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Georges Bonneau (Traducteur)Daigaku Horiguchi (Traducteur)
EAN : 9782070709243
322 pages
Éditeur : Gallimard (12/03/1987)

Note moyenne : 4.48/5 (sur 65 notes)
Résumé :
Quelle vie plus calme en apparence, plus unie, plus heureuse que celle de Natsume Sôseki ? Il naît en 1867 à Tokyo, l'ancienne Edo, étudie l'anglais, enseigne dans les écoles secondaires de 1893 à 1900 et passe en Angleterre trois années à l'issue desquelles on le nomme chargé de cours à l'Université impériale de Tokyo. Son premier roman, Je suis un chat, d'emblée le rend célèbre et lui permet d'entrer au grand quotidien Asahi. Après une existence discrète et retiré... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Sachka
  03 octobre 2020
"La seule chose profonde que j'ai sentie en ce monde, c'est le péché qui est sur l'homme. C'est ce sentiment [...] qui me faisait souhaiter d'être cravaché dans la rue par chacun des inconnus que j'y croisais. Et, à monter marche par marche l'escalier de cette expiation, c'est ce même sentiment qui me poussait, non content d'appeler la cravache des autres, à désirer me cravacher moi-même. Et, plus encore qu'à désirer me cravacher moi-même, à désirer me détruire moi-même."
(Natsume Sôseki en préface).
"Le Pauvre Coeur des hommes" ou "Kokoro : Sensei no Isho" a paru au Japon en 1914 sous la forme de feuilletons dans un premier temps, dans le "Asahi Shinbun" (journal japonais). La version française a paru bien plus tard, en 1957.
L'on peut aisément supposer que Natsume Sôseki a écrit ce roman durant les dernières années de sa vie (il est décédé en 1916) et quand on sait que l'écrivain nourrissait une véritable obsession pour "l'inéluctable péché de l'homme" on peut y voir là une analyse profonde et intimiste de la part de celui-ci, réalisée à des fins derivatives voire même exutoires. Un roman dont le thème principal est l'expiation. L'expiation : la pénitence, la souffrance imposée qui est considérée comme nécessaire lorsque l'on a commis une faute grave. Quelle que soit cette faute par ailleurs, libre à chacun d'en apprécier le degré de gravité.
Un roman qui dès les premières pages m'a troublée. Un style dépouillé de tout superflu, une atmosphère étrange presque éthérée, marquée par les silences et les non-dits car dans ce roman le silence s'invite tel un personnage à part entière, il hante chacune de ses pages jusqu'à la dernière, lourd, oppressant, comme pour masquer le terrible drame dont nous avons conscience dès le début sans toutefois pouvoir parvenir à le saisir (et c'est là que réside tout le talent de l'auteur) car derrière la banalité apparente des faits qui nous sont décrits se cache une analyse psychologique fine et complexe des deux personnages principaux que sont notre jeune narrateur et celui qui tout au long de ce récit sera nommé "Le Maître". D'aucuns nous ne saurons le nom, d'aucuns il n'est utile de le savoir.
Un roman que l'auteur a souhaité structurer en trois parties dont la dernière présentée sous la forme d'un récit épistolaire (pas moins de 129 pages d'une très longue lettre que le Maître adresse au narrateur) est à mon sens magistrale. J'ai rarement ressenti autant de gravité, d'abnégation, d'humilité dans une écriture. Outre le thème de l'expiation, l'auteur nous parle aussi des valeurs familiales nippones propres à l'ère Meïji, période durant laquelle la famille impériale représentait le modèle idéal de la famille japonaise, les mariages co-sanguins étaient monnaie courante à l'époque et le mariage était sacralisé et cela prend tout son sens dans ce récit. L'auteur nous parle aussi du rapport à la mort et à la maladie au travers de ces deux personnages énigmatiques qui se font face.
L'histoire d'une rencontre qui aurait pu en rester là et s'achever dans la politesse et le respect comme bon nombre de rencontres mais il en fut autrement...
