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Georges Bonneau (Traducteur)Daigaku Horiguchi (Traducteur)
ISBN : 2070709248
Éditeur : Gallimard (12/03/1987)

Note moyenne : 4.43/5 (sur 52 notes)
Résumé :
Quelle vie plus calme en apparence, plus unie, plus heureuse que celle de Natsume Sôseki ? Il naît en 1867 à Edo, l'ancienne Tokyo, étudie l'anglais, enseigne dans les écoles secondaires de 1893 à 1900 et passe en Angleterre trois années à l'issue desquelles on le nomme chargé de cours à l'Université impériale de Tokyo. Son premier roman, Je suis un chat, d'emblée le rend célèbre et lui permet d'entrer au grand quotidien Asahi. Après une existence discrète et retiré... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Dirlandaise
  28 avril 2012
Le chemin de la mort
Je viens de terminer la lecture de ce chef-d'oeuvre de Sôseki et je suis encore sous le choc. Quel grand écrivain !
Pour résumer l'histoire : un jeune homme réside à Tôkyô pour ses études. Lors d'un voyage de repos au bord de la mer, il fait la rencontre d'un homme qui marquera sa vie à jamais et qu'il appellera toujours « le Maître ». L'ayant remarqué et désirant amorcer une conversation avec lui, le jeune homme multiplie les approches pour finalement réussir à se présenter et à converser avec cet homme qui le fascine. de retour à Tôkyô, il se rend chez le Maître régulièrement suite à l'invitation de ce dernier et devient un habitué de la maison. le jeune homme bénéficie alors de la remarquable sagesse et de la grande érudition de cet homme qui ne se livre pas facilement et semble éviter soigneusement la compagnie des autres hommes. Un jour, il apprend que le Maître se rend tous les mois sur une tombe afin de s'y recueillir. Il interroge le vieil homme qui lui apprend que cette tombe est celle d'un ancien camarade d'université. le jeune homme est très intrigué par cette histoire mais ne réussit pas à obtenir plus de détails. L'année scolaire terminée, le jeune homme quitte Tôkyô pour retourner chez ses parents à la campagne. Malheureusement, l'état de son père, malade depuis un certain temps, l'oblige à demeurer dans la maison familiale afin de soutenir sa mère dans cette épreuve et attendre la fin du père. Un télégramme du Maître arrive un jour à la maison, demandant au jeune homme de venir immédiatement à Tôkyô. le jeune homme ne peut quitter sa mère dans les circonstances et refuse de bouger malgré son immense désir de rejoindre celui qu'il considère comme son père spirituel. Il écrit les raisons de son refus au vieil homme qui lui fait parvenir en retour alors une longue lettre, révélant le drame caché de sa vie. le jeune homme quitte précipitamment son père mourant pour se précipiter à la gare. Il ouvre la lettre et la lit dans le train.
Un roman écrit avec une simplicité désarmante. On croit lire une suite de banalités alors qu'on est plongé dans un chef-d'oeuvre dont la complexité psychologique se révèle par degrés jusqu'à atteindre un niveau insoutenable à la toute fin du récit. C'est un roman extrêmement fort, d'une puissance sourde, lancinante et tenace. le style de Sôseki est d'une incroyable finesse, d'un raffinement et d'une précision presque effroyable. Il avance dans son récit avec une grande humilité, s'abstenant de tout lyrisme et phrases inutiles. Tout est d'une telle simplicité, d'une telle limpidité. Un style dépouillé de tout artifice pour raconter une histoire complexe et révélatrice des sombres gouffres dans lesquels se débat le pauvre coeur d'un vieil homme qui, ayant commis une faute, n'arrive pas à se pardonner et ne peut plus vivre avec lui-même ni avec les autres hommes, se méprisant à un point tel qu'il décide de vivre comme s'il était déjà mort. Ouf ! C'est grand, c'est beau, cela remue au plus profond du coeur. C'est l'histoire d'une expiation, d'une auto-flagellation qui s'étend sur une vie entière. Rarement un personnage de roman ne m'a bouleversée à ce point. Sôseki dans ce roman, réussit à égaler Tolstoï et Dostoïevski.
