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Elisabeth Suetsugu (Traducteur)
EAN : 9782877305129
161 pages
Editions Philippe Picquier (26/10/2000)
3.96/5   60 notes
Résumé :
Certains livres, parfois, semblent portés sur l'aile frémissante d'un oiseau. En voici un, né de la joie intense d'avoir échappé à la mort. En 1910, hospitalisé pour une grave maladie qui met ses jours en danger, Sôseki note au quotidien l'évolution de son état et ses réflexions. Choses dont je me souviens. Ce qu'il tente de retenir avec tant de hâte, malgré son extrême faiblesse, c'est bien sûr le miracle de la vie rendue, mais surtout la paix du cœur, la clarté pl... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Choses dont je me souviens est un journal d'hospitalisation qui mêle prose, haïkus et poèmes.
L'écriture est limpide, les réflexions claires, les poèmes merveilleux. La seule difficulté, c'est le traitement du temps plutôt complexe. Il vaut mieux avoir en tête la chronologie. Elle est récapitulée dans la préface mais je la résume, pour vous et pour moi. Natsume Soseki (1867-1916) a 44 ans quand il est hospitalisé à Tokyo une première fois le 18 juin 1910 pour soigner un ulcère à l'estomac. Il quitte l'hôpital le 31 juillet pour se reposer dans une station thermale de la péninsule d'Izu. Mais, le 24 août, il est terrassé par une hémorragie gastrique et pendant trente minutes il perd connaissance, plongé dans un semi-coma. Dès le 8 septembre, encore très affaibli, il se remet à lire, reprend son carnet et commence à noter faits, perceptions, impressions de lecture. Il écrit surtout de nombreux haïkus ainsi que des kanshi, poèmes rédigés en chinois classique, ce qui ne lui était pas arrivé depuis sa jeunesse. de retour à l'hôpital de Tokyo en octobre, dans la même chambre que la première fois, il commence à rédiger Choses dont je me souviens qui paraîtra dans le journal Asahi entre le 29 octobre et le 20 février 1911. Il sortira de l'hôpital le 26 février 1911.
« Choses dont je me souviens n'est rien de plus qu'un ensemble feutré, reposant sur les réflexions et le quotidien banal d'un homme aux prises avec la maladie, mais mon intention est d'introduire tout au long du texte un ton qui, bien que passé de mode, a le charme de la rareté, et je souhaite ardemment éveiller mes souvenirs sans attendre, les écrire de suite et pouvoir ainsi respirer dans la nostalgie ce parfum suranné avec mes nouveaux lecteurs, avec tous ceux qui sont dans la peine. »
Ce journal est très beau. Il a souffert terriblement, il a cru mourir, il a perçu des sensations, des images, qu'il veut retenir en toute hâte dans son petit carnet avant qu'elles ne s'évaporent. Mais pourquoi celles-ci plutôt que celles-là, pourquoi se remet-il à écrire des kanshi ? Ces choses dont il se souvient sont mêlées de rêveries. Il s'interroge sur la mémoire et nourrit sa réflexion de ses lectures ( (Bergson via son ami le philosophe pragmatique et traducteur Willian James dont il apprend la mort). Il décrit de manière crue ses souffrances interminables pour ingérer, déglutir ou digérer et puis son sommeil de chien. Il évoque la gentillesse et le dévouement du personnel médical. Il insiste sur son expérience de rescapé, sa joie intense d'avoir échappé à la mort annoncée. Il s'attarde longuement sur l'expérience de Dostoievski « revenir de justesse à la vie » après un simulacre d'exécution, connaître en moins d'une heure « trois tournants abrupts » : avancer de la vie vers la mort, faire demi-tour, revenir à la vie". Il nous fait partager son plaisir de vivre, de retrouver le simple « goût du gruau que le printemps verse goutte à goutte sur (ses) entrailles », la conscience de vivre une douce, apaisante et fugace parenthèse loin des pesanteurs et des mesquineries quotidiennes du monde moderne, en communion avec une nature réinventée.
Une lecture marquante.
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Le 18 juin 1910, Natsume Soseki est hospitalisé à Tokyo pour un ulcère à l'estomac. Il quitte l'hôpital le 31 juillet et part se reposer à Shuzenji, dans la péninsule d'Izu, en face de Shizuoka. La ville est une station thermale et connue pour son temple bouddhiste. Mais dès le 24 août, une hémorragie le laisse pour mort durant trente minutes. Contre toute attente, il en revient, et quinze jours après il peut déjà se remettre à son journal, notant ses ressentis sur son état de santé, son environnement, ses impressions de lecture…

