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EAN : 9782351785461
352 pages
Gallmeister (31/12/2014)
4.09/5   63 notes
Résumé :
"C'est de la terre dont je me souviens le mieux...Quand j'étais petit garçon, je savais que le ranch se trouvait à dix kilomètres du parc de Yellowstone, mais je ne savais pas que je vivais dans le plus grand espace vierge de toute clôture aux États-Unis. Ça, c'est ce que je sais aujourd'hui.
À l'époque, je savais seulement que j'étais libre sur cette terre. "Si l'Ouest américain, qui a inspiré tant de peintres,d'écrivains et de cinéastes, ne devait avoir qu... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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Quand j'étais petit, je rêvais d'être cowboy, pour les éperons et certainement pour les cowgirls. Mais l'enfance n'a qu'un temps, et l'ouest fait grandir son homme. Maintenant, je rêve toujours d'être cowboy, toujours pour les éperons qui déchirent le drap du lit mais aussi pour la fiole de whisky dans la poche de mon jean, le parfum des femmes à l'odeur de cuir, celle des hommes à l'odeur de cheval, les serveuses dans les bars avec des chemisiers une taille en dessous noués au-dessus du nombril, les femmes qui regardent leur verre au comptoir en attendant qu'un beau type, à défaut un pauvre bison, vienne s'asseoir à côté d'elle pour leur promettre une nuit à la belle étoile, un feu qui crépite, du marshmallow fondant qui colle au dent (putain, j'ai oublié de prendre un tube de dentifrice, se rincer alors la bouche avec un bon whisky), des étoiles qui lui font des clins d'oeil, des ours qui beuglent au loin, et le hennissement des chevaux dans le corral. Si seulement, je savais murmurer à l'oreille des chevaux… et j'avais les yeux bleus… Si seulement, je savais murmurer à l'oreille des femmes…

Mais revenons à mon enfance. Je me retrouve en pleine nature, entre les écureuils et les grizzlys, mes bottes sont crottées, ma maman va encore m'engueuler si je crotte encore toute la cuisine, mais j'en ai encore rien à foutre, parce qu'elle ne pourra pas gueuler aussi fort que les corbeaux. Et puis, putain – « arrête de dire des gros mots tout le temps » me dirait-elle – y'a qu'à laisser quelques bières se rafraîchir dans la rivière, ça m'éviterait de rentrer aussi souvent dans sa cuisine. Parce que, moi ce que j'aime dans la vie, c'est la vie d'un cowboy qui lit des bouquins de nature-writing sauce Gallmeister, une bière fraîche à la main, les pieds dans l'eau fraiche de la rivière, la seconde main dans la culotte de la voisine avant qu'elle n'aille à la messe du dimanche.

Une fois que j'ai dit ça, je crois que je t'ai raconté tout de mon enfance et de mes rêves de cowboy. Alors pour ceux qui n'ont pas vécu le plaisir de caresser la croupe d'une jument ou d'une cowgirl, il reste les histoires de Mark Spragg, cowboy littéraire que j'apprécie tant depuis tant d'années, des histoires où la cowgirl et le cheval se retrouvent « là où les rivières se séparent ». Et qui dit rivière, dit bière fraîche. Parce que petit, je grandis, au début, je m'intéresse à tout l'attirail, le lasso la selle et l'éperon. Et puis après mon esprit aventurier s'aventure plus loin dans la nature et la contrée sauvage, l'envie de chevaucher – les chevaux puis les cowgirls, le désir de voir au-delà des collines, vision des seins des cowgirls sur un cheval, vision des culs des serveuses entre deux tables, l'irrésistible passion de caresser dans le sens du crin le cheval ou dans le sens du poil le sexe de la cowgirl, humide et chaud, j'ai soif d'une bière d'un whisky d'une serveuse. Je vais garer mon pick-up.

L'Ouest, c'est un petit bout de paradis. le vent me courbe, les courbes des serveuses me la redressent. Je suis obsédé par les serveuses, ou par les nanas en jeans moulants avec santiags dansant entre les tables des plateaux de verres de bières qui débordent de mousse. Putain, je rêve du Wyoming, des grands espaces, du silence de ces étendues, de la solitude assumé de ce coin retiré du monde.