De cet homme entre deux âges que notre jeune narrateur nomme "le Maître", de leur toute première rencontre (alors qu'il est étudiant à l'université de Tokyo) dans la station balnéaire de Kamakura au sein d'une des maisons de thé qui bordent la plage, à la naissance de cette relation ambiguë, de cette fascination inexplicable qu'exerce cet homme sur le narrateur. Cet homme dont finalement nous ne savons rien si ce n'est qu'il est un intellectuel, né de bonne famille, qu'il vit seul avec sa femme à Tokyo et qu'il s'est volontairement retiré, et cela depuis de nombreuses années, de toute vie sociale pour une raison que nous ignorons mais que nous devinons fort grave.
Au fil des pages nous suivons la quête spirituelle et parfois même désespérée de notre narrateur dont l'obsession pour le Maître va grandissante autant que le mystère qui entoure sa personne. Désespérée, au point de prendre toute la place, trop de place dans son esprit, au point même de prendre la place du "Père" puisque notre jeune narrateur n'hésite pas à laisser son père à ses derniers jours d'agonie pour se rendre auprès du Maître.
Tout au long de ce récit je n'ai eu de cesse de me demander : qui est cet homme ? de quoi et pourquoi se punit-il ? le poids de ses actes passés est-il si lourd à porter qu'il n'est jamais parvenu à s'en absoudre ? Et finalement le sujet d'étude ici ne serait-il pas notamment notre narrateur en proie à son obsession qui s'immisce dans la vie du Maître et finit par s'y perdre lui-même ?
Un roman puissant et dense que je vous invite à lire, dans lequel l'auteur dissèque la complexité et les douleurs de l'âme humaine. L'envie, la lâcheté, le silence, le remord, la honte... Natsume Sôseki nous rappelle combien nos actes et nos paroles aussi anodins puissent-ils paraître, ont le pouvoir de rompre l'équilibre de nos vies et cela de manière inéluctable et dès lors l'expiation devient la seule forme d'absolution possible si l'on veut pouvoir continuer à vivre en paix avec nos consciences.
"C'est dans l'abnégation que chaque affirmative
s'achève.
Tout ce que tu résignes en toi prendra vie.
Tout ce qui cherche à s'affirmer se nie ;
Tout ce qui se renonce s'affirme."
(André Gide)
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Dirlandaise
  28 avril 2012
Le chemin de la mort
Je viens de terminer la lecture de ce chef-d'oeuvre de Sôseki et je suis encore sous le choc. Quel grand écrivain !
Pour résumer l'histoire : un jeune homme réside à Tôkyô pour ses études. Lors d'un voyage de repos au bord de la mer, il fait la rencontre d'un homme qui marquera sa vie à jamais et qu'il appellera toujours « le Maître ». L'ayant remarqué et désirant amorcer une conversation avec lui, le jeune homme multiplie les approches pour finalement réussir à se présenter et à converser avec cet homme qui le fascine. de retour à Tôkyô, il se rend chez le Maître régulièrement suite à l'invitation de ce dernier et devient un habitué de la maison. le jeune homme bénéficie alors de la remarquable sagesse et de la grande érudition de cet homme qui ne se livre pas facilement et semble éviter soigneusement la compagnie des autres hommes. Un jour, il apprend que le Maître se rend tous les mois sur une tombe afin de s'y recueillir. Il interroge le vieil homme qui lui apprend que cette tombe est celle d'un ancien camarade d'université. le jeune homme est très intrigué par cette histoire mais ne réussit pas à obtenir plus de détails. L'année scolaire terminée, le jeune homme quitte Tôkyô pour retourner chez ses parents à la campagne. Malheureusement, l'état de son père, malade depuis un certain temps, l'oblige à demeurer dans la maison familiale afin de soutenir sa mère dans cette épreuve et attendre la fin du père. Un télégramme du Maître arrive un jour à la maison, demandant au jeune homme de venir immédiatement à Tôkyô. le jeune homme ne peut quitter sa mère dans les circonstances et refuse de bouger malgré son immense désir de rejoindre celui qu'il considère comme son père spirituel. Il écrit les raisons de son refus au vieil homme qui lui fait parvenir en retour alors une longue lettre, révélant le drame caché de sa vie. le jeune homme quitte précipitamment son père mourant pour se précipiter à la gare. Il ouvre la lettre et la lit dans le train.
