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EAN : 9782070131341
384 pages
Éditeur : Gallimard (30/11/-1)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 297 notes)
Résumé :
Lorsque Jens le Postier arrive au village, il est accueilli par Helga et le gamin qui le détachent de sa monture avec laquelle il ne forme plus qu'un énorme glaçon. Sa prochaine tournée doit le mener vers les dangereux fjords du Nord. Il ne pourra pas les affronter sans l'assistance d'un habitué des sorties en mer.
Le gamin, lui, découvre la poésie et prend peu à peu conscience de ses désirs. Il ira «là où l'Islande prend fin pour laisser place à l'éternel hi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (73) Voir plus Ajouter une critique
sandrine57
  02 décembre 2016
Voilà trois semaines que le Gamin est installé dans le confort douillet de la maison de Kolbeinn et Helga. Il aide à la buvette, va faire les courses et le, soir, il fait la lecture pour le vieux capitaine aveugle. Mais il n'en a pas encore fini avec le froid et la neige. Jens, le postier, doit livrer le courrier dans les fjords du Nord, ''là où l'Islande prend fin pour laisser place à l'éternel hiver''. Une partie de la route se fait par voie de mer et Jens n'a pas le pied marin. Il lui faut un compagnon qui sache mener une barque et ce sera la mission du gamin. le géant taiseux et le freluquet amoureux des mots partent donc aux confins du pays, dans la solitude des grands espaces blancs...
Roman du froid et de la neige, cette ''tristesse des anges'' qui brouille le paysage, dissimule les crevasses mortelles, transit les hommes jusqu'à la moelle, peut tuer aussi sûrement qu'une arme, ce deuxième tome de la trilogie de Jon Kalman Stefanson est tout aussi poétique que le premier. On y retrouve le Gamin, toujours en deuil de son ami Bàrður, toujours réticent à profiter de sa nouvelle vie quand tous ses proches ne sont plus de ce monde. Pourtant, la chaleur, la poésie, les livres, l'éveil des sens grâce à la belle Ragnheiður, font désormais partie de son quotidien si différent de la rude vie de pêcheur qu'il a laissée derrière lui. Quand il doit à nouveau se frotter à l'hostilité des éléments, il le fait en pleine conscience, certain de pouvoir traverser le pire grâce au pouvoir des mots qui emplissent sa tête et son âme. le chemin est semé d'embûches et le Gamin s'interroge sur le sens de la vie dans cette contrée si peu faite pour l'homme. Pourtant, dans cet éternel hiver qui laisse si peu de place à la lumière, une lueur d'espoir persiste. Des hommes et des femmes y vivent, y élèvent des enfants, y rêvent de printemps. Porté par les poèmes qu'il se récite sans fin, stimulé par la chaleur humaine qui existe sous la glace, le Gamin suit sa route pour relier les humains par des lettres, des journaux, des traces du monde.
Hommage aux mots, à la littérature et aux traditions littéraires islandaises, La tristesse des anges glace le sang autant qu'elle réjouit le coeur. Il y a de la poésie, de la beauté, de la neige, du froid et aussi tellement d'humanité dans ces pages que l'on peine à quitter ces terres islandaises, surtout que le doute persiste sur le sort du Gamin et de Jens que la tempête malmène plus que de raison. de la grande littérature !
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sabine59
  26 novembre 2018
Je croyais avoir fait connaissance avec la rudesse sauvage et énigmatique de l'Islande, à travers les enquêtes d'Erlendur.
Je me trompais. Ce fut le choc .
Je suis entrée dans un avril de glace, avec Jens, le postier, littéralement collé à son cheval par le gel. Et j'ai découvert un univers hors du temps, au coeur d'une nature souvent hostile. J'ai avancé en sa compagnie jusqu'à la maison-réconfort d'Helga, une buvette-hôtel ou les voyageurs fourbus font une halte.
J'y ai découvert des personnages rendus mutiques par l'environnement , repliés sur eux-mêmes, sur leur cécité terrible quand on est passionné de livres, comme Kolbeinn.
Et puis le" gamin" s'est présenté à moi, en mal d'affection, éloigné qu'il est d'Andrea, sa mère, dont il attend les lettres avec impatience. Un gamin attachant, habité par les rêves, le désir qui s'éveille dans son corps adolescent, les espoirs juvéniles et les révoltes aussi.