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Récits autobiographiques dont la plupart se déroulent pendant son adolescence. Une vie rude dans un parc National du Wyoming, les hivers sont longs et très froids ; son père tient un ranch-hôtel, les clients qui le fréquentent viennent pour chasser l'ours. Dès l'âge de quinze ans, en compagnie d'un cow-boy aguerri, Mark accompagne les touristes, il s'occupe du campement et des chevaux. Levé des quatre heures, ses nuits sont très courtes, heureusement il aime cette vie parmi les chevaux. Chaque chapitre est un récit, une tranche de vie dont j'ai parfois regretté ne pas connaître l'issue. Mark Spragg raconte très bien, il décrit magnifiquement la nature et les émotions ; je me suis sentie en communion avec lui pendant toutes ses aventures et, avec lui, j'ai eu peur des serpents. À lire !

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Les souvenirs de Mark Spragg sont indissociables de cette terre sauvage du Wyoming.

Pris lui-même par la force et la vivacité de ses récits ancrés dans le ranch familial, il passe du passé au présent. Alors, progressivement, à lire les morceaux de vie qui lui reviennent en mémoire, j'imagine une voix rauque dans une cabane en rondins, un feu qui crépite dans un coin, une peau d'ours qui recouvre le sol poussiéreux et des têtes de cerfs, de wapitis ou d'élans clouées sur les murs.

C'est envoûtant, je rentre dans le récit.

Mark a onze ans et il travaille pour son père dans ce ranch-hôtel. Un travail d'homme pour grandir et se sentir utile. Un travail de cow-boy, en symbiose avec les chevaux. Il me parle de son amour, de l'importance des soins et surtout de la confiance indispensable entre l'homme et l'animal. Il raconte l'élégance des chevaux qui s'égaillent dans la vallée, leurs piétinements dans les corrals, le cliquetis de leurs fers contre la pierre des chemins.

Dans les herbes hautes, sur les sols caillouteux ou foulant des tapis d'aiguilles de pins, il chevauche et guide des touristes venus rechercher le grand air, pêcher dans les rivières, chasser et camper dans la pinède.

Il me parle d'une nouvelle paire de bottes en cuir qu'il faut dompter pour éviter les ampoules, des caprices des chevaux qui parfois se cabrent et le propulsent par terre, du sang des bêtes tuées pour se nourrir, des hommes qui viennent tuer le grizzli pour aligner leurs trophées sur leurs murs de citadins.

Il fait ressortir la lumière diffusée par la lune ou le soleil et qui joue dans la vallée et sur les montagnes alentour.

Il me montre les buissons de sauge sur les rives de la Shoshone, les pins, les épicéas et les trembles qui s'habillent d'or en automne, les coyotes et les corbeaux autour des charognes. Il se souvient de la fraîcheur de l'air nocturne et de la neige qui peut apparaître soudainement. Toute cette nature qui forme l'homme mais où toute négligence peut y être fatale.

Il se rappelle les cils couverts de givre, le vent incessant, le bruit de la rivière qui bouillonne et brunit lors des crues.

Mais il ne se contente pas uniquement de dessiner des anecdotes de sa vie de cow-boy, il glisse aussi dans ses récits des pensées, des images qui le surprennent.

Et sur la fin, il se rappelle sa mère…

De récit en récit, il faut se laisser guider, sans chercher l'histoire, il n'y en a pas. Ou alors elles sont multiples mais sans début ni fin. J'en garderai un souvenir de grands espaces sauvages où l'odeur de sauge s'élève de la rivière, où les chevaux hennissent en choeur et les corbeaux croassent à l'unisson.

Une jolie découverte pour sortir un peu des romans et respirer l'air vivifiant du Wyoming.

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S'aventurer dans ce livre, c'est se frotter aux grands espaces, à la nature sauvage du Wyoming. Des grandes plaines aux contreforts des montagnes rocheuses, des paysages balayés, fouettés, blessés par un élément indomptable avec lequel il faut compter, le vent auquel l'auteur consacre d'ailleurs un chapitre.

L'auteur, c'est l'américain Mark Spragg qui nous livre ce recueil autobiographique composé de ses souvenirs d'enfance et de jeunesse au coeur de cette nature qu'il nous rend proche et majestueuse en dépit sa rudesse.

