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ISBN : 2360570064
Éditeur : L'Asiathèque (19/05/2010)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Puisant dans les littératures tibétaine et chinoise, dans les récits des voyageurs et dans les travaux de nombreux chercheurs, Rolf Alfred Stein (1911-1999) présente ici la foisonnante richesse de la civilisation du Tibet sous ses différents aspects : habitat et populations, histoire, organisation sociale, religion et coutume, arts et lettres. Son propos est de donner, à travers un choix de sujets, de documents et de faits, une vue générale et significative qui perm... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Ledraveur
  06 août 2018
Il est des ouvrages dont on se dit que si nous les avions eu entre les mains en temps opportun dans les années soixante-dix(1), cela nous aurait fait sans doute l'économie de bien de vicissitudes inutiles, d'incompréhensions très dommageables à notre existence … ainsi en est-il de ce livre traitant de l'histoire de la « civilisation tibétaine » !
Il est constitué en cinq parties relativement indépendantes les unes des autres, qui sont :
L'HABITAT ET LES HABITANTS
COUP D’œil SUR L'HISTOIRE
LA SOCIÉTÉ
RELIGION ET COUTUME
ARTS ET LETTRES
Rolf Alfred Stein a eu Jacques Bacot(2) comme un de ses initiateurs. Ce dernier, très proche de lui, lui donna le goût et la connaissance de la civilisation tibétaine. Il est également à noter qu'en 1960, R. S. Stein fit venir de Kalimpong à Paris le lama tibétain maintenant bien connu, Dagpo Rinpoche.
La rétrospective de l'histoire du Tibet de la seconde partie nous plonge dans une “saga” qui n'a rien à envier à nos contrées aux mêmes périodes(3) … !
Le « Tibet pacifique mythique » de Shambala véhiculé par la tendance “New-age” d'Occident vole en éclats ! Ce qui d'ailleurs pose une ambiguïté historique de fond. La complexité politico-religieuse tibétaine actuelle est non seulement dans une impasse, mais qui plus est, il semble qu'elle ne trouvera d'issue que dans l'évolution (si il y a lieu !) de la Chine elle-même*. Ce qui pose une réelle question de profondeur sur la présence significative et bien temporelle non pas d'une “diaspora” tibétaine en Occident (qui est assez insignifiante quantitativement parlant) mais bien plus de ses représentants religieux et de leurs agissements qui ne correspondent pas forcément à ceux affichés officiellement** … ! Car il ne peut être fait abstraction de l'histoire de cette culture sous peine de se fourvoyer complètement dans les jeux d'intérêts qui jalonnent toute l'histoire du monachisme tibétain. En effet le clergé actuel n'est que le prolongement de ce qu'étaient les institutions tibétaines avant la perte de leur indépendance dans les années 1950. Sauf que la culture de l'Occident n'est pas celle du Tibet, et ce en aucune façon ! D'où l'équivoque !
Dans « LA SOCIÉTÉ » R. A. Stein nous dépeint la vie d'un peuple avec ses caractéristiques tantôt “hautes en couleurs”, quand il cite les poètes mystiques comme Milarépa ou Kunley qui raillaient volontiers avec espièglerie les travers de leurs époques sous forme de “dohàs” — qui sommes toutes nous rappellent les nôtre dans les même périodes avec Rabelais —, tantôt décrites sous leurs aspects frustes et rustres.
Au chapitre « RELIGION ET COUTUME » sont exposées les particularités essentielles de la relation dans le vajrayana tibétain entre “maître et disciple”(4) qui provoque tant de quiproquos et de confusions en Occident, car il y manque toute la dimension d'une culture, la notion de “chef” (slob-dpon) et « sujets, peuple » (slobjbangs) ne pouvant s'entendre que dans le cadre de traditions séculaires, complètement obsolètes et anachroniques dans nos pays d'Europe et de cultures démocratiques. En outre, élément fondamental, il y avait des ermites au Tibet, des “sàdhakas” itinérants et autres yogis/yoginis errants et tout le monde ne se mettait pas au service des constructions cléricales et autres “labrang” (monastères), comme si c'était la voie exclusive du salut… et très loin s'en faut ! Hors avoir laissé diffuser et entretenu une telle idée malhonnête de propagande aberrante, voir dangereuse en nos pays est devenu un très grave problème  !***
Des pages 190 à 210, un fort intéressant et excellent descriptif est donné sur l'ensemble de ce qu'il convient d'envisager comme « pratique de la voie tibétaine ».
