsque la loi n'est pas respectée –s'incarne alors la loi du Talion : dent pour dent, oeil pour oeil, dans le déchaînement des actes les plus sanglants. Encore une fois, la mort n'est qu'un évènement anodin parmi tant d'autres, pas plus marquant que le déroulement ininterrompu des actes sur terre, et ne constitue que le passage d'un territoire à un autre. Ce nouveau territoire ne semble pas détaché du précédent et c'est en vertu de cette caractéristique que les vivants s'évertuent toujours à accomplir le transfert du défunt dans les conditions les plus respectueuses qu'il soit.


La vengeance d'Electre est moins délectable que celle Antigone dont l'ire déchaînée était peut-être mieux soulignée par l'apathie des personnages qui l'entouraient. Electre ne produit pas la vengeance par elle-même mais attend le retour de son frère Oreste, et même si la finalité, dans le cas des deux personnages féminins, est la même, elle se résout de deux manières différentes. Malheureusement, l'achèvement d'Electre semble presque bâclé une fois que son frère est reconnu dans la cité.


Encore une fois, Sophocle engage au parti pris de la modération, invitant au respect de ses ascendants et modérant la folie querelleuse de ceux qui, croyant trop vouloir leur rendre grâce, finissent par se ridiculiser et ne trahissent qu'un égocentrisme forcené qui les empêche de prendre du recul sur leur colère. Alors, qu'en est-il de cette conclusion ?


« de quiconque se croit au-dessus des lois, il faudrait faire justice par la mort immédiate. On ne verrait pas tant de scélérats. »


Alors qu'on croit bien le connaître et qu'on ne s'attend plus à la moindre surprise, Sophocle ne laisse pas d'étonner…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Amelie44
  19 octobre 2013
En m'attaquant à Electre, je m'imaginais tourner les pages en rechignant, persuadée que la lecture de cette pièce serait torture...
Et pourtant, non!
L'histoire, le désir de vengeance d'Electre et d'Oreste est prenant, et la traduction que j'ai lu (V-H Debidour) est très fluide, se lit très rapidement.
Electre est une pièce poignante, pathétique, notamment pour son héroïne, déterminée coûte que coûte à venger son père. Ses larmoiements incessants, cette rancune contre sa mère rendent cette héroïne à la fois antipathique et pourtant, on pourrait presque la comprendre...
Même si malgré tout, Clytemnestre mérite aussi de la compréhension..
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Bernacho
  11 juillet 2016
Comment rendre intéressante une histoire éculée déjà connue de tous ? C'est un peu la question que je me posais à l'épisode précédent, en lisant l'Electre des Choéphores d'Eschyle.

Réponse de Sophocle, telle que je me l'imagine. Elle est double : le coeur et l'esprit.

1 – Créer une charge émotionnelle forte, via une petite variante sur le mythe par exemple : Electre croit son frère mort avant de le retrouver, double émotion. Par une écriture qui laisse passer plein d'émotions, déchirante, qui me font paraître Eschyle et Euripide froids par contraste. Et surtout, là où les deux autres laissent entendre des cris, ou en font le récit après coup, Sophocle nous offre une vraie mise en scène de la mise à mort bouleversante. Et il bâtit sa pièce en un vrai crescendo.

2 – Et malgré tout cela, il en profite pour poser des questions. Par exemple on retrouve la même question que dans Antigone, que je comprends mieux maintenant, si c'est la même. Ici, c'est Chrysothémis, soeur d'Electre et d'Oreste (inventée par Sophocle ?), qui joue un peu le même rôle qu'Ismène dans Antigone. Chrysothémis choisit le compromis, la soumission, la paix. Electre l'absolu, la lutte, la souffrance. Qui a raison ? Je n'ai pas l'impression que Sophocle nous le dise. Et puis aussi, Sophocle fait parler Clytemnestre, qui a l'occasion de justifier son crime (mais moins que chez Euripide).

