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Daniel Maximin (Préfacier, etc.)Élisabeth Janvier (Traducteur)
EAN : 9782858028689
150 pages
Éditeur : Editions L'Harmattan (11/07/2000)

Note moyenne : /5 (sur 0 notes)
Résumé :
À l'origine, il s'agit bien d'une célébration : celle du grand « rassemblement des tribus » organisé par les habitants d'un village de brousse. Mais les festivités tournent vite court. Le sculpteur Démoké, à qui on avait demandé de dresser un totem géant, vient confesser que, sous l'emprise de la jalousie, il a précipité dans le vide son apprenti qui avait réussi à monter plus haut que lui au faîte de l'arbre. Rongé de remords, l'artiste parcourt la forêt sans la re... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Musardise
  24 septembre 2020
En 1960, le Nigéria accédait à l'indépendance. Au cours des dizaines d'années qui ont suivi, il a connu élections truquées, coup d'État, contre-coup d'État, assassinat de dirigeants, conflits ethniques qui ont conduit à une guerre (la guerre du Biafra), et encore des coups d'État et élections douteuses. Mais 1960 était une année porteuse d'espoirs, après la colonisation britannique. C'est dans ce cadre que Wole Soyinka écrivit La Danse de la Forêt, pièce vouée à célébrer l'indépendance. Or Soyinka étant Soyinka, il ne proposa pas une pièce de théâtre célébrant le glorieux passé du pays, mais une réflexion sur le rapport à l'histoire. Ce qui ne convenait pas aux célébrations officielles, et c'est pourquoi la pièce fut jouée, certes, mais de façon presque officieuse, par une troupe semi-professionnelle, et à l'écart.

C'est le jour de la célébration, et chacun court ici et là afin de mettre la dernière touche aux préparatifs. Surtout, on a procédé à un rituel visant à faire revenir deux morts pour cette nuit particulière, deux morts qu'on s'imagine chatoyants, pleins de dignités et glorieux : à l'image du passé du Nigéria. Sauf que les deux morts en question, revenus à la vie par l'entremise du Père de la Forêt, ressemblent à deux mendiants loqueteux que tout le monde évite et chasse du village, ne voulant pas avoir affaire à deux pareils personnages. Et voilà les deux morts, ayant perdu la mémoire des centaines d'années passées, errant et se demandant ce qu'ils peuvent bien faire là.

La pièce montre à la fois la vie des villageois - qui ont pas mal de trucs à se reprocher - et les activités des esprits de la Forêt, qui ne tendent pas forcément vers un but unique. Voire pas du tout. Eshouoro veut venger le double sacrilège commis sur l'arbre qui lui est consacré - étêtage de la cime et meurtre -, tandis que le Père de la Forêt, sous un déguisement anodin, a choisi de se servir d'illusions pour mettre quatre habitants du village - quatre habitants qui sont les archétypes de ce qu'il y a de mauvais en l'homme, mais aussi des réincarnations de leurs ancêtres - pour les obliger à regarder en face leurs mauvaises actions, issues des mauvaises actions déjà commises, encore et encore, par les anciens. Il y a quelque chose du Songe d'une Nuit d'été dans la façon dont le Père de la Forêt utilise ses pouvoirs et éveille les consciences - du moins certaines d'entre elles.

Pièce difficile à résumer parce qu'à la fois assez complexe dans sa composition - théâtre dans le théâtre, mélange de deux mondes, retours dans le passé, allégories, tout ça dans un joyeux capharnaüm - et pas évident à saisir pour les Occidentaux peu au fait de la mythologie yoruba (sans parler de l'histoire du Nigéria). Contrairement à Un sang fort ou aux Gens des Marais, ça n'est pas du tout linéaire. Mais c'est ce qui fait aussi le talent et l'originalité de Soyinka : en confrontant deux mondes, celui des humains et celui des esprits yoruba, il montre à quel point ils ont cessé de ne faire qu'un - Eshouoro est celui qui peste contre le mépris des humains pour la Nature, au point qu'il souhaite se venger d'eux une bonne fois pour toutes. le Père de la Forêt, lui, plus clément, plus pédagogue dirons-nous, mais conscient du danger encouru par les hommes, montre avec son théâtre improvisé à quel point on peut se servir du passé pour construire un mythe resplendissant, qui n'a guère à voir avec la réalité, et qui peut se révéler dangereux si on ne le regarde pas bien en face, avec ses mauvais comme ses bons côtés. Aura-t-t-il convaincu les quatre humains à la fois spectateurs et acteurs de sa pièce ? C'est en tout cas le but que s'assigne également Soyinka avec cette originale et décidément toujours aussi intéressante composition.