Ensuite est exposée une très originale genèse des origines des traditions religieuses et “spirituelles” du Tibet quasiment non connue du public et sans doute encore moins du public qui fréquente les fameux « centres d'obédience tibétaines » ! Hors, sans cette connaissance particulière, le lamaïsme ne peut être appréhendé de façon globale dans son histoire et sa culture !
Dans « ARTS ET LETTRES », R. A. Stein rappelle avec pertinence la «  … communion des saints “fous” avec les sources d'inspirations populaires qui en fait les plus grands créateurs de la littérature tibétaine. »
On peut donc dire qu'ils étaient « l'âme du Tibet » et sa mémoire ancestrale, donnant des représentations théâtrales ouvertes, à un public largement illettré, pour transmettre leur connaissance des traditions, des chants et de la poésie du peuple à la vie duquel ils aimaient se mêler, ainsi que le moyen d'appréhender la dimension spirituelle toujours possible de l'existence.
Les populations du Tibet réel aimaient particulièrement ces représentations et leurs auteurs, qui se distinguaient de tant d'autres — ennuyeuses et pédantes — par leur langue proche de la langue parlée et leur style vivant, et surtout par l'intérêt porté à mille détails de la vie réelle !
Quid  donc du fameux « bouddhisme tibétain » en nos contrées ? Et du hiatus entre la tradition vantée et les réalisations “spirituelles” concrètes ..., qui consistent surtout en une édification matérielle très gourmande en matière de finances ! Ne serions-nous pas devant, au mieux ..., un grand malentendu ?
Nous n'avons à ce jour ni vu, ni entendu dire, qu'aucun de ses représentants “aimait” un tant soit peu se “mêler” à la vie réelle des gens de nos contrées … !
Nous avons connu une époque dans les années 80, où l'on n'était pas systématiquement et pesamment “sollicité” financièrement pour rencontrer de grands yogis du Tibet. L'implication dans l'authenticité de la relation au “maître” était pour eux, il est vrai, leur préoccupation essentielle ! Ce ne fut pas vraiment le cas par la suite … les priorités furent autres, ce qui explique bien des scandales récents dans ces milieux suspects de nos jours ...
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(1) alors que nous découvrions conjointement la vie de « Milarépa » de Jacques Bacot (1971) ainsi que les documentaires filmés d'Arnaud Desjardins, « Le Message des tibétain »
(2) https://www.babelio.com/auteur/Jacques-Bacot/175694/bibliographie
(3)voit p. 51
« Songtsen Gampo eut cinq femmes : en plus des deux princesses de Chine et du Népal, ce furent une fille du roi de Zhangzhung, une femme du clan Ruyong, fille du roi de Minyag, et une dernière de Mong (mais il en existe d'autres listes). Cinq générations après, le roi Thide Tsugten (704-755) prit trois femmes : la princesse chinoise Kin-tch'eng (Gyimshang Kongjo) qui arriva à Rasa (Lhasa) en 710, une dame de Jang (le Nan-tchao) et une troisième née Nanam. le successeur, Thisong Detsen (742-797 ou 804), eut à nouveau cinq femmes, cette fois toutes de clans nobles tibétains. Ces grands clans fournissaient les ministres. Mais les rivalités entre la famille du roi et ses parents par alliance, entre les différentes femmes et leurs familles aussi (lutte pour la succession des fils), amenaient une grande instabilité du pouvoir. »
— À la même époque “Carolus Magnus” ou Charlemagne, avait les même moeurs … Comme quoi !
https://www.histoire-pour-tous.fr/histoire-de-france/4508-charlemagne-roi-des-francs-et-empereur-doccident-biographie.html
(4) Aussi faut-il une soumission absolue du disciple au lama, et celui-ci lui impose une série d'épreuves pour éprouver la solidité de sa foi. Les liens entre eux sont prédestinés et indissolubles. Ils sont caractérisés à la fois par l'affection de père à fils et par la subordination de vassal à suzerain : les termes qui les désignent sont bien “père” et “fils”, mais aussi “chef” (slob-dpon) et « sujets, peuple » (slobjbangs). « Il n'y a pas de disciple plus affectueux (sha-tsha-ba) et plus fidèle (“proche du coeur”, snying-nye-ba) que toi », dit la “mère” spirituelle, la femme du maître, à Milarepa.
p. 195
(5) ou plus exactement “mystiques inspirés” et libre de mouvement, indépendant et ne relevant pas d'un “labrang” particulier.
