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Éric Chédaille (Traducteur)
ISBN : 2752905653
Éditeur : Phébus (14/01/2011)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 91 notes)
Résumé :
Etrange, vraiment, que Wallace Stegner (1904-1993), écrivain considéré comme un maître par des gens comme Jim Harrison ou Thomas McGuane, couronné par tous les prix possibles et imaginaires (Pulitzer et National Book Award compris), ait attendu si longtemps (1998) avant d'être traduit chez nous.
Un homme qui croit avoir à peu près réussi sa vie rouvre le journal intime qu'il tenait vingt ans plus tôt et s'aperçoit qu'il n'est pas loin d'avoir tout raté. Humo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  04 septembre 2012
Alors que l'âge le rattrape, Joe Allston retrouve trois vieux carnets où il avait tenu le journal de son voyage au Danemark, vingt ans plus tôt, en 1954. En les lisant à sa femme Ruth, il redécouvre un pan de son passé qu'il avait totalement effacé. Entre les lignes, il recroise la comtesse Astrid Wredel-Krarup et l'auteure Karen Blixen. Il exhume aussi de terribles secrets. Au cours de la lecture qu'il fait à Ruth, Joe omet certains passages et médite en silence, revenant sur ses doutes et ses erreurs. « C'est tout le charme du journal intime. On y touche le seul public vraiment compatissant » (p. 59) La lecture fait surgir des non-dits, mais ni Joe, ni Ruth ne sont dupes devant tous ces secrets éventés, mais tus.
J'ai eu quelques difficultés à entrer dans cette lecture. Mais finalement, je m'y suis laissé prendre et j'ai été très émue par la relation qui unit les époux Allston. Ruth est partisane de l'honnêteté au sein du couple, mais Joe a bien des difficultés à se livrer. Ruth est sans cesse inquiète pour la santé de son mari qui ne se prive pas de bougonner et de décrier son quotidien. « Je tourne vraiment au vieux birbe ratiocineur. » (p. 19) Néanmoins, ils sont tout deux unis par un tendre et solide amour qui a résisté aux drames, ainsi qu'en témoigne la lecture du journal.
Le plus intéressant dans ce texte, c'est la longue réflexion de Joe sur la vieillesse, ses méfaits et le temps qui passe. « Ce que je mesurais en lisant ce journal, […], c'est la somme de toute ce qui s'est perdu, la somme de toute ce qui a changé depuis cette année de 1954. Je suis en train de vieillir. Je m'aperçois avec effroi que je me borde à tuer le temps en attendant que le temps finisse par me tuer. » (p. 124) Joe mesure à quel point la société contemporaine est loin des valeurs qu'il défend, mais il sait également ne rien pouvoir faire pour retrouver un âge d'or qui n'existe probablement que dans son imagination : « Comment vivre et vieillir harmonieusement au sein d'une culture qu'on méprise, quand, de surcroît, on n'a pas une bien haute idée de soi-même. » (p. 154) Mais à mesure que Joe remonte dans son passé, les amères désillusions aboutissent finalement à une plénitude plus ou moins sereine.
Si ce n'est les mots danois non traduits qui émaillent le texte, ce roman est très plaisant. Je me suis longuement interrogée sur son titre. Selon Wikipedia, « la perspective cavalière est une manière de représenter en deux dimensions des objets en volume. Cette représentation ne présente pas de point de fuite. » Cette définition ne m'a pas vraiment convaincue. En regardant du côté du titre original, j'ai trouvé plus de sens avec The Spectator Bird. L'idée d'un oiseau survolant une scène qui se déroule sans lui représente assez bien la situation de Joe Allston qui prend conscience être passé, dans une certaine mesure, à côté de sa vie.
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raton-liseur
  05 juillet 2016
J'avais repéré cet auteur il y a déjà quelques temps, sans savoir trop comment l'aborder. Ce titre trouvé dans une vente de livres d'occasion a choisi pour moi. Et maintenant, de l'autre côté de la lecture, il m'est bien difficile de me souvenir de pourquoi j'avais noté cet auteur dans mes tablettes, et il m'est bien difficile d'aborder cet exercice de la note de lecture.
