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ISBN : 2021365123
Éditeur : Seuil (17/08/2017)

Note moyenne : 2.87/5 (sur 15 notes)
Résumé :
Nombre de médecins qui se sont penchés sur les cas saugrenus de la famille de Ninon Moise ont échoué à les guérir, parfois même à simplement les nommer. Depuis le Moyen Âge, les filles aînées de chaque génération sont frappées, les catastrophes s’enchaînent. Ninon, dix-sept ans, dernière-née de cette lignée maudite, aura droit à un beau diagnostic : allodynie tactile dynamique, trois mots brandis pour désigner ce mal mystérieux qui brûle la peau de ses bras sans lai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
horline
  03 septembre 2017
Si les sciences de la vie évoquent communément la biologie ou la génétique, sous la plume de Joy Sorman on a le sentiment que cette expression recouvre un domaine plus vaste, plus sensible, plus irrationnel. Ce n'est pas que l'auteure soit réfractaire à l'approche purement méthodique dans ce roman, bien au contraire, mais elle veut y mêler une part de merveilleux ou d'ésotérisme en racontant l'univers fragile d'une jeune fille de dix-sept ans, Ninon, qui doit faire face à un mal inconnu du monde médical qui a rétréci son monde, défait sa vie. Un mal étrange, mystérieux, comme l'étaient les maladies rares qui ont frappé les aînées de la lignée depuis cinq siècles et qui ont encombré l'esprit de Ninon enfant. Des maladies dissemblables pour lesquelles la folie n'était jamais très loin.
Il y a donc cette obscure lignée frappée par la malédiction ? le mauvais sort ? un trouble qui se renouvelle à chaque génération ? Face à ces questions et en attendant une éventuelle guérison, on n'accepte pas la fatalité lorsqu'on a dix-sept ans. Ninon brandit la volonté de triompher de la maladie comme elle tente de triompher dans son récit. Elle réorganise son monde mais ne peut échapper au désarroi, à la solitude et à la lassitude.
C'est donc une littérature de l'intime que nous propose Joy Sorman. A côté de la succession des examens cliniques, il y a la maladie qui prend le contrôle de la vie, le fracas intérieur, l'obsession de soi créée par la souffrance et qui rend la conscience plus alerte. L'auteure pratique allègrement l'introspection analytique mais le recul permanent ôte tout charme à l'idée de départ.
Là où est suggéré une histoire médicale habillée par une fable généalogique scrupuleusement entretenue par la mère pour "sublimer" le passé familial, il y a en réalité une fiction de bien peu de poids. Écrasée par une écriture introspective qui, par l'abondance des énumérations et des répétitions, en épuise la substance. Mis à part quelques sauts poétiques à la surface de la prose, la plume de Joy Sorman ne m'a pas séduite, elle m'a même anesthésiée.
Je doute sincèrement que le style soit un camouflage pour déguiser volontairement un texte faiblard. Car il faut reconnaître à l'auteure un certain sens de l'analyse, elle émet des idées intéressantes dans cette histoire d'émancipation et de rapport aux autres qui dépasse le cadre médical. Plusieurs grilles de lecture sont suggérées, exposées, ou marquées au burin. Mais l'architecture de l'ensemble apparaît malheureusement bancale, laissant un sentiment brouillon ou d'inachevé.
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nathiec44
  04 septembre 2017
C'est l'histoire d'une malédiction qui frappe les femmes d'une famille depuis des générations de maux mystérieux et invalidants, une sorte de fatalité. Ninon est la toute dernière de cette lignée, sa vie insouciante aux côtés de sa mère qui l'élève seule est rythmée par les récits des maux qui ont frappé ses ascendantes, toutes des filles aînées. Jusqu'au jour où Ninon se réveille un matin, affligée à son tour par un mal mystérieux qui lui brûle la peau des bras. le diagnostic est vite posé : elle est atteinte d'allodynie tactile, elle ne supporte aucun effleurement, aucun vêtement sur ses bras ni même le contact brûlant des draps de son lit ; sa vie devient un cauchemar.