*
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Le-Debat/Demain-la-Chine-democratie-ou-dictature
https://fr.news.yahoo.com/r%C3%A9gime-chinois-condamn%C3%A9-%C3%A0-dispara%C3%AEtre-sit%C3%B4t-110449269.html
**
https://behindthethangkas.files.wordpress.com/2018/07/mary-finnigan-lenvers-des-thangkas-mise-c3a0-jour-2018.pdf
https://www.babelio.com/livres/Campergue-Le-maitre-dans-la-diffusion-et-la-transmission-du-/644762/critiques/648122
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http://camisard.hautetfort.com/archive/2011/06/05/lerab-ling.html
Lien : http://camisard.hautetfort.c..
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
LedraveurLedraveur   06 août 2018
Ainsi, dans les représentations symboliques, le même mot « mère » (yum) désigne aussi l'épouse ou la parèdre. C'est l'union des deux qui donne la Grande Félicité ou le Bodhicitta (byang-sems, « pensée de bodhi », mais aussi assimilé à une “goutte”, sorte de correspondant psychique du sperme).
Ce système explique le procédé de méditation ou, au contraire, s'explique par lui. Le monde phénoménal a une sorte d'utilité. La Vacuité (etnyatà) ne peut exister sans la Compassion active (karunà) ; la Réalité Absolue n'a pas de sens sans qu'il y ait un monde d'existence phénoménale. Mais cette existence, de son côté, ne peut exister sans la Vacuité ou la Réalité Absolue. Ce monde des apparences est alors comparé au fiancé. Sans lui, la fiancée sùnyatà serait comme morte. Mais inversement, si la fiancée était séparée, ne fût-ce qu'un instant, de son fiancé, celui-ci resterait éternellement lié. Le Saint réalise la simultanéité des apparences et de la Vacuité.
Aussi la méditation est-elle une réalisation (sàdhana ; sgrub) en ce sens qu'elle répète, si on peut dire, la relation perpétuelle et jamais commencée entre la Vacuité ou « l'Absolu » et l'existence phénoménale. Elle consiste essentiellement en deux parties : la “création” (mentale) à partir de la Vacuité, qui correspond à l'existence phénoménale (utpannakrama ; bskyedrim), et « l'achèvement » ou le retour à l'unité de « l'Absolu » (nispannakrama ; rdzogs-rim). Seule la première partie est relativement facile à comprendre et à exécuter, du moins dans le système purement tibétain. La seconde y comporte des procédés psycho-physiologiques du yoga (surtout « souffle » et forces sexuelles). L'utilité de la méditation réside donc dans le fait qu'elle permet une sorte de démonstration expérimentale, une expérience vécue, non seulement de la Réalité suprême, de la Vacuité, de « l'Absolu », mais encore de la nature de l'existence phénoménale qui n'en est que la création mentale. Cet exercice, surtout sa seconde partie de réalisation de la Vacuité ou Grande Félicité, a pour but le salut, la libération. Mais il se trouve qu'il a aussi, surtout par sa première partie de création mentale d'existence phénoménale une conséquence pour ainsi dire secondaire, une sorte de sous-produit, à savoir des pouvoirs surnaturels (siddhi ; dngos-grub). Ceux-ci ne sont pas essentiels, mais le saint peut s'en servir pour convertir par des miracles, pour protéger la religion contre des ennemis humains ou non humains et pour faire en général « le bien des êtres ». La réalisation de la Vacuité par la méditation est en effet faite pour soi-même, mais aussi pour les autres : par la compassion (karunà) active, on met les forces qui en découlent au service des êtres.
