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Jean-Michel Boissier (Traducteur)Roland C. Wagner (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070320529
Éditeur : Gallimard (02/02/2006)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 162 notes)
Résumé :
Et si, écœuré par la défaite allemande en 1918, Adolf Hitler avait émigré aux Etats-Unis ? S'il s'était découvert une vocation d'écrivain de science-fiction ? S'il avait rêvé de devenir le maître du monde et s'était inspiré de ses fantasmes racistes et belliqueux pour écrire "Le Seigneur du Svastika", un roman couronné par de prestigieux prix littéraires ? Étonnante uchronie et terrifiante parodie, "Rêve de fer" est une dénonciation sans appel et sans ambiguïté du n... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
  28 février 2018
J'en ai sacrément bavé pour rédiger cette chronique, qui évidemment n'engage que moi... On m'a toujours présenté "Rêve de Fer" de Norman Spinrad comme un chef-d'oeuvre incontesté de l'uchronie, en plus d'être un ouvrage incontournable de la Science-Fiction. Je vais être cash, donc une fois de plus je ne me vais pas me faire des amis avec cette critique : personnellement, je l'ai trouvé inintéressant en plus d'être purgesque. Déjà difficile d'entrer dans une oeuvre conçue pour faire la polémique sans appartenir à l'époque et la société de celui qu'il l'a écrit. Ensuite j'ai du mal avec les résistants de 1946 : c'est beaucoup plus facile de critique le nazisme dans les années 1970 que dans les années 1930, et de toutes les manières ici Norman Spinrad n'est pas Berthold Brecht donc fin du rêve (de fer).
Pourtant l'idée de départ est séduisante : réaliser dans un emboîtement littéraire postmoderne un pamphlet contre les idées suprématiste (sauf que son éditeur Michael Moorcock avait déjà fait cela, et en plus fin, en plus court, et en plus simple, bref en mieux, d'ailleurs il avait écrit son cycle post-apo "Hawkmoon" juste avant... d'ailleurs on y retrouve les rares bonnes idées de son roman, sûrement un hasard ^^)

Dans sommes dans un univers uchronique dans lequel Adolf Hitler a émigré aux États-Unis au lieu de la République de Weimar, et il a mis ses talents d'artistes au service des éditeurs new-yorkais à la grande époque des pulps, comme illustrateur d'abord, comme auteur ensuite. Nous lisons ce qui est censément être son chef-d'oeuvre, « Le Seigneur du Svastika » sorti en 1951 qui aurait rencontré un immense succès auprès des lecteurs et des critiques au point de remporter le Prix Hugo en 1954 : ni le titre ni la date ne sont innocents, puisqu'il ont été soufflés à l'auteur par son éditeur Michael Moorcock (car comme chacun doit le savoir Michael Moorcock hait viscéralement tout ce qui touche de loin ou de près à J.R.R Tolkien). L'idée c'est que l'hitlermania aurait remplacé la tolkinenmania parce que l'oeuvre aurait répondu aux besoins d'un public avide d'idées d'extrême-droite face aux idées d'extrême-gauche véhiculée par une l'URSS première puissance mondiale...
Dans la 1ère partie on suit l'arrivé de Feric Jaggar dans la Grand République de Heldon, qui ressemble à n'importe quel barbare arrivant dans un pays civilisé, ou n'importe quel représentant du lumpenprolétariat arrivant dans un pays uberrich. Sauf que tout est vu à travers le prisme d'un racisme primaire et primale : tout ce qui est WASP est beau, propre, ordonné, et tout ce qui ne l'est pas est moche, sale, chaotique... le Gary Stu d'Adolf Hilter ne doute pas un instant de son bon droit et de sa destinée manifeste, trouvant rapidement à qui parler suprématisme en bonne société et faisant d'une bande de loubards suprématistes ses premiers partisans. Sauf que la manière dont le chef des Hells Angels lui fait allégeance ressemble furieusement à une scène de cul gay (d'ailleurs on fait bien comprendre que est le love-interest homo-érotique de Feric Jaggar donc le fantasme d'Adolf Hitler)...
