AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 1032900717
Éditeur : L'Observatoire (23/08/2017)

Note moyenne : 4.23/5 (sur 33 notes)
Résumé :
Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.
Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin p... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (17) Voir plus Ajouter une critique
hcdahlem
29 août 2017
La Seconde guerre mondiale continue de hanter les écrivains, qu'il s'agisse d'en faire le thème central de leur livre où en y intégrant cette période dans une fresque plus large. Historien de formation, Sébastien Spitzer a choisi pour son premier roman un angle bien particulier, celui des derniers jours du régime nazi, va à la fois du côté des vainqueurs (mais dans quel état !) et des vaincus (mais dans quel état !).
Ava incarne la première catégorie. Cette toute jeune fille est née dans le bloc 24-A à Auschwitz d'une mère qui servait au divertissement de ses geôliers. Pour elle la vie dans le camp, mais aussi après avoir réussi à fuir, ne se limite qu'à une chose : survivre.
En un contraste saisissant, la seconde catégorie est incarnée par Magda, une icône du régime: « Magda rajuste son chignon du plat de la main. Elle plisse ses yeux gris d'orage. Elle est un peu cernée. Redresse et gonfle sa poitrine, teutonique. Elle n'a jamais été la plus belle femme du pays, mais elle a de l'allure. Une beauté hors d'âge, imperméable. Magda se plaît encore. Elle lisse son tailleur sur ses hanches. »
Très vite, le lecteur va comprendre que cette femme qui vient prendre ses quartiers dans le bunker berlinois d'Adolf Hitler au moment où la vie ville subit un bombardement en règle, n'est autre que l'épouse du ministre de la propagande nazie, Joseph Goebbels. Grâce à une construction astucieuse, le lecteur est invité à suivre successivement le destin de l'une et de l'autre. le lien entre les deux récits, aussi inattendu qu'historiquement avéré s'appelle Richard Friedländer.
Issu d'une famille de commerçants juifs berlinois, il est le père adoptif de Magda et l'une des victimes du plan d'épuration des juifs. Sébastien Spitzer nous offre de lire les lettres qu'il envoie à sa fille depuis le camp de concentration où il a été interné et où la mort l'attend. « Richard Friedländer a été. Il a lié son destin à celui de votre famille. Je suis Markus Yehuda Katz, fils de Salman et d'Olga Sternell. Et cette chaîne de mots, de moi, de nous, de noms infalsifiables, vous rattrapera, où que vous soyez. Il n'y aura pas d'oubli. Nous sommes le peuple qui doit durer, celui qu'on ne peut pas éteindre… Un jour, on se souviendra de lui comme de tous ceux qu'on a voulu faire disparaître, en vain. »
Et même si ces lettres sont apocryphes, les faits qu'elles relatent sont tout autant documentés que les dernières heures du régime et qui prendre la dimension d'une tragédie grecque en faisant de Magda une Médée moderne, soucieuse de ne pas offrir à ses enfants les images de la capitulation. « Elle a porté beaucoup d'enfants. Sept en tout : Harald, Helga, Hildegarde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Les prénoms des six derniers commencent par un « H », à la gloire de ce régime qui a fait d'elle une grande dame. Celui aussi de Harald, son aîné, né quand rien n'était encore, avant le putsch de la Brasserie, avant les premiers faits divers qui feraient parler d'eux. Ses enfants servent la grande cause. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de l'Allemagne tout entière. Ils seront sacrifiés. Ils tomberont avec elle. »
Pendant ce temps, Ava tente de se relever. Elle fuit avec Judah qui a été raflé, embarqué brutalement avec son père, ses deux oncles et ses cousins.
« Je n'ai même pas eu le temps de l'embrasser, dit-il.
— Qui ça ? demande-t-elle.