« Vie sans vagues, ni hautes ni basses, vie sans zigzags, ma vie continuait, monotone. Mais au fond de moi, sans cesse, entre la Force et moi, l'âpre lutte continuait. Cela, comprenez-le, je vous prie. Cette perpétuelle impuissance, plus encore qu'elle n'impatientait ma femme, me mettait, moi, hors de patience : et à quel point, je ne saurais le dire. J'étais dans une prison. Prison si étroite que je n'y pouvais tenir. Mais prison, en même temps, dont je ne pouvais briser les barreaux. le seul effort qui ne me fût pas d'avance interdit, la seule issue qui ne me fût pas d'avance bouchée, c'était le suicide : cela, je le sentais. Mais pourquoi ? me direz-vous. Vos yeux vont d'étonnement, s'ouvrir tout grands. Mais, ses griffes perpétuellement resserrées sur mon coeur, cette Force m'arrêtait, de quelque côté que je voulusse aller. le seul chemin qu'elle me laissât libre, c'était le chemin de la mort. »
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ericbo
  15 octobre 2018
Voilà encore un live que j'ai lu il y plusieurs années. Ma critique, sera donc faite d'après mes souvenirs. Souvenirs, qui se télescopent avec les images du film de Kon Ischikawwa, vu plus récemment et qui reprend classiquement l'ordre narratif du récit de Soseki.
Un jeune étudiant va devenir l'élève d'un vieux professeur vivant avec son épouse, plus ou moins retirés de la société. On va découvrir peu à peu que ce « sensei » cache un passé qui le culpabilise et qu'il ne parvient pas à dépasser. Un passé que je ne dévoilerai pas pour ceux qui souhaitent lire le livre, mais qui est la cause de son retrait du monde. C'est par la voix du jeune étudiant, narrateur, que l'intrigue se dénoue peu à peu.
Il s'agit d'un roman paru d'abord en épisodes, comme d'habitude dans l'édition japonaise de cette époque, puis édité dans son ensemble en 1914. On est encore dans l'ère Meiji dont Soseki est un des plus grands représentants. Une ère Meiji s'achevant sur l'occidentalisation à marche forcée du pays et laissant bientôt la place à l'ère Taicho qui complètera l'adaptation du Japon dans les années 20 dans la cour des grandes nations de l'époque. On sens dans ce récit le vieux professeur incarnant le monde traditionnel en voie de disparition, laissant la place à son jeune étudiant qui prendra la relève. le magnifique film de Kon Ishikawa complète le livre, à mon sens, par des images d'une rare poésie, sur ce monde en pleine mutation. Soseki nous offre un récit tout en finesse, comme d'habitude, où il faut savoir prendre son temps, contempler les choses, se laissant aller au déroulement de l'intrigue.
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5Arabella
  11 août 2016
Le roman est composé de trois partie, la première le maître et moi raconte la rencontre et la relation qui s'établit entre le narrateur et un homme d'âge mûr qu'il appelle le Maître. La deuxième, mes parents et moi, se centre sur le retour du narrateur auprès de ses parents, le père étant très malade, susceptible de mourir à chaque moment. Enfin la dernière raconte les événements dramatiques intervenus dans la jeunesse du Maître et qui l'ont façonnés de manière irréversible.
J'ai eu un peu de mal de rentrer dans ce livre, je l'ai trouvé plutôt décousu, avec ses trois parties liées de façon assez artificielle. Et à mon sens la première partie est de loin la moins intéressante, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'attirait le narrateur chez le Maître, pourquoi il s'était attaché à lui de cette manière. La troisième partie est sans aucun doute la plus forte, l'histoire du Maître est très riche, d'une grande complexité, et la gradation dramatique est fort bien amenée. le personnage prend un aspect tragique que j'était loin de prévoir et qui est vraiment très touchant.
Une lecture intéressante, sans aucun doute plus convaincante que Je suis un chat, mais je suis restée une bonne partie du livre un peu en dehors, déjà à cause de l'aspect morcelé que j'ai évoqué, et ensuite parce que j'ai trouvé ce livre terriblement lié à la culture japonaise traditionnelle, par exemple en ce qui concerne les liens familiaux, et que certains comportements ou ressentis des personnages m'ont semblé fort étranges.
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Derwijes
  20 novembre 2016
La traduction est une affaire compliquée, quel que soit le langage d'origine et celui dans lequel on traduit. Les difficultés sont nombreuses et certaines d'entre elles sont impossibles à résoudre, et il faut se résoudre à sacrifier du style pour laisser du sens, ou inversement.