On aurait pu avoir une critique de l'American Dream, un détournement et une déconstruction de la quête du Héros aux mille et un visage, avec un Roi Arthur national-socialiste pour se moquer de l'élu qui doit récupérer un artefact magique et accomplir la prophétie... Oui mais non, Norman Spinrad se contente d'une farce grinçante ni drôle ni intelligente !
Dans la 2e partie on suit l'ascension de Feric Jaggar qui après avoir transformer un club de brasserie en parti politique militarisé et fanatisé part à la conquête d'Heldon. C'est donc sans surprise qu'on retrouve Bogel / Joseph Goebbels, Waffing / Hermann Göring, Remler / Heinrich Himmler, Best / Rudolf Hess et tout la clique nazie IRL et on retrouve la brutalisation de la politique, l'embrigadement de la société, la Nuit des Longs Couteaux (qui s'attarde sur la trahison du love-interest homo-érotique du Gary Stu d'Adolf Hitler), les Lois de Nuremberg, la Nuit de Cristal, le réarmement et tutti quanti...
Le Führer en tournée dans tout le pays est fasciné par les mass médias et organise de belles chorégraphies militaires, avant d'agiter son symbole phallique en beuglant quelques diatribes haineuses et tout le monde tombe à ses pieds. On aurait pu avoir une réflexion sur l'utilisation des médias de masse pour manipuler les masses (surtout à l'époque de Tricky Nixon), sur les rassemblements de foules destiner à dissoudre les individualités, sur l'apathie puis la complicité des autorités qui laissent faire passages à tabac, ratonnades et pogroms en bonnes et dues formes (surtout à une époque où la droite américaine se radicalisait fortement et rapidement pour accouche du néoconservatisme), ou sur le gros délire illuminati (qui aurait pu donner lieu à une chouette hommage à Philip K. Dick)… Oui mais non, Norman Spinrad se contente d'une farce grinçante ni drôle ni intelligente !
La 3e partie est une parodie de WWII qui se résume à un Drang Nach Osten basique et linéaire qui n'en fini plus, alors qu'on passe du début de l'âge du pétrole à l'aboutissement de la conquête de l'espace en quelques mois… On est dans la blitzkrieg de plus en plus grotesque, et sur le Front Est on suit bêtement Feric Jaggar menant ses troupes contres des hordes de mutants de plus en plus grands, de plus en plus stupides, de plus en plus affreux, mais surtout de plus en plus nombreux, en moto, en half-track, en char d'assaut ou en bombardier... Dès qu'il y a un soupçon de résistance il tranche dans le vif avec son Commandeur d'Acier et c'est réglé, dès qu'il y a un soupçon de problème il trouve immédiatement une idée géniale et c'est réglé.... Donc au final c'est une longue suite de massacres, avec exfiltration des purhommes viables pour la cause et élimination des populations métisses et mutantes dans des camps de la mort. Tout est conçu pour épouvanter un lectorat fictif, et pour dégoûter et écoeurer un lectorat réel : dans les deux cas c'est réaliser à grand renforts de descriptions lovecraftiennes. La marche triomphale autocentrée du Führer fantasmé n'est interrompue que par quelques interludes sur Best nouvel love interest homoérotique de l'auteur uchronique, sur les rapports succincts de ses subordonnées consacrés à la mise au pas des nations conquises et sur leur intégration à l'espace vital du Nouvel Âge, ou les beuveries qui suivent les victoires des Soldats du Svastilka dans les ruines des villes qu'ils ont détruites...
On aurait pu avoir une réflexion sur Feric Jaggar qui s'insurge sur la lobotomisation des hordes mutantes alors que ses hordes de purhommes sont toutes aussi lobotomisées, sur les guerres d'anéantissements d'autant plus que pas mal de scènes sont des parodies de films de guerre hollywoodiens ou d'événements ayant eu lieu IRL durant la Guerre du Vietnam, ou sur l'équilibre de la terreur et l'apocalypse nucléaire qui aurait eu lieu s'il était rompu… Oui mais non, Norman Spinrad se contente d'une farce grinçante ni drôle ni intelligente !