— Ma mère. Je n'ai pas pu l'embrasser! Les soldats nous ont tassés dans des trains pour la Pologne. Mon cousin est mort de froid, à côté de moi. C'était la première fois que je voyais un mort. Et il avait mon âge ! Sur le quai de l'arrivée, on a reçu d'autres coups. Olejak nous a sélectionnés, mon père et moi, pour son camp. Je suis devenu un homme au fond d'une mine. »
Là encore, l'ironie de l'histoire vient confronter les deux destins. Les matières premières extraites dans les monts du Hartz par Judah et ses compagnons d'infortune feront la fortune de Harald, le fils de Magda, et de ses descendants. Après avoir produit les piles Varta pour l'armée du Führer, cer derniers possèdent aujourd'hui la plupart des actions du groupe BMW. La notion de vainqueur et de vaincu est donc toute relative, comme le montre ce roman qui va creuser dans l'âme des personnages les raisons qui les font agir, dans le paroxysme des situations leurs motivations les plus intimes. Un premier roman qui est d'abord un grand roman!
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
lucia-lilas
31 août 2017
Il y a L Histoire que l'on apprend à l'école : les dates, les événements, les noms des hommes illustres et puis celle que l'on découvre plus tard lorsqu'un roman décide de la rendre vivante, d'incarner ces femmes et ces hommes qui ont fait L Histoire, d'imaginer leurs pensées, leurs doutes, leurs souffrances et c'est précisément cela que Sébastien Spitzer réussit à merveille dans son premier roman : Ces rêves qu'on piétine.
Les premières pages s'ouvrent sur une longue marche, une parmi tant d'autres, une marche de la mort… Terrible fin de guerre, la Seconde… « Des cohortes de guenilles maculées de mois de crasse, tiraillées par le manque. La faim, la soif, les proches, l'avenir. Des cadavres en mouvement. »
Aimé marche. Il vient de Stöcken (Hanovre). Il porte un rouleau de cuir caché dans sa veste : « La mémoire des camps. Témoin écrit de leurs vies effacées. » Ce rouleau qui renferme des lettres et des témoignages sera le fil conducteur du roman, transformant les différents protagonistes en maillons d'une chaîne, chacun se relayant pour que la vérité soit sue et que rien ne soit oublié. Au bout de cette chaîne humaine, il y a une femme à qui sont destinées ces lettres, pauvres missives d'un père juif désespéré à sa fille qui jamais ne s'autorise à penser à lui. Cette fille se nomme Magda. Nom de famille : Goebbels.
1945, c'est la fin de la guerre, Berlin est assiégée et les hauts dignitaires nazis se planquent au sein de leur bunker dans les jardins de la chancellerie du Reich. Ils ont compris que c'était fini : Magda et Joseph Goebbels sont là avec leurs six enfants Helga, Hildegarde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Sont présents aussi Eva Braun, Adolph Hitler, son secrétaire particulier Martin Bormann, un chargé des communications téléphoniques Rochus Misch, un médecin, le docteur Stumpfegger, du personnel administratif, des militaires, des cuisiniers et la chienne d'Hitler, Blondi… Enterrés sous une épaisse couche de béton…
Sur les routes, les survivants des camps par milliers continuent d'avancer. Les nazis souhaiteraient les faire disparaître au plus vite afin que personne ne puisse témoigner... Certains tombent d'épuisement, d'autres sont fusillés ou brûlés dans des granges. Les corps sont au plus vite jetés dans des charniers. L'horreur des camps se poursuit sur les routes...
Ava, née en camp au block 24-A, et sa mère luttent, elles n'en peuvent plus…
Le récit de Sébastien Spitzer passe d'un groupe à l'autre : d'un côté les assassins, les bourreaux qui sentent que leur heure est venue, qu'elle est imminente et qui imaginent déjà la forme que cette mort va revêtir, de l'autre, une lutte de chaque seconde pour survivre. Triste contraste. Des deux côtés, pour des raisons évidemment bien différentes et non comparables, pauvre humanité...
Dans le bunker, l'auteur s'intéresse surtout au personnage de Magda Goebbels dont il retrace l'existence. On la découvre alors qu'elle assiste au dernier concert du philharmonique organisé par son vieil ami Speer  et écoute le Crépuscule des dieux. Elle est rapidement conduite dans le bunker. La situation est incompréhensible pour elle. La fin du Reich : simplement impossible. Ce serait la fin d'un monde dont elle est la première dame, une reine « puissante et respectée », au fait de sa gloire, au paroxysme de son ascension sociale. Elle se croit au contraire « loin des croche-pieds du sort ». Quelque chose va se produire, la situation de l'Allemagne va s'inverser, forcément… Enfermée entre ses quatre murs de béton, elle pense à son destin que le lecteur découvre alors que cette femme fait le point sur sa vie.