Il s'attèle à Choses dont je me souviens le 20 octobre, quelques jours après être revenu à l'hôpital de Tokyo qui l'avait accueilli en juin. Ce texte marque le retour de Soseki à la poésie, qui ponctue chacun des chapitres avec un haïku ou un kanshi, poème en chinois classique. Il reprend tellement goût à la poésie que par la suite il ne cessera plus de composer des poèmes. Il a beaucoup souffert de son ulcère en juin, crachant du sang en quantité, ce qu'il nous décrit par le détail, à tel point dit-il « qu'en comparaison de cette torture, les jours que j'ai vécus à la suite de ce 24 août mémorable furent empreints de sérénité et s'écoulèrent dans un calme ineffable. » Il aura ressenti une sorte de bien-être, d'apaisement dans cette expérience de la maladie. Ce sentiment provient certes de la joie d'avoir échappé à la mort, mais aussi d'être libéré d'un quotidien étouffant, où il doit produire des romans ─ il le fera à rythme effréné dans les dernières années de vie ─, et, on l'imagine, d'assumer ses charges de famille (il a déjà cinq enfants)...Soseki se laisse porter, à regarder le ciel bleu, apprécier la gentillesse de celles et ceux qui se dévouent à son chevet, sa femme, le personnel médical, ou de ses amis qui lui écrivent, et se délecter des différentes sortes de fleurs qu'on lui apporte. Pétri de culture européenne, (il a voyagé en Angleterre), il lit les grands esprits littéraires et philosophiques de son temps, Dostoïevski, Nietzsche...

Soseki fait preuve d'une grande humilité, en tant qu'écrivain, jugeant ses poèmes de piètre qualité, mais aussi en tant qu'homme qui a frôlé la mort. L'homme n'est décidément pas grand-chose : « Quand on considère ce que nous sommes au regard de l'évolution des êtres vivants sur trois générations, à plus forte raison quand on se fonde sur l'histoire du système solaire qui se meut sans pitié et évolue implacablement en fonction des principes de la physique, on s'aperçoit que l'être humain ne dispose que d'une infime parcelle de vie. Comment alors ne pas prendre conscience de la vanité de nos émotions et de nos sentiments ? » Même humilité devant ces trente minutes sur le fil, dont il avoue n'avoir pas saisi grand-chose : « Je suis mort une fois. Et j'ai fait l'expérience de la réalité de la mort que je ne faisais qu'imaginer en temps ordinaire. Oui, je suis allé au-delà du temps et de l'espace. Mais ce dépassement n'a eu ni pouvoir ni signification. J'ai perdu ma personnalité. J'ai perdu ma conscience. Mais c'est seulement cette perte qui est évidente. Comment pourrais-je devenir un fantôme ? Comment pourrais-je rencontrer une conscience plus grande que moi ? Moi qui suis pusillanime et superstitieux de surcroît, je n'ai fait qu'apprendre d'autrui ce qui m'était arrivé et l'expérience que j'ai faite demeure un mystère qui me dépasse ».

J'ai été surpris moi-même de garder mon intérêt intact de bout en bout. Les chapitres très courts, l'élégance de style (très bien servie par la traduction d'Elisabeth Suetsugu), la « profondeur simple » de la pensée de l'auteur et le rituel poétique de fin de chapitre, le tout sur 160 pages, ont fait que j'ai pris plaisir à savourer ce récit de malade.