Il y a un 4e acte assez bref


Bref, l'auteur transforme une bonne nouvelle en roman long, lent et chiant... Imbuvable sur la forme et nauséabond sur le fond (ou l'inverse, c'est comme vous voulez), mais cela fait partie de l'exercice de style puisque qu'on se retrouve rapidement à lire un "Mein Kampf" SFFF (et pour avoir lu ce torchon, c'est vraiment ça) : donc pas une page sans volonté raciale, pureté génétique, croix gammée, uniformes noirs, capes vermeilles, saluts du Parti, défilés au pas de l'oie, etc. On a rapidement des hauts de coeur car comme dans les films gore qui naissent à cette époque on mise tout sur une surenchère de violence gratuite : bidonvilles puants, caniveaux déliquescents, égouts génétiques, métis bavant, hybrides urinant et mutants déféquant, avant une longue suite de crânes écrasés et de corps démembrés uniquement interrompue par les acclamations et les célébrations des SS (Soldats du Svastika). Les prescripteurs d'opinion déclarent qu'il s'agit en fait d'un exercice de style brillamment réussi car Norman Spinard aurait écrit son roman comme l'aurait écrit un mauvais écrivain pensant encore en allemand au lieu d'écrire en anglais... Mouais, super... Il aurait pu faire un effort et écrire un roman SFFF comme on l'aurait écrit quelqu'un des année 1950 pour être raccord et pas on comme quelqu'un l'aurait écrit dans les années 1970 (ben oui, par exemple le post-apo ce n'est pas la came de l'Âge d'Or mais celle de la New Wave ^^).
On peut parodier, combattre des idées suprémacistes en parodiant ceux qui les émettent et ceux qui les reçoivent, mais avec finesse et profondeur ce qui n'est absolument pas le cas ici (ce que fit par exemple son éditeur Michael Moorcock dans son "Hypercycle du Multivers". J'ose espérer qu'ici l'auteur prêche le faux pour dire le vrai et que le reste de la bibliographie de l'auteur est d'une autre trempe sinon les inquisiteurs culturels, les commissaires culturels et les prescripteurs d'opinion qui l'ont porté aux nues vont m'entendre et pas qu'un peu hein !!! Et je n'oublie pas la préface peu inspirée de Roland C. Wagner qui se reconnaît dans l'auteur babyboomer et épouse ses points de vue sans trop de recul, donc il nous explique pas mal de choses sexe / drogue / Rock'n'Roll qui seraient au minimum largement à nuancer voire à débattre au lieu de citer bêtement le triste sire Alain Dorépire (alias « je vaux mieux que tout le monde donc je chie sur tout le monde »)... Genre il nous explique que personne ne peut mal interpréter la farce grinçante de son collègue : « je ne vois pas comment un individu sain d'esprit pourrait lire le Seigneur du Svastika au premier degré, et encore moins adhérer aux convictions nauséabondes de ses protagonistes »... Mdr : le roman roman avait été interdit pour apologie du nazisme en RFA, et suspecté du même délit dans pas mal d'autres pays. Il a du se justifier à posteriori pour clarifier son propos, mais visiblement cela n'a puisque son roman fait toujours partie des lectures recommandés du parti néonazi américain... Soupirs...
La fausse postface qui est justement censé coupercourt aux critiques et aux mauvaises interprétation est encore pire que le reste puisque qu'elle mêle si intimement 1er, 2e et énième degré qu'il est impossible d'en tirer quoi que ce soit. A travers les propos d'Homer Whipple il dépeint son Adolf Hitler uchronique comme un désaxé syphilitique coincé entre homosexualité refoulée et séborrhophobie manifeste : il est clair qu'il veut le scalp d'H.P. Lovecraft (et c'est mal fait parce que jamais ce dernier n'aura pu supporter de vivre dans la ville cosmopolite de New York). Donc au final Hitler était fou, les SS étaient des monstres, et le nazisme c'était pas bien... Waouh bravo la profondeur intellectuelle ! Et passé un cap on peut penser que le gros délire cuir / moustache écrit à la grande époque du cuir / moustache c'est quand même pas très loin de l'homophobie primaire...