On n'imagine pas forcément qu'elle est née de la liaison d'une petite employée de maison avec son patron et qu'elle fut placée à Vilvorde dans un pensionnat religieux où étaient éduquées des jeunes filles de bonne famille. Déjà, dans ses pensées, on sent qu'elle en veut : « Chaque soir, dans ses prières, elle se jurait qu'elle serait différente, qu'elle porterait de beaux souliers, puis de belles robes, que son mari ferait la pluie et le beau temps, que des jardiniers passeraient le râteau chez elle et qu'elle n'aurait plus jamais à partager sa chambre, qu'il n'y aurait plus de promiscuité, de pensionnaires... »
Une ambition démesurée, un goût du pouvoir sans limites, une volonté de se hisser au plus haut rang de la société, voilà ce qui caractérise Magda Goebbels. Coûte que coûte, quels que soient les moyens d'y parvenir, elle y arrivera. Rien ne pourra l'arrêter.
Lorsque sa mère vient la voir au pensionnat, elle lui présente son nouveau compagnon, Monsieur Richard Friedländer, un riche commerçant juif qui l'élèvera comme sa fille.
Après avoir eu une relation amoureuse avec Victor Arlosoroff, un jeune sioniste, frère d'une de ses amies, elle épousera Gunther Quandt, un riche industriel allemand dont elle aura un fils Harald. Mais elle divorcera une dizaine d'années plus tard.
Puissamment attirée par le pouvoir et tout ce qui tourne autour, elle s'inscrit au Parti national-socialiste où elle rencontre Joseph Goebbels dont l'aura la fascine : « Il n'y avait plus d'orchestre, plus de micro sur l'estrade, qu'un vague murmure éteint, un contentement de foule dont la masse auparavant compacte se déchirait en lambeaux dans les gradins, aux étages, derrière et devant elle. Ils avaient aimé ça. Ils avaient aimé cette puissance. le pouvoir d'un seul homme. Au-dessus. Au-dessus des autres. C'était sexuel. Absurde, aussi. Magda avait bien observé cet homme. Elle l'avait même envisagé. Pas lui. Mais ce qu'il incarnait. Celui qui restait droit quand les autres le buvaient. Celui qui faisait crier. Sa place à elle était là-haut. Au-dessus. Elle méritait l'estrade, la droite du chef. Elle aimait qu'on la regarde. Bientôt ce serait son tour… Qu'il était laid, sans la foule. Mais il y avait la foule. »
Terrible portrait que celui de cette femme prête à se donner corps et âme à l'homme que l'Allemagne admire…
Sur les routes, c'est la tragédie d'Aimé, de Judah, d'Ava et de sa mère Fela que nous suivons : la lutte de tous les instants pour échapper au pire, à la grange où ils sont parqués et que l'on brûle, à la course contre la mort, à la nécessité de vivre cachés, aux coups de feu que les paysans tirent par peur d'être attaqués et volés, à l'épuisement qui les guette. Peu de mots pour exprimer une telle souffrance… Fela porte un sac dont elle ne se séparerait pour rien au monde et qui contient des lettres...
C'est avec beaucoup d'adresse et un immense travail de recherche que Sébastien Spitzer a su rendre vivants tous ces personnages de l'Histoire, les mettre en scène, nous permettant d'une certaine façon de mieux les approcher, de mieux les voir, à défaut de les comprendre - certains actes resteront à jamais incompréhensibles.
J'ai dévoré ce texte, en ai apprécié l'écriture très rythmée et une construction assez habile créant de saisissants effets de contraste. J'ai bien sûr découvert des éléments historiques que je ne connaissais pas et qui m'ont littéralement stupéfiée. D'ailleurs, la puissance d'évocation de certaines scènes est telle que je ne les oublierai jamais.