Et surtout j'ai pénétré à pas feutrés, floconneux, dans l'univers de l'auteur, plus encore poète que romancier ( je n'ai pas suivi l'ordre de cette trilogie, c'est le premier que je lis) . Presque chaque phrase est un bijou. A travers la beauté envoûtante de ses descriptions, j'ai senti sur mon visage les épées de la neige, faussement enveloppante et veloutée, en fait mortuaire et coupante.
J'ai alors parcouru des kilomètres et des kilomètres vers les Fjords du Nord, pour une tournée à haut risque. J'ai trouvé le parcours un peu long mais je me suis accrochée, hypnotisée par le vertige des phrases, le vent et les tourbillons de neige.
L'arrivée a été terrible, angoissante, mais ô combien sublime dans sa désolation.
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gouelan
  03 octobre 2015
« …il neige, la couleur blanche nous vient du ciel, la tristesse des anges, mais les anges, qu'est-ce donc qui les afflige ? »
Et nous, qu'est-ce qui nous afflige ?
Le gamin, qui vient d'entrer dans un univers chaleureux de lettres et de poésies, encore peu habitué à ce confort, va devoir partir en voyage. Il accompagne le postier Jens, un géant bourru et avare de mots. Un périple qui les emmène là où l'Islande prend fin pour laisser place à l'éternel hiver .
Dans ce désert glacé, les hommes s'accrochent à la vie depuis mille ans. Où mieux que dans cet endroit peut-on trouver les raisons que l'homme a de continuer à vivre, malgré les tempêtes de neige, de vent, le froid, la mer glaciale avaleuse d'hommes, un hiver sans fin, entrecoupé d'un bref été ?
Et pourtant, ce pays est si beau quand l'herbe verdit.
Le gamin et le postier semblent n'avoir rien en commun. le gamin a besoin de mots et de poésies pour le réconforter ; le postier trouve son refuge dans le silence ; il lui procure la paix.
Errant dans ce blanc immense, ballotés par les vents, seuls au monde, ils vont affronter leurs démons intérieurs, lutter pour leur survie, lutter pour trouver une raison de rester en vie.
Ils trouvent refuge dans des fermes isolées, chez de pauvres gens. La vie est pourtant là, tapie au fond de ces coeurs, malgré le froid, la faim et la solitude. Personne ou presque ne vient troubler leur tranquillité dans ce bout du monde. Ils sont libres et apprécient pleinement les instants de joie qui s'offrent à eux. Une idée simple de la vie.
Sur ce chemin, où la mort rôde, prête à engloutir toute vie qui s'égare, qui cède au réconfort du sommeil, pour ne plus souffrir, ne plus se tourmenter, les deux hommes avancent et cherchent des réponses. Est-on sur terre seulement pour mourir ? Ont-ils droit au bonheur ? Sont-ils capables d'être heureux et de rendre heureux ?
Pour le gamin, les réponses sont dans les livres, les poésies sont des trésors. Celui qui possède tant de livres, ne peut être qu'heureux. Il doute et il continue d'avancer : « celui qui doute va quelque part ». Pourtant certains hommes se perdent parmi tous ces mots et ces lectures ne comblent pas leurs solitudes, au contraire, elles rendent les mots inutiles, car personne n'est là pour les entendre, pour leur donner vie.
Le postier qui se tait, rend le silence dangereux, ses pensées le tourmentent. Les mots pourraient l'apaiser et rendre son monde meilleur.
Ils vont cheminer l'un vers l'autre, sur cette route glissante et glaciale, faite de peurs, de doutes, de tristesse, de regrets, d'espoirs. Mettre des mots sur les tourments, trouver un sens à la vie, s'autoriser à vivre, laisser une chance au bonheur, ouvrir son coeur, ne plus avoir peur, se faire confiance et faire confiance à l'autre, voici aussi ce que représente leur voyage dans ce désert glacé. Il ne s'agit pas seulement de faire parvenir le courrier au bout du monde, mais aussi de trouver une issue par laquelle la vie pourra se faufiler, les atteindre, les sortir de leurs ténèbres. Comme s'il fallait pénétrer les ténèbres pour trouver enfin la lumière.