https://www.youtube.com/watch?v=nF35_bqqU-E
Et pour ne rien gâcher il se lance en parallèle sur un dézinguage de la « SFFF commerciale », en partant d'un pseudo analyse freudienne de mes couilles : le cape et épée n'est que phallisme, la Fantasy n'est que suprématisme, la SF n'est qu'impérialisme, et les trois ne sont que sexisme... Waouh bravo la profondeur intellectuelle ! Son idée, déjà développée dans le visionnaire "Jack Barron et l'Éternité" est le contrôle des populations par les mass médias, et ici il explique qu'il suffit de flatter les bas instincts de la plèbe pour lui faire gober n'importe quoi. Déjà, il scie la branche sur laquelle il est assis : sans « SFFF commerciale » (c'est-à-dire une littérature populaire accessible à tous et à toutes), pas de public, donc personne pour acheter ses romans et lui laisser le temps de chier dessus... Ensuite il considère qu'il suffit d'être intelligent et cultivé pour être immunisé au idées nauséabonde du suprématisme et du totalitarisme : personne ne nie les dégâts incommensurables provoquée par l'ignorance et la peur qui en résulte, mais s'il y a bien une chose que L Histoire a prouvé par A + B c'est que cela n'a jamais été vrai ! Pour filer la métaphore nationale-socialiste, les caciques du NSDAP était loin d'être des incultes et des illettrés, et l'Allemagne de 1946 n'a pas été purgée comme annoncée par les Alliés parce que 90% des élites que Norman Spinrad jugent au-delà de tout ce merdier étaient acquises au nazisme, et c'est pour la même raison que personne ne fait la sociologie de la collaboration en France : on y retrouve tout le who's who de la bourgeoisie et de l'establishment de l'époque... Enfin pourquoi dézinguer la production culturelle d'une époque, sans incriminer l'époque qui lui a donné naissance ? pourquoi incriminer les troufions sans incriminer les officiers qui leurs ont donné des ordres (impression de déjà vu pour tout ceux qui ont eu vent des résultats des Procès de Nuremberg et de Tokyo) ?
Norman Spinrad et ses groupies tirent ainsi à boulet rouges sur les affreux fachos lauréats du Prix Hugo, mais moi au lieu de suivre aveuglement la doxa des bobos hipsters j'ai lu A. E. van Vogt, Isaac Asimov, Robert A. Heinlein, Ray Bradbury, Fritz Leiber, James Blish, Philip K. Dick, Frank Herbert, Roger Zelazny, Ursula K. le Guin, Larry Niven, Philip José Farmer… Donc si Norman Spinrad a vu chez eux un horrible crypto-nazisme, il ne vaut pas mieux que la caricature d'Adolf Hitler dont il s'est moqué... Est-ce que tout cela a été soufflé à l'auteur par son éditeur Michael Moorcock qui hait viscéralement tout ce qui touche de près ou de loin à "Amazing Stories" et "Astounding Stories" (sur le coup il est schizophrène car s'ils ont édité tous les auteurs qu'il détestait, ils ont aussi édité tous les auteurs qu'il a adoré ^^)

PS: Quant à tous ceux qui ont pris tout cela au 1er degré pour les conforter dans les préjugés que la SFFF serait intrinsèquement nazie, ce n'est même pas ridicule ou pathétique c'est juste complètement WTF : c'est du genre Hitler aimait Wagner, Wagner c'est de la musique classique donc la musique classique est logiquement nazie et tous ceux qui aiment la musique classique sont forcément nazis... Waouh la profondeur intellectuelle dont ces derniers se réclament tout le temps !
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Dionysos89
  26 décembre 2016
Ce n'est pas évident d'entrer dans la bibliographie de Norman Spinrad : entre ses fables « sex et rock'n'roll » et ses récits d'anticipation sociale, il n'y a pas forcément d'oeuvre emblématique à laquelle s'accrocher en premier lieu. Étrangement, c'est ce qui semble être un de ses romans les plus atypiques qui m'a attiré, car Rêve de fer a été écrit en 1972, alors que l'auteur était en plein dans une phase transitoire, cela est réexpliqué dans la préface rédigée par un certain Roland C. Wagner (qui nous dévoile quasiment tout au passage).