Terrible Histoire, terribles histoires, destins gâchés, rêves piétinés… Mais j'arrête là et vous laisse découvrir ce premier roman dont on va certainement beaucoup entendre parler...
A lire absolument !
Lien : http://lireaulit.blogspot.fr/
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          122
SophieLesBasBleus
15 septembre 2017
La lente et sépulcrale colonne de ceux qui ne quitteront jamais l'enfer avance sous les coups alors que le IIIe Reich s'effondre dans la terreur qu'il a lui-même fait naître. le cortège d'images qui surgissent dès les premières pages du roman de Sébastien Spitzer ne cesse de hanter la lecture toute entière. Un rouleau de cuir qui enferme la mémoire des camps se transmet d'un survivant éphémère à un autre comme le symbole dérisoire et héroïque d'une fragile victoire sur les bourreaux.
Dans le bunker berlinois, les derniers dignitaires du régime se terrent autour de Hitler. Parmi eux, Magda Goebbels et ses enfants. Hautaine, arrogante, glaciale, forgée de haine et d'ambition, elle ressasse son ascension et sa conviction de laisser une trace dans L Histoire, moins par l'influence qu'elle a pu avoir sur la politique des nazis que par le geste suprême qui - croit-elle - lui apportera la dimension mythique de Médée : le meurtre de ses propres enfants.
J'ai commencé à lire ce roman avec une certaine appréhension. Magda Goebbels ? Pas vraiment envie de lire une biographie de cette femme. Et comment traiter un tel sujet par le biais de la fiction ? L'auteur résout cette question en mêlant faits réels et reconstruction romanesque. Mais, du coup, une autre question apparaît, malgré la postface explicative : où est le réel ? Où est la fiction ? Pour tout autre sujet cela ne m'aurait guère gênée, mais pour celui-ci je garde une réticence quant à ce mélange.
Factuelle, l'écriture refuse le pathos et m'a mise dans une situation assez inconfortable finalement car cette froideur, cette absence d'émotion sont aussi celles qui caractérisent Magda Goebbels face au sort des victimes du nazisme. La mise en perspective entre la situation dans le bunker et celle d'Aimé, Judah, Richard, Ava... m'a semblé, par ailleurs, extrêmement perturbante.
Pour moi c'est de toutes les questions qu'il soulève que le roman de Sébastien Spitzer tire une grande partie de sa force. Questions avec lesquelles le lecteur doit ensuite se débattre en acceptant de se laisser troubler, de laisser de côté ses préjugés et de s'aventurer dans les méandres ignobles d'une personnalité odieuse. La haine, la rancoeur, l'ambition, l'égocentrisme semblent être les uniques principes qui guident les choix de Magda. La qualifier de "monstre" comme on le fait usuellement ne résout rien mais apporte une sorte de soulagement qui dédouane de toute autre investigation. le roman de Sébastien Spitzer nous enjoint à aller au-delà de cette détermination et à fouiller davantage : que cache cette "monstruosité" ? Quelle en est l'origine ? Faut-il la chercher dans la spécificité d'une époque, d'un moment dans L Histoire, dans un contexte familial et social ? Quelles convictions, quels principes, quel cheminement de la pensée, quelle folie, peuvent-ils conduire au meurtre impassible de ses propres enfants et à l'envisager comme accomplissement d'un choix idéologique alors même que l'adhésion à cette idéologie est vacillante ? C'est peut-être le fanatisme qui est aussi interrogé par la manière dont l'auteur traite cette biographie fragmentaire et romancée d'une femme maudite.
Je me rends compte en écrivant ces mots à quel point ce roman continue de me déranger autant par son thème que par la façon dont ce dernier est traité. Une telle déstabilisation est pourtant ce que j'attends, entre autres, de mes lectures. Malgré cela je ne peux affirmer que "Ces rêves qu'on piétine" est un coup de coeur pour moi. Mais je ne saurais démêler les causes de ma minuscule réserve.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          80
motspourmots
31 août 2017
"Reste la nuit. Epaisse. Lourde. Vide à tous ceux qui ont peur, à ceux qui se désespèrent, se trompent. Cette nuit est aussi pleine que les autres. Féconde. Mystérieuse. Imprévisible. Elle s'est insinuée de l'autre côté des murs. L'heure des souffles de vie. L'heure des silences".
