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Françoise Toraille (Traducteur)
EAN : 9782234060203
384 pages
Éditeur : Stock (20/08/2008)
Résumé :
Aleksandar grandit près de Višegrad, dans ce qui est encore la Yougoslavie, quand se produit un drame : la mort de son grand-père Slavko. Celui dont les récits légendaires du communisme l’ont enchanté, et auquel il a fait le serment de transformer la réalité en histoires, l’enfant espère jusqu’au bout le réveiller. Son grand-père adoré n’a t- il pas fait de lui un magicien ? Mais il faudra que les pouvoirs d’Aleksandar soient grands car la guerre est proche. Viendro... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
horline
  07 mai 2020
Le soldat et le gramophone est le genre de roman comme seuls ou presque les territoires des Balkans savent en générer. Comme souvent, il y est question de la guerre fratricide qui a déchiré la Bosnie, de mort, de familles séparées et déracinées mais Saša Stanišic a enrubanné le tableau d'insouciance, de cynisme et d'absurde.
La guerre est même très peu évoquée dans le récit qui ressemble à une succession d'instantanés qui s'entrechoquent, la pensée surgit de manière pas toujours limpide et les associations d'idées sont parfois farfelues. L'empreinte du jeune âge du narrateur, qui avec sa voix enfantine inspecte les choses futiles, les petits détails et ne regarde pas les événements de la même manière que les adultes.
Puis le temps, le déracinement né de l'exil en Allemagne s'emparent de la mémoire chaotique, ils exigent une certaine cohérence, le besoin de donner sens aux impressions d'enfant. le roman abandonne sa part de fantaisie pour donner une seconde vie autant qu'une autre dimension aux souvenirs. L'écheveau des évocations se démêle et le récit devient plus sombre et intensément réaliste.
Dans ce roman à forte coloration autobiographique, tout le talent de l'auteur réside dans cette faculté à restituer la perception d'un événement tragique par un enfant. Il fouille sa mémoire et, débarrassé de sa perspective d'adulte, le regard s'attarde sur les copains de l'époque, les histoires du grand-père fervent partisan de Tito, les repas de famille, les parties de pêche dans la Drina. le texte constitue des assemblages extravagants par instants, on savoure l'humour poétique et la vérité pleine de candeur à d'autres.
Il nous ramène un peu en enfance, il faut donc faire preuve d'une certaine souplesse chaque fois que le jeune narrateur joue à saute-moutons avec les faits, accepter les zones d'ombre laissées à plus tard. La rupture narrative tout comme la variation des genres sont susceptibles d'en surprendre quelques-uns. Mais cela apporte tout au moins une certaine profondeur au texte.
Même si le soldat et le gramophone emprunte à l'écriture introspective allemande, il reprend pour l'essentiel les codes de la littérature des Balkans avec cette faculté de réenchanter un monde dévasté. Véritable marqueur génétique qui a toujours été une force d'attraction à laquelle il m'est difficile de résister.
Lecture distrayante.
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Commenter  J’apprécie          610
Sharon
  25 août 2014
Ce premier roman est autobiographique, sans être pour autant centrée sur la seule personne Aleksander, le narrateur. Il vit au milieu d'une famille incroyable, certes, mais avec laquelle j'ai eu peu d'empathie. Ils sont tous présentés de manière hyperbolique. La tante Typhon, par exemple, qui va plus vite que tout le monde - et finalement, se moque un peu du ressenti de chacun. le grand-père maternel était tout entier dévoué à la Drina, "son" fleuve, au point de ne pas se préoccuper de ceux qu'il laisse derrière lui (et il ne s'en préoccupait pas non plus de son vivant). le grand-père paternel est une figure du Parti, un fidèle de Tito. , mort subitement. Son petit-fils n'a de cesse de perpétuer son souvenir, celui des histoires qu'il racontait, tout au long des 376 pages du roman.
Tout est raconté à hauteur d'enfant, sans recul, sans analyse, et c'est ce qui fait en partie le charme de ce roman. En lisant son enfance, de la cueillette des prunes à l'inauguration des nouvelles toilettes, j'ai peine à croire que nous sommes au tout début des années 90 - et je ne vous parle pas non plus des sujets de devoirs qu'il doit rédiger à l'école. le mot "homophobie" n'existe pas encore, et ce n'est pas vraiment de cela dont Francesco, l'italien venu travailler quelques temps au village, est victime, non, plutôt des commérages et de la bétise de ceux qui se retournent contre celui qui est vraiment étranger, donc différent. Rien ne semble préfigurer la guerre qui dévastera tout - guerre qui a eu lieu juste à côté de chez nous (mais c'est vrai que, contrairement au Koweit, il n'y avait pas de pétrole).
Certaines scènes m'ont rappelé J'ai quinze ans et je ne veux pas mourir de Christine Arnothy. "Guerre" n'est pas vraiment le nom qui convient, puisque les soldats s'en prennent presque exclusivement aux populations civiles, et dévastent tout sur leur passage. "Carnage" et "génocide" sont plus appropriés. Ils restent presque tout anonymes, ces soldats aussi bêtes que haineux, au contraire de leurs victimes. Les parents d'Aleks, eux, choisissent de partir, en Allemagne, chez le frère qui y travaille "au noir", puis, les années passant, de partir encore plus loin, aux Etats-Unis, pour enfin revivre. Aleks reste en Allemagne, dans ce qui fut "la meilleure partie de l'Allemagne" (la RDA) puis revient au pays, cherche à savoir qui a survécu, ce que sont devenus ceux qu'il a connus. Il retrouve Katrina, sa grand-mère paternelle, qui a voulu rester auprès de la tombe de son mari. Auprès de son fils Miki, aussi, dont on comprend à demi-mots qu'il a participé activement à la guerre. Il découvre et raconte l'horreur, en mots simples et crus.
Le livre se termine sur une lueur d'espoir. Qu'elle brille longtemps.
Lien : http://deslivresetsharon.wor..
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kathel
  23 février 2010
C'est un premier roman que j'ai trouvé très original, très riche, qui donne envie d'en relire des passages dès la dernière page tournée. Il est extrêmement inventif, tant du point de vue de la langue que de celui des histoires qui s'enchaînent sans laisser au lecteur le temps de souffler. Je trouve que l'auteur est un véritable conteur. Son personnage principal, Aleksandar, jeune garçon puis jeune homme né de père serbe et de mère bosniaque dans une Yougoslavie en plein conflit, évolue dans une atmosphère parfois loufoque et tragique, sur fond de musiques tsiganes, comme dans un film d'Emir Kusturica : un mari trompé se met en rage parce que son rival l'a battu à un jeu vidéo, de nouveaux WC sont inaugurés, un mariage tourne au drame, un autobus glisse sur un lac gelé, la guerre est représentée par un match de foot entre parties ennemies… Il y a sa rivière, la Drina, qui est un personnage à part entière, du grand-père qui s'y noie un soir de beuverie au silure tiré de l'eau et portant barbe et lunettes !
Mais ce n'est pas que cela, le narrateur est souvent nostalgique, écrivant ou lisant des lettres émouvantes de personnes perdues de vue, essayant de cacher la douleur de l'exil, retrouvant ses dessins d'enfant inachevés. Il faut s'accrocher à certains passages, sans fil conducteur apparent pour nous guider, mais la magie, c'est que plus on avance dans la lecture, plus on adore ce roman, et que le fil est retrouvé soudain. Aleksandar établit des listes de tout ce qui lui manque de Visegrad, la ville dévastée de son enfance, enfance qu'il qualifie d'inachevée, enfance où il aurait voulu être le magicien du possible et de l'impossible, et surtout il raconte, pour tenir la promesse faite à son grand-père de ne jamais arrêter de raconter. Pour le plus grand bonheur du lecteur...
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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yaki
  19 décembre 2014
Il est un peu difficile d'entrer dans l'histoire et il faut bien quelques chapitres avant de se laisser entrainer par l'univers et le rythme du récit. Mais ce livre décrit avec légèreté le destin d'une famille, le regard naïf d'un enfant (qui espère toujours faire revenir son grand-père d'un coup de baguette magique,...), la violence de la guerre et est assez drôle malgré le contexte de l'histoire. de plus, il est très intéressant de lire un roman sur une guerre qui s'est déroulée si près de la France et que pourtant on ne connait pas si bien.
A découvrir !
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Bunee
  19 octobre 2008
Le soldat et le gramophone a été pour moi un vrai coup de coeur.