Rêve de fer n'est pas le vrai titre de ce roman ; en effet, dès que vous aurez tourné la première page, une nouvelle couverture vous fera face : celle d'un roman intitulé « le Seigneur du Svastika ». En effet, Rêve de fer revêt l'apparence d'une uchronie où Adolf Hitler, dégoûté par l'Allemagne post-Première Guerre mondiale, serait parti vivre aux États-Unis où il aurait fini par exceller dans les littératures de l'imaginaire au point de recevoir plusieurs prix prestigieux pour « le Seigneur du Svastika ». Pour autant, l'aspect uchronique n'est révélé que par la présence de cette double couverture et par une courte postface.
Le coeur de ce récit est l'aventure de Féric, enfants d'exilés en Borgravie, cherchant à retrouver une place au sein de la Grande République d'Heldon. Se sentant Helder jusqu'au bout des doigts, Féric vante sa peau diaphane, sa résistance morale et son profil génétique. Nous le trouvons alors qu'il repasse la frontière vers Heldon et découvre son pays aux mains insidieuses d'être non purs, ces Dominateurs dont les pouvoirs psychiques semblent être fortement contrecarrés par la volonté virile de Féric. Dans sa quête du « Purhomme » et d'une République d'Heldon ayant retrouvé sa splendeur d'antan, le protagoniste a à gravir des étapes de plus en plus fortes pour affirmer sa volonté de domination.
Norman Spinrad va très loin dans ce roman. Non content d'associer toute la pensée nazie à chaque élément de son récit, il fait des fantasmes racistes et belliqueux du héros une véritable quête. Peut-être à l'image de sagas nordiques, Féric se construit, au fur et à mesure, un personnage, une armée, une idéologie. Certains y verront aussi une parodie des romans de fantasy (l'heroic fantasy clichée a fait beaucoup de mal à la fantasy en général, il suffit de voir la préface hautaine de Roland C. Wagner sur ce sujet, je suis très déçu par ce parti-pris), c'est surtout une parodie d'un homme qui s'est donné une quête d'appropriation et d'identification à l'extrême et qui emploieront les pires moyens pour l'accomplir.
Normand Spinrad file sa longue métaphore du nazisme à l'aide d'un style extrêmement marqué. Entre des passages descriptifs très laconiques, comme si tout était d'ores et déjà décidé, et des dialogues ou des moments d'action très suggestifs, où le bras armé du héros se profile toujours par des instruments de plus en plus gros et phalliques (bâton, canon, fusée) qui égayent toujours davantage la surmoi du héros, l'auteur ne crée pas une oeuvre qu'on oubliera vite. Il glisse aussi une homosexualité latente extraordinaire entre les guerriers helders (les passages avec la première compagnie de guerriers du héros où chacun enfile sa veste de cuir et enfourche sa bécane sont des paragraphes au vocabulaire très bien choisi), homosexualité latente qui nous ferait peut-être nous esclaffer par moment si elle n'était pas présente lors de massacres fous.
Rêve de fer est un roman non conventionnel, un roman à fantasme, parodiant jusqu'au bout la pensée nazie conduite par Adolf Hitler. Il faut vraiment passer à côté de l'essentiel pour penser, comme certains lui ont reproché à la sortie de ce livre, que Norman Spinrad défend cette idéologie avec cet ouvrage. Sur cette lancée, je vais peut-être me lancer par un autre de ses romans non conventionnels, Oussama
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LiliGalipette
  01 novembre 2018
Parfois, il s'en faut de peu pour que l'histoire change. Dans cette dystopie, Adolf Hitler a émigré aux États-Unis en 1919 et il est devenu un illustrateur et un auteur de science-fiction renommé. Il observe avec tristesse et colère la révolution communiste qui s'est étendue à toute l'Europe, notamment l'Allemagne qui est désormais sous domination soviétique, ce qu'il déplore dans son roman le plus célèbre, intitulé le seigneur du Svastika, « cette oeuvre de fiction belle aux yeux d'innombrables lecteurs tel un flambeau d'espérance en ces temps de ténèbres et de terreur. » (p. 11)