Voilà. C'est de cette plume envoûtante que bruisse le petit monde de la blogosphère depuis cet été. Depuis que certains privilégiés (dont je fais partie) ont eu l'immense plaisir de découvrir en avant-première le roman de Sébastien Spitzer. Un premier roman faisant partie de la première Rentrée Littéraire des nouvelles Editions de L'Observatoire. Joli coup !
Cette plume, l'auteur la met au service d'une histoire terrible, dans un contexte que nous n'avons malheureusement pas fini d'explorer ou de revisiter. Stop ! Surtout ne vous dites pas "encore un livre sur la Seconde Guerre mondiale"... Il ne s'agit pas de guerre ici. Non. Ce sont des hommes dont on parle. Ceux qui malgré le fait de partager la même condition humaine se sont comportés en bourreaux monstrueux et ceux qui se sont vu dénuer le droit de rester des hommes. Voilà toute l'histoire de l'humanité, mille fois reproduite. Et les écrivains auront toujours raison de n'avoir de cesse de tenter de comprendre, de dénoncer, de témoigner.
Comment devient-on Martha Goebbels, la "première dame" du Reich, mariée à l'un des plus hauts dignitaires du régime nazi, adulée par Hitler et admirée par tout un peuple ? Comment peut-on pousser la folie jusqu'à renier son propre père, faire exécuter son ancien amant juif et finalement tuer ses enfants de sa propre main ? Au printemps 1945, alors que la défaite se précise, Hitler et ses sbires prennent leurs quartiers dans le bunker dont ils ne ressortiront pas vivants. Au même moment, quelques rescapés des camps tentent d'échapper aux dernières exactions de leurs bourreaux. Parmi eux circule de mains en mains un mystérieux rouleau de cuir abritant des centaines de feuillets de toute matière. Ce sont les témoignages des déportés dont beaucoup sont morts. Dernière détentrice du rouleau, la petite Ava parvient à rejoindre les troupes américaines... L'espoir qu'enfin, la voix des victimes parvienne aux oreilles du monde.
En suivant alternativement les progressions de Magda et d'Ava, en remontant parfois le temps pour faire apparaître les terribles contradictions et les tragiques compromissions de Magda ainsi que l'influence qu'elles ont eu sur le destin d'Ava, Sébastien Spitzer touche juste. Parmi les témoignages du rouleau de cuir se trouvent les lettres d'un certain Richard Friedländer à sa fille... Magda. Des lettres poignantes d'un homme doublement victime, renié par sa fille parce que juif et enfermé dans un camp par le régime que cette même fille a choisi d'embrasser.
On avance dans ce livre totalement happé par ce déploiement de folie humaine, à la fois révulsé, révolté et surtout impressionné par le courage, la résistance de ceux qui ont tout fait pour que cette folie soit connue, pour que la mémoire de ceux qui ont été massacrés ne soit pas oubliée. Car la lumière parvient à chasser les ténèbres. L'espoir, la rage de vivre, l'idéal de justice sont les piliers qui permettent à l'humanité de survivre. Malgré tout.
Premier roman convaincant et marquant, Ces rêves qu'on piétine va avoir un beau parcours, déjà récompensé par le Prix Stanislas et finaliste pour le Prix du Roman Fnac. Tant mieux parce qu'il y a des livres que l'ont voudrait voir entre toutes les mains. Et il en fait partie.
"La dernière chose que nous possédons, c'est notre histoire. Il y a deux mille ans, nous avons dû quitter notre terre, notre Jérusalem, nos temples, nos rois et nos armées. Nous avons été riches, pauvres, puissants, chassés et pourchassés. Nous avons construit des temples en bois, en pierre. Ils ont été brûlés. Nous en avons construit d'autres. Vous les avez fait fermer. Mais notre histoire, personne ne nous la volera. Elle est inaliénable. On essaiera de nous tuer, jusqu'au dernier. On essaiera de trahir, de falsifier, d'effacer... Mais il y aura toujours un scribe pour recopier, un homme pour lire, un écrit quelque part."