Un roman écrit avec une simplicité désarmante. On croit lire une suite de banalités alors qu'on est plongé dans un chef-d'oeuvre dont la complexité psychologique se révèle par degrés jusqu'à atteindre un niveau insoutenable à la toute fin du récit. C'est un roman extrêmement fort, d'une puissance sourde, lancinante et tenace. le style de Sôseki est d'une incroyable finesse, d'un raffinement et d'une précision presque effroyable. Il avance dans son récit avec une grande humilité, s'abstenant de tout lyrisme et phrases inutiles. Tout est d'une telle simplicité, d'une telle limpidité. Un style dépouillé de tout artifice pour raconter une histoire complexe et révélatrice des sombres gouffres dans lesquels se débat le pauvre coeur d'un vieil homme qui, ayant commis une faute, n'arrive pas à se pardonner et ne peut plus vivre avec lui-même ni avec les autres hommes, se méprisant à un point tel qu'il décide de vivre comme s'il était déjà mort. Ouf ! C'est grand, c'est beau, cela remue au plus profond du coeur. C'est l'histoire d'une expiation, d'une auto-flagellation qui s'étend sur une vie entière. Rarement un personnage de roman ne m'a bouleversée à ce point. Sôseki dans ce roman, réussit à égaler Tolstoï et Dostoïevski.
« Vie sans vagues, ni hautes ni basses, vie sans zigzags, ma vie continuait, monotone. Mais au fond de moi, sans cesse, entre la Force et moi, l'âpre lutte continuait. Cela, comprenez-le, je vous prie. Cette perpétuelle impuissance, plus encore qu'elle n'impatientait ma femme, me mettait, moi, hors de patience : et à quel point, je ne saurais le dire. J'étais dans une prison. Prison si étroite que je n'y pouvais tenir. Mais prison, en même temps, dont je ne pouvais briser les barreaux. le seul effort qui ne me fût pas d'avance interdit, la seule issue qui ne me fût pas d'avance bouchée, c'était le suicide : cela, je le sentais. Mais pourquoi ? me direz-vous. Vos yeux vont d'étonnement, s'ouvrir tout grands. Mais, ses griffes perpétuellement resserrées sur mon coeur, cette Force m'arrêtait, de quelque côté que je voulusse aller. le seul chemin qu'elle me laissât libre, c'était le chemin de la mort. »
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Unhomosapiens
  15 octobre 2018
Voilà encore un live que j'ai lu il y plusieurs années. Ma critique, sera donc faite d'après mes souvenirs. Souvenirs, qui se télescopent avec les images du film de Kon Ischikawwa, vu plus récemment et qui reprend classiquement l'ordre narratif du récit de Soseki.
Un jeune étudiant va devenir l'élève d'un vieux professeur vivant avec son épouse, plus ou moins retirés de la société. On va découvrir peu à peu que ce « sensei » cache un passé qui le culpabilise et qu'il ne parvient pas à dépasser. Un passé que je ne dévoilerai pas pour ceux qui souhaitent lire le livre, mais qui est la cause de son retrait du monde. C'est par la voix du jeune étudiant, narrateur, que l'intrigue se dénoue peu à peu.
Il s'agit d'un roman paru d'abord en épisodes, comme d'habitude dans l'édition japonaise de cette époque, puis édité dans son ensemble en 1914. On est encore dans l'ère Meiji dont Soseki est un des plus grands représentants. Une ère Meiji s'achevant sur l'occidentalisation à marche forcée du pays et laissant bientôt la place à l'ère Taicho qui complètera l'adaptation du Japon dans les années 20 dans la cour des grandes nations de l'époque. On sens dans ce récit le vieux professeur incarnant le monde traditionnel en voie de disparition, laissant la place à son jeune étudiant qui prendra la relève. le magnifique film de Kon Ishikawa complète le livre, à mon sens, par des images d'une rare poésie, sur ce monde en pleine mutation. Soseki nous offre un récit tout en finesse, comme d'habitude, où il faut savoir prendre son temps, contempler les choses, se laissant aller au déroulement de l'intrigue.