Quand on referme ce livre, on a qu'une idée en tête, poursuivre la lecture en se jetant sur le 3è tome : « le coeur de l'homme ». Jon Kalman Stefansson est un magicien des mots, il sait les faire vibrer, au son de la musique de la vie. Ils résonnent en nous, font écho à nos propres tourments, nos émotions, nous entrainent vers des contrées belles et sinistres à la fois, vers cette terre de glace, ces fjords, empreints de magie, où la nature dicte sa loi.
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Missbouquin
  02 octobre 2012
Depuis le temps que j'attendais d'attaquer ce nouveau volume de Jon Kalman Stefansson, auteur de Entre Ciel et Terre, un véritable coup de coeur l'année dernière. Ce roman se terminait d'une façon où l'on n'attendait pas forcément une suite, il se suffisait à lui seul. J'ai donc été surprise quand La Tristesse des anges a été publiée et que je me suis aperçue que c'était la suite ! Et pour le coup, celui-ci se termine d'une manière qui ne laisse aucun doute : l'Islandais nous écrit une trilogie.
Sans le savoir à l'avance, je me suis plongée innocemment dans ce nouveau volume, un peu inquiète qu'il n'atteigne pas la puissance du premier. Dès la deuxième page, j'ai été rassurée : l'ambiance était là, le froid aussi, dont le printemps tardif n'arrive pas à débarrasser cette terre gelée qu'est l'Islande. Autant vous dire que j'ai eu froid à cette lecture. Dans le premier tome, c'était le froid de la mer et du blizzard, ici les personnages évoluent pratiquement tout le temps en plein coeur d'une tempête de neige.
La tristesse des anges, dans les légendes populaires, désigne la neige. Et ce symbole inonde le roman, accompagnant le travail de deuil du héros.
En effet, on retrouve le “gamin”, qui après la mort de son ami Barour, s'est réfugié dans un bar où il rend de menu services tout en s'instruisant. “La distance entre Barour et la vie augmente impitoyablement avec chaque journée qui s'écoule, chaque nuit, car le temps est parfois cet infâme salaud qui ne nous donne toute chose qu'afin de mieux venir nous la reprendre. “
La poésie et la littérature sont encore très présentes ici, à mon plus grand plaisir. “La lutte pour la vie fait mauvais ménage avec la rêverie, la poésie et la morue salée sont irréconciliables et nul ne saurait se nourrir de ses rêves.”
Et sa dangerosité est encore soulignée, comme si l'exemple de la mort de Barour, à cause d'un poème, ne suffisait pas comme leçon. “Il n'est pas toujours aisé de supporter la poésie, elle peut entraîner l'être humain dans des directions inattendues.”
J'ai aimé cet hommage à la littérature, j'ai aimé la manière dont l'auteur souligne sa force, y revenant sans cesse, comme dans cette citation magnifique : “Les mots semblent être la seule chose que le temps n'ait pas le pouvoir de piétiner. Il traverse la vie et la change en mort, il traverse les maisons et les réduit en poussière, même les montagnes, ces majestueux amas rocheux finissent pas céder face à lui. Pourtant, il semble que certains mots parviennent à affronter son pouvoir destructeur, la chose est très étrange, certes, ils s'usent un peu, leur surface se patine mais ils résistent et conservent en eux des vies englouties, ils conservent le battement des coeurs disparus, l'écho de la voix d'un enfant, ils sont les gardiens des antiques baisers.”
Dans ce roman du froid, roman des mots, la traversée que vont faire le gamin et le postier, est extraordinaire. Car le courrier doit bien être distribué, même dans les coins les plus reculés. L'occasion d'un voyage qui permettra au gamin de compléter son deuil, et de chercher le sens de sa vie – ce qu'il fait souvent quelques minutes avant de mourir de froid et d'être sauvé in extremis par son compagnon …
Pas trace d'humour ici, mais juste la puissance d'une grande littérature, de mots qui nous balaie et qui, parce que l'auteur vit dans ce pays, disent avec justesse ce qu'était le quotidien (j'imagine qu'il prend place au début du XXe siècle) de ces hommes de l'extrême, au coeur de l'hiver. Un pays de pêcheurs où ces derniers ne savent pas nager et meurent parfois ridiculement; un pays où l'hiver interdit les enterrements et force à vivre avec le cadavre de l'être aimé pendant des mois; un pays où les communications sont coupées durant des semaines et où les nouvelles ne parviennent pas ; un pays où l'alcool est parfois le seul moyen de surmonter ou d'oublier un instant le froid ; un pays qui semble hors du temps.