Il ne me reste plus qu'à écrire aux scénaristes des films de super héros, avant le prochain épisode, sur l'Electre d'Euripide, mais sans aucun doute, à mes yeux Sophocle remporte haut la main le premier prix.
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dadotiste
  12 août 2012
Electre de Sophocle est l'une des figures les plus marquantes de tout le répertoire dramatique.
C'est le drame d'une âme humaine qui réalise sa délivrance en engendrant la désolation...
Dans cette tragédie grecque, Electre porte le deuil éternel et pourtant, dans une cité, une fois le deuil accompli, il faut se séparer du mort et continuer à vivre.
Elle, a arrêté de vivre depuis la mort de son père. Elle ne voudra et n'aura jamais d'enfants ni de mari. Elle n'existe que par son deuil. Ce qui la maintient en vie est d'appeler de ses voeux qu'on ôte la vie à celle qui la lui a donnée
Electre incarne une tragédie en elle-même en plus de celle qui entoure la pièce.
Une pièce exellente qui pour moi est l'une des meilleure tragédie grecque !
Pour moi, la version de Sophocle est supérieur à celle d'Euripide (dans la traduction qu'en avait fait Antoine VITEZ, où Electre représente la résistance à toute forme d'oppression).
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b-nyx
  14 octobre 2015
Très belle pièce. Toute la beauté de la tragedie grecque présenté par Sophocle. Cette pièce est la fin de la malédiction qui frappe les Atrides, Sophocle le présente sous un nouveau jour, un jour crutial, le personnage d'electre est fort pour l'époque et Orestre un frère vengeur. Même leur soeur, souvent absente dans les autres représentation du mythe à un role important. Belle pièce classique qu'on peut lire pour le plaisir du classique sans connaissance spécifique, mais en avoir un peu sur les tragédies classiques est un plus
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PrinceEndymion
  22 août 2019
Avec l'aide de son amant Egiste, la perfide Clitemnestre a assassiné son époux Agamemnon, auquel elle n'a jamais pardonné le sacrifice de sa chère fille Iphigénie. Pour Electre, le meurtre de son père est irrémissible, à présent que sa mère et son amant souillent de leur présence le palais du défunt roi de Mycènes. Bien que tout le monde soit au courant de l'assassinat d'Agamemnon, personne n'ose se dresser contre les deux usurpateurs. Seule Electre affronte le courroux de sa mère. Elle espère le retour d'Oreste, le seul qui soit le plus à même de remédier à la situation et de mettre un terme aux machinations de Clitemnestre. En Grec, Electre signifie "ambré", et par extension, "brillant", "incandescent". Car, vous vous en doutez, c'est grâce à elle que des vérités soigneusement et sournoisement enfouies vont éclater au grand jour.

En dépit de sa brièveté, cette pièce brille par les rebondissements qui la ponctuent et les tensions presque tangibles entre les personnages: j'ai été stupéfait de voir à quel point les rapports entre Electre, Clitemnestre et Chrysothémis devenaient masochistes tout au long de la pièce. Electre ne veillit pas, comme le montrent les nombreuses interprétations que l'on a faites de la pièce, du rapport entre la fille et le père (on parle régulièrement d'un "complexe d'Electre de nos jours, l'équivalent du complexe d'Oedipe pour une fille).
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Chasto
  21 février 2017
Passions et déceptions, amour filial et fraternel.

Bastions qui se terrent et s'affrontent l'un et l'autre par dépit et honneur réprimé.

A découvrir et faire connaître.
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DonaSwann
  30 novembre 2016
Traduction de Paul Mazon.

Selon l'histoire bien connue, Électre attend à Mycènes le retour de son frère Oreste, espérant qu'il viendrait venger la mort de leur père Agamemnon. Ce dernier a été traîtreusement tué par leur mère Clytemnestre et par Egisthe son amant à son retour de la guerre de Troie. La version de Sophocle, nous présente une Electre à l'état de servage et de mendicité au palais de sa mère, là où, chez Euripide, elle était seulement mariée à un jardinier.

Or Oreste a décidé de faire courir le bruit de sa mort, afin de mieux surprendre ses ennemis et de pouvoir préparer sa vengeance, bruit qui atterre Électre autant qu'il soulage Clytemnestre, terrifiée par des songes comminatoires...

Un texte extrêmement vivant, notamment dans les stichomythies, mais même dans les tirades. En revanche, je préfère nettement la version d'Euripide, moins statique, plus dramatisée dans le dénouement. Pour le lecteur (spectateur, je ne sais pas) d'aujourd'hui, les sarcasmes et les jeux de mots à double de sens d'Oreste et de sa soeur sont assez lourds.
Lien : http://aufildesimages.canalb..
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