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EAN : 9782756030937
301 pages
Delcourt (02/04/2012)
4.37/5   38 notes
Résumé :
Après cinq livres publiés chez les Requins Marteaux, Philippe Squarzoni nous livre un nouvel album de bande dessinée d'intervention politique. Dans ce récit mené à la première personne, c'est sur un ring de boxe que l'on retrouve notre narrateur, pour le moins sonné face à un adversaire menaçant : Jean-Pierre Raffarin.

Le ton est donné. À la veille des élections de 2007, le jeune auteur engagé s'attaque à dresser un bilan global des politiques menées ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
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DOL : manoeuvres frauduleuses, agissements malhonnêtes tendant à surprendre et tromper quelqu'un en vue de lui faire contracter un engagement qu'il n'aurait pas pris (Dictionnaire Culturel de la Langue Française - Le Robert).
Dol, est un album surprenant, intriguant, déroutant tant dans sa forme que par son discours. En fait, il s'agit de la mise en bande dessinée d'un style journalistique : le gonzo, méthode journalistique fondée sur l'ultra-subjectivité au départ par l'immersion totale dans le milieu enquêté (Günter Wallraff et les turcs immigrés en Allemagne, Florence Aubenas et les femmes de ménages plus récemment Claire Checcaglini en immersion parmi les militants du front national) puis par extension tout sujet étudié et analysé avec une opinion et des clés de lecture clairement affichées (l'ensemble des films de Michael Moore en est l'exemple typique). Dol, s'inscrit dans cette démarche.
Ecrit en 2006, Philippe Squarzoni, militant d'ATTAC, nous raconte les trois années de gouvernement Raffarin (mai 2002 - mai 2005). Il décrypte comment l'action gouvernementale s'est inscrite dans une logique de démantèlement des acquis sociaux sur les régimes des retraites, la sécurité sociale, le chômage et le droit du travail. Avec beaucoup de pédagogie il nous fait comprendre d'où vient ce mouvement néo-libérale, sur quelles bases idéologiques il s'appuie. Il dévoile la stratégie de rideau de fumée mise en place autour de l'insécurité et l'immigration orchestré par un Nicolas Sarkozy "brillant" ministre de l'intérieur, provocant l'hystérie médiatique. Il explique comment cette idéologie libérale est arrivée à submerger toute analyse critique et emporter l'ensemble de la classe politique gauche comprise pour appliquer ce programme. Il nous démontre comment un homme, Jean Pierre Raffarin, classé politiquement comme modéré, social, humaniste, à été le maître d'oeuvre d'une opération planifiée de grande envergure pour la démolition du socle social défini par le programme du conseil national de la résistance en 1945. Il permet de mieux comprendre l'immense tromperie, après les élections présidentielles de 2002, qui s'est déroulée durant ces trois années.
Cette enquête est extrêmement instructive à lire 6 ans après et en pleine campagne présidentielle. Elle éclaire avec cynisme le discours de notre président et de son premier ministre qui était aux affaires dans le gouvernement Raffarin, les arguments tenus aujourd'hui par les grandes instances décisionnaires dans le monde, Commission Européenne, FMI, Banque mondiale, les dirigeants des grandes banques mondiales et des multinationales.
L'utilisation de la bande dessinée pour une telle enquête est intéressant car cela permet d'apporter un second degré de lecture venant compléter le texte très dense. Philippe Squarzoni utilise les mêmes trucs que les documentaires : du récit, de l'enquête entrecoupé d'interview de journaliste et d'expert des thèmes abordés. Il pousse la similitude en dessinant les personnes interviewés comme si elles étaient face caméra.
Mais j'ai trouvé que l'exercice touchait rapidement ses limites et devenait parfois lassant. L'auteur a du mal à trouver à chaque fois des métaphores, allégories qui renforcent le propos et le dessin devient parfois un peu du remplissage.
