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ISBN : 207274198X
Éditeur : Gallimard (16/08/2018)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 72 notes)
Résumé :
« Et maintenant, il est trop tard, répond Ari, pétri de remords. Anna esquisse un sourire, elle lui caresse à nouveau la main et lui dit, quelle sottise, il n’est jamais trop tard tant qu’on est en vie. Aussi longtemps que quelqu’un est vivant .»

Après plusieurs années d'absence, Ari rentre en Islande. Il est devenu éditeur et a récemment quitté sa femme. À Keflavík, la neige recouvre tout mais les souvenirs affleurent. Dans ce village de pêcheurs in... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  13 avril 2017
Nul ne peut marcher sur la mer, ça se saurait sinon, et si « d'ailleurs les poissons n'ont pas de pied » c'est pour cette raison, apprenait-on dans le premier volet.
Voici donc le deuxième tome du diptyque, de cette saga familiale islandaise sur trois générations qui m'avait plongé avec délice dans la prose lyrique et poétique de cet auteur. C'était en 2015 déjà, ma mémoire bancale m'a incité à m'y replonger avant d'aborder la suite (mais ça n'est peut-être pas forcément indispensable, l'on peut lire sereinement le tome 2, les rappels y sont suffisants... enfin à mon avis).
L'on retrouve la famille d'Ari, poète de retour à Keiflavik pour se rendre au chevet de son père, après avoir quitté 2 ans plus tôt femmes et enfants pour Copenhague, et n'y avoir trouvé que regrets. Revoici ses amours, ses amis, ses emmerdes. Les souvenirs de son oncle Pordur, sa grand-mère Magret. Entre autres bien sûr, car les personnages prolifèrent. Construit comme le précédent, le récit oscille entre jadis et aujourd'hui, et se permet même des incises. Avec pour lien en guise d'héritage à ses diverses époques la gifle, monumentale gifle qu'ils se sont parfois transmise de père en fils.
Mais là n'est pas l'essentiel. le livre ne peut être résumé, tant les histoires des habitants de Keflavik se croisent et s'entre-mêlent, en plus de celles de la famille d'Ari.
Il y est aussi et surtout question d'univers, dans cette suite à « D'ailleurs les poissons n'ont pas de pied".
Quoi de mieux comme titre qu'« A la mesure de l'univers » en effet, quand avec Jon Kalman Stefansson on a cette sensation unique de basculer dans un monde si particulier, islandais, mêlant à l'humanité fjords et poésie, mers et étoiles, anges et glaciers. Une Islande où il ne neige pas comme ici ou là, où il faut s'attendre à voir dans les flocons des signaux d'un au-delà.
L'univers de ce roman n'est donc pas que terre-à-terre. Avec sa prose poétique et son lyrisme en conducteurs, il semble étirer parfois le réel vers un ailleurs, comme s'il cherchait dans les différentes époques une raison à l'humanité.
« Ari ouvre les yeux au son d'un chant qui lui semble venu de très loin. Il met longtemps à se réveiller vraiment, en tout cas, suffisamment pour distinguer le sommeil de la veille, le rêve du réel, et voilà sans doute pourquoi, l'espace de quelques instants, il pense que cette mélodie n'est pas de notre monde, il pense que cette nuit, les frontières entre les univers ont été abolies et que maintenant, les défunts chantent à son intention, si magnifiquement, pour l'aider à sortir du sommeil et l'envelopper de douceur avant que la réalité ne le percute. »
En tout cas une chose est sûre avec cet auteur, les étoiles s'allument à chaque fois que je le lis, à commencer par celles de Babélio.
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joedi
  23 avril 2017
Ari a pris une chambre à l'hôtel de l'aéroport de Keflavik, dans les prochains jours il rendra visite à Jacob, son père, dont les jours sont comptés. Je retrouve le narrateur que j'avais quitté, en août 2015, après ma lecture de D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds, j'ignorais alors que c'était le premier tome d'un diptyque. Comme dans le premier livre, le narrateur n'arrête pas de me balader entre aujourd'hui, les années soixante, les années quatre-vingt et le temps jadis ; je renoue aussi avec tous les personnages de cette saga familiale.
Cette fois encore, j'ai été sous le charme de la prose poétique de Jón Kalman Stefánsson.