Dans un univers post-apocalyptique, Feric Jaggar est un Purhomme déterminé à nettoyer la Terre des mutants et des Dominateurs et de rendre aux humains dont le code génétique est pur la pleine maîtrise du monde. « La pureté génétique est la seule politique de survie humaine ! » (p. 24) En s'alliant à d'autres Purhommes, il fonde les Chevaliers du Svastika, puis les soldats du Svastika, mieux connus sous les initiales SS. Avec ses valeureux camarades, il mène des batailles et des massacres, prend la tête du pays d'Heldon et impose sa suprématie politique. « Aussi longtemps que Heldon se gardait génétiquement pure et appliquait rigoureusement ses lois sur la pureté raciale, l'espoir demeurait de voir la Terre redevenir un jour le fief de la race humaine. » (p. 19) Feric met en oeuvre un rigoureux programme de sélection génétique, procède à des purges à tous les niveaux du pouvoir, contrôle l'armée et met sur pied l'extermination organisée de ceux qui ne sont pas jugés dignes de se reproduire. « Ils mènent tous une existence sordide et misérable ; ils sont génétiquement incapables d'amélioration. Sans aucun doute, l'euthanasie serait un service à rendre à ces malheureux, aussi bien que la solution la plus réaliste pour nous. Mais j'insiste absolument sur le fait que cette tâche doit être menée avec le minimum de souffrances, le maximum d'efficacité, et au meilleur coût. » (p. 201)
Logiquement, le résumé de ce roman fictif devrait vous rappeler quelque chose... Il ne s'agit pas simplement d'une réécriture SF de Mein Kampf ou du parcours d'Adolf Hitler. Rêve de fer s'ouvre et s'achève sur un appareil critique – évidemment fictif – du roman de celui qui n'est jamais devenu le Führer, mais qui en a très certainement rêvé. Les analyses mettent en avant le délire pathologique et psychotique de l'auteur, moquent son obsession phallique et déconstruisent ses thèses grotesques. « Son devoir d'homme pur était clair : user de tout son pouvoir pour restaurer la rigueur des lois de pureté génétique, oeuvrer à leur application rigoureuse, voire fanatique, et faire plein usage de toutes les chances que lui offrirait le destin pour servir cette cause sacrée. » (p. 36 et 37) Ce faisant, c'est Norman Spinrad qui, avec une large dose d'ironie, d'humour noir, mais surtout de réalisme, met en garde contre les dérives idéologiques de certains et la facilité qu'ont les foules d'y adhérer. Il rappelle que l'humanité n'est jamais à l'abri de retomber sous le joug d'un leader mégalomaniaque et dangereux, tout en espérant qu'elle saura s'en protéger. « Nous avons de la chance qu'un monstre comme Feric Jaggar demeure à jamais enfermé dans les pages de la science-fiction, rêve enfiévré d'un écrivain névrosé nommé Adolf Hitler. » (p. 275)
Rêve de fer est une dystopie intelligente, férocement drôle par certains aspects, mais surtout parfaitement lucide. Maintenant, regardez qui les Brésiliens viennent d'élire à leur tête et dites-moi que la littérature est seulement de la littérature et que les hommes apprennent de l'Histoire...
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Walktapus
  22 septembre 2010
Le rêve de fer est un livre provoquant et stimulant, et ce serait faire injure à Spinrad que d'y voir une simplette critique du nazisme.
Imaginez un monde divergent où un certain Adolf Hitler émigre aux Etats-Unis après la première guerre mondiale. Il devient alors illustrateur, spécialisé dans les couvertures de SF des magazines pulp de l'époque (le vrai Hitler s'adonnait à la peinture). Puis il produit son premier roman de science-fiction : Rêve de Fer. Tout ça est expliqué dans la notice biographique du début du livre.
Ensuite commence le roman proprement dit. Sensé être écrit par cet Adolf Hitler uchronique amateur de science-fiction, c'est une sorte de transposition en SF de l'imaginaire nauséabond de notre Hitler historique : une poignée d'êtres humains génétiquement purs affrontent des mutants à la fois monstrueux et manipulateurs, et essaient de sauver la race pour ensuite conquérir l'univers à l'aide de clones génétiquement parfaits.
Rêve de Fer présente la particularité de ne pas être intéressant par le récit en lui-même : de bout en bout sur le mode ironique, il est court, basique, et grossit le trait.