En particulier, traduire du langue asiatique comme le japonais est encore plus difficile que traduire, par l'exemple, de l'allemand ou de l'italien: le japonais n'est pas construit comme les autres langues indo-européennes, et il contient des subtilités impossible à retranscrire en français. C'est pour cela qu'une traduction d'un auteur japonais ne sera aussi bien que l'original, car malgré tout les efforts de traducteur, il y a juste trop de pertes.
Pourtant, cela n'empêche pas ces traductions d'être parfaitement lisibles et de rester excellentes (si le livre d'origine l'est, bien sûr), mais parfois, même si l'original est très bien, sa traduction française paraît pâle et ennuyeuse. C'est ce que je reproche à ce roman: tout au long de ma lecture je sentais qu'il y avait quelque chose de plus profond, de plus subtil que cette histoire, relativement banale et racontée dans un style plat au possible. C'est l'UNESCO qui a demandé à ce que ce livre soit traduit, mais les traducteurs choisis n'ont pas su, je trouve, donner vie à leur travail, et se sont contentés d'une traduction correcte grammaticalement, mais sans aucune poésie.
Je suis convaincu que c'est un grand livre, mais seulement en japonais: toute traduction faillit à lui faire garder sa grandeur. Tant pis !
Oh, et pour finir, quelques mots sur l'édition du livre: elle n'est pas terrible...Trop universitaire, blanche et stérile comme un manuel scolaire, elle ne donne pas vraiment envie d'être lue...
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Manjacaprini
  20 octobre 2011
Pour qui veut une introduction a la litterature japonaise, plus encore a l'ame japonaise, ce livre est parfait. Une finesse de toutes les pages, un recit haletant. Pourtant, jamais Soseki ne semble artificiellement gonfler le suspense, il laisse simplement faire le monde, comme detache de lui...
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
strangermarystrangermary   29 novembre 2012
La seule chose profonde que j'ai sentie, c'est le peche qui est sur l'homme. C'est ce sentiment qui m'avait fait soigner de tout mon coeur ma belle-mere malade. C'est ce sentiment qui m'avait commande d'etre doux envers ma femme. C'est ce sentiment toujours qui me faisait souhaiter d'etre cravache dans la rue par chacun des inconnus que j'y croisais. Et, a monter marche par marche l'escalier de cette expiation, c'est ce meme sentiment qui me poussait, non content d'appeler la cravache des autres, a desirer me cravacher moi-meme. Et, plus encore qu'a desirer me cravacher moi-meme, a desirer me detruire moi-meme. J'hesitais a me detruire d'un coup. Mais, du moins, je decidai de vivre comme si j'eusse ete mort.
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TandaricaTandarica   19 avril 2015
L'inquiétude me venait, mais aussi le courage. Tous les jours, devant ma table, je travaillais tant que j'avais de force. Ou bien, dans l'ombre de la bibliothèque, je scrutais les hauts rayons : comme le collectionneur les curiosités, je fouillais des yeux les titres dorés des reliures.
Les pruniers étaient en fleurs ; le vent froid tournait peu à peu au vent du sud, et, quelques semaines passant, me vinrent aux oreilles les premières nouvelles de la floraison des cerisiers. N'importe : tel un cheval de fiacre, je gardais les yeux fixés droits devant moi, la pensée du mémoire me fouettant. La fin avril approchait. Mais, tant que je n'en aurais pas eu fini avec cette rédaction, je m'étais interdit de repasser le seuil du Maître.
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stekasteka   20 octobre 2012
...mais, quelques critiques qu'on puisse faire de mes opinions, une chose est sure : c'est que je les ai vécues. Ce ne sont pas là, destinés à satisfaire un besoin momentané, des vêtements d'occasion.
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UnKaPartUnKaPart   03 juillet 2017
Plutôt que de m’exposer demain à encourir le mépris d’autrui, je préfère aujourd’hui repousser les avances d’autrui. Plutôt que de m’exposer demain à un avenir plus triste, je préfère supporter aujourd’hui une moindre tristesse. Trop de liberté, trop d’indépendance, trop d’égoïsme : telle est notre époque actuelle. Pour expier le péché d’y être nés, c’est une inévitable nécessité sans doute que, tous, nous en partagions la tristesse !
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UnKaPartUnKaPart   28 octobre 2016
Quand je dis que je n’ai pas confiance, ce n’est pas à dire que je me méfie spécialement de vous. C’est de l’humanité tout entière que j’ai méfiance.
