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3,87

sur 333 notes
Je me souviens d'avoir débuté, il y a longtemps, mon commentaire de Sur la Route par : « Ceci n'est pas un livre, c'est un état d'esprit. » Eh bien je crois que je pourrais débuter celui-ci par une formule exactement similaire, tant l'impression laissée sur moi est du même type (mais non pas comparable).

Ici, l'auteur Natsume Sôseki écrit le roman d'une quête. Mais est-ce un roman ? Est-ce une quête ? Je ne sais… Car c'est si différent des écrits à l'occidentale, c'est si chargé de codes, qui me sont, pour bon nombre, inconnus, que je n'arrive guère à me prononcer. Bref, c'est spécial.

Au départ, j'ai vraiment adoré l'entrée en matière du roman, pleine de réflexion et de philosophie, le tout délicatement recouvert d'une fine couche de lyrisme. Et puis, est venue la narration, au sens le plus classique du terme, avec des personnages, des événements, si bien que l'impression première — très positive — est un peu retombée comme un soufflet, car, avons-le, l'auteur n'est pas franchement un as de l'intrigue.

Oui, c'est cela qui m'a un peu déroutée, cette espèce de mélange entre une introspection de haut vol teintée de poésie comme sut en faire Fernando Pessoa avec son Livre de l'Intranquillité et cette soupe narrative, plus prétexte qu'autre chose. Et puis, par moments, ça revenait, les phases méditatives, apaisantes et lyriques à la fois, mais sans le charme des débuts.

L'auteur, donc, nous fait prendre part à la quête personnelle du narrateur, un peintre japonais de Tokyo (Edo) qui souhaite se rendre dans la montagne la plus reculée pour toucher aux racines vraies de l'art, de la poésie tout particulièrement bien qu'il fût peintre, je le rappelle. C'est en cela que ce livre n'est peut-être pas si éloigné du roman de Jack Kerouac sus-mentionné, l'idée d'une quête d'un objet immatériel. Il appartient peut-être également à la catégorie de ceux qu'a signés Hermann Hesse, son Siddhartha, son Loup de Steppes, par exemple, mais avec des tonalités bien à lui, très extrême-orientales, plus proches à certains égards de celles d'auteurs nippons du XXème tels que Kawabata ou Mishima.

Vous voyez, c'est assez étrange comme objet littéraire. Pas désagréable, de mon point de vue, mais pas non plus à m'y sentir totalement à l'aise : un rythme lent, réflexif, méditatif et contemplatif, mais pas que, des épisodes narratifs où l'on suit des personnages, mais pas que, et puis surtout, une gageure insurmontable, à savoir, essayer désespérément de pister, de s'approcher de manière asymptotique de ce que pourrait être un être poétique, le tout sur fond de séparation entre un homme et une femme couplé à un arrière-plan de guerre sino-russe.

Vous admettrez que ce n'est pas évident à définir un machin pareil, ça résiste à toute forme de catégorisation et je me demande encore, plusieurs semaines après en avoir terminé la lecture ce que je dois en penser. Peut-être est-ce cela finalement, l'accession à la poésie vraie, ne plus penser, lâcher prise, dériver sur l'onde, laisser glisser les lignes et les impressions sous nos yeux de lectrices et de lecteurs inconséquents… Quoi qu'il en soit, de cet avis comme de beaucoup d'autres choses, cela ne signifie pas grand-chose, et si le coeur vous en dit, allongez-vous sous les nuages, la nuque posée sur un oreiller d'herbes et laissez-vous porter…
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Séduit la semaine dernière par le roman satirique de Natsume Sôseki, « Je suis un chat », l'envie était grande d'explorer sur-le-champ l'univers de cet auteur japonais disparu voici près d'un siècle.
Est-ce le besoin de goûter à un quelconque repos ? Mon choix s'est porté sur un titre on ne peut plus évocateur et qui fleure bon la campagne : « Oreiller d'herbes ».