p. 187-88
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LedraveurLedraveur   06 août 2018
Un autre religieux de l'ordre des Kagyüpa, Zhang Rimpoche (1123-1193), fonda le monastère de Tsal (1175) et le temple de Tsal Gung-thang (1187), un peu à l'est de Lhasa, sur le Kyichu. Ce monastère devint le siège de la famille des Tsal qui devait bientôt participer aux luttes pour le pouvoir. Enfin un dernier pion important du jeu politique doit être présenté. C'est l'ordre des Karmapa. Son fondateur, Düsum Khyenpa (1110-1193), lui aussi originaire du Kham, région de Tao (Tao-fou), s'appuya sur les disciples de Milarepa : Gampopa, Rechung, etc. II fonda d'abord, en 1147, le « siège de Karma » ou le « camp de Karma du Sud », situé à l'est du Ngomchu, au Kham, entre Riwoche et Derge. Il créa ensuite, en 1155, le monastère Karma de Tsur Lhalung (déjà inauguré en 1154 par Dagpo Gomtsül dans le Tölung), puis en 1185 celui de Karma Lhadeng et enfin, en 1189, celui de Tsurphu, le siège actuel des Karmapa, aussi dans la vallée de Tölung au nord-ouest de Lhasa. L'ordre, dérivé des Kagyüpa, doit son nom à un chapeau noir en cheveux de dàkini qui réunit en lui les œuvres (phrin-las = karma) de tous les buddha. La lignée des hiérarques de cet ordre, celle des « chapeaux noirs », prétend, avec les abbés de Digung, avoir inauguré le système des réincarnations successives d'une même personne qui fut, plus tard, adopté pour les Dalaï-lama et Panchen-lama. Elle règne jusqu'à nos jours et a admis, à partir de Dagpa Senge (1183-1349) une autre branche de hiérarques incarnés, celle des « chapeaux rouges ».
Pendant que ces puissances ecclésiastiques se constituaient à la fois sur les plans religieux, économique, politique et militaire, les « rois » ou chefs de principautés n'ont guère laissé de trace.
p. 66
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Au Tibet central, les Phagmodupa avaient régné dans leur capitale de Ne'udong, au sud du Tsangpo, dans le Yarlung, près de Tsetang. Mais leur pouvoir déclinait et une nouvelle opposition entre Ü et Tsang se dessinait. Les chefs de Rinpung, ministres des Phagmodupa, prirent alors le pouvoir à Samdubtse (Shigatse, dans le Tsang). Ils firent une guerre contre le Ü (1481), alors qu'une autre guerre opposait les Karmapa (côté Tsang) aux Gelugpa (côté Ü).
En effet, un événement capital avait eu lieu entre-temps, la fondation de l'ordre des Gelugpa par Tsongkhapa (1357-1419). Non pas que la « réforme » dont on le glorifie généralement ait vraiment comporté une innovation fondamentale de dogme ou de rituel. Pas plus qu'Atisha, auquel il se rattacha, il ne négligea les tantra avec tous les rituels et toutes les méditations qui en relèvent et qu'il avait étudiés chez les Karmapa et les Sakyapa. Mais, comme Atisha et son ordre des Kadampa, il insista à nouveau sur la nécessité de la discipline monastique et de la voie graduelle (morale, etc.) pour le commun des hommes et même comme préparation à l'émancipation totale. Après une retraite à Radeng, monastère kadampa, où il composa en 1402, et en 1405 sa grande œuvre en deux volumes (Lam-rim et sNgags-rim), il prit la décision de marquer le renouveau de la discipline par la fondation d'un ordre nouveau. Celui-ci s'appela d'abord « Kadampa nouveau », puis Gelugpa (« ceux qui suivent les œuvres de vertu ») ou Galdanpa d'après le monastère de Galdan fondé en 1409. Sa réputation de grand théologien et rhéteur valut à Tsongkhapa d'être invité en Chine par l'empereur (1408).
p. 69-70
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LedraveurLedraveur   06 août 2018
À son retour au Tibet, il fut obligé de les cacher, car le vieux roi était mort, l'héritier Thisong Detsen encore mineur et le clan hostile au bouddhisme exerçait le règne. Selon la Prophétie de Khotan, la princesse Kin-tch'eng fut alors atteinte d'ulcères, et des enfants de ministres moururent. Les adversaires attribuèrent ces calamités au fait que la princesse avait usé de son influence pour faire admettre au Tibet des moines de Khotan chassés de là par un jeune roi hostile au bouddhisme. De plus, à la suite de l'adoption du taoïsme comme religion officielle en Chine par son père, des moines chinois aussi s'étaient réfugiés au Tibet.