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5Arabella
  11 août 2016
Le roman est composé de trois partie, la première le maître et moi raconte la rencontre et la relation qui s'établit entre le narrateur et un homme d'âge mûr qu'il appelle le Maître. La deuxième, mes parents et moi, se centre sur le retour du narrateur auprès de ses parents, le père étant très malade, susceptible de mourir à chaque moment. Enfin la dernière raconte les événements dramatiques intervenus dans la jeunesse du Maître et qui l'ont façonnés de manière irréversible.
J'ai eu un peu de mal de rentrer dans ce livre, je l'ai trouvé plutôt décousu, avec ses trois parties liées de façon assez artificielle. Et à mon sens la première partie est de loin la moins intéressante, j'ai eu du mal à comprendre ce qu'attirait le narrateur chez le Maître, pourquoi il s'était attaché à lui de cette manière. La troisième partie est sans aucun doute la plus forte, l'histoire du Maître est très riche, d'une grande complexité, et la gradation dramatique est fort bien amenée. le personnage prend un aspect tragique que j'était loin de prévoir et qui est vraiment très touchant.
Une lecture intéressante, sans aucun doute plus convaincante que Je suis un chat, mais je suis restée une bonne partie du livre un peu en dehors, déjà à cause de l'aspect morcelé que j'ai évoqué, et ensuite parce que j'ai trouvé ce livre terriblement lié à la culture japonaise traditionnelle, par exemple en ce qui concerne les liens familiaux, et que certains comportements ou ressentis des personnages m'ont semblé fort étranges.
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Derwijes
  20 novembre 2016
La traduction est une affaire compliquée, quel que soit le langage d'origine et celui dans lequel on traduit. Les difficultés sont nombreuses et certaines d'entre elles sont impossibles à résoudre, et il faut se résoudre à sacrifier du style pour laisser du sens, ou inversement.
En particulier, traduire du langue asiatique comme le japonais est encore plus difficile que traduire, par l'exemple, de l'allemand ou de l'italien: le japonais n'est pas construit comme les autres langues indo-européennes, et il contient des subtilités impossible à retranscrire en français. C'est pour cela qu'une traduction d'un auteur japonais ne sera aussi bien que l'original, car malgré tout les efforts de traducteur, il y a juste trop de pertes.
Pourtant, cela n'empêche pas ces traductions d'être parfaitement lisibles et de rester excellentes (si le livre d'origine l'est, bien sûr), mais parfois, même si l'original est très bien, sa traduction française paraît pâle et ennuyeuse. C'est ce que je reproche à ce roman: tout au long de ma lecture je sentais qu'il y avait quelque chose de plus profond, de plus subtil que cette histoire, relativement banale et racontée dans un style plat au possible. C'est l'UNESCO qui a demandé à ce que ce livre soit traduit, mais les traducteurs choisis n'ont pas su, je trouve, donner vie à leur travail, et se sont contentés d'une traduction correcte grammaticalement, mais sans aucune poésie.
Je suis convaincu que c'est un grand livre, mais seulement en japonais: toute traduction faillit à lui faire garder sa grandeur. Tant pis !
Oh, et pour finir, quelques mots sur l'édition du livre: elle n'est pas terrible...Trop universitaire, blanche et stérile comme un manuel scolaire, elle ne donne pas vraiment envie d'être lue...
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
SachkaSachka   01 octobre 2020
Le lendemain, à la suite du Maître, je sautai dans la mer. Puis je me mis à nager dans la même direction que lui. Comme nous avions à peu près fait deux-cents mètres vers le large, le Maître se retourna vers moi et m'adressa la parole. Immense et bleue, s'étalait la mer. Rien ne flottait aux environs, hors nous deux. Et la forte lumière du soleil, aussi loin que les yeux portaient, illuminait l'eau et les montagnes. La liberté, la joie emplissaient ma chair, que je faisais mouvoir dans la mer en une danse folle. Le Maître cependant arrêta ses mouvements, se mit sur le dos et fit la planche sur les vagues. Je l'imitai. Le coloris du ciel bleu miroitait jusqu'à entrer dans les yeux à la manière d'une flèche, et je sentais à mon visage les violentes couleurs qu'il me jetait :
- Qu'on est bien, n'est-ce pas ! criai-je à pleine voix.
Peu après, semblant se dresser sur la mer, le Maître changea de position :
- Ne rentrons-nous pas ? me proposa-t-il.
