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François Guérif (Autre)Gérard De Chergé (Traducteur)
EAN : 9782743651657
300 pages
Payot et Rivages (03/03/2021)
3.63/5   160 notes
Résumé :
Sur l'ïle de Vancouver, se dresse un hôtel aux murs de verre, seulement accessible par la mer. Il est fréquenté par une clientèle exclusive qui veut rompre avec "la civilisation connectée". Là, pas de wifi, pas de portable, on est au bout du monde.

Paul, aspirant compositeur, et sa soeur Vincent, vidéaste amateure, travaillent tous à l'hôtel Caiette. Un soir, alors qu'on attend l'arrivée du milliardaire new-yorkais Jonathan Alkaitis, le gérant découvr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (51) Voir plus Ajouter une critique
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sur 160 notes
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ODP31
  07 avril 2021
Moi, je n'aime pas les puzzles. Surement un traumatisme d'enfance lié à la perte d'une pièce venue ruiner la représentation d'une biche orange ou d'une copie crevassée d'un paysage de montagne digne d'un calendrier d'éboueurs.
Malgré cette allergie aux jeux de patience, je n'ai pas perdu mon temps dans la structure alambiquée de ce roman, casse-tête qui aurait pu casser d'autres parties moins pensantes de mon anatomie si son auteure n'avait pas été Emily St.John Mandel, cette romancière canadienne dont « Station Eleven », chef d'oeuvre apocalyptique, a rejoint mon panthéon: l'étagère la plus haute et la moins stable de ma bibliothèque.
Assembler toutes les pièces de ce puzzle, c'est découvrir un ciel gris derrière une baie vitrée. Sur la paroi transparente, une inscription sous forme de graffiti : « Et si vous avaliez du verre brisé ? ». Une sensation de mal à la gorge est autorisée.
Cette vision glaçante est celle de l'hôtel Caiette, palais isolé sur une île au nord de Vancouver. Gîte pour millionnaires fatigués à trop compter leurs pépettes, l'établissement appartient à Jonathan Alkaitis, avatar de Bernard Madoff, le défrayeur des chroniques de 2008, le genre à organiser des diners mondains en pleine pandémie pour continuer à réseauter le VIP.
Le roman va raconter les circonstances de sa chute, de la ruine de tous ceux qui lui ont fait confiance, autant par naïveté que par avidité. Employés, compagnes et victimes vont interroger leur mauvaise conscience et Emily St.John Mandel les décrit ici comme des spectres amorphes que l'économie a extradé du monde réel, apatrides argentés qui trainent la malédiction de la culpabilité comme un boulet de vieux fantôme écossais. Les zombies de Wall Street.
Mais rassurez-vous, l'histoire ne fréquente pas uniquement les pages saumonées du Figaro pour pêcheurs de bons placements. Inutile d'être un crac du Cac 40, un nostalgique de la bourse de Paris avec René Tendron ou de suivre le cours du Dow Jones pendant son jogging à Central Park pour se passionner pour ce récit. Derrière chaque trader, oui, un être humain fragile sommeille et les personnages en orbite de ce scandale financier portent des traumatismes d'enfance, la perte d'être chers et la nostalgie des rêves brisés. Des gens anormaux comme tout le monde.
La structure narrative brillantissime utilisée par Emily St.John Mandel fait écho au montage financier utilisé par Madoff pendant des dizaines d'années : la fameuse pyramide de Ponzi. Pas le gars qui a la classe avec une banane sur la tête et un vieux cuir, sacré Fonzi. Il s'agit ici de Ponzi, un homme d'affaire qui en 1919 inventa cette magouille pour cols blancs pressés de finir millionnaires. Happy days. Si cette fraude consiste à rémunérer les investissements des clients non par des placements miraculeux mais par les apports de nouveaux gogos, l'auteure a très habilement construit de la même façon son récit, l'intrigue s'enrichissant au fur et à mesure de personnages secondaires qui prennent de plus en plus d'importance et portent l'histoire jusqu'à l'effondrement. Un échafaudage de gratte-ciel.
Sauts dans le temps, puis dans le vide, je me suis laissé séduire par cette histoire aride portée par une écriture à la fois distancée et poétique. Cette romancière excelle dans les personnages hors sol et dans les ambiances froides et mélancoliques qui rappellent certains films de Sofia Coppola.
Un peu lent au démarrage mais ensuite les pages se tournent toutes seules, emportées par le souffle glacial d'une bise canadienne. Pas l'haleine de caribou.
Je veux bien miser mon livret A sur la consécration littéraire d'Emily St.John Mandel. Rien que son nom fleure bon la postérité.
