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Christine de Montauzon (Traducteur)
ISBN : 225305853X
Éditeur : Le Livre de Poche (15/03/2002)

Note moyenne : 3.22/5 (sur 9 notes)
Résumé :
Siméon crut suffoquer.
L'air emprisonné martelait ses côtes. Il vit les yeux de l'homme. Pour la première fois. Il vit les pupilles gris-vert sous les paupières bouffies et la veine qui les bordait comme un fil blême. Les yeux étaient morts. Mais soudain, dans la cendre froide, flamboya, vif et ténu, un cristal de lumière. Puis une fumée grise recouvrit à nouveau le regard de l'homme. Alors Siméon reprit son souffle. Sa voix jaillit, rauque et tendue.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
colimasson
  14 novembre 2012
A. H. ou comment évoquer sans avoir l'air de le faire le personnage le plus épique, le plus effroyable, le plus intelligent, le plus génial, le plus fou du 20e siècle (chaque lecteur choisira l'adjectif qui lui convient en fonction de ses affinités particulières) : Adolf Hitler.
Ne nous atermoyons pas sur le caractère houleux du choix d'un tel sujet. George Steiner ne laisse pas le temps au lecteur de se poser des questions et le fait débarquer de manière impromptue dans son roman, alors que deux personnages semblent en pleine confrontation :
« -Toi.
Le vieil homme se mordit les lèvres.
- Toi. C'est toi ? »
Le premier chapitre amorce une présentation très vague de la situation. George Steiner prend un malin plaisir à effacer tout indice permettant d'identifier les personnages, et même l'objet de leur discussion demeure un mystère insoluble. On espère que la situation s'éclaircira au fil du temps, mais Steiner est aussi terrible (à un autre niveau) que A. H. et il prend un malin plaisir à brouiller les pistes et à perdre son lecteur dans les bifurcations improbables d'une intrigue qu'on peine à comprendre.
Ainsi, quatre fils différents s'entrelacent (peut-être même davantage, il n'est pas facile de trancher clairement), mettant en scène des personnages différents dont le seul point commun est celui d'être liés d'une quelconque façon à A. H.

A. H. est mort depuis des années, dixit l'opinion générale, et des preuves tangibles semblent pouvoir le confirmer. Mais quelques voix se font entendre, qui remettent en cause ce fait établi. En vérité, A. H. ne serait pas mort mais croupirait dans un marais au fin fond de l'Amazonie (torture autrement plus intense). Une équipe a été dépêchée pour le retrouver dans le plus grand secret gouvernemental. Dans les hautes sphères politiques, entre personnalités bien informées, la question entraîne également son lot d'interrogations. Entre juifs et rescapés des camps de concentration, les considérations prennent une tournure plus personnelle, et c'est à ce moment-là seulement que le Transport de A. H. devient véritablement intéressant.

On sent que George Steiner n'est pas très à l'aise avec la forme du roman. Plus connu pour ses essais, lorsqu'il s'empare de la fiction, il donne l'impression de s'embourber avec des usages et des expressions convenues. Vaille que vaille, il tente d'instaurer une atmosphère différente à chaque chapitre mais se perd surtout dans des descriptions creuses et des accumulations de détails inintéressants (« Ryder passa les doigts sur le cuir craquelé. Tout cela aurait eu besoin d'un peu de cire ») lorsqu'il ne donne pas l'impression de se lancer dans une parodie de roman noir un peu laborieuse :

« Il s'approcha. Son haleine sentait l'alcool mais sans exagération.
- Sales bestioles.
Il se donna une tape sur l'avant-bras et fixa pensivement l'insecte écrabouillé. »

George Steiner instaure un rythme également éprouvant. Il faudra plier l'échine et s'y soumettre avec maints efforts dans les deux premiers tiers du roman, avant d'accéder au dernier tiers, qui constitue de loin la partie la plus intéressante du Transport de A. H.. On comprend alors pourquoi George Steiner a choisi la forme du roman pour aborder les questions troubles liées à l'existence d'Adolf Hitler : elle permet un désengagement partiel de l'écrivain qui peut alors oser avancer des théories politiquement incorrectes en les attribuant à ses personnages ou à Hitler, sans que la parenté avec sa réflexion personnelle ne soit directement invoquée. Question de prudence bien compréhensible puisque George Steiner s'érige à l'opposé des bonnes âmes pleines d'une compassion qui ne permet pas à l'Histoire d'avancer. Il remet également en question le rapport victimes/coupables dans une tentative non pas de rejeter les accusations d'une partie de l'humanité sur l'autre mais de répartir équitablement la dose de bien et de mal en chacun, dans une négation totale du manichéisme qui sévit habituellement lorsqu'on évoque les conséquences de l'Holocauste et du Reich. le plaidoyer final d'Adolf Hitler sera l'occasion pour George Steiner de poser une question cruciale : en désirant éliminer les juifs, l'homme n'aurait-il pas permis, finalement, leur résurrection ? N'est-ce pas grâce à lui qu'Israël a pu se fonder aussi facilement aux lendemains de la seconde guerre mondiale ?