Ninon décide alors qu'il n'y a pas de fatalité et que la science peut l'aider, elle cherche, consulte, tente, s'accroche pour trouver une solution. Ninon va alors consulter, explorer, se livrer à des examens ; elle se décourage souvent, renonce provisoirement puis reprend son bâton de pèlerin dans les hôpitaux, les cabinets médicaux, les laboratoires et persiste. Il doit bien y avoir un traitement ! Inévitablement, elle se coupe de ses amis, ne va plus en cours, s'éloigne de sa mère. Elle maigrit, devient irascible, et pourtant elle est opiniâtre, déterminée, exclusivement consacrée à son objectif de guérison.
Ninon consulte d'éminents spécialistes, à l'autorité incontestable, bienveillants ou distants, aux diagnostics parfois contradictoires. Au final, les traitements s'avèrent impuissants, une dermatologue en perd son assurance, décontenancée par le mal invisible de Ninon. Si la science ne lui apporte pas de réponse, qu'importe, elle se tourne vers des praticiens plus ou moins éclairés, aux traitements inattendus, fantaisistes (l'un d'entre eux va même lui proposer de lui greffer une peau de cochon !). Hélas, les acupuncteurs, chiropracteurs, chamanes… sont impuissants.
Bon nombre de pages sont cocasses, je me suis interrogée, l'auteure s'inspire-t-elle de témoignages ? A-t-elle assisté à des consultations aussi rocambolesques ? Que le lecteur hypocondriaque se rassure, le récit n'est jamais anxiogène, le mal dont souffre Ninon n'est pas mortel. Cet état des lieux des pratiques médicales est ahurissant, drôle, jubilatoire et sidérant. L'épisode du chamane en forêt de Rambouillet m'a laissée dubitative, je l'ai lu deux fois, littéralement scotchée !
L'écriture est fluide, un récit sans dialogue qui marque la détermination solitaire de Ninon. Les quelques explications scientifiques et les exposés, sur la peau notamment, donnent l'impression de relire un livre de sciences naturelles pour écoliers, mais se digèrent bien et évitent une expédition sur Wikipédia. Les recherches de Ninon sont entrecoupées d'épisodes et de récits des maux qui ont frappé ses ancêtres, transmis par sa mère, sorte de contes où les sorcières d'antan font des apparitions, folles dansantes, jumelles secouées de tics liés au syndrome de la Tourette, grand-mère frappée par surdité et cécité.
Ninon échappera-t-elle à son hérédité, aux gènes transmis au fil des générations ? En tout cas, elle trouvera des réponses pour se soustraire à son arbre généalogique, aux forces maléfiques de l'hérédité. Je n'en dévoile pas davantage sur ce joli récit au thème inattendu, documenté, drôle qui interroge sur la transmission, la part d'hérédité dont chacun hérite et transmet à son tour.
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gromit33
  12 décembre 2017
Je remercie les éditions Seuil de m'avoir envoyé ce livre. Mais je n'ai pas réussi à la terminer. Je suis souvent rétive aux sujets sur les maladies et celui là ne parle que de cela. D'une malédiction familiale qui touche la famille de Ninon : depuis des siècles, des membres de sa famille ont des maladies mystérieuses et voila que la jeune Ninon souffre de démangeaisons sur les bras mais aucun médecin et elle va en consulter une ribambelle ne peut la soulager et la soigner. J'ai en fin de compte abandonné ma lecture car n'ai pas réussi à être intéresser par le personnage de cette jeune fille et n'ai pas aimé attendre dans des salles d'attente ou dans des hôpitaux. Je n'avais jamais lu cette auteure mais vais tenter la lecture d'un autre texte.
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jostein
  09 septembre 2017
Joy Sorman a cette particularité de choisir un sujet, à priori peu romanesque, et de le triturer jusqu'à la moelle. Dans une langue riche, précise, technique, elle en épuise toutes les facettes.
Ninon Moïse fait partie d'une famille soumise à une malédiction depuis 1518. Toutes les filles aînées de cette famille ont une pathologie rare qui survient sans prévenir.