Lien : http://www.motspourmots.fr/2..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
floandbooks
13 septembre 2017
Laissez-moi vous raconter mon histoire avec ce livre. Je suis allée à al médiathèque mardi, j'avais des livres à rendre, et en repartant, j'ai vu celui-ci qui venait d'arriver. Je l'avais vu passer sur quelques comptes Insta, mais sans y faire plus attention que ça. J'ai lu le résumé, et je me suis dit Banco! Je l'ai débuté aussi vite rentrée chez moi… et ne l'ai plus lâché! Si bien que le lendemain je suis allée me l'acheter en librairie pour l'avoir vraiment pour moi, et je l'ai terminé le jeudi matin, j'étais bouleversée!
Cette histoire n'est pas un énième récit sur la Seconde guerre mondiale, même si bien sûr nous sommes dans le sujet. Dans ce livre, Sebastien Spitzek nous place juste à côté d'une action terrible, poétique, tragique, authentique, vraie. Celle de Magda Goebbels, considérée comme la Première dame du IIIème Reich, à défaut d'en avoir une avec Hitler. Elle est froide, sans sentiments, sans compassion, elle fait les choses car elle doit les faire, la vie qu'elle mène, elle l'a choisi, elle voulait être quelqu'un. Pourtant, ses choix mèneront à sa perte, et à la chute du IIIème Reich, même si elle n'en ai pas tout à fait à l'origine.
Cette femme est le contre-point de l'histoire, elle est complémentaire au récit parallèle de ce sac que nous suivons et qui va passer de mains en mains, et semble transporter quelque chose d'essentiel, des lettres, des preuves, des cris de vie et de survie.
Sebastien Spitzek a l'art de transformer les horreurs de la Guerre, en récit ultra poétique et juste. J'ai pris un plaisir fou à lire ce livre, à suivre ces personnages, ses victimes qui fuient leur pays, se découvrent des liens entre eux, des histoires communes. Fella, Judah, Ava sont des personnages tellement attachants, c'est incroyable le pouvoir des mots qu'utilise l'auteur pour valoriser chaque personnage, chaque instant de vie.
Le lien entre ces deux histoires est donc ce sac en cuir, et ces lettres (dont je ne vous révèlerais pas le contenu!) qui explosent à la fin du récit, comme des bombes littéraires à la tronche de tous ceux qui doivent être punis! Ce livre est fort, extrêmement fort, plein d'émotions et de justesse, avec un regard très détaillé et très bien renseigné sur la Seconde Guerre Mondiale, d'un point de vue qui change un peu de d'habitude, puisque Magda Goebbels n'est pas tant citée que ça dans les livres sur cette période (du moins pas à ma connaissance).
« Adolf n'était que ça, un bateleur de foire, un acrobate, fil-de-fériste hirsute, dressé sur ses ergots, capable de jongler d'une main avec la rage et la colère et caresser de l'autre l'humeur et la bonté des femmes, surtout des femmes. »
« Cet homme est pétri de vices. Il est capable d'en désigner un autre, ce soir, si le blizzard persiste. L'esprit du Mal existe ma fille. Il est entré dans ce camp. J'ai vu son visage. Sa couleur. Ce sont les hommes d'Hitler. Ses clones aryens. Tellement plus d'hommes que nous autres qu'ils sont devenus les prédateurs. Des loups pour l'homme, comme dans le Leviathan. »
Pour être honnête, mon livre contient 11 post-it… Et encore je me suis retenue! J'aurais voulu redécouvrir ce livre après l'avoir fini, et le lire infiniment jusqu'à ce que la poésie de l'auteur se grave dans ma mémoire…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          61

Les critiques presse (2)
Actualitte18 septembre 2017
La lecture est incandescente, à la fois déchirante et douloureuse, relate l’horreur absolue et macabre mais conserve une distance à la fois juste et très digne. Empreinte d’une humanité salutaire.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LePoint04 septembre 2017
Il y a des pères qu'on ne voudrait pas voir resurgir dans sa vie, surtout si l'on s'appelle Magda Goebbels et que ce père est juif. Pour son premier roman, Sébastien Spitzer exhume ce juif "encombrant" pour le IIIe Reich.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations & extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem29 août 2017
Je n’ai même pas eu le temps de l’embrasser, dit-il.