Le repos de l'esprit, c'est précisément ce qu'espère trouver le narrateur sur ce chemin montagneux où le conduisent ses pas.
Ce peintre trentenaire est en recherche d'impassibilité, d'inspiration. Ce voyage en altitude loin de Tokyo, lui permettra peut-être de fuir quelques temps le monde d'ici-bas, de s'affranchir des passions terrestres, de s'élever au-dessus de la mêlée, de trouver la sérénité propice à la création.

Poète à ses heures il aime composer des haïkus, ces poèmes qui en seulement dix-sept syllabes traduisent si justement l'évanescence des choses.
Une chanson à peine audible et une silhouette féminine, brièvement entraperçue au clair de lune, inspirent son âme poétique lors de sa première nuit dans une auberge située près d'une source thermale.
Mais transcrire le lendemain sur la toile sa sensation de plénitude n'est pas chose aisée et l'artiste, perdu dans ses pensées vagabondes sur l'art, reste improductif devant son chevalet.

Avec une sensibilité toute japonaise, Sôseki décrit le processus fait d'introspection, de tâtonnements, de doutes, par lequel l'artiste arrive après un long cheminement à matérialiser son état d'esprit, ses sensations.
Les réflexions sur l'art, par petites touches au fil des chapitres, ne sont jamais rébarbatives. Fin connaisseur de l'Occident, sa préférence pour la culture orientale est cependant manifeste et argumentée avec pertinence et mesure.

Loin des sentiers battus, ce roman poétique dégage une grande bouffée d'oxygène. Sa lecture permet de s'élever pendant quelques heures au-dessus des standards occidentaux, « d'errer dans l'univers impassible ».
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Un peintre vient passer quelques jours dans la montagne, dans une station thermale désertée depuis que la guerre russo-japonaise a débuté en 1904. Il y apprécie le calme pour se consacrer à son art et réfléchir à la condition de l'artiste, ne plus exister que comme peintre. Il recherche l'impassibilité mais bientôt il est troublé par une jeune femme étrange, Nami, qui semble perturbée après son divorce.

Un très beau texte, très poétique, nourri de réflexion sur la littérature et la peinture, illustré de haïkus, petits poèmes japonais de dix-sept syllabes. Il ne s'y passe pas grand chose mais tout est dans la subtilité des relations entre les personnages qui glissent comme des ombres, des paysages sublimes, et la guerre en arrière plan qui menace les jeunes appelés comme la folie qui guette les amours contrariées. Car l'artiste, recherchant la beauté, saisissant l'instantanéité de la perception, se nourrit aussi de cette désespérance...

L'auteur, Natsumé Soseki, a disparu il y a un siècle mais son roman est d'une grande modernité. Ses réflexions sur la destinée de l'homme contemporain, le rôle de l'artiste et l'art abstrait, les dangers de la civilisation moderne sont très actuelles.

" J'ai par hasard obtenu une journée de sérénité
J'ai compris cent ans d'agitation
Où pourrai-je garder cette nostalgie lointaine ?
Sinon dans le ciel vaste où règnent les nuages blancs ?"
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Depuis le temps que je dois lire ce livre, c'est fait. J'y ai retrouvé toute la sensibilité de Sôseki. A la recherche d'un endroit propice pour peindre ou composer un poème, le narrateur nous entraîne dans ses rêveries, ses contemplations et ses errances. Parfois, au grès de ses rencontres avec des personnages improbables , le récit frôle le surnaturel, mais nous permet de suivre le cheminement de ses pensées. Une figure maintes fois décrite attirera notre intention. C'est celle du tableau de « L'Ophélie » du peintre anglais, Millais. le corps évanescent de cette jeune femme flottant au fil de l'eau sert de comparaison pour notre peintre qui peine à trouver un sujet de peinture. Bien souvent, c'est l'industrialisation du Japon qui se fait à grands pas, qu'essaie de fuir le protagoniste en se réfugiant dans la nature et dans l'art. La finesse des descriptions, toute orientale et non dénuée d'humour, que ce soit de la nature, des vêtements, des constructions, des situations... ne décevra pas la sensibilité du lecteur(trice).
J'allais oublier ! Un grand merci aux éditions Picquier pour la reproduction des tableaux originaux qui émaillent le récit et nous permettent de suivre le narrateur dans ses errances et ses rencontres.
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Contemplation !