Dans un interview donné au site Cuverville en mai 2009, Philippe Squarzoni, reconnaissait qu'il dessinait assez mal et qu'il utilisait la photographie comme base de dessin. Il retravaille complètement ces photos pour en faire des dessins. Malheureusement cela se voit et il est vrai que je n'ai pas trouvé le dessin très enthousiasmant. Il est néanmoins très doué pour la mise en page et les raccourcis symboliques et métaphoriques qui donnent beaucoup de force à son propos. Les dix premières pages de l'album sont à cet égard assez saisissantes.
Malgré cette déception portant sur le graphisme, aspect qui de mon point de vue est tout de même un élément important pour une bande dessinée, l'album demeure très intéressant. C'est un bande dessinée très orientée politiquement qui ne plaira pas à tout le monde. Philippe Squarzoni délivre une démonstration très percutante grâce au support de la bande dessinée.
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NO PASARAN
L'auteur constate le scandale que représente la captation des richesses mondiales, on ne voit souvent les désastres de l'économie de marché que là où c'est le plus visible. C'est aussi un bon moyen de pression pour ceux qui orchestrent cette économie libérale, jouer sur notre peur de perdre nos "avantages", notre petit confort. Ceux qui monopolisent ces richesses, sont aussi ceux qui manipulent l'information à une grande échelle. Et derrière elle, l'écran de fumée qui permet à cette politique libérale de démolir sous nos yeux, mais sans qu'on y voit rien, l'ensemble du contrat social, aujourd'hui, en Europe. L'essentiel de la BD revenant en détail sur l'après 2002 et la politique libérale du gouvernement Raffarin, et son cortège d'infamies, où l'on voit comment l'écart s'est creusé entre élus et citoyens, le gouvernement putassier des années Chirac ayant radicalement détruit les exigences sociales des français au profit de l'enrichissement du marché et des plus riches. Au détriment de tout et de tous, et de l'état français en tout premier lieu. Les exemples montrent toujours le même geste de la machine de guerre libérale : manipulation de
l'information, réformes s'attaquant aux législations sociales, un même but : comment faire toujours plus d'argent avec ce qui est le fondement de la vie des gens. Les retraites, la santé, les salaires, l'emploi, le logement, l'éducation, la recherche, la culture... tout y passe, et à la moulinette. La France qu'ils disent d'"en bas" est enterrée vive, pendant que les milieux d'affaire et le Medef engraissent.
L'auteur opère des mises en abîme, des décalages visuels pour effectuer un constat accablant. Il utilise aussi des entretiens en mode subjectif avec des spécialistes des
questions économiques et politiques, afin de mettre à plat les tenants et les aboutissants d'une politique mortifère, reconduite en 2005. Je retiens l'intervention de Raymond Aubrac : "au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de résistance et des forces combattantes de la France libre appelons les jeunes générations à faire vivre et transmettre l'héritage de la résistance et de ses valeurs toujours actuelles". Et "l'ensemble de la société (à ne) pas démissionner, ni se laisser impressionner par
l'actuelle dictature internationale des marchés financiers, qui menace la paix et la démocratie. Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales ? Alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la libération, période à laquelle l'Europe était ruinée..." Par un détournement politique massif de cette richesse, un abrutissement des consciences, capitalisme et nazisme ont plus de points en commun qu'on ne pourrait le croire, cette idéologie libérale est tellement ancrée qu'elle est appliquée par la droite
mais aussi par la gauche.
à relire : le programme du CNR.
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Je pense que je suis définitivement réconcilié avec cet auteur que j'avais au départ assez mal jugé. Cette oeuvre traduit également ma pensée sur l'évolution de notre société ainsi que son mal endémique que les politiques tentent de cacher sous des artifices avec l'aide bienveillante des médias.

