AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Jean Cholley (Autre)
ISBN : 2070706346
Éditeur : Gallimard (12/03/1986)

Note moyenne : 4.09/5 (sur 159 notes)
Résumé :
Mort en 1916 à quarante-neuf ans, Natsume Sôseki vécut aux confins de la psychose la déchirure dont pâtirent tous les intellectuels nés avec la révolution industrielle, politique et culturelle du Meiji. Formé aux lettres classiques chinoises, au haïku, mais envoyé en Angleterre de 1900 à 1903 pour pouvoir enseigner ensuite la littérature anglaise, il s'imprégna si profondément du ton de Swift, de Sterne et de De Foe que, sans nuire à tout ce qu'il y a de japonais da... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacCulturaLeslibraires.frMomox
Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
andman
  21 septembre 2013
Miaou ! Miaou ! Contrairement à mes congénères et amis du quartier, Kuro un gros matou un peu bourru et Mikeko une gracieuse petite chatte, je suis un chat sans nom.
La maîtresse de maison et les fillettes m'ignorent, la bonne m'a en horreur, seul mon maître m'apprécie et me caresse.
Ce dernier est un drôle d'animal qui fait des gargouillis d'oie étranglée dès le matin. Il est professeur et quand il revient de l'école il s'enferme dans son bureau ; son entourage le croit studieux mais en fait il s'endort aussitôt. Les livres qu'il entasse autour de lui font penser qu'il est un peu savant mais, détrompez-vous, ils sont rarement ouverts…
Ses amis, Meitei et Kangetsu, lui rendent souvent visite et les trois hommes adorent s'écouter parler : ils sont toujours dans la surenchère, c'est à celui qui racontera avec pédanterie l'histoire la plus loufoque. Ils se réfèrent constamment aux auteurs étrangers et se croient obligés de les citer, lorsque l'un parle les autres ne savent jamais s'il dit vrai ou s'il affabule, ils sont vraiment très perturbés. A voir tout cela d'un oeil de chat, quelle tristesse !
A leur décharge, il faut dire que l'ère Meiji transforme radicalement le pays depuis quatre décennies. le Japon encore moyenâgeux au milieu du siècle dernier s'occidentalise à marche forcée et en ce nouvel an 1905 la guerre russo-japonaise qui fait rage perturbe de surcroît les esprits.
La période n'est pas facile pour ces intellectuels mal dans leur peau dont l'horizon se rétrécit au profit des politiques et affairistes de tout poil. S'il est dans l'air du temps de railler la civilisation occidentale, de se rattacher aux traditions ancestrales, encore faut-il éviter le ridicule d'une analyse simpliste et stérile.
Tapi dans mon coin j'observe ces êtres à deux pattes pérorer à qui mieux mieux.
C'est drôle, c'est affligeant, à peine croyable !
Toutes griffes rentrées, en faisant patte de velours et bouffer mes 88 880 poils, je vous invite à découvrir cette prose féline, cette satire nipponne qui interpelle et parfois même défrise les moustaches.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          630
sandrine57
  10 octobre 2018
Instinct de survie, culot et persévérance ont conduit le chat dans la maison du professeur Kushami où il a été recueilli malgré l'opposition farouche d'O-San, la bonne. Ignoré par la maîtresse de maison, harcelé par les fillettes du professeur, détesté par la bonne, le chat n'est pas très apprécié, on ne s'est même donné la peine de lui donner un nom, mais il a un toit sur la tête, des repas réguliers et un certain prestige, dû au statut de professeur de son maître. Aussi mène-t-il tranquillement sa vie de chat, entre exploration du quartier, rencontres avec ses congénères et surtout observation des humains qui l'entourent et qu'il juge avec acuité et ironie.
Sentiments ambigus à la lecture de ce roman : plaisir et ennui.