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Video de Natsume Soseki (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Natsume Soseki
Bonjour et bienvenue dans le monde de notre Vie Intérieure. Nous parlons aujourd?hui de la mort?
« Il cessa de pleurer, et, le visage tourné vers le mur, il se mit à réfléchir, l?esprit obsédé par cette unique pensée : Pourquoi, pourquoi cette chose épouvantable ? Mais quoi qu?il fît, il ne trouvait aucune réponse. Et quand l?idée qu?il n?avait pas vécu comme on doit vivre se dressait devant lui, il chassait cette idée bizarre en se rappelant aussitôt la parfaite correction de son existence. Presque toujours le visage tourné vers le mur, il souffrait, seul, de ses souffrances insolubles, il se plongeait, seul, dans ses pensées insolubles. « Qu?est-ce donc ? Est-ce vraiment la mort ? » Et la voix intérieure répondait : « Oui, c?est la mort ». ? « Mais pourquoi ces souffrances ? » Et la voix intérieure répondait : « Comme ça, pour rien. » Tolstoï, La mort d?Ivan Illitch.
Comme tous les êtres vivants, nous allons mourir un jour. Mais à la différence des autres êtres vivants, nous en sommes conscients. Ce qui fait dire à Woody Allen : « Depuis que les humains se savent mortels, ils ont du mal à être tout à fait décontractés ». Alors, pour nous décontracter, nous nous efforçons de ne pas trop y penser : « L?homme est adossé à sa mort comme le causeur à la cheminée », écrit Paul Valéry.
Mais la mort parfois nous tire par la manche. Nous sommes impliqués de loin, par la disparition d?une connaissance ou d?une célébrité ; nous sommes en présence du corps sans vie d?un ami, près d?un cercueil, à côté d?une tombe? Ou, plus déstabilisant encore, nous sommes impliqués dans notre propre chair, au travers d?une maladie menaçante diagnostiquée chez nous.
Alors, nos illusions s?envolent. le temps de l?insouciance et des fausses croyances est terminé : nous ne pouvons plus faire comme s?il nous restait un temps illimité à vivre. Non, le temps qu?il nous reste n?est pas illimité. Pire, il est incertain, et peut-être serons-nous morts demain.
Face à la mort et au cortège de peurs qu?elle pousse devant elle, c?est notre vie intérieure qui peut nous donner force et lucidité. Sans un salutaire travail de l?âme, notre crainte de la mort influence et parasite notre vie. Les recherches scientifiques ont montré qu?en activant la peur de la mort, on pousse les humains à plus de matérialisme, plus d?égoïsme, plus de rigidité psychologique. A l?inverse, s?entraîner à un abord lucide, apaisé et réaliste, de l?idée de sa mort apporte peu à peu une forme d?apaisement et d?équanimité, envers une perspective qui ne réjouit, tout de même, personne ! C?était le conseil de Montaigne : « Otons-lui l'étrangeté, pratiquons-la, accoutumons-la, n'ayons rien si souvent en la tête que la mort. »
Alors, de notre mieux, accueillons les irruptions de la mort dans nos vies : devant les faire-part de décès, à l?écoute du glas de l?église voisine? Immobilisons-nous, et laissons toutes les images, les pensées et les souvenirs liés à la mort se répandre en nous ; efforçons-nous, simplement, de rester reliés à notre respiration, au souffle de la vie en nous et autour de nous.
Rendons-nous, de temps en temps, dans les cimetières ; prenons le temps d?y marcher dans les allées, de nous y asseoir ; et là encore, sans rien chercher, sans rien poursuivre, laissons-nous habiter par ces instants, observons cet environnement de vie et de mort mêlés. Restons là, à écouter le chant des oiseaux, le pas des visiteurs sur le gravier? J?ai souvent fait cet exercice avec certains de mes patients qui souffraient d?une anxiété de la mort, et nous en avons gardé, eux et moi, des souvenirs d?expériences très fortes, et paradoxalement très douces.
Connaissez-vous ce haïku du poète japonais Natsume Sôseki ? « Sans savoir pourquoi / J?aime ce monde / Où nous venons pour mourir. ». le contraire de la mort, c?est la naissance. Nous sommes entrés, nous allons sortir. Et entre les deux il y a la vie. Vous ne trouvez pas qu?elle est belle ?
À demain, et ne perdez jamais le lien? avec vous-même.
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