— Qui ça ? demande-t-elle.
— Ma mère. Je n’ai pas pu l’embrasser! Les soldats nous ont tassés dans des trains pour la Pologne. Mon cousin est mort de froid, à côté de moi. C’était la première fois que je voyais un mort. Et il avait mon âge ! Sur le quai de l’arrivée, on a reçu d’autres coups. Olejak nous a sélectionnés, mon père et moi, pour son camp. Je suis devenu un homme au fond d’une mine.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
motspourmotsmotspourmots31 août 2017
La dernière chose que nous possédons, c'est notre histoire. Il y a deux mille ans, nous avons dû quitter notre terre, notre Jérusalem, nos temples, nos rois et nos armées. Nous avons été riches, pauvres, puissants, chassés et pourchassés. Nous avons construit des temples en bois, en pierre. Ils ont été brûlés. Nous en avons construit d'autres. Vous les avez fait fermer. Mais notre histoire, personne ne nous la volera. Elle est inaliénable. On essaiera de nous tuer, jusqu'au dernier. On essaiera de trahir, de falsifier, d'effacer... Mais il y aura toujours un scribe pour recopier, un homme pour lire, un écrit quelque part.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
hcdahlemhcdahlem29 août 2017
Deux autres silhouettes attendent. Judah devine celle d’une enfant. À ses flancs, c’est la femme qui s’est tournée vers lui, et l’observe au milieu du chaos. Elle semble si calme. Elle murmure quelques mots à l’oreille de la petite. Elles attendent quelque chose… On dirait qu’elles ont un plan.
Judah entend les chiens rendus fous. Les soldats rôdent dehors. Ils traquent les fuyards. Combien de chiens? Un. Deux. Peut-être trois. Ils clabaudent, grognent, grattent, claquent leurs canines à vide et labourent de leurs griffes les parois extérieures. Puis les bêtes à fuyards se détendent et s’élancent à l’affût d’une nouvelle proie. C’est le moment. Judah a repéré une fracture entre deux planches. Il la palpe, éprouve sa résistance.
C’est jouable.
Le souvenir de sa mère lui redonne des forces. Elle est restée chez eux, à Komarom. Son visage. Ses mains. Ses paroles et ses caresses.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
hcdahlemhcdahlem29 août 2017
Elle a porté beaucoup d’enfants. Sept en tout : Harald, Helga, Hildegarde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Les prénoms des six derniers commencent par un « H », à la gloire de ce régime qui a fait d’elle une grande dame. Celui aussi de Harald, son aîné, né quand rien n’était encore, avant le putsch de la Brasserie, avant les premiers faits divers qui feraient parler d’eux. Ses enfants servent la grande cause. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de l’Allemagne tout entière. Ils seront sacrifiés. Ils tomberont avec elle.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
hcdahlemhcdahlem29 août 2017
Richard Friedländer a été. Il a lié son destin à celui de votre famille. Je suis Markus Yehuda Katz, fils de Salman et d’Olga Sternell. Et cette chaîne de mots, de moi, de nous, de noms infalsifiables, vous rattrapera, où que vous soyez. Il n’y aura pas d’oubli. Nous sommes le peuple qui doit durer, celui qu’on ne peut pas éteindre… Un jour, on se souviendra de lui comme de tous ceux qu’on a voulu faire disparaître, en vain.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle


Autres livres de Sébastien Spitzer (1)Voir plus




Quiz Voir plus

Quelle guerre ?

Autant en emporte le vent, de Margaret Mitchell

la guerre hispano américaine
la guerre d'indépendance américaine
la guerre de sécession
la guerre des pâtissiers

12 questions
998 lecteurs ont répondu
Thèmes : guerre , histoire militaire , histoireCréer un quiz sur ce livre
. .