Je dis difficile de savoir pourquoi je voulais découvrir cet auteur parce que je ne crois pas que ce livre me ressemble vraiment (quoique…), mais pourtant j'en ai beaucoup apprécié la lecture. Même si je ne peux plus compter mes cheveux blancs sur les doigts de la main, je ne suis pas encore à l'âge des époux Allston, et pourtant je me surprends depuis quelques années déjà à apprécier les livres dans lesquels les personnages arrivent sur ce versant de leur vie où ils peuvent commencer à faire un bilan. Je me souviens de la lecture de Best Love Rosie de Nuala O'Faolain en 2013, notamment. Peut-être ai-je l'impression que ça y est, les dés sont jetés, que j'ai pris les grandes décisions qui marqueront les orientations de ma vie présente et à venir, et peut-être déj suis-je en train de me demander si c'étaient les bons choix, et où ils me mèneront. Peut-être est-ce un peu tôt pour se poser ces questions, il reste encore beaucoup à découvrir et à vivre, mais déjà je sens que j'aborde les questions du sens de la vie de façon bien différente que lorsque je commençais tout juste cette longue randonnée.
Pour en revenir à Vue cavalière, ce livre s'inscrit dans cette veine de lecture qui est nouvelle pour moi mais qui commence à devenir récurrente, en peut-être plus sombre et plus immobile. Il ne se passe pas grand-chose dans ce livre, sinon le ressassement de vieux souvenirs à moitié enfouis, l'exploration de plaies mal refermées…
J'ai beaucoup apprécié le style de Stegner, sa capacité à relever les petits incidents de la vie de tous les jours, que ce soit le silence d'un mari perdu dans ses pensées ou le prêt d'une tondeuse, et à montrer ce qui se cache derrière. Sensations irraisonnées, pensées peu avouables, ou conscience du temps qui passe et de la difficulté à trouver un sens à cette vie qui passe si vite et que l'on remplit de tant de choses futiles.
Finalement, sans jamais dire les choses clairement, ce livre donne une définition de ce qu'est vieillir. C'est faire le deuil. le deuil de beaucoup de choses. de ses rêves de jeunesse, d'une emprise sur le cours du monde que l'on n'a plus et que, d'ailleurs, on n'a jamais eue, de l'illusion de laisser une trace ou un héritage. C'est peut-être faire le deuil de l'idée de trouver un sens à notre vie, c'est accepter cette parenthèse pour ce qu'elle est, une parenthèse, quelque chose que l'on a cru indispensable de noter sur le moment mais qui au fond sera oubliée aussitôt que les yeux seront passés à la ligne suivante.
Amère cette note de lecture. Amer ce livre, pourtant, s'il est dur parce qu'il ne se voile pas la face, il dégage au fil des pages une sérénité qui va en s'affirmant. C'est le deuil qui se fait, l'acceptation de la vie dans ses beautés fugitives et ses limites infranchissables. Ce livre a quelque chose de bouddhiste, même si je fais probablement là un rapprochement très osé. Accepter ce qui ne peut être changé, et surtout se détacher de ses illusions, de ses rêves, lâcher prise pour se laisser porter par le courant.
Une sensation renforcée par le titre en anglais, « The Spectator bird ». Je crois qu'il existe effectivement un oiseau qui porte ce nom, un rapace, mais je n'arrive pas à remettre la main dessus. Mais ce nom décrit bien ce qu'est Joe Allston, un oiseau qui plane haut dans le ciel jouant des courants d'air pour se mouvoir, et regardant de si haut et avec une vue si acérée la vie se dérouler à ses pieds, sans jamais véritablement y prendre part. La traduction française fait plus penser à un regard décalé, de côté, qui donne une autre interprétation, peut-être moins épurée mais plus humaine, de l'attitude de Joe. Je crois que je me sens plus proche du titre anglais, et je le garde précieusement, me demandant si un jour, moi aussi, je deviendrai cet oiseau et que je poserai sur ma vie ce regard direct mais sans illusion, et que je me dirai : « Tout pour ça, mais finalement, ce n'est déjà pas si mal ».