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colka
  30 septembre 2018
Lorsque j'ai décidé de lire A la mesure de l'univers de Jon Kalman Stefansson, je ne connaissais cet auteur que par les critiques élogieuses que j 'en avais lues sur Babelio.
J'avoue que j'ai été surprise lorsque j'ai commencé la lecture du roman et qu'il m'a fallu opérer un certain lâcher-prise avant de me laisser entraîner dans l'histoire de cette saga familiale sur trois générations. Stefansson balade sa lectrice ou son lecteur à différentes époques et opère un télescopage temporel qui va de l'entre deux guerres à l'époque actuelle. Même chose pour les lieux : Reykjavik, Keflavik - petite ville où débarque le héros principal Ari sur la demande de son père mourant, Jakob - parfois aussi quelque part dans l'univers...
Pourquoi ai-je accepté aussi facilement de perdre pied et de suivre Ari dans ce retour vers ses racines familiales ?
Les raisons sont multiples. Mais la plus évidente est la force et la densité de l'écriture de Stefansson lorsqu'il évoque ses obsessions majeures.
Celle de la mort, présente dès les premières pages du livre dans une très belle scène où une petite fille demande à sa mère si ça fait mal de mourir. Difficile dans une évocation comme celle-la de ne pas tomber dans le pathos ou le mièvre. Eh bien, non, Stefansson nous offre un tableau à la fois tragique et d'une incroyable douceur.
La violence physique exercée sur les femmes, sur les enfants ou tous ceux dont le seul défaut est d'être différent, irrigue également tout le roman et scande littéralement tous les moments forts.Mais il ne s'agit jamais d'une violence gratuite ou dépeinte avec une certaine complaisance. Stefansson n'en donne pas non plus une explication simpliste. Bien sûr il fait la part belle à l'alcoolisme apparemment omniprésent en Islande, sur fond de misère sociale. Ce n'est pas la seule explication. En arrière-plan, derrière les gifles et les coups assénés aux plus faibles, se dessine l'image d'une virilité masculine abusive qui ne trouve pas d'autres moyens que cette violence incontrôlée et incontrôlable pour exprimer son désarroi ou son mal-être. Et là encore comment ne pas être profondément ému lorsque le père d'Ari, Jakob, va accepter de laisser couler des larmes salvatrices : celles qu'il n'a jamais pu verser à la mort de sa femme... et qu'il va verser dans les bras de sa dernière compagne, Anna. Un très beau moment romanesque pour la lectrice ou le lecteur qui n'en pouvait plus de la violence de cet homme tout en tensions et non-dits.
Les figures féminines sont d'ailleurs de très beaux personnages dont la fragilité et la force cohabitent dans une belle promiscuité. J'ai été vraiment touchée par Margret, la grand-mère d'Ari, une femme vibrante, courageuse mais aussi dévoreuse de vie car elle n'hésitera pas à aimer deux hommes en même temps, ce qui dans les années trente n'était pas vraiment dans les moeurs surtout pour les femmes... L'amour transgressif est très présent dans le roman et il fait un beau contraste avec l'amour mère-enfant, leit-motiv, qui revient en boucle, notamment, dans l'évocation des relations d'Ari avec sa mère, morte alors qu'il avait cinq ans. Cela donne lieu à de très beaux passages fantasmagoriques, qui, dans une sorte de ralenti, évoquent les derniers moments de complicité passés entre eux. Moments vécus ? rêvés ? fantasmés ? On ne sait pas, on perd pied mais pour mieux se retrouver dans une autre dimension : "celle où l'univers nous traverse". C'est beau, consolant, apaisant et quel merveilleux contrepoids à la noirceur et au désespoir également omniprésents.
Dernier clin d'oeil de Stefanssoon à la fin du roman : le narrateur s'en va, quitte Ari ou plutôt il disparaît sans qu'on sache là non plus s'il a vraiment existé ou s'il n'a été tout au long de l'histoire qu'un double d'Ari et non un parent comme on le pensait. Trait d'humour habilement glissé et qui laisse le lecteur sur le chemin avec ses questionnements, ses doutes et peut-être l'envie de lire la suite des aventures d'Ari ;-)
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Josephine2
  20 juillet 2017
Indicible, c'est le mot qui me vient à l'esprit pour décrire mon ressenti à la lecture de ce roman. Indicible, c'est ce que je ressens au plus profond de moi.
