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Philippe Blanchard (Traducteur)
ISBN : 2070326829
Éditeur : Gallimard (04/02/1992)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 12 notes)
Résumé :
Née des œuvres incestueuses d'Œdipe et de Jocaste, Antigone bravera les ordres de Créon pour inhumer son frère, Polynice. Elle sera enterrée vive. Pamphlet contre la loi humaine et pour la loi divine ou, au contraire, apologie de la raison d'État : les générations se sont succédé, incapables de trancher. Au fil des pages, l'on découvre, cependant, que la loi divine invoquée par Antigone - enterrer les morts - n'est pas moins humaine, et que défendre l'État est aussi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Charybde2
  17 mars 2013
Immense qualité et extraordinaire érudition, argumentation souvent partiale mais enchanteuse
Avec cet ouvrage de 1984, George Steiner poursuivait son inlassable et passionnant travail d'analyse de la postérité et de la présence de la tragédie grecque (commencé avec sa thèse « La mort de la tragédie » en 1961), à travers la figure d'Antigone, plus précisément à travers l'analyse de la nature de l'influence de l'Antigone de Sophocle dans l'ensemble de la littérature occidentale.
Constatant d'abord l'incroyable « domination » d'Antigone dans l'imaginaire occidental à partir des Lumières, et décortiquant finement, pour cela, sa présence chez Hegel, Goethe, Kierkegaard et Hölderlin. « À partir de 1905, sous la pression de la référence freudienne, l'intérêt critique et herméneutique avait commencé à se déplacer vers Oedipe Roi. L'Antigone de Sophocle a donc occupé la première place pendant plus d'un siècle dans le jugement des poètes et des philosophes. Comment expliquer cette prédilection ? ». Même moins marquée, cette présence se poursuit avec force tout au long du XXème siècle, et dans presque toutes les littératures de l'Occident.
Steiner va ensuite plus loin, en tentant de démontrer qu'en dehors peut-être de Don Juan, aucun mythe (et notamment aucun personnage shakespearien) n'a pu s'élever au « rang » atteint par les Grecs, et notamment par Antigone et Oedipe. Faust est considéré par lui comme un « simple » avatar de Prométhée, tandis que Don Quichotte est renvoyé à son particularisme historique et géographique. Avec tout le respect dû à l'immense érudit, on peut trouver ces « éliminations » quelque peu cavalières... Grand spécialiste par ailleurs de philologie et des problèmes de traduction, il enracine alors la puissance des ces grands mythes dans leur lien étroit avec la formation même, grecque, de nos langues et de nos modes de raisonnement les plus profonds, dans une revue fort convaincante, même s'il reconnaît buter, in ultimo, sur la difficulté de rendre compte du « contexte social et dramaturgique » de création de ces oeuvres théâtrales, qui ne peuvent se limiter aux textes qui nous sont parvenus.
Un tour d'horizon des mises en scène « modernes » d'Antigone lui permet d'achever sa démonstration, au prix d'un curieux contournement d'Anouilh, dont il est pourtant très familier, et dont il ne nous livrera l'explication, comme par inadvertance, que dans les toutes dernières pages de son livre : « L'Antigone d'Anouilh envahit les écoles et les universités ainsi que les théâtres amateurs ou professionnels de l'après-guerre. Son désenchantement oblique, son anti-héroïsme et ses manteaux de cuir rendaient précisément l'hystérie et la gêne qui accompagnaient une survie imméritée. (...) La version d'Anouilh en est venue à m'apparaître comme une insulte à Sophocle. C'est injuste. C'est une variante très réductrice, qui ne connaît plus la terreur, mais qui possède un équilibre argumentatif et une intelligence qui lui sont propres. Il est, actuellement, difficile et peut-être artificiel de s'intéresser à l'Antigone de Sophocle sans maintenir la critique du mythe chez Anouilh à distance vigilante. » Steiner, en profond aficionado des mythes grecs, supporte mal, chez Anouilh (comme chez son maître Pirandello d'ailleurs), leur destruction et leur déconstruction organisées...
En résumé, Steiner nous donnait ici une oeuvre d'une immense qualité, d'une érudition extraordinaire et d'une force de stimulation intellectuelle peu commune, au service toutefois par moments d'une approche fort partiale des argumentations... Mais comment reprocher cela à un authentique amoureux de la littérature ?
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Henri-l-oiseleur
  06 novembre 2015
L'auteur nous invite à traverser la littérature européenne de ses origines à nos jours, avec, si l'on ose dire, le fil d'Ariane ... d'Antigone. Cette figure mythologique a paru incarner dès l'origine le conflit entre deux idéaux, la légalité et la légitimité, et rend pensable la séparation du spirituel et du temporel, à travers le martyre d'une jeune fille qui défend l'un contre l'autre. C'est du moins ce qu'on a lu dans Sophocle et ce que l'on a réécrit, sous des formes diverses, au cours des siècles. Il faudrait d'ailleurs corriger cette lecture traditionnelle et d'influence chrétienne par les analyses de J.P. Vernant, qui renouvelle entièrement l'interprétation du mythe au niveau de la Grèce ancienne. En tout état de cause, la culture encyclopédique de Steiner nous fait explorer des domaines littéraires peu frayés et le voyage auquel il nous convie est passionnant.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
CalibanCaliban   06 novembre 2016
Il y a une ignorance d'Antigone qui est à la fois philosophique, philologique,critique et historique . le fait est d'autant plus grave qu'en littérature Antigone est devenue impénitente bavarde . D'Eschyle et Sophocle à Anouilh et Cocteau, en passant par Garnier, Racine, Alfieri ,Marmontel, Hegel, Hölderlin, on ne compte plus les restitutions, les adaptations ou les interprétations .On ne doit plus parler d'Antigone mais desAntigones .
Née des oeuvres incestueuses d'Oedipe et de Jocaste, Antigone bravera les ordres de Créon pour inhumer son frère, Polynice . Elle sera enterrée vive .Pamphlet contre la loi humaine et pour la loi divine ou, au contraire, apologie de la raison d'Etat, les générations se sont succédé, incapables de trancher . Au fil des pages, l'on découvre, cependant, que la loi divine invoquée par Antigone --- enterrer les morts--- n'est pas moins humaine, et que défendre l'Etat est aussi une loi divine, tandis que la pièce met aussi en scène l'affrontement de deux amours : celui d'une soeur pour son frère et celui d'un homme pour la cité et son pouvoir .Les hésitations du choeur sont là pour souligner les incertitudes ou les ambiguïtés du devoir que dictent l'amour et le droit .
L'enjeu philologique se double d'un enjeu politique qui ressort très clairement des analyses de Döblin ou de Ch.Maurras . Cette pluralité des sens et cette irréductibilité des interprétations, suggère l'auteur de "La Culture contre l'homme", sont partie intégrante de la culture occidentale . Le conflit Antigone-Créon est désormais, semble-t-il, une dimension "a priori" de la conscience intellectuelle et politique de nos démocraties . Comment expliquer autrement que ces légendes grecques antiques continuent à inspirer et à déterminer tant de nos réflexes culturels les plus fondamentaux ?
Dans cet essai, que l'auteur lui-même considère comme un exercice de poétique et de philosophie de la lecture,George Steiner apporte ainsi un commencement de réponse à l'injonction nietzschéenne :
SAVOIR NUIRE A LA SOTTISE .