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Bellonzo
  16 janvier 2014
J'ai opté pour ce titre à la Bergman parce que j'ai trouvé dans ce livre d'un auteur peu lu en France et inconnu pour moi des résonances qui font penser au maître suédois.A commencer par ces quelques lignes sur l'âge:
"Le sentiment d'être remisés derrière le garage,au milieu des herbes folles,avec les quatre pneus à plat et la moitiè des pièces qui manquent.Et puis aussi le courrier qu'on reçoit.Telle semaine c'est Kenneth qui entre à l'hospice dans le Queens, pratiquement aussi mort que si on venait de l'enterrer.La semaine suivante c'est Roy qui casse sa pipe à Savannah.Deux jours plus tard on apprend qu'à Princeton Dick est atteint de la maladie de Parkinson.Et maintenant c'est Tom qui vient d'entrer dans le quartier des condamnés à mort.Et jusqu'à ces carnets que je suis en train de te lire,qui nous rappellent à quel point nous sommes vieux et diminués.A nos âges chaque nouvelle est une mauvaise nouvelle.Je n'aime pas faire la queue devant la guillotine.Je n'aime pas être convié à l'exécution de mes amis".
The spectator bird,très beau titre original,se présente en effet comme une réflexion amère sur le temps et la peine de vivre,de vivre cette vie finalement brève,réflexion qui me touche profondément et je crois que là encore les années ne sont pas étrangères à cela.De même que nos lectures prennent un sens différent au fil des décennies Joe se surprend à rouvrir un journal intime tenu 25 ans plus tôt lors d'un voyage au Danemark. Et,retrouvant ces lignes jetées sur ces cahiers puis oubliées, l'amertume,la tristesse, le découragement se mettent à le tenailler d'abord presque gentiment puis plus durement. Septuagénaire il a vécu avec Ruth une vie plutôt pas mal,dans un milieu intellectuel newyorkais,nanti d'amis brillants et de dîners en ville.Mais la fêlure est là comme pour nous tous,non seulement la mort de leur fils unique mais aussi les élancements d'un coeur vieillissant à l'évocation de ces souvenirs parfois d'une certaine complaisance.
Comment ne pas être bouleversé par ce roman,très secret et sensible,qui,je crois,est en parfaite cohérence avec ses autres livres?Au moment où les jeux sont faits,quel peut être le presque ultime sursaut de l'homme,quand à travers le miroir on ne lui renvoie que l'image de cette liberté captive qui laisse chacun seul?Et comme je ne peux m'empêcher de truffer mes mots de références, mais on peut en avoir bien d'autres,je citerai une fois encore les incontournables Gens de Dublin ou Mort à Venise.La compagnie de Joyce et de Mann ne me semble pas trop déshonorante.Phébus a publié plusieurs livres de cet écrivain mort en 93.Je vous convie par ailleurs à visiter Sybilline qui a lu Wallace Stegner ce qui n'est pas si fréquent. (Stegner Wallace ).
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SagnesSy
  11 novembre 2018
1974, Joseph Allston est douillettement installé avec Ruth, sa fidèle épouse, en Californie. Après une carrière heureuse et bien remplie d'éditeur, il apprivoise la grande vieillesse qui se profile. A l'aube de ses soixante-dix ans, il a beaucoup de mal à accepter les maux de l'âge. Une carte postale qui arrive soudain l'entraîne dans la relecture de ses carnets intimes rédigés vingt ans auparavant, lors de leur voyage au Danemark. Et s'il avait tout raté, finalement ?….
C'est un véritable festin de se plonger dans un roman de Wallace Stegner. C'est érudit, vivant, élégant, drôle, mélancolique, du plaisir à ne pas bouder.
Ah, tenter de se souvenir de la cérémonie danoise qui consiste à skaaler sa voisine de gauche, ou de l'expression latine Absit omen, pour toucher du bois; constater la fondamentale modification de la place des seniors dans la société depuis les années 70 ; trouver que décidemment, Hubert Nyssen a de nombreux points communs dans l'écriture avec cet écrivain qu'il admire tant ; frémir devant l'histoire d'Astrid…
Et se laisser tournebouler par le charme de Jo, malgré son âge, grâce à son formidable humour, entre autres.