Non. Son intérêt est d'ouvrir toute une réflexion sur les structures mentales qui sous-tendent la SF, surtout celle des années 20 à 40, en imaginant un Adolf Hitler parallèle s'y adonnant et y trouvant un réceptacle naturel pour ses fantasmes. Une manière très habile et hautement originale de pointer du doigt des choses sans les dramatiser, et de provoquer en nous une réflexion sur un genre en particulier, pas seulement sur les schémas qui poussaient des auteurs à écrire ces oeuvres, mais aussi sur ceux qui font que le public les appréciaient.
Et je ne pense pas que cette réflexion ait perdu de son actualité aujourd'hui, même si c'est peut-être plus à la fantasy qu'il faudrait s'intéresser.
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ZeroJanvier79
  02 septembre 2018
Je vais tout de suite le dire : The Iron Dream est un drôle de livre, une oeuvre étrange et parfois dérangeante. Il s'agit d'un roman publié en 1972, qui se déroule dans une univers fictif, dans laquelle l'Allemagne est devenue communiste en 1930 et où le Parti national-socialiste est resté confidentiel. Dans cet univers uchronique, Adolf Hitler a émigré aux Etats-Unis où il a eu une carrière d'illustrateur et d'auteur de science-fiction. Il aurait remporté le prix Hugo à titre posthume en 1954 avec son oeuvre majeure, Lord of the Swastika.
C'est ce roman dans le roman qui constitue le coeur du livre. Il s'agit d'un récit post-apocalyptique dans lequel un homme surpuissant et prédestiné prend le pouvoir et unifie sa nation pour purifier l'humanité et détruire les hordes de mutants manipulés par d'ignobles "Dominators" de l'Empire Zind. Evidemment, les similitudes avec la montée en force et l'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne puis les politiques raciales du Troisième Reich sont présentes à chaque page, je ne citerai pas ici tous les exemples.
Le roman dans le roman, Lord of the Swastika est long et parfois pénible à lire. Une fois passés les premiers clins d'oeil à la sombre Histoire, on tombe dans une surenchère, certes réaliste, mais dérangeante. La violence gratuite et les thèses antisémites sont omniprésentes, rendant la lecture vraiment difficile, même en comprenant l'intention de l'auteur.
A ce stade, j'étais partagé sur ce "roman". Puis j'ai lu la post-face, elle aussi fictive, présentée comme une étude du roman Lord of the Swastika, par un universitaire vivant dans le même monde uchronique que celui dans lequel Adolf Hitler a publié ce pseudo-roman. Et là, c'est clairement jouissif de second degré et en même temps très éclairant et instructif sur ce que Norman Spinrad a voulu faire de cette oeuvre. Je vais me contenter de citer deux extraits, qui résument parfaitement le propos de l'auteur et le ton si particulier qu'il utilise pour faire passer son message :
Pour commencer, ce morceau si ironique sur la littérature de science-fiction :
The literature of science fiction abounds with stories of all-powerful phallic supermen, alien creatures rendered as fecal surrogates, penile totems, vaginal castration symbols (such as the monster with the many sucking mouths filled with razor-sharp teeth in Swastika), subliminally homoerotic or even pederastic relationships, and the like. While a few of the better writers in the field make sparing and judicious use of such elements on a conscious level, most of this material bubbles up from the subconscious into the work of writers writing on a purely superficial surface level.

Et les derniers paragraphes, qui résument parfaitement le propos :
No doubt many of Hitler's readers must find it tempting to imagine what the emergence of a leader like Feric Jaggar could mean to America. Our great industrial resources would be channeled into producing armed forces the equal of anything on earth, our population would be galvanized into a state of patriotic resolve, our moral qualms would be held in abeyance for the duration of our life-or-death struggle with the Greater Soviet Union. Of course, such a man could gain power only in the extravagant fancies of a pathological science fiction novel. For Feric Jaggar is essentially a monster: a narcissistic psychopath with paranoid obsessions. His total self- assurance and certainty is based on a total lack of introspective self-knowledge. In a sense, such a human being would be all surface and no interior. He would be able to manipulate the surface of social reality by projecting his own pathologies upon it, but he would never be able to share in the inner communion of interpersonal relationships. Such a creature could give a nation the iron leadership and sense of certainty to face a mortal crisis, but at what cost? Led by the likes of a Feric Jaggar, we might gain the world at the cost of our souls. No, although the specter of world Communist domination may cause the simpleminded to wish for a leader modeled on the hero of Lord of the Swastika, in an absolute sense we are fortunate that a monster like Feric Jaggar will forever remain confined to the pages of science fantasy, the fever dream of a neurotic science fiction writer named Adolf Hitler.

