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EAN : 9782351785461
352 pages
Éditeur : Gallmeister (31/12/2014)
4.13/5   53 notes
Résumé :
"C'est de la terre dont je me souviens le mieux...Quand j'étais petit garçon, je savais que le ranch se trouvait à dix kilomètres du parc de Yellowstone, mais je ne savais pas que je vivais dans le plus grand espace vierge de toute clôture aux États-Unis. Ça, c'est ce que je sais aujourd'hui.
À l'époque, je savais seulement que j'étais libre sur cette terre. "Si l'Ouest américain, qui a inspiré tant de peintres,d'écrivains et de cinéastes, ne devait avoir qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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le_Bison
  23 mai 2017
Quand j'étais petit, je rêvais d'être cowboy, pour les éperons et certainement pour les cowgirls. Mais l'enfance n'a qu'un temps, et l'ouest fait grandir son homme. Maintenant, je rêve toujours d'être cowboy, toujours pour les éperons qui déchirent le drap du lit mais aussi pour la fiole de whisky dans la poche de mon jean, le parfum des femmes à l'odeur de cuir, celle des hommes à l'odeur de cheval, les serveuses dans les bars avec des chemisiers une taille en dessous noués au-dessus du nombril, les femmes qui regardent leur verre au comptoir en attendant qu'un beau type, à défaut un pauvre bison, vienne s'asseoir à côté d'elle pour leur promettre une nuit à la belle étoile, un feu qui crépite, du marshmallow fondant qui colle au dent (putain, j'ai oublié de prendre un tube de dentifrice, se rincer alors la bouche avec un bon whisky), des étoiles qui lui font des clins d'oeil, des ours qui beuglent au loin, et le hennissement des chevaux dans le corral. Si seulement, je savais murmurer à l'oreille des chevaux… et j'avais les yeux bleus… Si seulement, je savais murmurer à l'oreille des femmes…
Mais revenons à mon enfance. Je me retrouve en pleine nature, entre les écureuils et les grizzlys, mes bottes sont crottées, ma maman va encore m'engueuler si je crotte encore toute la cuisine, mais j'en ai encore rien à foutre, parce qu'elle ne pourra pas gueuler aussi fort que les corbeaux. Et puis, putain – « arrête de dire des gros mots tout le temps » me dirait-elle – y'a qu'à laisser quelques bières se rafraîchir dans la rivière, ça m'éviterait de rentrer aussi souvent dans sa cuisine. Parce que, moi ce que j'aime dans la vie, c'est la vie d'un cowboy qui lit des bouquins de nature-writing sauce Gallmeister, une bière fraîche à la main, les pieds dans l'eau fraiche de la rivière, la seconde main dans la culotte de la voisine avant qu'elle n'aille à la messe du dimanche.
Une fois que j'ai dit ça, je crois que je t'ai raconté tout de mon enfance et de mes rêves de cowboy. Alors pour ceux qui n'ont pas vécu le plaisir de caresser la croupe d'une jument ou d'une cowgirl, il reste les histoires de Mark Spragg, cowboy littéraire que j'apprécie tant depuis tant d'années, des histoires où la cowgirl et le cheval se retrouvent « là où les rivières se séparent ». Et qui dit rivière, dit bière fraîche. Parce que petit, je grandis, au début, je m'intéresse à tout l'attirail, le lasso la selle et l'éperon. Et puis après mon esprit aventurier s'aventure plus loin dans la nature et la contrée sauvage, l'envie de chevaucher – les chevaux puis les cowgirls, le désir de voir au-delà des collines, vision des seins des cowgirls sur un cheval, vision des culs des serveuses entre deux tables, l'irrésistible passion de caresser dans le sens du crin le cheval ou dans le sens du poil le sexe de la cowgirl, humide et chaud, j'ai soif d'une bière d'un whisky d'une serveuse. Je vais garer mon pick-up.
L'Ouest, c'est un petit bout de paradis. le vent me courbe, les courbes des serveuses me la redressent. Je suis obsédé par les serveuses, ou par les nanas en jeans moulants avec santiags dansant entre les tables des plateaux de verres de bières qui débordent de mousse. Putain, je rêve du Wyoming, des grands espaces, du silence de ces étendues, de la solitude assumé de ce coin retiré du monde.