On s'avance sur un terrain nébuleux. La prudence de George Steiner traduit peut-être une autre incertitude : celle de pouvoir répondre clairement à ces questions. Là où l'essai est censé pouvoir apporter une réponse, le roman permet quant à lui de laisser les interrogations en suspens…
Lien : http://colimasson.over-blog...
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moravia
  09 avril 2013
Face à certains livres, je me pose toujours la question : Pourquoi l'auteur un beau matin a t'il eu ce besoin d'écrire une chose aussi insipide ?
Comment peut-on être aussi peu conscient de la médiocrité de son talent littéraire ?
Cela m'épate !
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Citations et extraits (16) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   04 décembre 2012
« Mon cher Gervinus, nous souffrons tous d’une certaine forme de cancer, tous ceux qui ont connu l’époque hitlérienne portent en eux la prolifération d’une force vitale anarchique. Que faire pour donner asile à ces énergies, à ces pouvoirs d’adaptation pathologiques que nous avons sécrétés pendant cette décennie en folie ? Le cancer n’est qu’un excès de vie sans finalité, ni plus ni moins. »
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colimassoncolimasson   16 décembre 2012
Peut-être est-ce moi le Messie, le véritable Messie, le nouveau Sabbatai dont les abominations furent permises par Dieu pour ramener son troupeau au bercail. « Il fallait que le mystère de l’Holocauste fût afin qu’Israël recouvrît ses forces. » Ces mots ne sont pas de moi, mais de vos visionnaires, ceux qui se mêlent d’expliquer les desseins divins, le vendredi soir à Jérusalem. Ne devriez-vous pas me rendre hommage à moi, qui ait fait de vous des guerres, qui ait donné une réalité aux vieux songes creux qu’était Sion ?
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colimassoncolimasson   16 novembre 2012
Je crois vraiment qu’il désirait que le temps s’arrêtât avec lui, que l’histoire, les cités et la race élue périssent avec lui. Dans le dernier embrasement. Sardanapale. C’est toute la poésie romantique allemande. Et c’était un romantique ! Fou à lier, mais quel virtuose !
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colimassoncolimasson   30 novembre 2012
N’importe qui peut dire Auschwitz, et s’il le dit assez fort, il n’y a plus qu’à baisser les yeux et écouter. C’est comme un verre qu’on casse au milieu d’un repas. C’est trop facile, si on était gosse ou pas encore né à ce moment-là. Quand on n’a pas la moindre idée de ce que cela a représenté réellement pour la plupart d’entre nous, pour la classe aisée et cultivée qui tentait de survivre sur l’autre face de la lune. Allez-y, citez Auschwitz, Belsen, ou ce que vous voudrez, couvrez-vous la tête de cendres, montrez-nous le poing, et exigez que nous fassions pénitence ad vitam aeternam. Il y a une somme rondelette à la clé des remords, c’est le produit des feuilletons télévisés et des livres de la rentrée d’automne. Laissez-moi vous poser une seule question, chers petits amis : qu’auriez-vous fait, quels mots superbes auriez-vous criés alors ? Au pas cadencé des hommes en brun, les plus braves d’entre nous faisaient dans leur culotte.
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colimassoncolimasson   07 décembre 2012
Toute l’affaire d’Hitler, peut-être lui accorde-t-on trop d’importance. Peut-être est-ce stupide, une sorte de sensiblerie à rebours que d’y repenser sans cesse, de s’inquiéter du comment ou du pourquoi c’est arrivé. Comme un terrier qui gratte pour trouver un vieil os. Les gens qui s’adonnent trop à cela tournent mal ; ils pensent qu’ils font de profondes et terribles déclarations au nom de ceux qui sont morts. Ils se trompent. Ils ne font que gonfler leurs médiocres petites vies de baudruches. Bien sûr, c’était l’enfer, et nous y étions jusqu’au cou –à ce moment-là. Et les quelques années qui suivirent. Vous ne pouvez pas vous rappeler, vous étiez encore au berceau. Mais maintenant, si je regarde en arrière, comprenez-moi bien, Rolf, je ne peux m’empêcher de me demander si ce fut vraiment important.
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Videos de Georges Steiner (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Steiner
"La destruction de l?humanité" pour Pierre Juquin, "le reflet de la société" pour Eugène Saccomano, "le seul avenir" pour George Steiner... Et pour vous, la haine c'est quoi ?
Culture Prime, l?offre culturelle 100% vidéo, 100% sociale de l?audiovisuel public, à retrouver sur : Facebook : https://facebook.com/cultureprime Twitter : https://twitter.com/culture_prime La newsletter hebdo : https://www.cultureprime.fr
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