C'est ce qu'a su traduire Jon Kalman Stefansson en quelques 400 pages. Et c'est ce qui me fait désirer plus que jamais de lire rapidement le dernier volet, publié en 2011 en Islande.
*
“Je ne peux pas travailler aujourd'hui pour cause de tristesse.” On n'ose jamais écrire ce genre de chose, on ne décrit pas les décharges électriques qui se produisent entre deux personnes, au lieu de cela on parle des prix, on s'attache à l'apparence, et non au souffle du sang, on ne se lance pas en quête de la vérité, des vers de poésie qui surprennent, des rouges baisers.”
Parfois les mots sont vains …
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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isabelleisapure
  19 mai 2020
Lors de la lecture d'« Entre ciel et terre », le premier volume de cette trilogie, j'ai éprouvé une telle quiétude, au coeur de la terre hostile d'Islande, habillée d'un manteau de neige et de glace une grande partie de l'année, que j'ai eu envie d'y retourner.
Dans le premier opus, nous quittions le gamin en quête d'une raison de vivre après la mort de son seul ami, Barbour.
« La tristesse des anges » nous plonge à nouveau dans un univers glacé.
On retrouve « le gamin », héros sans nom, échoué dans un hôtel sur la côte nord-ouest de l'île. Il continue à lire éperdument, amoureux des mots lorsqu'ils deviennent poèmes, comme son ami Barbour qui le paya de sa vie.
La relative sérénité que le gamin est parvenu tant bien que mal à atteindre va être rompue par l'arrivée de Jens, le postier.
A demi mort de froid, collé à son cheval par une couche de glace, le pauvre homme après avoir repris vie, doit poursuivre sa tournée, dont une partie se fait par voie maritime. C'est au gamin, marin aguerri que reviendra le privilège (ou le malheur) de l'accompagner.
Pour l'amateur de poésie qu'il est, le taciturne Jens n'est pas franchement le compagnon de route idéal.
Pendant de longues pages, La Tristesse des anges suit deux hommes qui marchent en tentant de résister à une nature déchaînée. Faire quelques mètres demande des heures. le vent transit, la neige aveugle, le froid assassine, mais ils doivent continuer coûte que coûte, résister à la fatigue, à l'envie de dormir qui pourrait être fatale.
Il ne se passe pas grand-chose dans ce livre, l'action est lente, la parole se fait rare, les confidences ne sont pas dans les habitudes des deux compagnons.
Elles n'en ont que plus de valeur, lorsque quelque chose de personnel échappe malgré tout à l'un d'eux.
Avec Jon Kalman Stefansson, le mot contemplatif prend tout son sens.
Que serait ce texte, pour nous français, sans le talent du traducteur que l'on a trop souvent tendance à oublier.
Ici, tout le mérite en revient à Eric Boury.

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critiques presse (3)
Telerama   23 janvier 2013
Ce livre, qui fait suite à Entre ciel et terre, est un merveilleux hommage à la littérature. Il décrit aussi la lutte quotidienne des villageois pour survivre dans la « tristesse des anges », surnom de la neige qui tournoie et qui tue.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   16 novembre 2011
Difficile de ne pas être saisi par un univers où le feu brûle sous la glace, où les émotions ne demandent qu'à affleurer.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Actualitte   18 octobre 2011
Dans un pays où les éléments naturels dominent l'être humain et l'éprouvent rudement, les mots sont le refuge, l'espoir, la force, le soutien inébranlable, l'expression du bonheur et de la joie, la conjuration de la peur. Dans ce roman, ils sont pour nous, lecteurs, le reflet grandiose et sensible, sans artifice, de l'hiver éternel et de la rencontre de personnages à la fois mystérieux et envoûtants, bruts mais fascinants, d'une beauté inaltérée encore. Un livre à l'état pur.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (251) Voir plus Ajouter une citation
le_Bisonle_Bison   28 juin 2020
Le dos appuyé au mur, il l'observe pendant qu'elle attise les braises. En ce bout du monde, les femmes savent arracher le feu à son sommeil, elles accomplissent ce geste chaque matin, et depuis des centaines d'années. Ailleurs, bien loin d'ici, de grands hommes ont réfléchi sur l'humanité et sur l'univers, ils ont découverts des planètes, des vers de poésie ont vu le jour, des empereurs, des rois, des généraux ont exterminé la vie autour d'eux et c'est ainsi que l'Histoire a connu ses flux et ses reflux; les années s'assemblent en siècles et pendant tout ce temps, ici, à la limite du monde, des femmes se sont éveillées avant Dieu et les hommes pour s'agenouiller devant le fourneau et ranimer les braises qu'elles avaient confiées à la nuit. La tâche peut prendre une heure, elles soufflent sans désarmer, car que serait la vie en l'absence de feu alors que le froid règne partout ? Elles soufflent, elles s'épuisent, quand la fumée consent enfin à s'élever et vient aussitôt leur baigner le visage, les yeux se mettent à les piquer, et les larmes coulent. Cette fumée leur permet de pleurer. Ici, il est bon de verser des larmes. Meurent les enfants, meurent les rêves, la lueur qui scintille en chacun s'affadit jusqu'à disparaître; et ceux qui ne pleurent pas se changent en pierres. Elles soufflent sur la braise. peut-être pleurent-elles car on peut ranimer un feu, mais pas un homme.