Ai été très sensible (comme souvent dans les romans japonais) à cette poésie que j'ai trouvé au détour de phrases dans l'ensemble de ce court roman.

"Oreiller d'herbes"
Une quête à pas feutrés, où la mélancolie est une douce berceuse.

Voyage en quête d'impassibilité !

L'auteur nous fait avancer, à tâtons, dans un monde indéfinissable qu'il crée à l'infini, en un lieu flou sans limites.

J'erre dans la "demeure" de l'auteur, dans une douce lumière, nimbée de pénombre, et, j'ai l'impression de sombrer au fond du ciel empourpré, à l'aube, sous les étoiles étincelantes du printemps.
(ai pris la liberté d'emprunter quelques mots de l'auteur).

Néant, parfois, fait de noirceur d'encre et de lumières luxuriantes.

Tout est brume, calme et volupté !
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« Un peintre se retire dans les montagnes, pour peindre, pour se reposer, mais surtout pour faire le point sur son art. Qu'est-ce que la sensibilité artistique ? Qu'est-ce que la création ? Qu'est-ce qu'une sensation ? Comment distinguer l'art japonais de l'art occidental ? le peintre observe la nature mais aussi les êtres humains. Dans l'auberge où il loge, il est le témoin silencieux d'un curieux manège. Une femme exceptionnellement belle paraît chargée d'un passé mystérieux qu'il essaie de mettre au jour. Les légendes du lieu, les commérages s'entremêlent et, à travers l'observation de cet être qui est à la fois le modèle idéal du peintre et le personnage du roman en train de s'écrire, l'auteur tente de définir son art, dans l'attente de la crise qui lui donnera son sens » (extrait présentation éditeur).

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Difficile exercice dans lequel je me lance car il est ardu d'expliquer le cheminement par lequel nous fait passer ce roman. J'ai tout d'abord cru que je ne parviendrais pas au terme de l'ouvrage tant la lecture des premières pages est laborieuse.

Pourtant, en apparence, la « prise de contact » est agréable. le récit se développe à la première personne et nous permet d'accéder au monologue intérieur du narrateur. Lorsqu'on fait la connaissance de cet homme – un peintre – il est train de gravir les sentiers rocailleux d'une montagne. A mesure qu'il progresse dans son ascension, ses pensées cheminent sur la démarche qu'il est en train d'entreprendre. On comprend que son intention est de se soustraire de l'agitation de la Cité (de la société) pour être au plus près de la nature et y mener une réflexion sur le sens de la vie, des valeurs. Il souhaite trouver un lieu propice pour vivre en adéquation avec l'art de vivre qu'il s'est fixé. Sôseki Natsumé ne raconte pas l'histoire d'un homme en quête d'inspiration mais propose une réflexion plus large sur la création artistique et l'importance de l'Art dans nos sociétés (orientales et occidentales).

Dès la première page, le narrateur est entièrement consacré à sa quête spirituelle et chaque élément (un caillou, une fleur, le relief d'une montagne…) est prétexte à la réflexion et à l'introspection. Cependant, pour le lecteur, ce n'est pas simple de lui emboiter le pas aussi promptement.