Encore une fois Jon Kalman STEFANSSON me touche au-delà de tout.
Vous dire en quoi, est difficile à expliquer. Ce sont les mots, tout simplement, l'atmosphère... La magie a une nouvelle fois opérée. Ce livre est empreint de nostalgie, de mélancolie, mais aussi d'espoir. Les portraits des femmes sont magnifiques. C'est peut-être cela qui fait que j'aime particulièrement cet auteur.
Par petites touches, et tout au long des deux volumes STEFANSSON nous raconte ce qu'a été la vie de chacun de ses personnages. Ceux de la famille d'Ari mais également ceux qui gravitent autour d'eux, et ce, sur trois générations. Petit à petit tout prend corps, tout s'explique. L'histoire de chacun est tellement forte en émotion, qu'il n'était pas possible de tout raconter en une fois. Et le charme n'aurait pas opéré de la même façon.
Je l'ai acheté à sa sortie, mais j'attendais le moment propice pour le lire. Car un livre de Jon Kalman STEFANSSON ne se lit pas n'importe comment. Il faut le déguster, avoir le temps de se l'approprier.
J'attends la suite avec impatience ! Parce que pour moi, il doit y avoir une suite. Tout n'a pas été dit dans ce deuxième opus. Qu'en est-il des amours d'Ari et de Pora ?
Comme pour le précédent, ma critique n'est pas à la hauteur. J'aurais tellement aimé vous communiquer ce qu'il y a d'indicible et de ce que j'ai pu palper en me plongeant dans cette lecture. Vous pouvez vous référer aux citations que j'ai relevées tout au long du livre pour vous donner une idée de la dimension de ce roman.
De nouveau, une superbe traduction d'Eric BOURY.
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Bazart
  28 novembre 2017

A baz'art on aime beaucoup l'univers de Jón Kalman Stefánsson aussi intime que lyrique et dense.
« A la mesure de l'univers » poursuit la chronique familiale débutée avec le sublime et flamboyant « D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds qu'on avait découvert en 2015.
ON y retrouve Ari où l'on avait quitté précédemment ,à la recherche de son passé entre Keflavik et le Norđfjörđur,et l'on
revoit Đorđur, Oddur,Margret,Gunnarson et les autres avec des alternances entre passé et présent que Jón Kalman Stefánsson maitrise avec un brio assumé.
En fait il n'y a que deux solutions : vous connaissez les précédents ouvrages du romancier, « Entre ciel et terre » « La tristesse des anges » et « le coeur de l'homme » et bien évidemment ce « D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds » et vous êtes déjà en train de dévorer « A la mesure de l'univers" et cette chronique ne sert à rien, ou alors vous n'avez rien lu de ce grand auteur islandais et si c'est le cas fermez votre ordinateur courrez chez votre libraire préféré et plongez-vous sans tarder dans la prose ample et poétique de ce formidable romancier.
Ici sans doute l'écriture y est plus apre que d'habitude et l'amplitude plus contenue, mais on y retrouve cependant la même ambiance et les mêmes personnages qui nous avaient tant séduit .
Jon Kalman Stefansson nous embarque toujours avec la même maitrise dans l'histoire de son pays qu'il aime tant et qu'il nous fait tant aimer.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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critiques presse (4)
LeDevoir   31 juillet 2017
Avec À la mesure de l’univers, Jón Kalman Stefánsson poursuit ce qu’il avait commencé dans D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, plongeant toujours plus profondément dans les destins d’Ari, son père Jakob, sa grand-mère Margret et tous les autres.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaPresse   28 juillet 2017
Cette chronique familiale voyage dans l'Islande du XXe siècle, depuis les fjords de l'Est jusqu'à Keflavik, pour couvrir l'histoire de trois générations d'est en ouest.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Actualitte   15 mai 2017
Une lecture sans rupture, sensible et savoureuse ; une invitation à la rêverie et à la contemplation, au dépaysement et à l'agréable mélancolie.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LaLibreBelgique   09 mai 2017
La plume impressionnante de densité et de lyrisme de Jón Kalman Stefánsson.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
Josephine2Josephine2   13 août 2017
Page 413
Et pourquoi as-tu renoncé à écrire de la poésie, demande Sigga. J’ai toujours les poèmes que tu as lancés sur mon balcon cette nuit-là. J’en étais incroyablement fière, des poèmes sur ma poitrine, je ne m’étais pas attendue à ça. Et je crois que tu n’imagines pas à quel point ils ont compté pour moi. Il m’arrivait de les lire pour me consoler, quand mon estime de moi était au plus bas et que je pensais mourir. Tu as composé trois recueils, puis tu as renoncé, pourquoi ? Tu ne sais donc pas que c’est un devoir de se servir des dons qu’on a reçus. Celui qui a une voix doit chanter. Celui qui a un cerveau conçu pour calculer doit résoudre des équations complexes. Celui qui comprend l’âme humaine doit devenir psychologue ou pasteur et consoler les autres. Personne ne t’a donc jamais dit que celui qui ne se sert pas de ses dons trahit la vie, qu’il se trahit lui-même et se condamne à mourir malheureux ?