Il est vrai que Saison brune m'avait un peu échaudé. Cependant, j'avais apprécié le fait que l'auteur défendait sa thèse avec passion ce qui rencontrait un large succès auprès de son public acquis à la cause. Il en est de même en l'espèce mais cette fois-ci, c'est bien en accord avec mes idées.

Dol est un terme juridique qui signifie manoeuvre frauduleuse. Il va y avoir une démonstration plutôt pertinente de la manipulation des politiques avec certains thèmes comme l'insécurité. L'auteur s'appuie notamment sur des interviews de journalistes, d'avocats ou encore d'économistes ce qui crédibilise le propos.

Le constat sera celui de l'augmentation des inégalités et du fossé qui se creuse encore entre les favorisés et les plus démunis. Malheureusement depuis 2006, il y a une crise qui est passée par là et qui n'a rien arrangé aux choses. Il serait sans doute intéressant pour l'auteur d'aller plus loin comme proposer des solutions viables.
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Philippe Squarzoni est toujours aussi percutant pour décrire, analyser, donner la parole à des experts sur les sujets qu'il aborde dans ses bandes dessinées documentaires. Les premières pages de cette BD sont d'ailleurs, à cet égard, magistrales. Didactique et sérieux, tout en laissant la place à des séquences décalées voire humoristiques, Squarzoni traite ici avec justesse des politiques économiques libérales mises en place en France suite à la réélection de Jacques Chirac en 2002. Alors bien sûr, le propos est militant, mais heureusement qu'il l'est ! Les thèmes analysés ici sont éminemment politiques (au sens premier du terme) et les discours et idéologies présentés et décortiqués sont loin d'être neutres. Squarzoni sait s'appuyer sur des figures populaires anciennes ou plus récentes (notamment cinématographiques, de Charlot à Néo ou Yoda) pour les recontextualiser ou les mettre en perspective et ainsi faire mieux comprendre son propos. Seules quelques références très ancrées temporellement ne passeront peut-être pas les années (écrans pub de TF1 du début des années 2000, reprise des figures des Guignols de l'info) mais ce n'est pas dommageable au discours. Ainsi, la reprise et le "détournement" des publicités pour la marque de lingerie Aubade, que tout le monde aura oublié d'ici quelques années (ou a déjà oublié), est très réussie. Seul bémol, le chapitre consacré à Nicolas Sarkozy. Sur le fond, il est bien construit et très intéressant sur le rôle des journalistes dans la diffusion de l'image médiatique du personnage. Toutefois, il manque quelque peu de perspective par rapport aux chapitres précédents consacrés à l'économie, la santé, l'éducation ou encore la sécurité, appréhendés de manière globale et reliés. L'ouvrage étant sorti peu avant les élections présidentielles de 2007, peut-être était-ce un souhait de l'auteur de faire un zoom (bienvenu) sur cette dimension médiatique du discours politique du personnage. Lucide (Squarzoni ne cache pas les difficultés des mouvements de gauche à proposer une alternative), documentée (de nombreuses références d'ouvrages émaillent la BD), questionnante, cette BD n'est cependant pas complètement noire dans sa vision de l'avenir. Elle se termine sur une note optimiste avec le souhait (l'espoir ?) d'un salutaire réveil des consciences.
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Oulah ! Je n'avais jamais mis, avant cette BD, une semaine complète à finir un seul album. Il faut dire que non seulement celui-ci est un énorme pavé, mais qu'en plus il est d'une longueur et d'un compliqué à lire ! Jamais vu ça.

De Squarzoni, j'avais surtout lu les deux excellentes séries Saison brune et Garduno, en temps de paix, mais j'avais un petit faible pour sa façon de concevoir le monde, alors je me suis laissé tenté par la politique. Et la réponse est simple, c'est pas mon rayon.

Sans être méchant, la lecture est indigeste. Squarzoni insiste beaucoup sur certains points, allongeant le propos, fait intervenir plein d'acteurs dont on ne se soucie plus très vite, change les points de vue et les plans. Là où je trouvais ça percutant dans Garduno, j'ai vite été perturbé dans la lecture. Les cases suivent une logique, le texte au-dessus une autre. Certains pages devenaient du coup un véritable calvaire à lire, entre les différents textes se mélangeant. J'ai dû m'y reprendre souvent.

Après cela, le dessin est très bon et les premiers chapitres ne sont pas mauvais, ils se lisent bien et le propos est intéressant, mais la suite se corse sacrément et les derniers chapitres, pourtant les plus importants, sont presque de trop.
L'avantage, c'est de comprendre un peu mieux certains aspects des politiques de droites, même si le discours est ambigu car présenté par un gauchiste convaincu qui n'hésite pas à taper la droite. Ce n'est pas pour lui reprocher de ne s'attaquer qu'à elle, mais je lui reproche de ne pas chercher les aspects positifs. C'est un peu embêtant.