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Kirzy
  06 avril 2021
Avec ce roman à la fois étrange et troublant, Emily St John Mandel plante son étendard là où l'ordinaire et l'étonnant se rencontrent, là où des personnes d'apparence banale s'arrêtent pour se demander comment ils en sont arrivés exactement là. le roman s'ouvre et se clôt avec la disparition nocturne d'une femme prénommée Vincent, elle dégringole du pont d'un porte-conteneurs près des côtes mauritaniennes.
Vincent, caméléon à l'agilité sociale parfaite, entrée presque par hasard dans le royaume de l'argent, n'est qu'un des personnages qui peuplent le roman. Elle est accompagnée de Léon, cadre dans une compagnie maritime qui bascule dans la marge ; d'Olivia, peintre octogénaire qui a eu son heure de gloire ; de Paul son frère toxicomane et musicien et de bien d'autres. Tous ont gravité autour de Jonathan Alkaitis, financier new-yorkais, double romanesque de l'escroc Bernard Madoff. Tous ont été profondément impactés par les agissements de ce seul homme lorsque la pyramide de Ponzi s'est écroulée et que l'escroquerie a été révélée.
A partir d'un mystérieux oracle inscrit à l'acide sur la paroi de verre de l'hôtel, adressé à Alkaitis ( «  et si vous avaliez du verre brisés ? »Emily St John Mandel a un talent fou pour tisser un récit complexe et imbriqué, tressant magistralement les interconnexions entre ses personnages disparates. Elle alterne des couches temporelles oscillant entre judicieuses analepses et ellipses audacieuses, qui pourraient perdre le lecteur, mais au lieu de cela l'hypnotise, aspiré par ce kaléidoscope de destins ( le parcours de Léon est juste superbe, quel magnifique personnage ! ). Je me suis seulement extraite de l'envoutement durant une cinquantaine de pages, lorsque le récit narre la découverte de l'escroquerie financière autour du choeur des employés serviles qui ont fermé les yeux.
Entre satire, ironie et tragédie, se dessine in fine une réflexion profonde sur la mutabilité de la vie, sur les frontières poreuses entre la culpabilité et la responsabilité, entre le passé et le présent. Tout est flou dans le ressenti des personnages qui doivent se confronter à la réalité de leur vie. Dans ce roman hanté de fantômes, les passages les plus beaux sont sans doute ceux où Alkaitis en prison, assaillis par les fantômes de ceux dont il a détruit la vie, s'inventent une contre-vie afin de s'évader. Les sections oniriques de cette réalité alternative apaisante donnent lieu à des moments de lecture très intenses. Il y a tellement de façon de hanter une personne dans ce roman adulte et profond.

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migdal
  27 décembre 2021
Assemblée avec la précision d'une montre suisse, cette intrigue promène son lecteur durant 35 ans (1994/2029) sur les océans du globe et les ruisseaux financiers en compagnie de plus de 35 personnages qui découvrent au fil des pages que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, que les rendements financiers extraordinairement réguliers et profitables ne peuvent pas être honnêtes et qu'un destin peut, à tout instant, être brisé.
Roman noir qui évoque l'escroquerie de Bernard Madoff et le principe de la pyramide de Ponzi, révèle les coulisses sulfureuses de la musique techno et les ravages provoqués par les stupéfiants, dévoile les mécanismes industriels et logistiques de la mondialisation avec son cortège de cargos immatriculés dans des états fantômes et ses montagnes de containers bourrés de textiles ou de produits électroniques, et nous plonge dans le monde des hyper riches évoluant entre le Canada, New York et les Emirats, encombrés d'escort girls aussi futiles que dépensières.
Roman social qui analyse les conséquences de la chute dans le vide quand l'épargne d'une vie disparait dans une escroquerie, quand les études financées à crédit débouchent sur un job mal payé et rendent illusoire le remboursement des emprunts, quand la précarité et la pauvreté obscurcissent le décor quotidien.
Roman moral lorsque, arrivés à la case prison, les escrocs sont hantés par les fantômes de ceux qu'ils ont exploité, ruiné ou tué, et que ces apparitions génèrent le remords et alimentent une interrogation sur les fins dernières … dans les pas d'un Dostoïevski, d'un Volkoff ou d'un Morris West.
Coupantes comme le verre, ces 400 pages demandent une attention soutenue, cachent quelques pièges (comment imaginer Vincent être un prénom féminin ?), dissèquent les ambitions, les illusions et les passions et laissent le lecteur abasourdi et émerveillé au terme de ce qui me semble l'un des meilleurs romans de l'année confirmant Emily St. John Mandel révélée par Station Eleven.