Quatrième de couverture .
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   06 novembre 2016
P. 216 de l'édition Folio Essais : "L'Antigone a ti drubi" de l'écrivain slovaque Peter Karvàs m'est totalement fermée. Cette pièce, publiée à Bratislava en 1961, et que tout le monde s'accorde à trouver remarquable, se déroule dans un camp de concentration. Antigone fait partie d'un groupe de prisonnières qui tentent d'organiser la résistance contre le Kommandant "Créon". Des "Antigones", que l'on peut peut-être comparer à l'esprit de la pièce de Karvàs, ont circulé sous forme de samizdat en Pologne, en Hongrie, en Roumanie.

NB. On ne m'en voudra pas si, dans la reproduction du titre slovaque, je n'ai pas rendu les accents sur TI et DRUBI, mon clavier en étant dépourvu.
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   18 octobre 2015
Je crois qu'il n'a été donné qu'à un seul texte littéraire d'exprimer la totalité des principales constantes du conflit inhérents à la condition humaine. Elles sont au nombre de cinq : l'affrontement des hommes et des femmes, de la vieillesse et de la jeunesse, de la société et de l'individu, des vivants et des morts, des hommes et de(s) dieu(x). Les conflits qui résultent de ces cinq types d'affrontements ne sont pas négociables. Les hommes et les femmes, les vieux et les jeunes, l'individu et la communauté ou l'Etat, les vivants et les morts, les mortels et les immortels, se définissent dans le processus conflictuel où ils définissent l'autre.

p. 253
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TandaricaTandarica   10 avril 2015
Le texte classique est un texte dont la naissance première, existentielle, nous est peut-être perdue (ce qui est toujours vrai des littératures antiques). Mais son autorité inhérente est telle qu'il peut absorber sans perdre son identité les incursions dont il est victime depuis des siècles, ainsi que l'accumulation des commentaires, des traductions et des variations qui s'accrochent à lui. « Ulysse » renforce Homère. « La Mort de Virgile » de Broch enrichit « l'Énéide ». « L'Antigone » de Sophocle n'a rien à craindre de Lacan.
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