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Isabelle Stengers (Traducteur)
EAN : 9782366244113
208 pages
Cambourakis (03/04/2019)
4.14/5   7 notes
Résumé :
À partir de son expérience dans le mouvement altermondialiste, Starhawk, féministe et sorcière, aborde dans cet ouvrage des questions cruciales qui sont toujours celles des mouvements sociaux aujourd’hui. Elle y examine tour à tour la relation à la nature et aux lieux, l’organisation d’une démocratie directe, les problèmes posés pour construire un mouvement plus diversifié, la question de l’appropriation culturelle, l’importance de repenser la non-violence, le lien ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
LeCombatOculaire
  22 mai 2019
Écrit en 2002, ce livre est la suite de Chroniques altermondialistes - Tisser la toile du soulèvement global, paru en 2016 chez Cambourakis (mais il peut se lire indépendamment du premier), et fait furieusement écho aux mouvements militants de ces dernières années (et bien plus encore). Starhawk, qui s'identifie entre autres comme païenne, féministe, sorcière et anarchiste, est surtout connue pour sa participation à des actions directes non-violentes depuis les années 70 jusqu'à nos jours. Dans ses textes, elle essaye de concilier le monde spirituel et le monde politique, tente de trouver des solutions pour construire un monde meilleur et réveiller le pouvoir intérieur des gens pour se libérer du pouvoir de domination exercé sur elles et eux.
Il va donc être ici question des différents pouvoirs de domination contre des minorités, comment leur système s'inscrit durablement et parfois inconsciemment, comment essayer de les contrer, les changer, les défaire. Il va sans dire que son point de vue reste celui d'une personne blanche qui bénéficie de certains privilèges et elle admet volontiers devoir défaire elle-même des préjugés encore tenaces, distillés par une culture principalement dominante. Néanmoins, son approche entrera en résonance avec les personnes qui s'identifient comme militantes, activistes et anti-oppressives, tout en étant conscientes de leurs propres pouvoir-sur, volontaires ou involontaires.
Starhawk commence par le plus global : l'environnement, le rapport entretenu avec la nature. Il est bien fait mention du fait que l'on sépare encore nature et humanité, comme si nous n'en faisions pas partie mais étions une entité bien différente. Ce travers qui fait que l'on a plus de facilité à se dissocier de son environnement et à ne pas s'en sentir responsable. Bien qu'il paraît clair qu'il est difficile pour les habitant•e•s des villes de se sentir proche d'un environnement non-artificiel, et donc de se préoccuper d'un aspect de la nature qui n'est pas côtoyé chaque jour, nous avons aujourd'hui le souci et la responsabilité d'agir pour la durabilité de l'écosystème, chacun•e à sa manière.
Il est donc posé que la plupart des humains se détachent de l'entité nature, mais il est tout aussi troublant que les humains se détachent à l'intérieur même de leur propre espèce, pour se placer toujours plus au-dessus, pour toujours plus exploiter, contrôler, profiter, diminuer. Et c'est d'autant plus inquiétant que si l'humain n'est pas capable de respecter ce qui lui ressemble, il est donc incapable d'avoir du respect pour sa propre maison et sa famille élargie. En cause ici, principalement : racisme, sexisme, hétérosexisme, classisme, etc. mais aussi appropriation culturelle, réappropriation des luttes... D'où viennent ces préjugés, comment s'en défaire, comment être un•e bon•ne allié•e, quelles sont les erreurs à ne pas faire, comment mieux vivre ensemble : un mini-traité qui ne se veut jamais exhaustif et qui prend en compte ses propres oeillères tout en tentant de faire toujours mieux.
Et puisqu'il est question de tout ça, il est donc question de violence. Starhawk donne sa propre définition de la violence : « Je définis comme « violence » la capacité d'infliger de la douleur physique, de nuire, ou de tuer, la capacité de punir en restreignant la liberté ou en limitant les choix, la capacité de s'accaparer des ressources vitales ou pécuniaires et de les redistribuer à sa guise, la capacité de blesser émotionnellement ou psychologiquement, de faire honte et d'humilier. » Elle admet également qu'il est difficile d'établir une définition de la violence qui soit la même pour tou•te•s et en toute circonstance. Elle fait aussi le tour de ce qui constitue une action « non-violente » et à quel moment il peut être acceptable de laisser parler sa colère et faire preuve d'une certaine violence si ça peut mener à des résultats concrets.
L'autrice termine par un chapitre qui répond à la question première du livre : Quel monde voulons-nous ? Voici ce que nous voulons. Cela passe par "la viabilité des systèmes qui entretiennent la vie sur la planète", le respect du "domaine du sacré", le contrôle des communautés sur leurs propres ressources, droits et héritages, la responsabilité des entreprises, le soutien équitable pour tou•te•s, une juste compensation du travail, le droit à la dignité et à la sécurité, la responsabilité collective et la démocratie. Les rôles de l'économie sont définis ainsi : la sécurité, l'abondance, l'équité, l'efficacité, la durabilité, la solidarité. Et si nous voulons être de bon•ne•s allié•e•s : être honnêtes, faire de la place, nous définir autrement, approfondir nos savoirs, demander la permission et reconnaître les dettes, contrecarrer l'oppression, donner en retour, penser aux enfants.
Ce livre est un bon rappel pour toute personne déjà un peu engagée ou qui souhaite l'être encore plus, encore mieux. du bon sens, des vérités simples, des prises de conscience, du pragmatisme, des solutions, pas de moralisme, une tentative de rassembler, réfléchir, reprendre le pouvoir ou donner un peu de sa part... Pour celles et ceux qui ne se sentent pas spécialement d'affinité avec le côté "sorcière" mais qui se sentent plus ancré•e•s dans le quotidien pratique, ce livre conviendra parfaitement pour s'initier à la vision de Starhawk.
Lien : https://lecombatoculaire.blo..
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Lsky
  17 août 2021