Sigga regarde longuement Ari de ses yeux noirs. Il ouvre la bouche pour lui répondre, mais le téléphone sonne.
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Josephine2Josephine2   07 août 2017
Page 381
C’était un dimanche, j’étais allée à la sjoppa, le magasin du coin, pour manger un hamburger et acheter des cigarettes, j’avais la gueule de bois, j’étais triste, puis j’avais déambulé jusqu’à me retrouver sur le port, je n’avais pas vraiment envie de vivre, j’ai vu des gens endimanchés entrer dans salle de Duus-hus – et je me suis retrouvée assise là-bas sans vraiment savoir pourquoi ? Evidemment, je l’ai aussitôt regretté. La salle était remplie de gens chics et j’avais l’impression de n’être qu’une idiote employée à l’usine de poissons ; je faisais tache parmi tout ce beau monde. J’aurais voulu ressortir, mais je n’ai pas osé me relever, de peur d’attirer l’attention. Puis le concert a commencé et… Je l’ai passé entier à pleurer. Je n’arrivais plus à me maîtriser. Les larmes ruisselaient sur mes joues. Dieu du ciel, je me demandais comment un corps aussi fluet que le mien pouvait en contenir autant. Le lendemain, je me suis inscrite aux cours pour adultes du lycée polyvalent. Brusquement, j’avais envie de vivre, de vivre pour moi. Il faut vivre pour soi afin de donner aux autres. C’est de là que nous vient la force : du désir de vivre. Mais j’avais également compris qu’il allait falloir que j’affronte tout ça. Cela vaut autant pour les nations que pour les individus, celui qui ne connaît pas son passé, ou qui refuse de l’assumer, se perd immanquablement dans le futur. Celui qui veut avancer doit parfois d’abord consentir à retourner en arrière.
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Josephine2Josephine2   21 juillet 2017
Page 303
Ne dis donc pas de bêtises, conseille Veiga, sa tante paternelle, la sœur de Lilla dont nous avons déjà parlé, Lilla qui n’a écrit qu’un seul poème au cours de sa longue vie, un texte qui évoque le moment où la mort est venue chercher sa petite fille âgée de huit ans, elle a écrit ces mots, comme si la poésie était capable d’arrêter la faucheuse. Veiga est l’aînée de la fratrie, elle a publié un recueil de poèmes et travaille en ce moment à son premier roman, elle peint également, joue Chopin et Erik Satie sur son piano. Il arrive qu’elles se retrouvent chez Lilla, Veiga lui prête des livres, Virginia Woolf, Jean Rhys, et voilà qu’elle déclare, ne dis donc pas de bêtises, ne sois pas si timorée. Nous avons assez longtemps, sans doute pendant des millénaires, été forcées de mettre en veille nos aptitudes, nos passions, nos désirs, nous avons éduqué les enfants, cuisiné, fait la lessive, alors que les hommes agissaient à leur guise. Nous avons toujours été laissées pour compte, nous sommes cantonnées à être des mères, des femmes au foyer ou des prostituées, et quand on ose sortir de ces rôles, ce n’est jamais bien vu. C’est pour cette raison que nous sommes forcées d’agir comme des résistantes, forcées d’emprunter des voies secrètes, d’atteindre la maturité et de rassembler nos forces avant de paraître au grand jour. Sinon, ils t’étouffent dès la naissance. Pas forcément par méchanceté, mais tout simplement par la bêtise intrinsèque à la domination.