D'après des édits du jeune roi et de son successeur, rapportés par un historien postérieur, le roi lui-même était tombé malade. Le Bashe aussi raconte que le bouddhisme fut rendu responsable de certains cas de maladies et de morts et que le ministre beunpo qui exerçait alors le pouvoir promulgua une loi interdisant les rites funéraires bouddhiques (d'origine chinoise). Mais lorsque, devenu majeur, le roi Thisong Detsen prit le pouvoir et apprit ce qui s'était passé, il s'intéressa au bouddhisme avec la prudence requise face à l'hostilité de certains clans. Des livres bouddhiques, chinois et indiens, auraient été traduits. Selnang du clan Ba se serait rendu dans l'Inde, à Mahâbodhi et à la grande université de Neanda. Il aurait ensuite amené du Népal le moine bouddhiste Sântaraksita qui l'aurait ordonné moine en lui conférant le nom religieux Yeshe Wangpo. Il était obligé de se cacher au Mangyul, près de la frontière du Népal. C'est encore au Népal qu'il aurait rencontré le célèbre saint Padmasambhava qui est devenu le patron des ordres non réformés du Tibet. Le principal adversaire du bouddhisme, Mazhang Dompakye, ayant été tué dans un guet-apens, il fut possible d'inviter Padmasambhava et Sântaraksita. Le premier se distingua par des opérations de magie, mais fut bientôt obligé de quitter le pays, pourchassé par les fidèles de la religion Bön. La tradition tibétaine le dit originaire d'Uddiyàna, pays célèbre pour ses magiciens. Elle le relie aussi au pays Zahor où florissait le tantrisme, pays qu'on localise tantôt au nord-ouest de l'Inde, tantôt au Bengale. L'obscurité autour de ce personnage est si grande que le savant polygraphe Sumpa khanpo suppose, en 1748, qu'un “vrai” Padmasambhava serait resté longtemps au Tibet, occupé à dompter tous les démons et dieux locaux, et qu'un “faux” Padmasambhava, qui n'était qu'un médium du Népal, ne serait resté au Tibet que peu de temps. Quoi qu'il en soit, un grand ensemble de temples bouddhiques fut construit à Samye, en douze ans, à une date incertaine (vers 775 ?). Un temple indien d'Otantapuri (ou de Nâlanda) aurait servi de modèle.
p. 54
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LedraveurLedraveur   06 août 2018
Au Japon, les comparaisons peuvent s'étendre tout au long de son histoire, sauf évidemment à l'époque moderne où la différence est de taille : alors que le Japon a su s'adapter rapidement au monde moderne tout en conservant sa tradition, le Tibet n'a pas pu en faire autant et a été conduit à une rupture brutale qui pourrait être fatale pour sa tradition.
Dans le domaine culturel aussi, il est évident que, si les institutions sont semblables, les formes ne sont pas exactement les mêmes, et c'est justement en cela que réside l'intérêt des études tibétaines. De part et d'autre, une grande religion organisée a été adoptée et s'est superposée sur des systèmes indigènes. Mais les différences entre le christianisme et le bouddhisme et entre les substrats religieux de l'Extrême-Orient et de l'Europe ont naturellement déterminé des aspects particuliers.