La quatrième de couverture claironne « L'hotel de verre figure sur la liste des 17 livres préférés de Barak Obama en 2020 », je précise qu'il fait partie de la liste de mes 17 livres préférés en 2021 ;-)))
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Cannetille
  14 octobre 2021
Une femme, Vincent, tombe de nuit d'un porte-conteneurs malmené par la tempête. Treize ans plus tôt, elle travaillait avec son frère Paul à l'hôtel Caiette, un luxueux établissement isolé sur l'île de Vancouver. Son destin basculait le soir où, juste quand le milliardaire new yorkais Jonathan Alkaitis pénétrait dans l'hôtel, un mystérieux et inquiétant tag apparaissait sur la façade vitrée : « Et si vous avaliez du verre brisé »…

Le récit commence là où il finira, dans un plongeon à pic et un tumulte d'images ultimes. Happé par la frénésie de l'incipit, le lecteur apprendra bientôt ce qui s'est enclenché un quart de siècle plus tôt, préparant Vincent à se laisser emporter par une illusion qui la perdra, en même temps que presque tous les personnages. Ce mirage a un nom et un visage : Jonathan Alkaitis, alter ego romanesque de Bernard Madoff, organisateur d'une gigantesque escroquerie construite sur le principe de la pyramide de Ponzi.

Comment une arnaque aussi massive, que d'aucuns avaient pourtant publiquement percée à jour, a-t-elle pu prendre autant d'ampleur et durer si longtemps ? Emily St John Mandel met en évidence les mécanismes humains qui ont conduit les protagonistes à se laisser enfermer, plus ou moins consciemment, dans une vulnérable mais séduisante bulle d'irréalité, à l'image de cet hôtel de verre, cocon douillet et exclusif à l'écart du monde, dont on en vient à oublier qu'il pourrait voler en éclats comme du cristal. Choisissant de ne voir que ce qu'il veut bien, selon l'opportuniste principe qu"'il est possible de savoir quelque chose et en même temps de ne pas le savoir", chacun s'aveugle en jouant du flou entre réel et virtuel, entre mensonge et apparences, pour apprendre à s'arranger avec ses craintes et ses scrupules, dans un complexe jeu de dupes où l'illusion finit par prendre corps.

Cette exploration psychologique construit peu à peu une galerie de portraits nuancés, souvent ambivalents, d'une grande humanité. Il s'en dégage une mélancolie de plus en plus prégnante, au fur et à mesure que s'estompe l'effet hypnotique du mirage qui maintenaient les personnages dans leurs illusions et leurs faux-semblants. Bientôt ne subsistent plus que la réalité crue du malheur et de la déchéance pour les uns, l'insupportable hantise de la culpabilité pour les autres, dans une évocation où affleurent émotion et poésie.

Savamment enchevêtrés, les éléments narratifs de cette histoire s'assemblent en un tableau désenchanté d'une société tellement obsédée par l'argent, qu'elle en arrive collectivement à se convaincre de la réalité de fantasmes insensés. Une lecture troublante sur la plasticité de nos représentations mentales, lorsque l'intérêt parvient à ce point à distordre notre perception du réel.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Archie
  29 juillet 2021
L'Hôtel de verre est un livre déroutant. Pendant les quatre-vingts premières pages, je me suis demandé dans quelle histoire embrouillée je m'étais embarqué avec Emily St. John Mandel, une jeune romancière canadienne à la réputation déjà établie... le bug de l'an 2000 ne m'avait pas perturbé ; je suis donc resté sur ma réserve dans les boîtes de nuit underground de Toronto, puis celles de Vancouver, courues par Paul Le 31 décembre 1999. Ce musicien junkie immature ressassait depuis l'enfance une relation tourmentée avec sa soeur cadette, affublée du prénom masculin de Vincent ; une très jolie jeune femme, dont les capacités d'adaptation vous surprendront...
… Apparaît soudain – cinq ans plus tard ! – un panorama de paradis perdu, à l'extrémité de l'île de Vancouver. Un hôtel de très grand luxe y offre un dépaysement grandiose à des touristes aux comptes bancaires XXL. On y retrouve Paul et Vincent. Mais voilà qu'un mystérieux graffiti défigure la façade vitrée du hall d'entrée : Et si vous avaliez du verre brisé ? Pas de quoi s'affoler, me direz-vous ! Un certain personnage pourrait toutefois y lire une menace…
Vous n'y comprenez rien ? Alors je reprends différemment.