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joedi
  14 avril 2016
Récits autobiographiques dont la plupart se déroulent pendant son adolescence. Une vie rude dans un parc National du Wyoming, les hivers sont longs et très froids ; son père tient un ranch-hôtel, les clients qui le fréquentent viennent pour chasser l'ours. Dès l'âge de quinze ans, en compagnie d'un cow-boy aguerri, Mark accompagne les touristes, il s'occupe du campement et des chevaux. Levé des quatre heures, ses nuits sont très courtes, heureusement il aime cette vie parmi les chevaux. Chaque chapitre est un récit, une tranche de vie dont j'ai parfois regretté ne pas connaître l'issue. Mark Spragg raconte très bien, il décrit magnifiquement la nature et les émotions ; je me suis sentie en communion avec lui pendant toutes ses aventures et, avec lui, j'ai eu peur des serpents. À lire !
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Biblioroz
  21 août 2019
Les souvenirs de Mark Spragg sont indissociables de cette terre sauvage du Wyoming.
Pris lui-même par la force et la vivacité de ses récits ancrés dans le ranch familial, il passe du passé au présent. Alors, progressivement, à lire les morceaux de vie qui lui reviennent en mémoire, j'imagine une voix rauque dans une cabane en rondins, un feu qui crépite dans un coin, une peau d'ours qui recouvre le sol poussiéreux et des têtes de cerfs, de wapitis ou d'élans clouées sur les murs.
C'est envoûtant, je rentre dans le récit.
Mark a onze ans et il travaille pour son père dans ce ranch-hôtel. Un travail d'homme pour grandir et se sentir utile. Un travail de cow-boy, en symbiose avec les chevaux. Il me parle de son amour, de l'importance des soins et surtout de la confiance indispensable entre l'homme et l'animal. Il raconte l'élégance des chevaux qui s'égaillent dans la vallée, leurs piétinements dans les corrals, le cliquetis de leurs fers contre la pierre des chemins.
Dans les herbes hautes, sur les sols caillouteux ou foulant des tapis d'aiguilles de pins, il chevauche et guide des touristes venus rechercher le grand air, pêcher dans les rivières, chasser et camper dans la pinède.
Il me parle d'une nouvelle paire de bottes en cuir qu'il faut dompter pour éviter les ampoules, des caprices des chevaux qui parfois se cabrent et le propulsent par terre, du sang des bêtes tuées pour se nourrir, des hommes qui viennent tuer le grizzli pour aligner leurs trophées sur leurs murs de citadins.
Il fait ressortir la lumière diffusée par la lune ou le soleil et qui joue dans la vallée et sur les montagnes alentour.
Il me montre les buissons de sauge sur les rives de la Shoshone, les pins, les épicéas et les trembles qui s'habillent d'or en automne, les coyotes et les corbeaux autour des charognes. Il se souvient de la fraîcheur de l'air nocturne et de la neige qui peut apparaître soudainement. Toute cette nature qui forme l'homme mais où toute négligence peut y être fatale.
Il se rappelle les cils couverts de givre, le vent incessant, le bruit de la rivière qui bouillonne et brunit lors des crues.
Mais il ne se contente pas uniquement de dessiner des anecdotes de sa vie de cow-boy, il glisse aussi dans ses récits des pensées, des images qui le surprennent.
Et sur la fin, il se rappelle sa mère…
De récit en récit, il faut se laisser guider, sans chercher l'histoire, il n'y en a pas. Ou alors elles sont multiples mais sans début ni fin. J'en garderai un souvenir de grands espaces sauvages où l'odeur de sauge s'élève de la rivière, où les chevaux hennissent en choeur et les corbeaux croassent à l'unisson.
Une jolie découverte pour sortir un peu des romans et respirer l'air vivifiant du Wyoming.
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manU17
  23 février 2015