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Josephine2Josephine2   10 août 2017
Page 399
Le clair de lune entre par la fenêtre. Elle est là-haut, la lune, avec les traces de pas solitaires d’Armstrong à sa surface. Tu veux que je continue à raconter, demande-t-elle, quand un moment s’est écoulé, quelques secondes, quelques années, elle s’est contentée de respirer, c’est tout ce dont le monde a besoin. Je ne sais pas, répond-il, j’ai envie que tu continues, mais j’ai peur que tu meures quand tu seras arrivée à la fin du récit. Tu as raison, je mourrai quand l’histoire sera finie. Dans ce cas, arrête-toi là, demande-t-il. Je ne le peux pas, mon cœur, parce que si je le fais, tout le reste périra aussi. La mort traverse tous les êtres, elle emporte tout, elle efface tout le monde, l’unique résistance qu’on puisse lui opposer, c’est de vivre et de raconter. De consigner l’énergie vitale dans les mots. Cela ne permet sans soute pas d’en triompher, mais cela empêche peut-être la mort de triompher de la vie. Peut-être, consent Ari à contre-cœur. Tu peux me croire, dit-elle en lui caressant les doigts d’un geste apaisant, puis elle ferme les yeux et plonge…
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Josephine2Josephine2   20 juillet 2017
Page 262
Hallny a toujours eu une santé fragile, mais elle n’a jamais manqué de courage, son foyer était impeccablement tenu, elle s’accordait rarement un instant de répit, ni dans sa maison ni à l’extérieur, elle dépeçait les phoques avec la même dextérité qu’un homme, et tout aussi vite, puis elle tannait les peaux, et les traitait avec tant de soin que celles qui étaient passées entre ses mains étaient toujours de premier choix. Et elle avait pour habitude de regarder les étoiles. Pas comme certains autres, qui ne font que lever brièvement les yeux vers elles – le ciel étoilé l’appelait à lui d’une manière différente. Elle aimait se poster à la porte, le soir, pour l’observer, elle croisait ses bras décharnés et regardait. Complètement ailleurs. Laissant le froid entrer dans la maison et la transpercer. Elle ne revenait à elle que quand quelqu’un lui donnait un coup de coude pour la réveiller, refermait alors la porte à regret, allait vaquer à ses occupations, car elle n’en manquait pas ; les étoiles sont certes extrêmement nombreuses et fascinantes, on peut dire et supposer beaucoup de choses en s’appuyant sur elles, mais jamais elles ne sont acquittées de nos corvées à notre place. Hallny le savait bien, mais parfois, elle était simplement trop subjuguée, tellement emportée qu’elle refermait la porte, certes, mais pour franchir le perron, aller s’installer au pied du mur de l’étable, ou plus loin, en contrebas s’y asseoir, ou s’adosser à une charrette de foin, elle continuait à regarder, à déchiffrer la voûte céleste. Elle oubliait le froid, oubliait le vent polaire qui lui transperçait le corps, elle était sortie sans enfiler un manteau, tête nue, bras nus, si maigre qu’elle ne tardait pas à être transie. Maman est sortie, prévenait un des enfants, quand une tâche laissée en suspens soulignait son absence, et son époux, le père de la belle-mère, cet homme taciturne et tout d’un bloc, marmonnait quelques mots qui ressemblaient à, quelle maudite idiotie, il attrapait alors une couverture en laine, un bonnet et sortait la chercher, la trouvait dans la nuit, sous les étoiles, posait la couverture sur ses épaules frêles, lui caressait brièvement la tête, si brièvement qu’on pourrait croire que cette caresse est une illusion d’optique, avant de lui enfiler le bonnet. Il restait un instant à côté d’elle, regardait également et rentrait se mettre au chaud.

Deux…

Donc, en fin de compte, l’amour n’a rien à voir avec ces je t’aime à mourir, ces you’ll alvways be my endless love, ces tu seras toujours mon amour infini – mais avec cet instant où quelqu’un sort dans le froid avec une couverture et un bonnet pour qu’une autre personne puisse continuer à contempler les étoiles…

Trois…

… et c’est pour cette raison que Hanny, la mère de la belle-mère, a pleuré à l’enterrement de son mari, cet homme taciturne, râblé et aussi dur qu’une pierre, car qui viendrait désormais lui poser une couverture sur les épaules ?
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