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claraetlesmotsclaraetlesmots   27 novembre 2011
Je ne peux pas venir travailler aujourd'hui pour cause de tristesse.
J'ai vu ces yeux hier et ne puis, pas conséquent, venir au travail.
Il m'est impossible de venir aujourd'hui car mon époux est si beau quand il est nu.
Je ne viendrai pas aujourd'hui car la vie m'a trahi.
Je ne serai pas à la réunion car il y a une femme qui prend un bain de soleil devant chez moi et sa peau scintille.
Jamais on n'ose écrire ce genre de choses, on ne décrit pas les décharges électriques qui se produisent entre deux personnes, au lieu de cela on parle des prix, on s'attache à l'apparence, et non au souffle du sang, on ne se lance pas en quête de la vérité, de vers de poésie qui surprennent, des rouges baisers; on dissimule notre impuissance et notre résignation par une numération de données factuelles
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le_Bisonle_Bison   10 juin 2020
Savais-tu mon garçon, déclare-t-il ensuite, qu'il existe un poète français, ou plutôt qu'il existait, il est mort depuis longtemps comme la plupart des hommes sympathiques, enfin ce poète nous exhortait avec une puissance et une virtuosité rares à devenir fous et à nous enivrer, de vin, de vertus ou de poésie, ce n'était qu'alors que nous pouvions prétendre être vivants, ce n'était qu'alors que nous avions vécu. Je m'efforce parfois de me conformer à ce principe. De temps en temps, et ce qu'en disent les autres m'est parfaitement égal, je l'assume entièrement, mais maintenant, je voudrais boire à toi et à ton ami, une douce lumière nimbera éternellement sa mémoire. Gisli se met debout avec son verre de cognac, il le fait lentement, il doit se concentrer pour chercher l'équilibre à la surface de cette terre qui tourne beaucoup trop vite dans l'espace, il finit par le trouver, porte bien haut son verre et le vide d'une grande lampée, apparemment nullement troublé par le fait que ses compagnons ne se lèvent pas de leur siège ni ne trinquent. Le gamin écoute les battements sourds de son cœur, il trempe doucement ses lèvres dans l'alcool qui s'engouffre dans son sang, tel un murmure apaisant.