Par exemple, Esther, sa mère, ne voit pas les couleurs. Chaque soir, elle contait à sa fille, l'histoire maléfique et étonnante d'une de ses ancêtres, récits plutôt drôles qui vont ponctuer pour un réel plaisir de lecture le récit personnel de Ninon.
« On ne se rebelle pas contre le mauvais sort, on courbe l'échine. »
Suggestion ou réelle malédiction, Ninon n'échappe pas à son destin. A dix-sept ans, du jour au lendemain, elle est atteinte de douleurs insupportables sur les deux bras, du poignet à l'épaule lors de contact sur sa peau.
Hyperesthésie cutanée ou allodynie tactile dynamique. Mettre un nom sur une douleur, c'est déjà grand pas, une reconnaissance de maladie, un espoir de guérison.
Mais Ninon, tel Gregor Samsa dans La métamorphose de Kafka, vit un cauchemar. Elle consulte tous les médecins, spécialistes, psychiatres en vain. Se repliant ensuite vers les médecines parallèles puis les chamanes.
« Ninon fait le bilan de ces mois de consultations, elle en retient un sentiment d'injustice, ou plus prosaïquement de vexation – la douleur l'a rendue orgueilleuse, ajoutant à la susceptibilité de son jeune âge-, la désagréable impression que pour les médecins son mal n'est qu'un symptôme agaçant, à l'expression outrée, sans aura ni prestige, qu'elle est une emmerdeuse qui ne veut rentrer dans aucune case des manuels de médecine, un boulet, la mauvaise nouvelle qu'on voit arriver de loin, que ce qu'elle considère comme sa maladie, une maladie vraie, est traité comme un fait clinique mineur, un simple dérèglement de sa subjectivité, quand les médecins devraient plutôt la remercier d'incarner cette splendide énigme livrée sur un plateau, un prodige de la nature, car quoi de plus passionnant qu'un malade dans lequel la maladie prend bizarrement forme, se module sous des traits singuliers, se nuance et s'intensifie de zones d'ombre et de lumière, de teintes variées, quoi de plus stimulant que des individus imprévisibles, des cas particuliers qui débordent les lois et les catégories de la science. »
Joy Sorman décrit avec justesse l'état d'esprit de ces personnes atteintes de maladies rares, véritables énigmes pour la science. Et parfaitement aussi, cette douleur avec laquelle il faut vivre en permanence. Cette douleur qui devient une part entière de l'être, à tel point que lorsqu'elle disparaît, on se trouve content mais dépossédé, orphelin.
Avec cette phrase de Fitzgerald « Toute vie est bien entendu un processus de démolition », Joy Sorman, en écrivaine décalée et philosophe, construit un récit très personnel entre fiction et réflexion sur l'intellectualisation d'un mal physique. de la suggestion possible par le biais d'histoires de famille, de la compréhension du mal, de sa tentative de maîtrise de la douleur, de l'espoir de guérison, de la résignation à vivre avec cette particularité jusqu'à la reprise de possession du corps.
Personnellement, le sujet ne m'a pas vraiment intéressée et la course aux remèdes est parfois lassante. J'ai pu lire des témoignages plus solennels sur la confrontation de malades aux spécialistes impuissants et aux charlatans prometteurs. Dans sa ligne intellectuelle, Joy Sorman en fait un récit plutôt ironique mais surtout une approche originale de raisonnement d'une malade qui refuse le déterminisme d'une malédiction familiale et lutte pour retrouver l'ascendant sur son corps.
Lien : https://surlaroutedejostein...
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liberliber
  08 décembre 2017
Avec « Comme une bête » et « La peau de l'ours », Joy Sorman mène une réflexion originale sur notre rapport au corps et à l'apparence. Elle la poursuit avec son dernier roman « Sciences de la vie ».