S'aventurer dans ce livre, c'est se frotter aux grands espaces, à la nature sauvage du Wyoming. Des grandes plaines aux contreforts des montagnes rocheuses, des paysages balayés, fouettés, blessés par un élément indomptable avec lequel il faut compter, le vent auquel l'auteur consacre d'ailleurs un chapitre.
L'auteur, c'est l'américain Mark Spragg qui nous livre ce recueil autobiographique composé de ses souvenirs d'enfance et de jeunesse au coeur de cette nature qu'il nous rend proche et majestueuse en dépit sa rudesse.
Un destin qui sous la plume de Mark Spragg devient mon destin, ton destin. Je ne lis plus, tu ne lis plus, on vit…
Tu es tout jeune mais déjà, rien ne compte plus pour toi que monter à cheval. Faire corps avec l'animal, comme un prolongement de toi-même. Savoir mener un troupeau ou guider des groupes, voilà ce qui te fait vibrer, c'est comme ça que tu te sens vivant, heureux. C'est comme ça que tu deviens un homme.
Je te revois avec ce cerf que tu apprends à dépecer, à vider de ses entrailles. le sang qui gicle. Les éclaboussures de sang qui sèchent sur ton visage. Les boyaux qui fument dans la froideur hivernale.
Je me souviens aussi de ta nouvelle paire de bottes. Quel souvenir ! Comme tu es allé dans l'eau avec, pour aider le cuir à se faire, à prendre la bonne forme, pour ne pas te blesser les pieds. le temps est trop précieux pour qu'on puisse se permettre de le perdre. Puis ce cheval qui te jette à terre. La paire de bottes ne fait pas le cavalier.
Et ce ranch perdu au milieu de nulle part où, plus tard, tu es allé t'isoler tout un hiver, au grand dam de ta mère. Qu'allais-tu faire tout seul dans ce désert sans âmes ? Reclus, avec tes bouquins, tu as enfin pu de te consacrer à ce qui allait devenir ton occupation future, l'écriture.
L'écriture, de la nature et de la vie, c'est bien pour ça que tu es fait Mark, Là où les rivières se séparent, c'est justement là où nos destins se rencontrent…