En dehors de ça, je recommande la lecture, surtout aujourd'hui, notamment pour mieux comprendre la situation politique actuelle et surtout le personnage de Sarkozy, sur qui Squarzoni tire à bout portant. Il donne matière à réfléchir, et je ne peux que l'encourager dans cette voie.

Je laisse donc à 3/5 malgré mon intérêt et ses qualités parce qu'elle reste tout de même très indigeste, et que je le reproche beaucoup à une BD. Dommage, ç'aurait pu être mieux.
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critiques presse (1)
Sceneario
10 mai 2012
Peut-être que Squarzoni va pâtir de son radicalisme habituel, néanmoins cet album mérite aussi amplement d'être dévoré, tant le propos est copieux, intelligent et passionnant.
Lire la critique sur le site : Sceneario
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
DOL est une BD-documentaire, la première que je lisais dans ce genre qui m'était inconnu. Elle traite des années 80-2005, pendant lesquelles une vague libérale déferle sur l'Europe et la France. C'est surtout une tentative de montrer que les politiques menées par la droite et la gauche pendant 25 ans, bien qu'opposées d'apparence, servent la même idéologie néo-libérale, à telle point qu'elle est aujourd'hui devenue incontournable. Chaque chapitre revient sur un pan entier de cette idéologie ou de ces années. Le plus intéressant d'entre-eux concerne la relation de Sarkozy aux médias, pendant sa période en tant que ministre de l'Intérieur, sa manière de créer de l'information permanente, de gesticuler, de mettre quotidiennement des chantiers en place sans que les journalistes n'aient le temps d'en dresser un bilan.
Très documenté, le livre alterne entre courtes séquences narratives, interviews de journalistes, d'économistes...etc et démonstrations, images à l'appui. Sa grande force est sa simplicité et en même temps sa densité, ce qui fait qu'il n'est pas le genre de livre dont on a oublié les différentes thèses et arguments une fois qu'on le referme. Un autre point positif est que l'on ne se sent pas enfermé dans la réflexion de l'auteur, qui, si elle est engagée, dépasse le sectarisme.
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Le problème ? Un enfant toutes les trois secondes qui meurt à cause de la pauvreté. 100.000 personnes qui meurent chaque jour de famine ou d’épidémie sur une planète où 20% de la population consomme 70% des ressources matérielles… et détient plus de 90% des richesses ! Le problème c’est 2 milliards et demi de personnes qui vivent dans l’extrême pauvreté. 260 millions d’enfants exploités au travail et 3 personnes qui possèdent une fortune supérieure au PIB des 48 pays les plus pauvres du monde.
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Le dol est une cause de nullité de la convention lorsque les manœuvres pratiquées par l'une des parties sont telles, qu'il est évident que, sans ces manœuvres, l'autre partie n'aurait pas contracté. Il ne se présume pas et doit être prouvé.
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« Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger les conquêtes sociales issues du Conseil National de la Résistance alors que la production de richesse a considérablement augmenté depuis la libération, période à laquelle l’Europe était ruinée ? » Raymond Aubrac.
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"Ce sont deux logiques bien distinctes et le libéralisme c'est réduire les espaces où s'exerce la logique d'efficacité sociale pour gagner les secteurs où s'exercent les logiques de rentabilité (pge 126)
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Vidéo de Philippe Squarzoni
L’immersion dans le quotidien des inspecteurs de l’unité des homicides de Baltimore en 1988 se poursuit dans cette troisième partie de l’adaptation du livre de David Simon, à l’origine de sa série The Wire (Sur écoute).
Retrouvez l'interview de Philippe Squarzoni : https://www.youtube.com/watch?v=JUvXxHeiq4k
Résumé : Un flic a reçu deux balles dans le visage. Pas d'arme. Pas de mobile. Pas d'indices matériels. Mais Terry McLarney a été le sergent de Cassidy. Son ami. Et il fera tout pour découvrir le coupable. Alors que l’affaire Latonya Wallace accapare toujours Landsman et Pelligrini, le tableau se couvre d’encre rouge. Les corps s'empilent, le taux de résolution plonge et la pression augmente…
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