Il se trouve qu'Emily St. John Mandel – c'est elle qui le révèle ! – a été fascinée par l'affaire Madoff… Vous vous souvenez ? Ce financier new-yorkais d'excellente réputation avait monté une société d'investissement aux performances incomparables. Etre son client était quasiment un privilège. Des institutions financières prestigieuses et des organisations caritatives lui confiaient des fonds, ainsi que des particuliers très fortunés ; ou juste fortunés. Lorsque la pyramide de Ponzi s'effondra, en 2008, Bernard Madoff avoua benoîtement qu'il savait depuis longtemps que cela devait arriver. Il est depuis décédé en prison, son sens de l'anticipation l'ayant sûrement averti que cela devait arriver, compte tenu de sa condamnation à cent cinquante ans de réclusion pénitentiaire.
Revenons-en à L'Hôtel de verre. Celles et ceux qui ignorent ce qu'est une pyramide de Ponzi auront de quoi élargir leur culture, tout en découvrant les contextes romanesques qui l'accompagnent, avant et après son krach. En périphérie de la gigantesque escroquerie, Emily St. John Mandel dresse une galaxie de personnages victimes, complices ou opportunistes, aux réactions psychologiques diverses. Ils témoignent.
Quel curieux soulagement, une fois que la vérité a éclaté, que le désastre est établi, et qu'il n'est plus besoin de craindre ce qui risquait d'arriver ! La cupidité, la naïveté, la soumission, la passivité, la peur de paraître stupide laissent la place au regret, à la fuite, à la mauvaise conscience, à la culpabilité, au désespoir, à la vengeance… Et si les circonstances et leurs conséquences deviennent dérangeantes, insupportables, l'on peut se réfugier dans les réalités alternatives que l'on souhaite : imagination, rêve, évasion… C'est le principe de la contrevie, déjà développé par Philip Roth il y a plus de trente ans. Une liberté salvatrice, qui peut pourtant dégénérer en divagations, délires, hallucinations.
Emily St. John Mandel a structuré son roman comme un puzzle, qui partirait de l'essentiel et s'ornerait de l'accessoire. Aux lectrices et aux lecteurs d'en démêler les fils. Après un début qui, comme je l'ai dit, m'avait quelque peu décontenancé, j'ai pris plaisir à voir l'écheveau se tricoter, à observer le parcours de la belle Vincent, celui du milliardaire Jonathan Alkaitis, puis de tous ces personnages s'affichant l'un après l'autre au premier plan. Amusant de passer d'un univers à un autre, en jonglant avec les années.
L'écriture est simple, directe, sans affectation, ce qui ne l'empêche pas d'exhaler une sorte de charme troublant, majestueux. Une fois le livre refermé, j'ai d'abord gardé le sentiment d'une image finale restant floue, indéchiffrable, évanescente. Il m'a fallu en relire quelques pages, en dégager quelques notes écrites, pour apprécier pleinement la saveur d'une étude de moeurs pertinente, étayée par des scènes critiques de la société contemporaine.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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critiques presse (4)
Actualitte   26 mai 2021
Avec L’hôtel de verre, elle nous offre un roman complètement différent et c’est l’une des grandes forces de cette auteure d’être capable de changer ainsi aussi radicalement d’univers.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LActualite   08 avril 2021
Après avoir connu un succès planétaire en 2017 avec Station Eleven, l'auteure native de la Colombie-Britannique est de retour avec L'hôtel de verre, dans lequel on retrouve avec bonheur sa plume efficace et ensorcelante.
Lire la critique sur le site : LActualite
LaLibreBelgique   02 avril 2021
Après le succès de "Station Eleven", Emily St. John Mandel confirme son statut d’auteur à suivre.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaPresse   15 mars 2021
Elle nous revient avec "L'hôtel de verre", où elle fait montre une fois de plus de sa maîtrise éblouissante des enchevêtrements narratifs.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Citations et extraits (35) Voir plus Ajouter une citation
migdalmigdal   27 décembre 2021
Mais ils étaient citoyens d'un pays de l'ombre que, dans sa vie précédente, il n'avait perçu que confusément, un pays situé tout au bord d'un abîme. De tout temps, bien sûr, il avait eu conscience de l’existence de ce territoire. Il en avait vu les avant-postes les plus évidents : abris confectionnés avec des cartons, sous des ponts autoroutiers ; tentes entrevues dans les buissons, en bordure des voies express ; maisons aux portes condamnées mais avec une lumière qui brille à une fenêtre de l'étage. Il avait toujours eu vaguement conscience de ces gens qui avaient glissé sous la surface de la société, citoyens d'un territoire sans confort ni aucune place pour l’erreur ; ils faisaient du stop sur les routes avec leurs maigres possessions dans un sac à dos, ils récupéraient des boîtes de conserve dans les rues des villes, ils arpentaient le Strip, à Las Vegas, vêtus de T-shirts qui proclamaient FILLES DANS VOTRE CHAMBRE DANS 20 MINUTES, ils étaient ces filles-là dans la chambre. Il avait vu le pays de l'ombre, ses faubourgs et ses panneaux, seulement il n'avait jamais imaginé qu'il en ferait un jour partie.