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Ktyminilit
  31 décembre 2018
Wallace Stegner est un romancier américain né en 1909 et décédé en 1993. Il est militant écologiste et est surnommé « le doyen des écrivains de l'Ouest ». Pour son roman « Vue cavalière » paru en 1976, il obtient le prestigieux National Book Award.
Joseph et Ruth Allston forment un couple de septuagénaires vivant une vie ordinaire. Ils se trouvent « cadenassés » dans un quotidien alors que la plus grande part de leur vécu se trouve derrière eux.
Joe a la tendance dépressive et se laisse guider par Ruth jusqu'au jour où il réceptionne une lettre qui le plonge dans le passé. Il décide d'ouvrir la boîte de Pandore matérialisée par un journal intime qu'il a rédigé lors d'un voyage réalisé avec Ruth au Danemark bien des années plus tôt.
Dans ces écrits, ressurgit un temps ancien où est enfermée une histoire, celle d'une famille danoise, la famille de la Comtesse Astrid Wredel-Karup. C'est elle qui a hébergé Joe et Ruth durant leur séjour prolongé en Scandinavie. Dans un parfum de scandale, Joe replonge en lui, remet le doigt sur une blessure ou plutôt les conséquences d'un choix qu'il a dû faire à cette époque et qui a orienté le reste de son existence.
L'écriture de Wallace Stegner est sublime et les sentiments sont effleurés et décrits avec des ailes de papillons, je veux dire avec une subtilité et une délicatesse absolument magnifiques.
J'ai aimé ce roman qui m'a transportée même si certains passages s'étiraient quelque peu, j'en ai saisi le pourquoi à l'issue de l'écrit. La composition du roman nous invite à une méditation sur le temps, la vie qui passe, ce que les choix peuvent induire dans un vécu. Il n'est possible d'en faire le constat, d'avoir cette « vue cavalière », cette hauteur, qu'à l'orée de la vieillesse et comprendre alors la puissance du sentiment.
Ce livre est bardé de finesse et j'en recommande la lecture.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
mesrivesmesrives   23 août 2015
Délaissant la porte d'entrée, j'ai tourné le coin de la maison pour passer par la chambre. Mais lorsque, dépouillé de mes effets trempés et boueux, j'ai actionné l'interrupteur de la salle de bain, il ne s'est rien produit: et quand, dans la cabine de douche, j'ai manoeuvré le robinet, il s'en est écoulé un filet d'eau bientôt changé en goutte à goutte. Tout en me rinçant tant bien que mal sous ce maigre débit, je me suis pris à imaginer que j'appelais le docteur Alexander pour qu'il examine la prostate de ma plomberie.
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raton-liseurraton-liseur   05 juillet 2016
La représentation la plus exacte que je connaisse de la vie est proposée par Bède le Vénérable : c’est cet oiseau qui entre dans le hall éclairé, y volette quelques instants, puis ressort dans la nuit. Mais Ruth est dans le vrai. Ce n’est pas rien – et cela peut être tout – que de s’être trouvé un compagnon oiseau avec qui se reposer sous les combles pensant qu’au-dessous libations, rodomontades, déclamations et échauffourées vont bon train ; un congénère dont on prend soin, auquel on aille chercher des graines et des vermisseaux ; un congénère qui soignera vos bobos, lissera vos plumes ébouriffées et pleurera sur vos plaies et vos bosses quand vous volerez par accident dans quelque chose qui vous dépasse.
(p. 267, Chapitre 4, Partie 5).
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LiliGalipetteLiliGalipette   04 septembre 2012
« Comment vivre et vieillir harmonieusement au sein d’une culture qu’on méprise, quand, de surcroît, on n’a pas une bien haute idée de soi-même. » (p. 154)
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LiliGalipetteLiliGalipette   04 septembre 2012
"C'est tout le charme du journal intime. On y touche le seul public vraiment compatissant." (p. 59)
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LiliGalipetteLiliGalipette   04 septembre 2012
« Ce que je mesurais en lisant ce journal, […], c’est la somme de tout ce qui s’est perdu, la somme de toute ce qui a changé depuis cette année de 1954. Je suis en train de vieillir. Je m’aperçois avec effroi que je me borde à tuer le temps en attendant que le temps finisse par me tuer. » (p. 124)
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