Merci à Babelio et aux éditions Gallmeister.

Lien : http://bouquins-de-poches-en..
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maevedefrance
  19 juin 2021

Je vous embarque aujourd'hui au Wyoming là où se passe Là où les rivières se séparent de Mark Spragg, auteur que je n'avais encore jamais lu. Comme pour Rites d'automne de Dan O'Brien, il ne s'agit pas là d'une fiction mais plutôt d'un récit de souvenirs.

Les parents de l'auteur ont racheté un hôtel-ranch quasi mythique dans les années soixante, à savoir le plus vieux ranch-hôtel, le Holm Lodge, que certains visiteurs appelaient le Crossed Sabers Ranch (à cause des bêtes marqués de sabres croisés. Les activités commerciales du ranch datent de 1898. Les parents de Mark les font perdurer, par l'élevage bien sûr, mais aussi en emmenant les touristes faire des excursions à cheval dans le somptueux environnement, là où" le haut plateau de Yellowstone, à cheval sur la ligne de partage des eaux, et ses rivières (...) retombent vers l'est et vers l'ouest."

Cet univers est le Paradis des chevaux, dressés au ranch dès la naissance. Ici l'homme ne va pas sans ce fidèle compagnon. "Mon amour pour eux m'inquiétait. Je tournais les yeux vers les corrals et je regardais comme ils se tenaient, la tête basse, dans l'air immobile et accablé de soleil. J'imaginais les corrals vides. Je me demandais à quoi ressemblerait ma vie sans chevaux (...)". "L'après-midi je m'occupais des poulains; je les amadouais par la répétition des mêmes gestes. Je leur mettais un licou. Je promenais mes mains sur leur cou, sous leur ventre. Je leur pinçais le flanc. Je leur soulevais la queue. Leur vérifiais les dents. Leur parlais. Je leur frappais la croupe, le garrot,le dos et les jambes avec un sac de jute vide. Ils renâclaient, reniflaient, se retournaient et comprenaient qu'on ne leur avait fait aucun mal. Je les bridais. Les menais. Les scellais. Je leur rappelais qu'on nous avait mis ensemble pour travailler."