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migdalmigdal   26 décembre 2021
Ici, il est possible de se reposer dans la routine, dans l’ordre, dans la séquence lever-à-cinq-heures appel-à-cinq heures-et-quart petit-déjeuner-à-six-heures, etc., une journée succédant à une autre. Dans le monde extérieur, il restait éveillé la nuit, inquiet à l’idée d’être envoyé en prison ; maintenant, il dort très bien entre deux séances de comptage. Il y a une exquise insouciance à se réveiller chaque matin en sachant que le pire est déjà arrivé.
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CannetilleCannetille   14 octobre 2021
Il est possible de savoir qu’on est un criminel, un menteur, un homme sans grande moralité, et en même temps de ne pas le savoir, en ce sens qu’on a le sentiment de ne pas mériter sa punition, d’avoir droit, malgré les faits bruts, à de la clémence, à une sorte de traitement spécial. On peut savoir qu’on est coupable d’un crime très grave, qu’on a volé d’énormes sommes d’argent à de multiples clients et que cela a entraîné la misère pour certains d’entre eux et le suicide pour d’autres, on peut savoir tout cela et néanmoins considérer qu’on est victime d’une injustice quand le jugement tombe.
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migdalmigdal   26 décembre 2021
Cette conversation restait dans la mémoire de Léon l'une des plus délicieuses qu'il ait jamais eues, car il n’avait jamais parlé à personne de la façon dont il pouvait se connecter sur le transport maritime ou s'en déconnecter, comme s'il tournait le bouton de réglage d'une radio. Par exemple, quand il regardait Marie assise en face de lui, il pouvait voir la femme qu'il aimait, ou alors il pouvait changer de fréquence et voir la robe fabriquée au Royaume-Uni, les chaussures fabriquées en Chine, le sac à main en cuir italien, ou remonter encore plus loin et voir les itinéraires de navigation de Neptune-Avramidis éclairés sur la carte : la robe via la Route 3 Transatlantique Ouest, les chaussures via la Route 7 Transpacifique Est ou l’Express Shangai-Los Angeles, etc.
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CannetilleCannetille   14 octobre 2021
Tout en marchant vers le métro, il réfléchit même à la façon dont il présenterait la chose : « Je me suis rendu compte qu’il y avait de l’escroquerie dans l’air », s’imaginait-il déclarer à un futur employeur admiratif, « et ce jour-là je suis parti. Jamais je n’aurais imaginé plaquer un emploi comme celui-là, mais parfois il faut savoir fixer des limites. » Même si la limite, pour Oskar, avait été franchie onze ans auparavant, la première fois qu’on lui avait demandé d’antidater une transaction. « Il est possible de savoir quelque chose et en même temps de ne pas le savoir », affirma-t-il par la suite, lors d’un contre-interrogatoire. Le ministère public le déchiqueta sur ce point précis mais Oskar, en l’occurrence, parlait pour plusieurs d’entre nous qui avaient beaucoup réfléchi à cette dualité : savoir et ne pas savoir, être honorable et ne pas être honorable, savoir que vous n’êtes pas quelqu’un de bien mais essayer quand même d’être quelqu’un de bien dans les limites de la corruption. Nous étions tous prêts à mourir pour la vérité dans nos vies secrètes, ou sinon exactement à mourir, du moins à passer deux ou trois coups de téléphone confidentiels et tâcher de feindre la surprise quand les autorités arriveraient ; mais dans la vie réelle, nous touchions un salaire exorbitant pour rester bouche cousue, et vous n’avez pas besoin d’être un individu totalement horrible pour fermer les yeux sur certaines choses – ou même participer activement à certaines autres choses – quand il ne s’agit pas uniquement de vous, parce que, parmi nous, qui est absolument seul au monde ? Il y a toujours d’autres personnes dans le tableau. Nos salaires et nos primes payaient un toit sur nos têtes, des papillotes en forme de poisson rouge, les études des enfants, les frais des maisons de retraite, les remboursements sur l’appartement de la mère d’Oskar à Varsovie, etc.
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Rencontre avec Emily St. John Mandel.
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