Un destin qui sous la plume de Mark Spragg devient mon destin, ton destin. Je ne lis plus, tu ne lis plus, on vit…

Tu es tout jeune mais déjà, rien ne compte plus pour toi que monter à cheval. Faire corps avec l'animal, comme un prolongement de toi-même. Savoir mener un troupeau ou guider des groupes, voilà ce qui te fait vibrer, c'est comme ça que tu te sens vivant, heureux. C'est comme ça que tu deviens un homme.

Je te revois avec ce cerf que tu apprends à dépecer, à vider de ses entrailles. le sang qui gicle. Les éclaboussures de sang qui sèchent sur ton visage. Les boyaux qui fument dans la froideur hivernale.

Je me souviens aussi de ta nouvelle paire de bottes. Quel souvenir ! Comme tu es allé dans l'eau avec, pour aider le cuir à se faire, à prendre la bonne forme, pour ne pas te blesser les pieds. le temps est trop précieux pour qu'on puisse se permettre de le perdre. Puis ce cheval qui te jette à terre. La paire de bottes ne fait pas le cavalier.

Et ce ranch perdu au milieu de nulle part où, plus tard, tu es allé t'isoler tout un hiver, au grand dam de ta mère. Qu'allais-tu faire tout seul dans ce désert sans âmes ? Reclus, avec tes bouquins, tu as enfin pu de te consacrer à ce qui allait devenir ton occupation future, l'écriture.

L'écriture, de la nature et de la vie, c'est bien pour ça que tu es fait Mark, Là où les rivières se séparent, c'est justement là où nos destins se rencontrent…

Merci à Babelio et aux éditions Gallmeister.


Lien : http://bouquins-de-poches-en..
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Encore une pépite !!!

Mark Spragg nous livre, de la plus belle des façons, ses souvenirs de ce temps passé dans le Wyoming. Chaque chapitre nous raconte un moment précis de son existence, pour la plupart, pendant son adolescence. Une vie où les nuits sont courtes, où la nature est omniprésente, où il y a communion avec l'environnement qui l'entoure. Chaque mot posé sur les pages nous font vivre ce Wyoming comme si nous y étions. C'est grand, c'est dense, ça sent le grand air, c'est frais... Une grande épopée sur les terres où galopent les chevaux, où les rivières coulent, où les animaux sauvages sont présents, où les feux de camp crépitent le soir, où le ciel est si vaste et étoilé... Bref, une lecture qui ressource, qui permet une escapade loin du rythme effréné de la ville... Une très très belle lecture !

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Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation

Je suis réveillé de bonne heure par un cri inquiétant et incessant. Je ne me dis pas : Ce sont les cris d'une femme, d'un ours ou d'un cheval.

Je ne dis rien. Je sens mon cœur battre plus vite, s'emballer. Pendant un instant, j'ai l'impression que la terre tremble et va s'ouvrir, que je suis pris dans les mâchoires d'un immense accident. Je saute hors du lit, j'enfile mon pantalon, je mets mes bottes et je cours hors de la maison. Je cours tout en passant ma chemise. Le bruit paraît surnaturel, aussi furieux que le hurlement d'un dieu courroucé. Je cours vers ce bruit parce que je suis convaincu de ne pouvoir y échapper.

Mon esprit parcourt le rapide catalogue des victimes. Il y a le cri de l'homme coincé sous un derrick cassé et écroulé, cri de douleur et de stupeur intenses ; le cri d'un couguar qui a pris une balle dans le ventre, d'un aigle à tête chauve tombé dans ce que j'imaginais alors être un combat perdu, combat familial ou sexuel. Je sais maintenant que tous ces sons ne font qu'un, un son qui dépouille les os de leurs muscles, qui réduit l'auditeur à l'état de squelette vibrant, nu et blanc comme un diapason d'ivoire. Je cours plus vite. Je pense à un ermite fou, accablé par le poids de sa solitude. Je pense que c'est ce que je risque de trouver. Je pense au hurlement comme à une prière folle, déchaînée, arrachant un homme à ses passions.

Le cri m'attire vers son centre, contracte et relâche mes tendons et mes ligaments, précipite mes genoux en l'air, rend tout mon corps élastique et rapide, sous l'effet de la peur. Ce n'est pas tant que je veux connaître la source du bruit. C'est que je veux le faire cesser.