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VALENTYNEVALENTYNE   24 septembre 2015
Incipit :
Quelque part dans l’aveuglante tempête de neige et le froid, le soir tombe, la nuit d’avril s’immisce entre les flocons qui s’accumulent sur l’homme et sur les deux chevaux. Tout est blanc de neige et de givre, pourtant, le printemps approche. Ils avancent péniblement contre le vent du nord qui est plus fort que toute chose en ce pays, l’homme se penche en avant sur sa monture, cramponné à la longe de l’autre animal, ils sont entièrement blancs, recouverts de glaçons. Probablement ne tarderont-t-ils pas à se changer en neige, le noroît les emportera avec lui avant que le printemps ne vienne. Les chevaux s’enfoncent dans la neige molle, celui de derrière porte une forme indistincte, une malle, un tas de poissons séchés ou peut-être deux cadavres et l’obscurité s’épaissit, sans toutefois devenir aussi noire que du goudron, c’est malgré tout avril et ils progressent grâce à cet entêtement aussi admirable que vain, caractéristique de ceux qui vivent à la limite du monde habitable. Certes, il est toujours tentant de renoncer à la lutte, nombreux sont d’ailleurs ceux qui le font, et laissent le quotidien les couvrir de ces flocons jusqu’à s’y retrouver figés : fini les aventures, il suffit de s’immobiliser et de laisser la neige s’accumuler sur soi dans l’espoir qu’un beau jour le temps se lèvera et que le ciel sera à nouveau limpide. Mais les chevaux et l’homme continuent d’opposer résistance, ils continuent d’avancer même si rien d’autre ne semble avoir plus d’existence dans l’univers que cette tempête, le reste a disparu, de telles chutes de neige gomment les directions et jusqu’au paysage, même si de hautes montagnes se cachent à l’arrière des flocons, avec leurs sommets qui nous privent d’une grande partie de ciel, et ce, jusque lors des meilleures journées où tout est bleu et transparent, où il y a des oiseaux, des fleurs et sans doute du soleil . Ils ne lèvent pas même la tête lorsque le pignon d’une maison sort brusquement de la tempête opaque pour venir à leur rencontre. Bientôt, c’est un deuxième pignon qui apparaît. Puis un troisième. Et un quatrième. Ils continuent leur marche pénible comme si nulle vie, nulle chaleur ne les concernait plus et que rien ne leur importait que ce mouvement mécanique, on distingue d’ailleurs une lueur entre les flocons et la lumière est un message que vous envoie la vie. Les trois arrivent à une grande maison, le cheval qui porte le cavalier s’approche au plus près des marches, lève son pied droit, frappe vigoureusement celle d’en bas, l’homme marmonne quelque chose et l’animal cesse, puis ils attendent. Le premier cheval se tient droit, les oreilles dressées, tandist que celui qui le suit baisse la tête, comme plongé en une profonde méditation, les chevaux pensent à nombre de choses, ils sont en cela ceux qui, dans le règne animal, se rapprochent le plus des philosophes.

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le_Bisonle_Bison   24 mai 2020
La neige tombe moins dru que ce matin, il distingue le monde à travers les flocons, la mer gris-bleu qui enfle et désenfle, ce monstre gigantesque qui le surveille les yeux mi-clos tandis qu'il traverse l'épais manteau blanc en direction d'une petite maison de la baie ou plutôt de l'anse, juste en contrebas du clos de l'église. C'est une maison affaissée et penchée vers l'avant, comme si un troll à l’humeur méchante était passé par là et lui avait asséné un coup de pied. Les jambes enfoncée dans la neige épaisse, le gamin frappe quelques coups légers à la porte, les flocons virevoltent dans le ciel, se posent doucement sur la terre et fondent dès qu'ils touchent la surface de la mer. La porte s'ouvre et un visage vieilli apparait dans l'embrasure, ridé, duveteux et guère plus gros qu'une figue grise et moisie.
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Videos de Jón Kalman Stefánsson (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jón Kalman Stefánsson
Dans un petit village des fjords de l'ouest, les étés sont courts. Les habitants se croisent au bureau de poste, à la coopérative agricole, lors des bals. Chacun essaie de bien vivre, certains essaient même de bien mourir. Même s'il n'y a ni église ni cimetière dans la commune, la vie avance, le temps réclame son dû. Pourtant, ce quotidien si ordonné se dérègle parfois : le retour d'un ancien amant qu'on croyait parti pour toujours, l'attraction des astres ou des oiseaux, une petite robe en velours sombre, ou un chignon de cheveux roux. Pour certains, c'est une rencontre fortuite sur la lande, pour d'autres le sentiment que les ombres ont vaincu - il suffit de peu pour faire basculer un destin. Et parfois même, ce sont les fantômes qui s'en mêlent… En huit chapitres, Jón Kalman Stefánsson se fait le chroniqueur de cette communauté dont les héros se nomment Davíð, Sólrún, Jónas, Ágústa, Elísabet ou Kristín, et plonge dans le secret de leurs âmes. Une ronde de désirs et de rêves, une comédie humaine à l'islandaise, et si universelle en même temps. Lumière d'été, puis vient la nuit charme, émeut, bouleverse.
Traduit de l'islandais par Éric Boury
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