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ISBN : 1534300481
Éditeur : Image Comics (18/04/2018)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Roy meets the Mayor.
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Presence
  18 juillet 2018
Ce tome fait suite à Where beagles dare (épisodes 1 à 4) qu'il faut avoir lu avant. Il comprend les épisodes 5 à 8, initialement parus en 2016/2018, écrits par Nick Spencer, dessinés et encrés par Steve Lieber, avec une mise en couleurs réalisée par Ryan Hill.
La célèbre jeune actrice Elaina est décédée chez elle, abattue par les balles de 2 intrus cagoulés, sous les yeux de Roy Garney, un policier véreux de Los Angeles, suite à quoi sa villa a explosé sous l'effet d'une bombe. Toujours sur place, Roy est en train de taper frénétiquement sur le clavier de son téléphone, alors que les secours arrivent. Il est hélé par l'inspectrice Sheryl Malone de l'Inspection Générale des Services. Roy commence par répondre de manière familière, avant de se reprendre pour éviter que les autres policiers non loin de là sur la pelouse ne remarquent qu'il est trop familier avec Sheryl. Cette dernière le somme d'expliquer la situation, et il se lance dans un méli-mélo de faits et d'affabulation dont il a le secret. Il promet de faire mieux quand il s'adressera aux médias le lendemain, en brodant une histoire de trafic de drogues qui a dégénéré. Sheryl Malone le détrompe : l'affaire va être reprise en main par le Kid (Kendall Kincaid), le maire de la ville, un politicien particulièrement doué en communication, mais avec une forme marquée d'irresponsabilité adulescente.
En attendant, Roy rend visite à son ex-collègue Mac Brundo qui est en train de jouer au golf d'une seule main (Roy lui ayant tiré dans l'autre, enfin c'est un peu compliqué), en présence de Pretzels (le chien des stupéfiants de la douane aéroportuaire). Mac lui explique que Deal est bien arrivé à l'aéroport mais qu'il n'a pas encore pris contact avec lui, se contentant de se balader dans le terminal. Il n'a pas reçu de nouvelles consignes de la part de Josh. Ce dernier s'apprête à se livrer à sa séance de méditation avec son coach personnel. Il parvient à atteindre l'état de relaxation désiré, alors que son coach sue à grosses gouttes en entendant les cris en provenance de la pièce attenante, dans laquelle les employés de Josh sont à l'oeuvre. Finalement Sheryl Malone vient chercher Roy chez lui pour l'amener jusqu'au bureau du maire Kendall Kincaid qui est en train de jouer à un jeu vidéo avec 2 de ses potes. le lendemain, Roy Garney est prêt à prend la parole au micro devant la presse pour évoquer le meurtre d'Elaina, malgré la présence de Donovan dans la foule.
Le lecteur avait été enchanté par la mauvaise foi immorale et éhontée du premier tome, et par l'un des épisodes les plus terrifiants qui soit (la destruction d'un individu banal et bon, sans une once de remords). Nick Spencer avait décidé d'augmenter le niveau d'action en terminant son premier tome par une véritable explosion. le lecteur n'a aucun doute que Roy Garney saura tirer le meilleur parti de cette catastrophe, pour son profit personnel bien sûr. Il retrouve donc ce roi du baratin et de la magouille ne pensant qu'à lui. Ce deuxième tome est d'ailleurs l'occasion de découvrir une autre de ses combines peu reluisantes : la manière dont il fait récupérer des objets appartenant à des célébrités pour les confier à un revendeur spécialisé, ce dernier lui ayant indiqué que le Graal en la matière sont les tampons hygiéniques usagés. En termes de classe, de raffinement et de délicatesse, le lecteur peut aussi se délecter (ou s'offusquer) d'une leçon d'agilité linguale aussi grotesque que rigolote, dispensée par l'inimitable Donovan. La verve comique de Nick Spencer ne tarit pas et il met en oeuvre plusieurs registres comiques. Il y a donc des déclarations provocatrices pouvant être prises au premier degré pour leur valeur choquante, ainsi qu'au deuxième degré comme une forme de moquerie sur l'hypocrisie de ces éléments (la planque utilisée pour un godemiché), ou encore une raillerie sur le fait que ces éléments et ces situations sont surtout révélateurs de turpitudes prosaïques affligeantes.