J'étais de nature assez résistante, et j'aurais pu sur la mer prolonger mes ébats. Mais dès que le Maître m'eût exprimé son désir :
- Bien sûr, dis-je de bonne grâce, bien sûr, rentrons !
Et tous les deux, par le même chemin, nous retournâmes vers la plage.
C'est de ce jour-là que je fus lié avec le Maître. Mais où habitait le Maître, je l'ignorais encore.
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SachkaSachka   29 septembre 2020
Chaque été quand je revenais au pays, et que je restais assis, immobile, au milieu des cigales à la voix brûlante, souvent, une étrange tristesse me saisissait. Cette tristesse, il semblait qu'elle entrât dans mon cœur avec la voix même, si douloureusement aiguë, des cigales : et je me figeais alors dans une longue immobilité, contemplant seulement, solitaire, ma solitude intérieure. Mais cet été-ci, petit à petit depuis mon retour, ma tristesse avait changé de nuance. Et tout comme le cri de la cigale commune avait fait place au cri de la petite cigale, ainsi je sentais, autour de moi, la destinée de ceux qui m'étaient chers entraînée insensiblement dans une immense métamorphose...
Je songeais sans fin à la tristesse du père, à son attitude, à ses paroles. Je songeais à ma lettre au Maître, restée sans réponse. Le Maître et le père représentaient à mes yeux des caractères opposés : c'est pourquoi, rapprochements ou contrastes, mon esprit eût difficilement séparé leurs deux images.
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TandaricaTandarica   19 avril 2015
L'inquiétude me venait, mais aussi le courage. Tous les jours, devant ma table, je travaillais tant que j'avais de force. Ou bien, dans l'ombre de la bibliothèque, je scrutais les hauts rayons : comme le collectionneur les curiosités, je fouillais des yeux les titres dorés des reliures.
Les pruniers étaient en fleurs ; le vent froid tournait peu à peu au vent du sud, et, quelques semaines passant, me vinrent aux oreilles les premières nouvelles de la floraison des cerisiers. N'importe : tel un cheval de fiacre, je gardais les yeux fixés droits devant moi, la pensée du mémoire me fouettant. La fin avril approchait. Mais, tant que je n'en aurais pas eu fini avec cette rédaction, je m'étais interdit de repasser le seuil du Maître.
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strangermarystrangermary   29 novembre 2012
La seule chose profonde que j'ai sentie, c'est le peche qui est sur l'homme. C'est ce sentiment qui m'avait fait soigner de tout mon coeur ma belle-mere malade. C'est ce sentiment qui m'avait commande d'etre doux envers ma femme. C'est ce sentiment toujours qui me faisait souhaiter d'etre cravache dans la rue par chacun des inconnus que j'y croisais. Et, a monter marche par marche l'escalier de cette expiation, c'est ce meme sentiment qui me poussait, non content d'appeler la cravache des autres, a desirer me cravacher moi-meme. Et, plus encore qu'a desirer me cravacher moi-meme, a desirer me detruire moi-meme. J'hesitais a me detruire d'un coup. Mais, du moins, je decidai de vivre comme si j'eusse ete mort.
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SeijoliverSeijoliver   30 avril 2020
- Qui de nous deux mourra le premier ? avait demandé le Maître à sa femme.
Cette question du Maître me revenait aux lèvres. Et personne, certes, n'y pouvait répondre à coup sûr. Mais à supposer qu'on pût savoir clairement qui du Maître ou de sa femme devait mourir le premier, quel serait le comportement du Maître ? Ou quel serait le comportement de sa femme ? Bah, que ce fût le Maître ou que ce fût sa femme, qu'eussent-ils pu faire, l'un ou l'autre, si ce n'est se résigner à l'inévitable ? Aussi bien, à l'approche de la mort de mon père, que pouvais-je faire moi-même, sinon me résigner ? A quel point l'homme était pauvre chose, je l'éprouvai alors profondément. Et que l'homme, quoi qu'il fasse, est impuissant contre cette naturelle impuissance, voilà précisément ce qui faisait de l'homme une si pauvre chose.
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Video de Natsume Soseki (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Natsume Soseki
Bonjour et bienvenue dans le monde de notre Vie Intérieure. Nous parlons aujourd?hui de la mort?