Plaisir d'abord parce que tout commence très bien avec ce jeune chat qui s'immisce dans un foyer où il n'est pas forcément le bienvenu. L'animal est malin, sagace, attachant et très drôle. Par sa bouche, Sôseki met à mal la nouvelle société japonaise qui se dessine avec l'ère Meiji et l'ouverture du Japon sur le monde. On rejette les valeurs traditionnelles, on glorifie tout ce qui vient d'Occident sans esprit critique et les intellectuels perdent de leur prestige au profit des hommes d'affaires. Plaisir aussi devant l'autodérision de Sôseki qui, s'il parle avec la voix d'un chat, s'est également mis en scène dans le personnage du professeur Kushami avec qui il a de nombreux points communs. Discrètement, le chat écoute son maître et ses amis refaire le monde. Histoires abracadabrantes, théories loufoques, batailles d'ego sont au menu des discussion de ces pédants ridicules qui sont plus sots que malins.
Mais si l'on s'amuse de cet homme dépassé par l'évolution de la société, entêté dans ses certitudes et aux prises avec ses voisins, on finit par se lasser des discussions philosophiques de ses acolytes. Au fil des pages, l'humour s'étiole et l'intérêt aussi, dommage.
Je suis un chat reste un livre au ton original qui met la lumière sur cette période charnière où le Japon a opéré sa mutation d'une société traditionnelle vers une ère plus ''occidentalisée'', provoquant une vague de suicides chez les intellectuels. En même temps roman et essai, il est parfois ardu à suivre et demande beaucoup d'attention. A réserver aux passionnés de l'histoire du Japon.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          430
IreneAdler
  23 juillet 2013
Un chat trouve refuge sous le toit d'un professeur d'anglais. L'animal n'a pas de nom ; ce qui ne l'empêche pas d'observer ces étranges animaux que sont les humains. Et ce n'est pas à leur avantage...
En prenant les traits d'un matou, Soseki peut se livrer à une critique de la société japonaise alors en pleine ouverture à la culture occidentale. Qui est donnée en exemple, sans vraiment prendre de recul. Or il semblerait que notre auteur n'en soit pas satisfait. il place ses griefs dans la bouche d'un fantasque et asocial professeur d'anglais que personne ne prend au sérieux; Les personnages qui l'entourent sont à l'avenant : un excentrique affabulateur, un pseudo philosophe zen et des étudiants peu dégourdis. Tout ce petit monde, ridicule et vaniteux, évolue sous les yeux attentifs de notre chat, juge de l'espèce humaine à travers cet échantillon. Verdict : lâche, étroit d'esprit, vaniteux (et en tirant fierté), stupide, cupide,... Des opinions (toujours argumentées) qui sont pour certaines toujours d'une actualité brûlante (argent, individualisme, insatisfaction chronique, caractère de l'humain...) alors même que le roman date de 1906.
Cette mise à distance par le biais du chat m'a fait penser aux Lettres Persanes de Montesquieu : le regard de l'étranger sur la société qu'il est amené à côtoyer (bien que notre félin n"échappe pas à certains travers humains). Et bien souvent je n'ai pas pu m'empêcher de penser au théâtre de boulevard, avec des entrées et des sorties intempestives et fracassantes de la maison du professeur (les lieux du roman sont restreints : maison, bain public, maison des Kaneda, jardin).
Le roman invite à la réflexion, n'est pas toujours facile à aborder mais prête à sourire et parfois même à rire. Alors c'est sûr, ce n'est pas ce qui est communément appelé une légère lecture d'été mais le lecteur a beaucoup à y gagner.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          304
caro64
  19 juin 2013
"A un oeil non averti, les chats semblent tous les mêmes, sans aucune différence ni particularité personnelle, mais quand on entre dans leur société, on s'aperçoit qu'elle est passablement compliquée, et que le diction des hommes "autant de têtes, autant d'avis" s'y applique directement. le regard, l'aspect du nez, la fourrure, la façon de marcher, tout a ses particularités. Depuis le port des moustaches jusqu'à la mesure dans laquelle on laisse pendre sa queue, en passant par la façon de dresser ses oreilles, il n'y a rien qui soit uniforme. Beauté et laideur, goûts et dégoûts, élégance et vulgarité, tout existe bel et bien en mille et mille nuances".