Dans ce livre, l'auteur explore ses souvenirs d'enfance qui naissent avec lui vers Visegrad, au sein de feue la Yougoslavie.

On commence par un première rencontre, avec la mort, celle de son grand père qu'il adore, d'une crise cardiaque devant le record du monde de C.Lewis. le petit Aleksandar est alors persuadé d'être un magicien très puissant, qui peut ramener son grand père merveilleux conteur à la vie, il suffirait qu'il retrouve le chapeau en papier qu'il a confectionné et orné d'étoiles et de lunes.

Aleksandar nous raconte ensuite de nombreux épisodes de l'histoire familiale, lumineuse et heureuse, des historiettes, hautes en couleurs, parfois droles ou dramatiques, ses dialogues avec le fleuve, ses rédactions à l'école qui desesperaient ses maitres d'école ... Il est à l'instar de son grand-père, un conteur magnifique! Cependant on peut sentir poindre et grandir, derrière ses portraits colorés de l'enfance, une ombre inquiétante, nourrie de colère et d'intolérance.

La situation s'assombrit, en effet: le conflit éclate, la guerre et ses exactions se rapprochent. L'enfant en est le témoin impuissant, et garde en tête comme roue de secours son gout pour l'inachevé.

Puis l'exil en allemagne, l'adaptation, et la quete de la petite fille d'a coté, avec qui il se cachait, qui doit être quelque part à Sarajevo. Elle devient peu à peu un fantome dont l'existence s'étiole, à l'image du souvenir du pays natal.