Au ranch on accueil des touristes en mal d'exotisme façon Far West, on les emmène en excursion en montagne, on se sert aussi des chevaux pour la chasse au cerf, pour les rodéos un peu. le dieu Cheval est une "institution", un animal sacré qui aide les hommes à vivre dans un décor paradisiaque mais rude ! Mark Spragg parle de ses compagnons (les chevaux !) avec énormément de tendresse et de nostalgie. Il nous raconte leurs facéties aussi, parfois. C'est un livre qui plaira à tous les amoureux des chevaux, vous l'aurez compris.

Vous survivrez au Wyoming si vous pouvez affronter la rudesse du climat. Autrement, passez votre chemin ! Dans la Wapity Valley où a grandi l'auteur, "les jours d'été étaient caniculaires. "L'après-midi, le ciel se chargeait de cumulus surgis des Absarokas, et nous restions debout dans les granges ou assis dans les pick-up en attendant la fin des brusques tempêtes de pluie et de grêle. Les nuits étaient fraîches. le matin, il y avait rarement assez d'humidité dans l'air pour qu'on ait de la rosée. le soleil nous donnait de longues journées de travail. Les éleveurs s'activaient pour récolter leur luzerne, pour engraisser les boeufs et pour s'occuper de leurs vaches prêtes à mettre bas. Ils passaient leurs hivers à nourrir leurs bêtes, à faire des réparations, debout les nuits de janvier et de février par -20°C (...)" C'est aussi toute la rudesse de la vie des gens de cette région que restitue formidablement bien Mark Spragg. Même aller à l'école était une gageure. "Il y avait un rempart planté de sauge au nord de la cour de récréation, qui partait en pente sur plusieurs centaines de mètres vers l'embranchement de la Shoshone River. de l'autre côté de la rivière, le sol remontait en une série de collines bossues et de blocs de rochers monolithiques (...). Les collines se terminaient au pied de la Jim Mountain. (....)"

Bien évidemment, pas de cantine à l'école. Je me suis régalée du festival de sandwichs plus ou moins étranges pour nous, décrits par l'auteur qui voit dans les casse-croûte de chacun "le baromètre précis de l'origine familiale des enfants". "Nos mères étaient pour la plupart attentionnées. La plupart d'entre-elles considéraient que la mortadelle était l'un des ingrédients d'un repas équilibré, mais elles voyaient aussi dans la mortadelle un luxe. (...) J'ai vu des sandwichs à la patate douce. Un jour, au début de l'automne, un sandwich courgette-mayonnaise. Beaucoup de sandwichs au wapiti, au cerf, au mouflon et à l'élan. J'ai vu deux fois un sandwich au navet." : il faut croire que ça l'a marqué !! :) On croise aussi du sandwich à l'oeuf au plat qui m'a beaucoup amusé !

Et puis il y a le vent."J'habite un pays brut, violent. le Wyoming n'est pas une région qui se prête à la nudité ou à la douceur. Il y a ici quelque chose de tranchant, et l'on vit justement sur ce tranchant. La plupart des oiseaux migrent. L'hibernation est considérée comme une nécessité, et non comme une forme de mollesse. Les vieux, les incapables, les imprévoyants périssent. Et puis il y a le vent.Le vent souffle presque tous les jours, sans la moindre chorégraphie, avec toutes l'inélégance d'une bagarre spontanée. Il y a des endroits où il se déchaîne si continuement que les arbres qui entourent une maison ou qui bordent un fossé d'irrigation penchent tous vers l'est, poussent perpétuellement vers l'est, comme s'ils n'étaient que des colonnes de limaille soumises, inclinées vers un pôle inconstant." "A force de souffler sur les squelettes de bisons, les vents les ont rendu roses, puis blancs, avant de les faire tomber en poussière. Les forêts carbonifères ont surgi, puis sont retombées et ont pourri sous les vents, couche après couche, finalement écrasées pour devenir du charbon." Alors, imaginez bien que les quelques quarte ou cinq jours sans vent sont jours de fête ! "On parle trop fort, on a l'habitude de crier pour surmonter les hurlements de l'air". Un jour sans vent, on lave sa voiture ! "Je suppose que bien 10% de la population du Wyoming venue habiter ici est restée uniquement parce que le voyage de retour semblait trop risqué."