Nous n'essaierons pas de dresser ici une liste de similitudes. Le lecteur, familiarisé avec le passé européen, l'aura fait de lui-même, et nous nous sommes parfois permis de les souligner. Mais, pour conclure, nous pouvons essayer de dire un mot d'un aspect dont nous n'avons pas pu parler et qui est d'ailleurs difficile à saisir, à savoir l'homme et son caractère. Comment en parler alors que l'auteur n'a pas eu la chance de vivre au Tibet et qu'il ne connaît les Tibétains que pour en avoir fréquenté quelques-uns en dehors de leur pays ? Et par surcroît, comment comparer l'homme tibétain à l'homme du Moyen-Âge ou de la Renaissance dont on ne peut se faire une idée qu'à travers quelques ouvrages ? Cependant la tentation est grande, tant est forte l'impression d'avoir affaire à des types analogues de caractères. Certes, il n'est pas question de ramener à une formule simple la variété des caractères individuels. Mais certains traits sont tout de même frappants.
Ce qui semble le plus remarquable, c'est une sorte de condensation ou de concentration, un caractère entier, et, de ce fait, souvent excessif. On dirait que sentiment et pensée ne sont pas dilués ou dispersés, mais concentrés. L'homme s'adonne à un sentiment jusqu'au bout, sans hésitation, avec une sorte d'opiniâtreté et de simplicité. Il peut être très doux ou très violent, très dévoué et très fourbe ou rusé. Il est gai, il aime chanter, parler et plaisanter. Mais il peut aussi obstinément se renfermer, se replier sur lui-même et se refuser aux contingences d'un monde dont il refuse la réalité. Quand il croit — et il croit —, sa foi est profonde, entière, simple et absorbante.
p. 339
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« La Civilisation tibétaine », Rolf Alfred Stein (extraits,) éd. L’Asiathèque © (1962/87) 2011
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LedraveurLedraveur   06 août 2018
LA CIVILISATION TIBÉTAINE
LA SOCIÉTÉ
(ganaçakra) Ces « cercles » consistaient en de grands festins réunissant une foule de méditants masculins et féminins. Le yogin ne devait pas garder les richesses. Il les recevait et les réemployait. Tel est du moins le principe. Un yogin du XIVe siècle, Samten Palpa (1191- 1366), a de nombreux disciples et accumule nourritures et biens. « Non pas, disait-on, que les biens ne fussent pas venus en ses mains pour en jouir, mais il ne les gardait pas pour lui-même, fût-ce une aiguille et un fil... Maître et disciples ne se nourrissaient qu'en mendiant des aumônes. Parmi les terres et les biens du monastère ils ne gardaient même pas un champ ou un tapis. » Et pourtant les dons atteignaient parfois des proportions considérables. Gyer le méditant (1144-1204) offrit à son maître yogin et à sa femme (yab-yum) cent trois biens différents comprenant avant tout cinquante grandes familles (de « serfs »), un manuscrit de la Prajnàparamità et trois chevaux. La chronique insiste sans doute sur ces cas comme exemples de sainteté qui contrastaient peut-être avec d'autres cas de moindre désintéressement. Mais la distinction entre biens du monastère, qui ne sont pas critiqués, et biens personnels n'en demeure pas moins.

S'ils n'ont jamais été qu'une minorité, certains religieux ont pris au sérieux les commandements de leur religion et les ont traduits dans les faits. Ils ont même souvent été les porte-parole d'une critique des abus de la société. Souvent ces critiques sont formulées sur un ton austère : elles sont surtout dirigées par l'ordre réformé contre les ordres anciens. Nous avons déjà fait allusion aux violentes diatribes de Lha Lama Changchubô (début du XIe siècle) :
« Depuis le développement (des rites) de « libération » (tuer), chèvres et moutons n'ont plus de repos. Depuis le développement (des rites) “d'union” (sexuelle), les gens se mêlent sans égard aux liens de parenté. »
Ou encore : « Vos pratiques, de vous autres, tantristes “abbés de village”, peuvent paraître merveilleuses à d'autres s'ils en entendent parler dans d'autres royaumes. Mais ces pratiques qui vous font dire : « Nous sommes buddha » sont moins miséricordieuses encore que le Dieu du Karman. Vous êtes plus avides de viande que faucons et loups, plus libidineux qu'ânes et taureaux, plus avides de décomposition (?) que maisons en ruine ou poitrine de cadavre. Vous êtes moins propres que chiens et porcs. Ayant offert excréments, urine, sperme et sang aux dieux purs, vous renaîtrez dans (l'enfer du) marais de cadavres putréfiés. Quelle pitié ! »
p. 162-63
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