C'est assez bien écrit, en tout cas de façon très belle, sensible et touchante, c'est un récit spontané qui vous envahit vraiment. Une superbe expérience littéraire
Lien : http://lelabo.blogspot.com/2..
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
kathelkathel   23 février 2010
Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi avec mes pensées, devant le cercueil de grand-père. Je ne sais pas quand j’ai échappé au poids des mains de mon père ni quand j’ai fait en courant le tour de la tombe qui sentait la terre humide. Ni quand j’ai mis sur ma tête le chapeau aux étoiles jaunes et bleues qui tournoient autour du croissant de lune, alors qu’au matin du jour où, malgré toute magie, il était mort le soir venu, grand-père m’avait expliqué que ce ne sont pas les étoiles qui tournent autour des lunes, mais les lunes autour des étoiles. Combien de temps ai-je ainsi pointé le bout de ma baguette vers l’étoile à cinq branches, à la tête du cercueil, combien de temps me suis-je débattu quand on a voulu m’éloigner ? Je ne sais plus ce que j’ai crié, ni combien j’ai pleuré ! Pardonnerai-je jamais à Carl Lewis d’avoir usé tout mon pouvoir magique pour son record du monde, si bien qu’il n’en est plus rien resté pour grand-père ? Tout ça pour ces 9 secondes 86 au soir du 25 septembre 1991, au soir du soir où on n’a pas pu entendre du haut du Megdan une mère chuchoter à son fils : Tu as eu un grand-père qui t’aimait, il ne sera plus jamais là. Mais son amour pour nous est infini, son amour ne disparaîtra jamais. Aleksandar, maintenant, tu as un grand-père infini.
Nous nous étions fait une promesse d’histoires, maman, avait acquiescé le fils d’un air résolu en fermant les yeux comme pour faire de la magie sans baguette ni chapeau, une promesse toute simple : ne jamais arrêter de raconter.
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horlinehorline   18 mai 2020
La ville d'Essen tout entière n'est en fait rien d'autre qu'un énorme garage et on aurait presque envie de remercier les mauvaises herbes qui poussent entre les pavés de tenir le coup.
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CielvariableCielvariable   01 février 2019
De quoi t’as envie ? demande plus tard ma mère, quand tout le monde est parti et que je suis déjà couché. Elle me qualifie de son «camarade en chef des pêcheurs ». Elle sait combien j’aime le mot « camarade en chef ». Il faut parler avec douceur aux vainqueurs fatigués.

Je voudrais que tout reste bien pour toujours, voilà ma réponse.

Et bien c’est quoi ? demande maman en s’asseyant sur le bord de mon lit.

C’est quand ce soir tu me prépares des sandwichs pour demain et que demain j’ai le droit d’aller pêcher et que tu ne te fais pas de souci parce que tu ne sais pas où je suis et que grand-père sera toujours vivant et que vous tous vous serez aussi toujours vivants et que les poissons ne cesseront pas de nager dans la rivière et qu’Osijek va arrêter de brûler et que l’an prochain l’Etoile rouge gagnera encore la Coupe d’Europe et que jamais grand-mère Katarina ne sera en panne de voisines et de café et que, en réalité, Nena Fatima entend tout même si elle n’entend rien, que les maisons font de la musique et qu’à partir de maintenant, immédiatement, personne n’aura à se casser la tête à propos de la Croatie et qu’il y a des petites cases pour y mettre des goûts de telle sorte que nous puissions les échanger les uns avec les autres et nous ne devons pas oublier comment on fait pour se serrer dans les bras les uns des autres et…

Les lèvres de ma mère tremblent. D’accord, dit-elle, et c’est la première fois depuis qu’il y a des premières fois en la matière qu’elle ne dit pas : Mais ne va pas trop loin.
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Blandine54Blandine54   16 janvier 2019
C'est dans nos livres d'école que Tito a vécu le plus longtemps. L'histoire, le serbo-croate et même les maths ne pouvaient pas se passer de lui. La distance entre Jajce et Bihac est de 160 kilomètres. Une Yugo va de Jajce à Bihac en roulant à 80 km/h. Au même moment, notre camarade Josip Broz Tito court à une vitesse constante de 10 km/h en allant de Bihac vers Jajce. A quel endroit se rencontreront-ils ?
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Blandine54Blandine54   14 janvier 2019
L'invention, c'est le don le plus précieux, l'imagination, la plus grande des richesses, retiens bien ça, Aleksandar, avait dit grand-père d'un ton grave en me posant le chapeau sur la tête, retiens bien ça et imagine un monde plus beau.
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Videos de Saša Stanišic (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Saša Stanišic
Sasa Stanisic - Avant la fête .Sasa Stanisic vous présente son ouvrage "Avant la fête" aux éditions Stock à l'occasion du salon le Livre sur la place à Nancy. Traduit de l'allemand par Françoise Toraille. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/stanisic-sasa-avant-fete-roman-9782234078178.html Musique © Mollat - http://www.mollat.com/ Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/petrovic-goran-atlas-des-reflets-celestes-9782882503824.html http://www.lelivresurlaplace.fr/ Retrouvez la librairie Mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat You Tube : https://www.youtube.com/user/LibrairieMollat Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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