Ainsi, avec ce doux ton, le chat qui n'avait pas de nom nous invite à découvrir sa condition féline, et par jeu de miroir, la condition humaine dans le Japon de l'ère Meiji (1868-1912), cette période de basculement brutal entre une société féodale et le monde moderne.
Recueilli par un vieux professeur de littérature anglaise, notre ami mène sa vie de chat avec ses voisins, multipliant les rencontres de personnages haut en couleur et aux conditions si différentes. Parallèlement, il se livre à l'observation cynique de la vie de la maison : le maître Kushami, dépassé par son temps, oisif et solitaire, les étudiants déjantés, aux prétentions philosophiques déplacées ou à la bêtise poussée à l'extrême, les enfants insupportables, sa grande ennemie la bonne O-San, et les nombreux visiteurs aux trait grossiers... Autre cible : une famille remplie de parasites, les Kaneda, des Fenouillard en kimono dont les travers ridicules n'échappent jamais à l'ironie de notre matou. Sa gouaille réjouit et la société japonaise s'écroule sous ses griffes comme un château de cartes, avec ce commentaire : "Il y a dans le bout de ma queue assez d'esprit chevaleresque pour que je puisse m'embarquer dans ces confessions."
Nasume Soseki était un écrivain japonais de la fin XIXe siècle, il fut professeur de littérature anglaise après avoir vécu en occident. Grand maître de Haiku et auteur de nombreux romans, homme d'une grande culture traditionnelle dans un société en plein bouleversement, il fit de son "chat" son porte parole.
Une oeuvre très originale et jubilatoire à prendre au premier degré pour tous les amoureux des chats.

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          280
kuroineko
  06 novembre 2017
Le héros et narrateur de ce roman est un chat recueilli par un professeur d'anglais. Il n'a pas de nom, ne fait pas partie de ces minous gâtés par leurs maîtres. Ça ne le gêne pas autrement et ne l'empêche pas d'observer avec attention la maisonnée dans laquelle il vit désormais.
Soseki Natsume, lui-même enseignant en langue anglaise, recourt ici à un procédé narratif simple et efficace : étudier la société et ses évolutions par le biais d'un animal. Et des changements, il y en a à cette période au Japon! L'ère Meiji a bouleversé l'ordre établi médiéval pour faire entrer l'archipel dans la modernisation et l'ouverture au monde.
Il s'agit d'un thème récurrent chez Soseki, comme chez Tanizaki. Dans Je suis un chat, les modifications apportées par la nouvelle ère transparaissent au-travers des discussions du maître d'anglais avec les amis qui viennent le visiter. L'ordre nouveau balaie nombre de traditions sur son passage. Les intellectuels voient leur influence diminuer au profit des commerçants et des politiciens de tous bords. Même les chats subissent cette empreinte, ceux d'un simple garagiste tendant à renverser les hiérarchies anciennes.
Le roman est également la présentation vive et souvent ironique du quotidien de la maisonnée. La vie de chat n'y est pas toujours facile. le récit épique d'une chasse aux souris dans laquelle les belles stratégies guerrières du félin fier sont mises à mal est désopilant.
Soseki égratigne ses contemporains avec sa chronique féline. On se gausse avec lui des pédanteries des grands causeurs, brasseurs de vent plus que d'idées, des manigances des parvenus, et des péripéties du chat de la maison. Quant à la fin... j'avoue qu'elle m'a vraiment surprise.