Préfacé par l'incroyable Isabelle Stengers, la collaboration entre les deux femmes n'est pas nouvelle, l'une connaissant très bien les sujets de l'autre.
Quel monde voulons nous est une anthologie de divers textes de Starhawk, initialement publiés sur son blog. Elle explique bons nombres d'aspects de sa philosophie écologique. Respect de l'environnement, des rituels, astuces de reconnexion avec la nature. Elle rappelle que l'idée n'est pas de se couper du monde, au contraire, mais d'apprendre à se connecter aussi bien aux réseaux qu'à internet.
Militante, elle défend son mouvement écologique, explique l'urgence de la situation, elle a également passé plusieurs jours en détention pour ses convictions… Il y a donc une longue explication de ce qu'est la défense écologique, et cela est particulièrement intéressant car ça entre en raisonnement avec notre actualité directe. Non pas parce que la planète est clairement en train de crevée, mais parce que Starhawk a mené de réelles actions pacifiques militantes. Il est donc intéressant de lire ça aujourd'hui quand on voit les mouvements de contestations actuels en France et à travers le monde. La non-violence est de ne pas pratiquer la violence malgré le fait de la subir.
C'est vraiment passionnant de lire ce qui se passe à travers le monde à la lumière ce des réflexions sur l'unité citoyenne, humaine, l'écologie et la non-violence.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
LeCombatOculaireLeCombatOculaire   22 mai 2019
• Être un•e bon•ne allié•e signifie développer des relations personnelles et pas seulement politiques. Cela signifie apprendre à connaître les gens dans toute leur densité, aller prendre un café ou une bière, passer du temps, inviter les gens à dîner et pas seulement à des réunions.

• Être un•e bon•ne allié•e signifie poser la question de la diversité dans des groupes qui ne s'en sont pas encore préoccupés, observer qui est inclus•e et qui ne l'est pas, mettre en question les politiques et les pratiques qui produisent de facto des exclusions.

• Être un•e bon•ne allié•e signifie partager les ressources, l'attention des médias, les occasions de parler et d'être entendu•e.

• Être un•e bon•ne allié•e signifie contrecarrer les oppressions, ne pas laisser passer les remarques racistes ou sexistes, ne pas laisser le groupe ciblé avoir toujours à se défendre lui-même.