Les poèmes sont beaux, ils célèbrent la nature. J'ai plus apprécié les kanshi probablement, dont la forme est finalement plus familière aux occidentaux que les haikus si elliptiques. Soseki montre ici sa stature de père fondateur de la littérature nippone moderne. Il est au centre de tout, car il réussit la synthèse de toutes les influences, il a assimilé les apports de la culture occidentale durant cette ère Meiji qui s'achève, mais ne renie pas la culture japonaise, qu'il porte en lui dans une expression laïque, où le bouddhisme et le shintoïsme se font très discrets. Il n'a pas vu grand-chose dans cette expérience de mort imminente.

C'est un livre qui comporte beaucoup de moments faits de souffrance, de tristesse, de peur. Pourtant, en plus d'un humour discret, il nous fait finalement vivre le vieillissement et les déboires de santé dans une forme de sérénité. Chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus de la fin, il n'y a rien que nous puissions faire pour l'empêcher, il ne sert à rien de se plaindre. Au total, l'universalité du propos et la poésie qui s'en dégage, ce fatalisme non pleurnichard, cette espérance agnostique qui imprègnent le récit, en font un livre attachant, intemporel, qu'on aimerait conserver à son chevet pour picorer, qui un chapitre, qui un poème.

Soseki retournera avec avidité dans le quotidien d'un écrivain travailleur, prolifique, qui publiera romans sur romans, et de nombreux poèmes, tout en étant assailli de manière répétée par les problèmes de santé. C'est comme s'il avait eu le pressentiment de l'urgence, la mort le rattrapant brutalement à sa table de travail en 1916, en train d'écrire son dernier roman, clair-obscur, à moins de cinquante ans.