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Je pense au premier ours mort que j’ai vu. Il était dépecé, son cadavre nu ressemblait remarquablement à celui d’un gros homme. Mon cheval l’a senti, a fait un écart, s’est cabré et m’a jeté en l’air. Quand je pense à cet ours, je rougis. J’ai l’impression que c’est un crime de les tuer, alors que ma famille vit de leur mort. On m’a appris que tout crime mérite châtiment.

Quand j’avais onze ans, l’un de nos employés m’a emmené dans une décharge en lisière de Yellowstone, au beau milieu de la nuit. Nous sommes restés dans le pick-up, avec le chauffage et les phares allumés, pour regarder une vingtaine de grizzlys qui se disputaient les meilleures ordures. C’était un spectacle dégradant. Les ours étaient batailleurs, cupides. Ils se battaient pour des résidus en putréfaction, ils s’attaquaient au milieu des vieilles couches-culottes, des canettes et des bouteilles en plastique. Ils n’avaient pas l’air d’être des ours. On aurait dit un congrès de gros ivrognes crasseux. Je plissais les yeux de mon mieux pour rendre la scène floue. C’était un truc pour m’empêcher de pleurer pour garder de ces animaux une image idéale.

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Le parking est semé de gravier, creusé par une pluie récente, parsemé de mauvaises herbes sur les bords. Les pick-up sont maculés de boue, la plupart tirent des remorques, leurs pare-chocs et leurs pare-brise sont des champs irréguliers de cadavres d’insectes en bouillie. Il y a une rangée de bétaillères. Un semi-remorque est garé sur l’aire de chargement. Une demi-douzaine d’enfants blonds jouent à l’ombre d’un arbre, se relayant pour prendre au lasso un vieux chien jaune et rouan. La cataracte rend ses yeux vitreux. Sa langue pend de son museau gris. Il se laisse prendre, les enfants ne tirent pas la corde. Une jolie femme aux cheveux roux attachés en queue-de-cheval est assise à l’arrière d’un camion. Son chemisier à carreaux est ouvert, et elle allaite son bébé. Elle sourit. Le soleil caresse le globe de son sein. Des hommes montés sur les enclos observent les animaux qui tournent en rond ; aligné sur la barrière, ils les montrent du doigt, fument et rient. On entend les mugissements du bétail, le bêlement des moutons, le hennissement aigu d’un cheval. Le sol tremble comme une épaisse peau de tambour sous le martèlement des sabots. Le vrombissement des mouches remplit l’air comme l’écho d’une sirène au loin.

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Les bars sont pleins dès le milieu de l’après-midi. Les hommes frappent du pied, comme ils le feraient pour faire tomber la boue ou la neige de leurs bottes et de leurs jambes de pantalon, mais ils ne font que reprendre pied, pour se rappeler comment on se tient sur un sol qui n’est pas ébranlé par le vent. Les femmes dansent en foule autour du juke-box, ensemble, elles boivent des whiskeys secs, elles montrent parfois leurs seins. Les pros boivent leur premier verre très vite, sans parler. Elles rient, haussent les sourcils, plissent le front, sifflent comme pour indiquer que c’est un hasard si elles ne se sont pas encore fait remarquer. Tout le monde boit assidûment ; tous les prétextes sont bons pour se rassembler sous un toit. Et puis les églises ne se prêtent pas à la conversation ou aux préliminaires.

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Le matin, je balance mes pieds dans l’obscurité froide du chalet et je les pose sur le grain du plancher. Je m’assieds sur le bord du matelas et je tends la main vers la chaise à dossier droit à la tête de mon lit. Je prends le fond de whiskey bon marché qu’on a laissé pour moi sur le siège, j’avale sans réfléchir, j’avale parce que je fais ça depuis l’âge de quinze ans. C’est le premier pas de mon régime matinal. Le whiskey se précipite vers mon estomac comme une guêpe qui se noie. Chaque matin, le whiskey me fait grimacer, me fait venir les larmes aux yeux, me réveille en me brûlant. J’ai seize ans. Plusieurs années s’écouleront avant que j’apprenne que tous les garçons ne reçoivent pas, à la puberté, le même traitement revigorant à base de malt.

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Videos de Mark Spragg (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Mark Spragg
Bande annonce du film Une vie inachevée, adaptation du roman de Mark Spragg
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