Oreiller d'herbes est une oeuvre poétique. La contemplation est un élément central du récit, le rythme narratif est au service des cheminements intérieurs du personnage principal. La présence de quelques personnages secondaires permet de le relier à des considérations plus matérielles ; leurs agissements et leurs propos interpellent le narrateur, le surprennent, l'incitent à approfondir sa démarche et à l'ancrer dans la réalité.
Lien : http://chezmo.wordpress.com/..
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Il est difficile de critiquer Oreiller d'herbes, tant l'impression et la réflexion sur lesquelles ce roman nous laisse sont intérieures, grandioses mais intérieures. Loin d'être accrocheur (passer le stade des premières pages peut s'avérer difficile), ce roman est un long crescendo, entremêlant réflexion sur l'art, la société, l'homme, les sentiments, la mort...
Un peintre (qui dit je) choisit de se retirer dans une auberge montagnarde à la recherche de la scène qui donnera à son tableau la perfection. Entourée de la nature, puissante et éternelle, il écrit plus qu'il ne peint. Il rencontre des villageois, qui pour quelques uns relèvent dans la description plus des fantômes (kami?) que des êtres humains, qui le poussent dans sa réflexion sur la société et les relations humaines. Combien vaut mieux la contemplation de la nature, des lacs à la lune (tsukimi) à la contamination des hommes...
Un roman vraiment nourrissant, enrichissant, sur l'importance de l'art dans nos vies, un art salvateur même si parfois blessant.
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Le narrateur est un peintre et un poète ; il n'est pas à la recherche d'inspiration, mais de l'état d'esprit propice à la création. L'impassibilité. Il se retire dans une auberge de montagne, où il espère être à l'abri des passions humaines.
Roman de réflexion sur l'art oriental (chinois et japonais) et occidental, sur la condition d'artiste. Et surtout sur la création, sur ce qui fait qu'une oeuvre est réussie.
Une lecture belle, pas forcément facile (c'est souvent ce qui en fait la valeur), à lire plusieurs fois pour s'en imprégner complètement.
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Quel gâchis !

Une histoire magnifique qui méritait un bien meilleur traitement. Noyée de considérations intellectuelles sur la création, l'art occidental versus l'art japonais, le rôle de l'artiste, j'en ai perdu le message essentiel qui aurait justement gagné à être traité avec plus de simplicité, de spontanéité et de matérialité. C'est long, verbeux, en même barbant à la longue.

Malgré ma fascination pour le Japon et ma grande consommation d'haïkus, je suis restée complétement à côté de ce roman (oui oui sous des allures d'essai se trame une histoire), indifférente (devrais-je dire « impassible ») à l'histoire de ce peintre qui désire se couper des vicissitudes du monde et de l'attachement pour atteindre un état éthéré afin de créer des oeuvres « nobles » débarrassées de toute vulgarité qui donneront une idée de l'Infini. Ouais bon beaucoup trop intellectuel (et peut-être aussi beaucoup trop oriental) pour moi.
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Un de mes proches m'a proposé de me prêter ce livre de Natsume Soseki, un auteur japonais que je découvre, qui a vécu à la fin du 19 siècle et au tout début du vingtième, au moment de l'ère dite Meiji, où le Japon s'ouvre à la modernité. Un écrivain moins connu que Kawabata ou Mishima, mais, de ce que j'ai lu, considéré comme l'un des plus grands au Japon, il a même son effigie sur un billet de banque!

J'ai beaucoup aimé ce livre plein de fantaisie, de poésie, de mystère mais aussi d'humour, d'ironie, à la construction qui peut paraître décousue, mais j'ai bien aimé cette divagation qui nous fait passer de réflexions sur l'art à un moment de vie chez un bien curieux coiffeur, par ce récit d'un homme qui recherche la tranquillité, l'impassibilité, et se retrouve troublé par la rencontre de la fille du patron de l'auberge thermale où il est venu chercher le calme et l'inspiration, une femme très belle et très étrange, d'un artiste peintre qui ne peindra pas de tout le récit, mais composera des haïkus.
Et en toile de fond, la guerre russo-japonaise qui angoisse un jeune homme et sans doute y fait partir l'ex-mari de la belle femme de l'auberge.

Tout n'est pas explicite dans ce récit, beaucoup de choses y sont suggérées, et c'est aussi ce qui fait son charme.
Il y a des descriptions merveilleuses des paysages, et parfois des atmosphères quasi-magiques.

Il faut enfin noter que ce petit livre de poche est illustré par de superbes reproductions de tableaux de maîtres japonais, qui constituent des pauses bien agréables dans le cours de ce roman, qui n'en est pas un vraiment, mais un mélange de narration, de poésie, et de réflexions sur l'art.

En conclusion, un bien curieux objet littéraire, dont je peux comprendre qu'il déconcerte certains lectrices et certains lecteurs, mais, on ne se refait pas, qui correspond à tout ce que j'aime.
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