• Être un•e bon•ne allié•e signifie apporter notre soutien aux questions des autres sans abandonner les nôtres.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   22 mai 2019
En tant qu'activistes blanc•he•s, nous pouvons examiner notre propre racisme inconscient. Nous pouvons mettre en cause notre manque non pas seulement d'ouverture mais de tentative réelle de donner aux personnes de couleur une place centrale dans les processus d'organisation. Nous pouvons reconnaître que nous n'avons pas pris en considération les problèmes qui les concernent ni ceux que rencontrent leur leadership et leurs organisations. Les succès les plus impressionnants de l'action directe non-violente reviennent aux luttes de libération des personnes de couleur, mais l'action directe est plus risquée pour celles et ceux qui sont déjà la cible du système d'injustice criminelle, et pour envisager ces risques, il faut être convaincu•e que ce qui est en jeu est un problème vital. En tant qu'activistes blanc•he•s, nous devons étudier l'histoire et les contributions des personnes de couleur et apprendre à devenir de véritables allié•e•s.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   22 mai 2019
Lorsqu'ils sont mis en face de cette incapacité, les gens se comportement mal sur des modes assez prévisibles. Certain•e•s membres de classes privilégiées - les hommes, les blanc•he•s, les hétérosexuel•le•s, les gens de la classe supérieure - ne verront pas le problème, le nieront lorsqu'ils et elles y seront confronté•e•s, contesteront les perceptions et les ressentis du groupe ciblé, se mettront sur la défensive, se mettront en colère, chercheront des excuses prévisibles, feront des mauvaises blagues et blâmeront la victime. Ils et elles feront, pour la forme, quelques efforts pour changer et trouveront de nouvelles manières de perpétuer leur comportement insultant. Certain•e•s ressentiront de la honte et de la culpabilité - une culpabilité si intense qu'ils et elles en deviendront presque infréquentables - et se couperont en quatre pour essayer de faire plaisir, pour devenir des « je veux en être », des groupies qui adoptent le style, l'argot, la nourriture, les loisirs du groupe ciblé et, cherchant à gagner ses faveurs, snoberont les autres membres de leur propre groupe...
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   22 mai 2019
La Police du Langage. Changer notre langage, apprendre de nouvelles manières de dire et de penser les problèmes fat partie de la réponse à donner aux syndromes de la domination. Il y a certains mots qui doivent tout simplement être bannis du vocabulaire des personnes conscientisées, et beaucoup de concepts et d'images doivent être repensées. Mais souvent, dans les groupes, quelqu'un•e semble rôder comme une mante religieuse, se frottant les mains dans l'attente d'une erreur sur laquelle il ou elle pourra se jeter. (...) La Police du Langage peut de manière consciente ou inconsciente essayer de se montrer comme véritablement antiraciste, mais son zèle sape le travail de mise en cause effective de l'oppression. Un groupe dont les membres commencent à ne plus vouloir s'exprimer de peur de commettre une erreur qui heurte la sensibilité devient morne et étouffant. Or, le langage peut être mis en question sur des modes susceptibles d'activer la créativité plutôt que de faire taire.
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LeCombatOculaireLeCombatOculaire   22 mai 2019
Nous honorons la colère mais essayons d'agir avec une rage intelligente qui communique un message et communique avec notre intention. Nous ne laissons pas la rage nous contrôler mais choisissons de manière consciente comment utiliser l'extraordinaire source d'énergie qu'elle constitue.
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Videos de Starhawk (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Starhawk
Herstory Starhawk VOSTFR 31 mars 2017 https://archivesherstory.com/ Starhawk, née en Californie, en 1951, est une théoricienne du néo-paganisme. Elle est une des voix les plus écoutées de l’éco-féminisme. Starhawk vit à San Francisco où elle travaille sur la tradition de la WICCA, tradition qu’elle a contribué à fonder au travers de cours, ateliers, camps et rituels publics avec pour objectif d’unir spiritualité et politique. Son livre Rêver l’obscur - Femmes, magie et politique est un best-seller, il est à la base de la création de mil- liers de groupes de sorcières dans le monde.
HERstory – des archives à l’heure des postféminismes La maison des arts, centre d’art contemporain de Malakoff a présenté du 21 janvier au 19 mars 2017, l’exposition HERstory – des archives à l’heure des postféministes, proposée par l’historienne d’art et commissaire d’exposition, Julie Crenn et l’artiste, Pascal Lièvre.
Grâce à Internet, les paroles et les écrits issus des différentes aires géographiques et culturelles sont accessibles, pourtant un problème de langage freine le développement théorique. HERstory se saisit de ce problème par un travail de traduction. Traduction: Emilie Notéris
Starhawk
Women and Spirituality Discusses the Witch 1989 42 s
Pagan Witch Ritual extrait de the Women and Spirituality trilogy from Alive Mind Media 1min 38 s 1989
Permaculture and the Sacred extrait d’une conférence de 1 h 24 mn Harvard Divinity School 2013 9 min
Spiral Dance with Starhawk Glastonbury (Crone) Goddess Confe- rence 4 min 48 s, 2014
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