Une fois cette post-face terminée, je me suis rendu compte que l'objectif de l'auteur était parfaitement atteint, en troublant le lecteur et en l'interrogeant profondément sur L Histoire mais aussi sur le rapport de la littérature de science-fiction avec certaines noires passions malheureusement humaines.
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
AlfaricAlfaric   13 novembre 2017
Hitler, en effet, semble admettre que des masses d’hommes en uniformes fétichistes paradant avec précision et affichant des gestes et des attirails phalliques peuvent exercer un attrait puissant sur l’homme moyen. Feric accède au pouvoir à Heldon au terme d’une suite grotesque de parades phalliques de plus en plus grandioses. Voilà indubitablement la marque du fétichisme phallique de l’auteur ; sinon, reste à accepter l’idée ridicule qu’une nation entière pourrait se jeter aux pieds d’un chef sur la seule foi de manifestations de masse de fétichisme public, d’orgies de symboles phalliques et de meetings animés par des torches et des discours furieux. De toute évidence, une telle psychose de masse ne pourrait jamais survenir dans le monde réel ; le postulat de Hitler selon lequel non seulement elle pourrait se produire, mais que s’exprimerait ainsi une prétendue volonté raciale, suffit à prouver qu’il était lui-même atteint de cette maladie.
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Dionysos89Dionysos89   03 janvier 2017
Mais alors même que l’esprit du Dominateur se tendait pour saper sa volonté, Feric, du fond de sa longue expérience, décela une sensation agréable et lénifiante : un Dom tentait de le prendre dans ses filets. Il attisa résolument le feu de sa formidable volonté avec la torche de la juste haine qu’il vouait à ces créatures sans âme, qui projetaient de substituer à la suprématie des hommes purs leur règne grossier, leur émotion la plus élevée étant le désir d’exterminer leurs supérieurs génétiques, et leur seul but de transformer la Terre à l’image de leur solide bauge.
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AlfaricAlfaric   27 octobre 2017
Toutes ces histoires de pureté génétique sont dépassées depuis longtemps, Jaggar, fit Gelbart avec un petit sourire cruel. Déjà, un nombre important de gens demandent l’importation de grandes masses de mutants pour leur faire exécuter les basses besognes nécessaires au maintien d’une haute civilisation. Bientôt Heldon comprendra que la solution de loin la meilleure est d’élever des créatures débiles, des robots protoplasmiques si vous préférez, à l’exemple de Zind. Vous prêchez dans le désert. L’indolence naturelle de l’être humain est votre plus grand ennemi.
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AlfaricAlfaric   23 janvier 2018
Assurément, l’asexualité est le signe distinctif de la science-fiction classique ; les femmes n’y sont que de chastes figurines manifestant un intérêt romantique pour le héros, des prix à décrocher.
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AlfaricAlfaric   24 octobre 2017
- Peut-être serait-il préférable de garder définitivement ces créatures dans des camps, dit Feric, alors qu’un Crapaud à l’œil morne, à moins de dix mètres de la voiture, baissait son pantalon et se mettait à déféquer.
- C’est mon sentiment, Commandeur, répondit Remler. Mais le coût de la nourriture et du logement de ces millions de bouches inutiles pendant des décennies dépasse l’imagination. Et pour quelle utilité ?
- Je vois où vous voulez en venir, répondit Feric. De par ma propre expérience des Borgraviens, je sais qu’ils mènent tous une existence sordide et misérable ; ils sont génétiquement incapables d’amélioration. Sans aucun doute, l’euthanasie serait un service à rendre à ces malheureux, aussi bien que la solution la plus réaliste pour nous. Mais j’insiste absolument sur le fait que cette tâche doit être menée à bien avec le minimum de souffrances, le maximum d’efficacité, et au meilleur coût.
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