Même si le roman n'est pas toujours très simple à suivre et souffre de quelques longueurs, il montre le talent de son auteur, son acuité et ses observations truculentes ou nostalgiques. En tout cas, un grand classique de la littérature japonaise à lire avec plaisir. Un chat ronronnant sur les genoux et une tasse de thé vert à portée de main, c'est encore plus délectable.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
andmanandman   23 septembre 2013
Les pattes de chat font oublier leur existence ; on n’a jamais entendu dire qu’elles aient fait du bruit par maladresse, où qu’elles aillent. Les chats se déplacent aussi silencieusement que s’ils foulaient de l’air ou que s’ils marchaient sur des nuages. Leur pas est doux comme le bruit d’un gong en pierre qu’on frappe dans l’eau, doux comme le son d’une harpe chinoise au fond de quelque caverne. Leur marche est parfaite comme l’intuition profonde et indescriptible des plus hautes vérités spirituelles.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          660
hupomnematahupomnemata   25 décembre 2009
On dit que selon un livre appelé Bible ou quelque chose de ce genre, la creation procède de dieu, et qu'ainsi l'homme est également une créature de Dieu. L'homme a donc accumulé ses observations pendant plusieurs millénaires et en même temps qu'il a tendance à trouver du mystère et de l'émerveillement partout, il est de plus en plus enclin à reconnaître l'omniscience et l'omnipotence de Dieu. La raison en est qu'il y a des foules et des masses d'hommes en ce monde, mais il n'y a pas deux qui aient le même visage. Les composants d'un visage sont bien sûr limités, et les dimenssions en sont à peu près les mêmes partout. En d'autres termes, tous les hommes sont faits des mêmes ingrédients, mais le résultat n'est identique nulle part. On ne peut qu'admirer la technique du Créateur qui peut imaginer tant de visages différents avec d'aussi simples matériaux. Cette énorme variété ne peut s'expliquer que par une imagination très originale. Si on considère qu'un peintre, durant toute sa vie, ne pourrait composer en y mettant tous ses efforts que douze ou treize sortes de visages différents, on ne peut s'empêcher d'admirer l'adresse extraordinaire du Créateur qui a entrepris seul la réalisation des hommes. C'est une technique qu'on ne peut en aucun cas trouver dans les sociétés humaines, et on peut sans inconvénient la tenir pour toute-puissante. Sur ce point, l'homme semble se faire petit devant Dieu, et si on se met à sa place, on comprend sa modestie. Toutefois, du point de vue d'un chat, ces faits eux-mêmes peuvent être interprétés omme une preuve de l'incompétence de Dieu. On peut affirmer que s'il n'est pas totalement incompétent, il n'est certainement pas supérieur à l'homme en ce domaine. Car on peut en effet dire que Dieu a créé autant de visages que d'hommes, mais cette infinie diversité faisait-elle partie de son idée de la création, ou bien a-t-il commencé sa création en voulant faire tous les visages identiques, et cela s'est-il soldé par un échec à chaque essai, produisant ainsi la confusion actuelle? Personne n'en sait rien. Si on peut considérer la création de tous ces visages comme un monument du succès de Dieu, ne peut-on pas également penser qu'elle représente les ruines de son échec? Ainsi, il est légitime de parler de toute-puissance, mais rien n'empêche de porter au contraire un jugement d'incapacité.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
hupomnematahupomnemata   03 janvier 2011
Ces temps derniers, je me suis mis à faire un peu d'exercice. D'aucuns vont immédiatement m'assommer de sarcasmes:"Qu'est-ce que ce chat se croit pour prétendre qu'il fait de l'exercice?" À ceux-là, je voudrais faire remarquer que jusqu'à une époque récente ils ne comprenaient rien eux-mêmes à l'exercice ou au sport, et qu'ils estimaient que manger et dormir était l'essentiel de leur destinée. Auraient-ils oublié qu'ils passaient leur vie les bras croisés sans arriver à arracher leur fesses à moitié pourries de leur coussin, sous prétexte que l'homme éclairé est celui qui a atteint l'état d'inaction parfaite, et tout cela en assurant d'un air hautain que c'était pour l'honneur de leur maître? Maintenant on nous assène de toutes parts des recommandations stupides telles que: " Prenez de l'exercice, buvez du lait, douchez-vous à l'eau froide, prenez des bains de mer, allez humez les brumes de la montagne quand l'été est chaud." C'est une maladie nouvelle qui s'est propagée de l'occident vers notre Pays des Dieux, et on doit la considérer au même titre que la peste, la tuberculose ou la neurasthénie. Certes, étant