Mark Spragg décrit avec beaucoup d'amour, d'humour (noir), mais aussi de poésie l'univers où il a grandi ! Ce fut une vraie évasion. C'est aussi un livre instructif pour nous, Européens qui avons tant d'images d'Epinal sur l'Ouest américain. le livre n'est pas construit chronologiquement. On voit également qu'il n'a pas été écrit d'une seule traite mais qu'il s'agit d'écrits de plusieurs époques, c'est en tout cas l'impression que cela donne à cause d'un certain nombre de redites. Il y a aussi quelques longueurs parfois. Mais néanmoins je n'ai pas boudé mon plaisir dans cette expédition littéraire au Wyoming ! Je vous en conseille l'expérience. le livre date de 1999, j'aurais déjà dû faire cette expérience depuis longtemps ! En matière de Nature Writing, on est servi !

Lien : http://milleetunelecturesdem..
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Citations et extraits (40) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   28 mai 2018
Je suis réveillé de bonne heure par un cri inquiétant et incessant. Je ne me dis pas : Ce sont les cris d'une femme, d'un ours ou d'un cheval.
Je ne dis rien. Je sens mon cœur battre plus vite, s'emballer. Pendant un instant, j'ai l'impression que la terre tremble et va s'ouvrir, que je suis pris dans les mâchoires d'un immense accident. Je saute hors du lit, j'enfile mon pantalon, je mets mes bottes et je cours hors de la maison. Je cours tout en passant ma chemise. Le bruit paraît surnaturel, aussi furieux que le hurlement d'un dieu courroucé. Je cours vers ce bruit parce que je suis convaincu de ne pouvoir y échapper.
Mon esprit parcourt le rapide catalogue des victimes. Il y a le cri de l'homme coincé sous un derrick cassé et écroulé, cri de douleur et de stupeur intenses ; le cri d'un couguar qui a pris une balle dans le ventre, d'un aigle à tête chauve tombé dans ce que j'imaginais alors être un combat perdu, combat familial ou sexuel. Je sais maintenant que tous ces sons ne font qu'un, un son qui dépouille les os de leurs muscles, qui réduit l'auditeur à l'état de squelette vibrant, nu et blanc comme un diapason d'ivoire. Je cours plus vite. Je pense à un ermite fou, accablé par le poids de sa solitude. Je pense que c'est ce que je risque de trouver. Je pense au hurlement comme à une prière folle, déchaînée, arrachant un homme à ses passions.
Le cri m'attire vers son centre, contracte et relâche mes tendons et mes ligaments, précipite mes genoux en l'air, rend tout mon corps élastique et rapide, sous l'effet de la peur. Ce n'est pas tant que je veux connaître la source du bruit. C'est que je veux le faire cesser.
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le_Bisonle_Bison   17 janvier 2017
Je pense au premier ours mort que j’ai vu. Il était dépecé, son cadavre nu ressemblait remarquablement à celui d’un gros homme. Mon cheval l’a senti, a fait un écart, s’est cabré et m’a jeté en l’air. Quand je pense à cet ours, je rougis. J’ai l’impression que c’est un crime de les tuer, alors que ma famille vit de leur mort. On m’a appris que tout crime mérite châtiment.
Quand j’avais onze ans, l’un de nos employés m’a emmené dans une décharge en lisière de Yellowstone, au beau milieu de la nuit. Nous sommes restés dans le pick-up, avec le chauffage et les phares allumés, pour regarder une vingtaine de grizzlys qui se disputaient les meilleures ordures. C’était un spectacle dégradant. Les ours étaient batailleurs, cupides. Ils se battaient pour des résidus en putréfaction, ils s’attaquaient au milieu des vieilles couches-culottes, des canettes et des bouteilles en plastique. Ils n’avaient pas l’air d’être des ours. On aurait dit un congrès de gros ivrognes crasseux. Je plissais les yeux de mon mieux pour rendre la scène floue. C’était un truc pour m’empêcher de pleurer pour garder de ces animaux une image idéale.
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le_Bisonle_Bison   24 avril 2017
Le parking est semé de gravier, creusé par une pluie récente, parsemé de mauvaises herbes sur les bords. Les pick-up sont maculés de boue, la plupart tirent des remorques, leurs pare-chocs et leurs pare-brise sont des champs irréguliers de cadavres d’insectes en bouillie. Il y a une rangée de bétaillères. Un semi-remorque est garé sur l’aire de chargement. Une demi-douzaine d’enfants blonds jouent à l’ombre d’un arbre, se relayant pour prendre au lasso un vieux chien jaune et rouan. La cataracte rend ses yeux vitreux. Sa langue pend de son museau gris. Il se laisse prendre, les enfants ne tirent pas la corde. Une jolie femme aux cheveux roux attachés en queue-de-cheval est assise à l’arrière d’un camion. Son chemisier à carreaux est ouvert, et elle allaite son bébé. Elle sourit. Le soleil caresse le globe de son sein. Des hommes montés sur les enclos observent les animaux qui tournent en rond ; aligné sur la barrière, ils les montrent du doigt, fument et rient. On entend les mugissements du bétail, le bêlement des moutons, le hennissement aigu d’un cheval. Le sol tremble comme une épaisse peau de tambour sous le martèlement des sabots. Le vrombissement des mouches remplit l’air comme l’écho d’une sirène au loin.
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le_Bisonle_Bison   10 mai 2017
Les bars sont pleins dès le milieu de l’après-midi. Les hommes frappent du pied, comme ils le feraient pour faire tomber la boue ou la neige de leurs bottes et de leurs jambes de pantalon, mais ils ne font que reprendre pied, pour se rappeler comment on se tient sur un sol qui n’est pas ébranlé par le vent. Les femmes dansent en foule autour du juke-box, ensemble, elles boivent des whiskeys secs, elles montrent parfois leurs seins. Les pros boivent leur premier verre très vite, sans parler. Elles rient, haussent les sourcils, plissent le front, sifflent comme pour indiquer que c’est un hasard si elles ne se sont pas encore fait remarquer. Tout le monde boit assidûment ; tous les prétextes sont bons pour se rassembler sous un toit. Et puis les églises ne se prêtent pas à la conversation ou aux préliminaires.
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le_Bisonle_Bison   18 janvier 2017
Le matin, je balance mes pieds dans l’obscurité froide du chalet et je les pose sur le grain du plancher. Je m’assieds sur le bord du matelas et je tends la main vers la chaise à dossier droit à la tête de mon lit. Je prends le fond de whiskey bon marché qu’on a laissé pour moi sur le siège, j’avale sans réfléchir, j’avale parce que je fais ça depuis l’âge de quinze ans. C’est le premier pas de mon régime matinal. Le whiskey se précipite vers mon estomac comme une guêpe qui se noie. Chaque matin, le whiskey me fait grimacer, me fait venir les larmes aux yeux, me réveille en me brûlant. J’ai seize ans. Plusieurs années s’écouleront avant que j’apprenne que tous les garçons ne reçoivent pas, à la puberté, le même traitement revigorant à base de malt.
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Vidéo de Mark Spragg
Bande annonce du film Une vie inachevée, adaptation du roman de Mark Spragg
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