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Est-ce un journal ? Presque. Un journal non pas tenu au jour le jour, un journal rétrospectif, qui raconte ce dont se souvient Soseki, mais aussi ce dont il ne se souvient pas.
Il reste six ans à vivre à l'écrivain japonais. Il souffre déjà, quand il écrit ce livre, d'un ulcère à l'estomac, la maladie qui va l'emporter et qui a bien failli l'emporter.
Les chapitres, nombreux, sont très courts, comme autant de répits laissés par la maladie. Il écrit aussi des haïkus, qui ponctuent son texte et offrent une respiration entre deux moments de souffrance. Même si l'écriture est extrêmement pudique, il ne peut pas ne pas parler de ce moment où il a failli mourir, et où il n'a que le témoignage de sa femme pour ses trop longues minutes où on le crut perdu. Sa plus grande souffrance n'est pas physique, elle est le reflet de la douleur qu'il a causée chez sa femme. Altruiste avant tout, lui que l'on protégea en lui cachant la mort d'un proche, emporté par la même maladie.
Choses dont je me souviens n'est pas facile à lire, et je conseille de ne surtout pas le faire d'une traite. Prenez le temps, faites des pauses, respirez, lisez d'autres livres entre temps. La sécheresse de ce style est celle des auteurs qui n'ont pas de temps à perdre en fioritures inutiles. Ou comment rester intime et pudique à la fois.
Lien : https://deslivresetsharon.wo..
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La rencontre de la trivialité (de la finitude) et de la grâce (la spiritualité poétique) font l'incroyable charme de Soseki.
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J'ai trouvé fadasse voire pire les trois-quart du livre. Pour moi ça ne ressemble à rien de ce à quoi je m'attendais, vu les critiques plutôt élogieuses.
Quelques pages sauvent ce texte. Quelques pages qui sauvent une vie.
Les poésies qu'il contient sont passées bien loin de mes fréquences. Trop loin.
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Citations et extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
Pour l’heure j’ai oublié la poésie
Ma mémoire ne tente rien pour la retrouver
J’ai oublié tous les poèmes
L’oeil vague je regarde par la fenêtre s’étendre
L’ombre des arbres qui s’ennuient
Le soleil couchant éclaire un sentier
Un moine s’éloigne
Le feuillage cuivré d’un érable cache
Le campanile du temple
Qui s’enfonce dans les profondeurs
Du village embrasé par l’automne
Détaché de toutes choses
Je lève les yeux vers les nuages
Mon cœur est transporté
Le son d’un koto
Je suis heureux
Vieillir dans la sérénité
Bonheur suprême de l’homme sur cette terre
Le cœur en paix
Qu’un chien aboie que le coq chante
Tout résonnera avec douceur à mon oreille.
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Au seuil de la mort
Mon coeur s'est remis à battre
Les jours qui me restent à vivre
Comment pourrais-je les comparer
Aux braises
Le vent souffle
Au-dessus du torrent desséché
Et annonce la fin de l'été
Le soleil automnal commence à décliner
Au-dessus du bosquet de bambous
Et tout alentour s'enveloppe
D'ombre
J'ai vécu trois mois dans ces montagnes
Sans m'en apercevoir
Au-delà du portail
Un monde nouveau s'ouvrira sans doute
Je voudrais
Si c'était possible
Retourner à Tôkyô avant que la saison ne soit passée
Des chrysanthèmes
Sinon
Si triste sera mon coeur
Que je soupirerai après ma maison
Jusque dans mes rêves
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Moi qui m'étais jusque-là senti rassuré, je fus soudain submergé de tristesse. Je ne voulais pas mourir! Envers et contre tout, je voulais vivre. En plus, je me sentais si bien, comme délivré d'un fardeau, que je ne ressentais pas le moins du monde la nécessité de mourir. Les médecins, me croyant dans le coma, continuaient à parler sans la moindre réticence. Moi que les regrets envahissaient, immobile et les yeux clos, dans la position d'un mort, je fus assailli par un rêve quelque peu étrange. Bientôt, je commençai à me lasser d'entendre de mon lit, comme s'il se fût agi d'un autre, des commentaires téméraires sur ma vie et ma mort, puis, je sentis même la colère monter. Moralement, je me disais qu'ils auraient pu se montrer un peu plus réservés. Enfin, j'en arrivai à me dire que, si telle était leur façon de voir les choses, moi aussi j'avais la mienne!...
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Le monde est affairé
Sans trêve l'homme est exposé
Au vent d'ici-bas
Dans la limpidité du ciel d'automne
Je m'aperçois que mes cheveux ont blanchi
La maladie m'a affaibli
Je rêve du temps de mon enfance
A suivre le vol d'un oiseau
Mes yeux se perdent dans l'infini du ciel
A voir les nuages qui flottent tristement
Il m'apparaît que le chemin ne connaît pas de fin
J'ai le bonheur d'être encore en vie
Je vais prendre garde
De ne pas user mes os
Aveuglément
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L'idée me vint qu'il serait bien que je puisse noter mes pensées et mes sentiments au jour le jour, pour plus tard, même si cette expérience s'altérait au fur et à mesure que je l'accumulais sans honte ni arrière-pensée, expérience qui n'avait ni la profondeur ni l'épaisseur du mal dont je souffrais et qui se produirait une fois, deux fois peut-être au cours de mon existence. Naturellement, je n'étais pas à même de tenir une plume et le temps ne faisait que passer. Le jour succédait à la nuit, la nuit succédait au jour. Et les ondulations de mon cœur qui effleuraient mon esprit s'enfuyaient à l'instant même où j'avais cru les saisir. A contempler les vestiges de ma mémoire qui s'estompaient insensiblement, toujours plus vagues, je fus envahi par un ardent désir de ranimer ces souvenirs.
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Vidéo de Natsume Soseki
RÉFÉRENCE BIBLIOGRAPHIQUE : Natsume Sôseki, Je suis un chat, traduit du japonais et présenté par Jean Cholley, Paris, Gallimard, 1978, p. 369, « Unesco ».
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