né l'année dernière seulement, je n'ai qu'un an et je ne peux avoir aucun souvenir du temps où les hommes ont été frappés par cette maladie. De plus, cela a dû se passer avant que mon existence se précise dans les régions éthérées de ce monde éphémère, mais on peut considérer qu'un ans de la vie d'un chat correspond à dix de la lie d'un homme. Notre vie est deux à trois fois plus brève que celle des hommes, mais si on tient compte qu'un chat peut s'accomplir parfaitement durant ce court laps de temps, on voit qu'il y a erreur sérieuse à estimer de la même façon la vie d'un homme et celle d'un chat. Je n'en veux pour preuve que cette faculté de raisonnement que je possède alors que j'ai à peine un an et quelques mois. La troisième fille de mon maître a trois ans, paraît-il, et son développement intellectuel est d'une lourdeur que je n'arrive pas à qualifier. Elle ne sait rien faire d'autre que pleurer, mouiller son lit et téter sa mère. Je suis hors de toute comparaison avec elle, moi qui déplore déjà l'état de ce monde et m'insurge contre les tendances de notre temps. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que j'aie assimilé l'histoire de la gymnastique, des bains de mer et de la thérapeutique du changement d'air. Et s'il se trouve quelqu'un pour être surpris, ce ne peut-être qu'un homme, le stupide infirme à deux pattes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
tamara29tamara29   14 mai 2014
Il n'y a rien de plus difficile à comprendre que la psychologie des hommes. Je ne sais pas du tout si mon maître est maintenant en colère ou s'il est joyeux, ou encore s'il cherche l'apaisement dans les livres des philosophes. Considère-t-il le monde d'un oeil sarcastique ou désire-t-il le fréquenter, s'irrite-t-il contre des riens ou s'est-il élevé au-dessus des choses de cette terre ? Je ne peux le dire. Tout cela devient très simple pour nous les chats. Nous mangeons et dormons quand le besoin se fait sentir, nous nous mettons en colère sans aucune retenue et nous miaulons de tout coeur quand l'occasion le demande. Et d'abord, nous ne perdons surtout pas de temps à tenir un Journal. Quel en est le besoin ? Un homme comme mon maître, qui à deux facades, en éprouve peut-être la nécessité pour se délivrer dans l'intimité des aspects de sa personnalité qu'il ne peut montrer aux autres, mais pour nous autres chats, les différentes activités et les divers besoins de notre vie quotidienne sont notre seul Journal. Nous n'avons donc pas la peine de préserver notre vraie personnalité par des procédés aussi fastidieux . Si on a le temps de tenir un Journal, pourquoi ne pas l'employer à dormir sur la véranda ?
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
caro64caro64   18 juin 2013
Je suis un chat. D'aucuns se demanderont comment un chat peut décrire aussi fidèlement ce qui se passe dans la tête de son maître. Cela n'a rien de difficile pour un chat, car je suis passé maître dans l'art de lire la pensée. Qu'on ne me demande pas depuis quand, cela n'a aucune importance. Je sais le faire, c'est tout. Quand je dors sur les genoux d'un homme, je frotte doucement ma fourrure lisse contre son ventre. Cela produit une sorte d'électricité qui transmet tout ce qui se passe en lui dans mes yeux et ma tête. L'autre jour, alors que mon maître me caressait gentiment la tête, je l'ai brusquement senti se laisser aller à une envie irrésistible : on pourrait faire un gilet bien chaud avec ma peau. J'ai lu instantanément cette idée impensable dans le fond de son cœur, et je n'ai pas pu m'empêcher de tressaillir d'effroi. Ce n'est pas de tout repos.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
Video de Natsume Soseki (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Natsume Soseki
Bonjour et bienvenue dans le monde de notre Vie Intérieure. Nous parlons aujourd?hui de la mort?
« Il cessa de pleurer, et, le visage tourné vers le mur, il se mit à réfléchir, l?esprit obsédé par cette unique pensée : Pourquoi, pourquoi cette chose épouvantable ? Mais quoi qu?il fît, il ne trouvait aucune réponse. Et quand l?idée qu?il n?avait pas vécu comme on doit vivre se dressait devant lui, il chassait cette idée bizarre en se rappelant aussitôt la parfaite correction de son existence. Presque toujours le visage tourné vers le mur, il souffrait, seul, de ses souffrances insolubles, il se plongeait, seul, dans ses pensées insolubles. « Qu?est-ce donc ? Est-ce vraiment la mort ? » Et la voix intérieure répondait : « Oui, c?est la mort ». ? « Mais pourquoi ces souffrances ? » Et la voix intérieure répondait : « Comme ça, pour rien. » Tolstoï, La mort d?Ivan Illitch.