Le lecteur se délecte tout autant du comique généré par les relations interpersonnelles. À nouveau Nick Spencer met en jeu plusieurs registres d'humour dans cette catégorie. Il est impossible de résister à la manière dont Roy Garney manipule tout le monde, avec à chaque fois une phrase personnalisée pour son interlocuteur, une forme de détachement amusé, et un comportement adapté : une forme de condescendance vis-à-vis de Mac Brundo, un amusement tolérant vis-à-vis de Sheryl Malone, une autorité brutale vis-à-vis du drogué Matty. le lecteur peut aussi observer comment monsieur Deal impose le respect au pauvre Mac Brundo totalement subjugué et conscient de ne pas être à la hauteur, la gêne entre Roy Garney et Tobias Lake (l'ancien compagnon d'Elaina), ou encore l'expression de l'amour sans réserve entre Mac et Pretzels. Comme dans le premier tome, ces relations s'expriment autant sinon plus par le langage corporel des personnages que par les dialogues. Steve Lieber réalise des dessins relevant du domaine descriptif avec un degré de simplification, des traits de contours simplifiés, pas toujours bien jointifs, un peu secs et cassants, avec de légers angles comme si le dessinateur n'avait pas souhaité arrondir tous les contours. Les aplats de noir ne sont pas systématiques et leur forme donne cette même impression de degré de précision fluctuant, parfois réalisée à gros traits pour les cheveux de Matty, ou pour quelques éléments de contour des décors. L'artiste s'avère également très doué pour les expressions de visage, les personnages exprimant des sentiments ou des états d'esprit aussi bien nuancés, que parfois un peu appuyé pour un effet comique. Il sait faire s'exprimer avec une conviction impressionnante, le plaisir que peuvent ressentir certains personnages dans des situations banales, à commencer par Donovan bien sûr.
Le lecteur retrouve l'apparence distinctive des personnages, à la fois des individus interprétés par des acteurs au physique banal, à a fois avec assez de caractéristiques physiques pour les identifier au premier coup d'oeil qu'il s'agisse des personnages principaux comme Roy, Mac et Sheryl, ou des personnages secondaires comme Josh, Deal et Donovan. Avec ce deuxième tome, il éprouve la sensation de retrouver des individus qui lui sont déjà familiers, d'approfondir leur relation avec eux en les observant, et de les accompagner dans leur rencontre avec d'autres personnages. Steve Lieber utilise une approche graphique un peu plus simplifiée pour les décors tout en s'assurant à chaque fois que le lecteur sache bien où se déroule la séquence. Il représente à grand trait les différents environnements : les pièces intérieures de la villa d'Elaina et sa pelouse, le salon de Josh où il médite, différentes rues de Los Angeles et une vue du ciel du centre-ville, le chenil où a été élevé Pretzels, les couloirs de l'aéroport et le bureau du service des douanes. Il se montre beaucoup plus impressionnant dans les découpages de scène.
Steve Lieber sait raconter des séquences dépourvues de texte avec une grande efficacité et un ton personnel. En particulier il doit représenter deux courses-poursuites différentes sur 4 pages chacune, sans dialogues ni cartouche de texte. Non seulement elles se lisent toutes seules sans problème de compréhension, mais en plus il sait leur insuffler un rythme haletant, sans donner l'impression de plagier une séquence de cinéma, sans produire des pages avec une impression de déjà-vu ou de fadeur. S'il y prête attention le lecteur remarque également que Lieber adapte son découpage de page à chaque séquence, pouvant passer d'une page comprenant 10 cases, à un dessin en pleine page. Il sait aussi faire fonctionner des découpages en apparence simpliste, mais en réalité difficile à rythmer, comme celle de 8 cases par page, disposées en 4 rangées de 2 cases, structure peu commune surtout utilisée par David Lapham dans sa série Stray Bullets. Au fil des pages, le lecteur prend conscience du pouvoir de conviction des prises de vue, par exemple lors d'un combat de rue dans lequel un individu porte des coups en étant sous l'emprise de stupéfiants, pour une variation de la technique de l'homme saoul parfaitement convaincante. Il glisse un ou deux hommages visuels totalement intégrés à la page, comme par exemple celui aux Peanuts de Charles Schultz.
La narration de Nick Spencer révèle également des saveurs subtiles inattendues. Il se montre un fin portraitiste des caractères humains, avec de l'humour de surcroît. Même le comportement adulescent et égocentrique du maire Kendall Kincaid apparaît plausible, y compris sa volonté de choquer en déclarant se masturber à l'abri du pupitre tout en déclamant son discours. le comportement comique des personnages a d'autant plus d'impact qu'il n'est pas si outré que ça et que le lecteur peut y reconnaître des personnes de son entourage, voire ses propres faiblesses et limites. Spencer a l'art et la manière de mettre en scène la bêtise crasse de l'humanité, avec des moments énormes mais toujours plausibles, comme le comportement bête et méchant des 3 cambrioleurs (Matty, Seth et P.J.) dans la villa d'Elaina. En outre, chaque protagoniste dispose de son caractère et de ses motivations, ainsi le pragmatisme de Deal n'est pas du tout le même que celui de Ryan (en particulier quand elle conseille à Mac d'avoir recours à une professionnelle pour satisfaire ses besoins sexuels). Il sait lui aussi distiller des références à bon escient et avec parcimonie. Par exemple le connaisseur apprécie la pertinence de la mention de L.A. Confidential (1997) de Curtis Hanson. Ce tome confirme que Nick Spencer déroule une intrigue bien structurée habitée par des personnages consistants, avec un humour drôle qui véhicule une vision bien noire de l'exploitation de l'homme par l'homme, par des individus plus culottés que les autres, mais pas forcément plus futés.
Ce deuxième tome de la série s'avère aussi excellent que le premier avec un humour noir décontracté qui n'en est que plus cruel, des dessins faciles à lire dans une narration visuelle sophistiquée et élégante. 5 étoiles pour un polar aux allures décontractées, tout en étant très consistant et original.
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