Lien : https://musardises-en-depit-..
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5Arabella
  28 septembre 2020
Une des premières pièces de Wole Soyinka, écrite en 1960 pour célébrer l'indépendance de son pays, le Nigeria. Mais c'est une étrange célébration, assez ironique et décalée, qui replace les événements dans une trame historique plus large, et fait intervenir les esprits de la forêt, qui contemplent les actions des hommes et pour certains veulent s'y immiscer.
Les hommes fêtent « le grand rassemblement des tribus », et pour ce faire, un totem a été sculpté, un homme, un apprenti, est tombé de l'arbre dont il sculptait la faîte, poussé par son maître jaloux, car souffrant de vertige. Démoké, le sculpteur, tourne en rond dans la forêt qu'il ne reconnaît plus, car des arbres ont été abattus en l'honneur de la fête. Sa route va croiser le chemin de trois autres personnes. Une femme, qui s'avère être une prostituée, qui a poussé plusieurs hommes au suicide, et Adénébi, l'orateur du Conseil, à qui toutes les occasions de s'enrichir sont bonnes à prendre, et qui par ses agissements a provoqué un certain nombre de morts. Enfin, un quatrième personnage, qui met à jour tout ce que les trois autres essaient de cacher, et qui s'avère être un des esprits de la forêt.
L'intrigue se complexifie, car les villageois ont décidé de demander aux esprits de faire revenir des personnages du passé, pour honorer la fête. Mais l'homme et la femme enceinte en haillon qui apparaissent, ne conviennent pas aux habitants de la forêt, qui les chassent tour à tour. Mais il s'avère qu'ils ont à faire avec nos trois personnages principaux, qui se révèlent les avoir connus dans une autre vie, où leurs agissements n'avaient pas été très différents de ceux qu'ils ont dans celle-ci. Tout cela sous l'oeil des esprits, dont certains veulent se mêler de ce qui arrivent aux hommes, et qui vont reprendre la main, faisant enfin accoucher la femme enceinte, et entraînant l'enfant dans la danse du titre, où les participants sont des sortes d'allégorie.
La pièce est très compliquée à résumer, car plusieurs temps s'entremêlent, et et le plan humain et celui des esprits se côtoient simultanément. Par ailleurs les esprits peuvent se déguiser. La pièce est plus conceptuelle, allégorique, métaphorique que réellement bâtie sur une action dramatique continue. le passé violent rejaillit sur le présent, les hommes s'obstinent dans leurs comportements égoïstes et destructeurs, rendant l'avenir inquiétant. Des triplés monstrueux participent à la danse finale : « la fin qui justifie les moyens », « les grandes causes » toujours opportunistes et la « postérité » sanglante, n'annonçant pas à l'enfant, qui pourrait être le symbole du Nigeria, des lendemains bien rieurs. L'enfant est dit « inachevé », et il a tendance à facilement se laisser entraîner au pire.
C'est une oeuvre très originale et puissante, à la fois lyrique, pour chanter les beautés de la forêt, que les hommes abîment sans remords, ironique et féroce, pleine de culture et des sous entendus, dont certains liés à la culture yoruba ne sont sont pas faciles à saisir.
Un auteur à découvrir.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
MusardiseMusardise   12 mars 2020
ESCHOUORO. Pas d'impertinence, monsieur le glaneur des arbres. Aujourd'hui doit être un jour de représailles. C'est le moment, pendant qu'ils sont gavés et pleins d'eux-mêmes. La gentille petite cérémonie d'Aroni doit se terminer dans le sang. Ma patience est à bout. Si les humains gardent encore un petit bosquet derrière leur case, c'est uniquement pour pouvoir y déverser leurs détritus. Des chiens crevés, des excréments, voilà tout ce qu'on y trouve. Toute la forêt est infestée. Infestée par les cochonneries des humains.
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MusardiseMusardise   09 mars 2020
LE MORT. Depuis toujours j'ai désiré venir ici. C'est ici ma demeure. J'ai toujours eu un grand désir d'y revenir. Là-bas, rien ne me retenait. Je ne possédais rien et je n'avais envie de rien. Mais les arbres obscurs et la glèbe épaisse m'ont aspiré. Quand je suis mort, je suis tombé dans les courants en marche sous la terre ; quand est venu le grand appel, j'étais prêt. J'ai descendu les grands courants sous le grand océan ; j'ai descendu les grands courants sous les mers immenses. J'ai traversé, pour resurgir, la croûte dure qui se forma jadis de la première vomissure du Père de la Forêt.
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MusardiseMusardise   16 mars 2020
LE GUERRIER. Les générations à venir seront cannibales, très honorable médecin. Les générations à venir s’entre-dévoreront comme nous l'avons fait. Peut-être pourriez-vous inventer un remède, vous qui savez guérir tant de maladies. J'ai choisi le métier de soldat pour défendre mon pays, mais ceux à qui j'ai donné le pouvoir de disposer de ma vie ont abusé de ma confiance.
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TandaricaTandarica   10 avril 2015
Nous étions si proches de la grandeur de Troie et de la Grèce… Enfin une vraie guerre ! Une guerre sans raison… Comme elles doivent être.
(page 98)
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Vidéo de Wole Soyinka
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