Comme tous les êtres vivants, nous allons mourir un jour. Mais à la différence des autres êtres vivants, nous en sommes conscients. Ce qui fait dire à Woody Allen : « Depuis que les humains se savent mortels, ils ont du mal à être tout à fait décontractés ». Alors, pour nous décontracter, nous nous efforçons de ne pas trop y penser : « L?homme est adossé à sa mort comme le causeur à la cheminée », écrit Paul Valéry.
Mais la mort parfois nous tire par la manche. Nous sommes impliqués de loin, par la disparition d?une connaissance ou d?une célébrité ; nous sommes en présence du corps sans vie d?un ami, près d?un cercueil, à côté d?une tombe? Ou, plus déstabilisant encore, nous sommes impliqués dans notre propre chair, au travers d?une maladie menaçante diagnostiquée chez nous.
Alors, nos illusions s?envolent. le temps de l?insouciance et des fausses croyances est terminé : nous ne pouvons plus faire comme s?il nous restait un temps illimité à vivre. Non, le temps qu?il nous reste n?est pas illimité. Pire, il est incertain, et peut-être serons-nous morts demain.
Face à la mort et au cortège de peurs qu?elle pousse devant elle, c?est notre vie intérieure qui peut nous donner force et lucidité. Sans un salutaire travail de l?âme, notre crainte de la mort influence et parasite notre vie. Les recherches scientifiques ont montré qu?en activant la peur de la mort, on pousse les humains à plus de matérialisme, plus d?égoïsme, plus de rigidité psychologique. A l?inverse, s?entraîner à un abord lucide, apaisé et réaliste, de l?idée de sa mort apporte peu à peu une forme d?apaisement et d?équanimité, envers une perspective qui ne réjouit, tout de même, personne ! C?était le conseil de Montaigne : « Otons-lui l'étrangeté, pratiquons-la, accoutumons-la, n'ayons rien si souvent en la tête que la mort. »
Alors, de notre mieux, accueillons les irruptions de la mort dans nos vies : devant les faire-part de décès, à l?écoute du glas de l?église voisine? Immobilisons-nous, et laissons toutes les images, les pensées et les souvenirs liés à la mort se répandre en nous ; efforçons-nous, simplement, de rester reliés à notre respiration, au souffle de la vie en nous et autour de nous.
Rendons-nous, de temps en temps, dans les cimetières ; prenons le temps d?y marcher dans les allées, de nous y asseoir ; et là encore, sans rien chercher, sans rien poursuivre, laissons-nous habiter par ces instants, observons cet environnement de vie et de mort mêlés. Restons là, à écouter le chant des oiseaux, le pas des visiteurs sur le gravier? J?ai souvent fait cet exercice avec certains de mes patients qui souffraient d?une anxiété de la mort, et nous en avons gardé, eux et moi, des souvenirs d?expériences très fortes, et paradoxalement très douces.
Connaissez-vous ce haïku du poète japonais Natsume Sôseki ? « Sans savoir pourquoi / J?aime ce monde / Où nous venons pour mourir. ». le contraire de la mort, c?est la naissance. Nous sommes entrés, nous allons sortir. Et entre les deux il y a la vie. Vous ne trouvez pas qu?elle est belle ?
À demain, et ne perdez jamais le lien? avec vous-même.
+ Lire la suite
autres livres classés : japonVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacCulturaLeslibraires.frMomox





Quiz Voir plus

Les mangas adaptés en anime

"Attrapez-les tous", il s'agit du slogan de :

Bleach
Pokemon
One piece

10 questions
357 lecteurs ont répondu
Thèmes : manga , littérature japonaiseCréer un quiz sur ce livre
.. ..