Depuis le XVIème siècle (rappelons à l'éditeur que le Moyen Age se termine en 1492 avec la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb), les filles aînées de la famille de Ninon Moise sont maudites, marquées « depuis toujours du sceau de l'infamie et de l'infection ». Pendant toute son enfance, Ninon a été « bercée » par les histoires insensées sur ses aïeules que lui racontait sa mère Esther qui souffre d'achromatopsie c'est-à-dire une absence de vision des couleurs. Bref, elle voit la vie en noir et blanc.
A l'âge de 17 ans, Ninon est frappée par un étrange mal : une intolérable sensation de brûlure sur ses bras que les experts diagnostiquent comme allodynie tactile dynamique. Se refusant de céder à la fatalité d'un destin tout tracé, elle consulte toutes sortes de médecins, de psys et même de chamans. Rien n'y fait, le supplice poursuit son oeuvre. Les paradis artificiels ne font qu'apaiser quelques instants la torture qu'elle compare à la musique, à la peinture de Francis Bacon ou encore à la météo marine avec ses hectopascals... Mais cette infirmité peut être aussi une chance parce qu'elle forge une part de son identité, qu'elle se sent parfois une élue ou encore une super-héroïne qui élargit « le champ de ses perceptions ».
Dans une écriture fluide, Joy Sorman nous emporte dans son exaltation et arrive à nous faire partager la souffrance de son personnage. Il se dégage aussi une certaine poésie, et parfois de l'humour, de la litanie des cas qui ont frappé toutes ces femmes : transe, démence, hallucinations, fureurs utérines...
EXTRAITS
- La douleur a fait naître en Ninon un fantasme de corps sans esprit, le rêve d'une matière sans âme, le désir de n'être qu'un assemblage de chair, de nerfs et d'os, car seule la chair serait digne de confiance (...) ».
- On dit qu'il faut y croire pour que la magie noire opère mais n'est-ce pas à force d'accomplir les rituels religieux que l'on finit pas avoir la foi ?

Lien : http://papivore.net/litterat..
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critiques presse (1)
LeMonde   08 septembre 2017
L’héroïne de « Sciences de la vie » s’embrase quand on l’embrasse. Elle somatise violemment, comme les aînées de sa lignée avant elle.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (3) Ajouter une citation
Pixie-FlorePixie-Flore   29 septembre 2017
Sans doute Ninon imagine-t-elle que le plus dur est fait, que la guérison est désormais en marche par la grâce de ces syllabes prononcées à voix haute, allodynie tactile dynamique, un presque alexandrin qui déjà éloigne la douleur, une offrande du médecin à sa patiente, ces mots rythmés, aux sonorités enlevées, Ninon les articule, ils sont la solution car si la maladie existe, sortie de l'ombre, de la clandestinité, épinglée sur la grande carte des pathologies, c'est qu'elle peut être soignée, la description d'une maladie est le début de sa résolution, nommer le mal c'est commencer à le soumettre.

[p65-66]
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Pixie-FlorePixie-Flore   27 septembre 2017
Vous me dites que je n'ai rien mais alors pourquoi j'ai mal ? J'ai peut-être quelque chose qui ne se voit pas à l'image. Vous pouvez tout voir avec vos machines ? Ninon est à cran, l'esprit aussi inflammable que ses bras, exagérément susceptible depuis quelques jours, depuis qu'est apparue cette foutue douleur incompréhensible sur sa peau, se sent soupçonnée, accusée d'affabulation ; elle tâche de soutenir son regard mais l'interne a remis le nez dans les feuilles d'examens et les radios plutôt que sur le visage contrarié de Ninon.

[p49-50]
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Pixie-FlorePixie-Flore   29 septembre 2017
Pour Ninon, cette tentative de désertion de soi, de désaffection, pourrait constituer le revers salvateur du poids inconsidéré de sa famille - qui devant l'échec s'invite à nouveau -, et surtout de l'inquiétude qui plombe, car - cela s'était présenté comme une hypothèse plausible - à force de redouter le pire ne l'invoque-t-on pas ? Et si c'était la peur qui avait provoqué l'irruption du mal, qui l'avait appelé de ses voeux ?

[p183]
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