« Il cessa de pleurer, et, le visage tourné vers le mur, il se mit à réfléchir, l?esprit obsédé par cette unique pensée : Pourquoi, pourquoi cette chose épouvantable ? Mais quoi qu?il fît, il ne trouvait aucune réponse. Et quand l?idée qu?il n?avait pas vécu comme on doit vivre se dressait devant lui, il chassait cette idée bizarre en se rappelant aussitôt la parfaite correction de son existence. Presque toujours le visage tourné vers le mur, il souffrait, seul, de ses souffrances insolubles, il se plongeait, seul, dans ses pensées insolubles. « Qu?est-ce donc ? Est-ce vraiment la mort ? » Et la voix intérieure répondait : « Oui, c?est la mort ». ? « Mais pourquoi ces souffrances ? » Et la voix intérieure répondait : « Comme ça, pour rien. » Tolstoï, La mort d?Ivan Illitch.
Comme tous les êtres vivants, nous allons mourir un jour. Mais à la différence des autres êtres vivants, nous en sommes conscients. Ce qui fait dire à Woody Allen : « Depuis que les humains se savent mortels, ils ont du mal à être tout à fait décontractés ». Alors, pour nous décontracter, nous nous efforçons de ne pas trop y penser : « L?homme est adossé à sa mort comme le causeur à la cheminée », écrit Paul Valéry.
Mais la mort parfois nous tire par la manche. Nous sommes impliqués de loin, par la disparition d?une connaissance ou d?une célébrité ; nous sommes en présence du corps sans vie d?un ami, près d?un cercueil, à côté d?une tombe? Ou, plus déstabilisant encore, nous sommes impliqués dans notre propre chair, au travers d?une maladie menaçante diagnostiquée chez nous.
Alors, nos illusions s?envolent. le temps de l?insouciance et des fausses croyances est terminé : nous ne pouvons plus faire comme s?il nous restait un temps illimité à vivre. Non, le temps qu?il nous reste n?est pas illimité. Pire, il est incertain, et peut-être serons-nous morts demain.
Face à la mort et au cortège de peurs qu?elle pousse devant elle, c?est notre vie intérieure qui peut nous donner force et lucidité. Sans un salutaire travail de l?âme, notre crainte de la mort influence et parasite notre vie. Les recherches scientifiques ont montré qu?en activant la peur de la mort, on pousse les humains à plus de matérialisme, plus d?égoïsme, plus de rigidité psychologique. A l?inverse, s?entraîner à un abord lucide, apaisé et réaliste, de l?idée de sa mort apporte peu à peu une forme d?apaisement et d?équanimité, envers une perspective qui ne réjouit, tout de même, personne ! C?était le conseil de Montaigne : « Otons-lui l'étrangeté, pratiquons-la, accoutumons-la, n'ayons rien si souvent en la tête que la mort. »
Alors, de notre mieux, accueillons les irruptions de la mort dans nos vies : devant les faire-part de décès, à l?écoute du glas de l?église voisine? Immobilisons-nous, et laissons toutes les images, les pensées et les souvenirs liés à la mort se répandre en nous ; efforçons-nous, simplement, de rester reliés à notre respiration, au souffle de la vie en nous et autour de nous.
Rendons-nous, de temps en temps, dans les cimetières ; prenons le temps d?y marcher dans les allées, de nous y asseoir ; et là encore, sans rien chercher, sans rien poursuivre, laissons-nous habiter par ces instants, observons cet environnement de vie et de mort mêlés. Restons là, à écouter le chant des oiseaux, le pas des visiteurs sur le gravier? J?ai souvent fait cet exercice avec certains de mes patients qui souffraient d?une anxiété de la mort, et nous en avons gardé, eux et moi, des souvenirs d?expériences très fortes, et paradoxalement très douces.
Connaissez-vous ce haïku du poète japonais Natsume Sôseki ? « Sans savoir pourquoi / J?aime ce monde / Où nous venons pour mourir. ». le contraire de la mort, c?est la naissance. Nous sommes entrés, nous allons sortir. Et entre les deux il y a la vie. Vous ne trouvez pas qu?elle est belle ?
À demain, et ne perdez jamais le lien? avec vous-même.
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