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Critique de DETHYREPatricia


Livre lu dans le cadre du @Prix des Auteurs Inconnus 2023, catégorie Blanche dont je suis l'un des jurés.
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Lors des présélections, j'avais donné un avis succinct puisqu'il ne concernait que la couverture, le résumé de quatrième de couverture et un extrait de 15000 signes.
J'avais trouvé la couverture attractive, bien que son titre, pas cohérent au plan de la syntaxe, me soit apparu quelque peu hermétique. le résumé m'aurait donné envie d'acheter le livre dès lors qu'il laissait présager une histoire familiale difficile et une part de mystère à lever... Si j'avais trouvé l'écriture plutôt fluide et le ressenti du vécu du personnage féminin (Marie-Jeanne devenue Michèle devenue Madeleine) plutôt bien rendu, cet extrait n'entrait pas dans mon top 10 au moment des votes pour les 5 finalistes en lice.

Et cette impression générale plutôt négative ne m'a pas quittée lors de la lecture de ce très court livre dans son intégralité. C'est par le regard et par la voix de Marie-Jeanne, la narratrice, que le lecteur a accès à une histoire qui se déroule à la fois dans le présent et dans le passé (l'histoire est découpée en chapitres sur une période de 1978 à 1980, mais des événements antérieurs sont également évoqués).

Le présent : le jour de l'enterrement du père de la narratrice, face à l'hypocrisie ambiante tendant à rendre honorable une vie paternelle qui ne l'était pas, celle-ci lâche sa vie d'avant, son petit village du Jura, sa famille pour fuir vers un ailleurs qu'elle ne connaît pas, vers une vie qu'elle ne s'est pas choisie, vers des relations qui, si elles la rassurent un temps, deviennent de plus en plus lourdes à supporter.

Par de réguliers (et à mon sens trop lourds) flashbacks entre sa vie d'hier et sa vie d'aujourd'hui, on en apprend plus sur ce qu'a été sa vie d'enfant et d'adolescente aux côtés d'un père alcoolique et violent, d'une mère fade, bigote et soumise et d'un petit frère qui suit le mouvement. Une vie triste et désespérante dans laquelle elle avait le sentiment d'être invisible, totalement niée dans son individualité et mal-aimée.

Le hasard a mis sur sa route (puis dans son train) un inconnu Jean-Jacques, directeur financier de son état, qui l'invite à venir vivre chez lui le temps qu'elle se retourne. Là, j'ai forcément tiqué, tant cela ne semble pas très crédible, mais enfin, cela se laisse lire et on peut comprendre que, désemparée, elle ait fait un choix qui lui semblait pertinent. Elle est accueillie chez cet homme comme si elle était sa propre fille (Madeleine, décédée à 20 ans à la suite d'un accident de voiture). de la femme de ce monsieur, il n'est jamais question (est-il veuf ?). Mais, très vite, avec chaleur, présence, et générosité, Jean-Jacques conduira Marie-Jeanne (devenue entre-temps Michèle puisqu'elle ne lui a pas donné son vrai nom) à devenir le sosie parfait de sa fille disparue. Teinte et longueur de cheveux, vêtements et chaussures, goûts musicaux, tout y passe... Insidieusement mais sûrement Michèle devient le clone parfait de Madeleine... Auprès de lui, elle a trouvé un certain équilibre (emploi qui lui garantit des ressources, vie sécurisante et paisible, cadeaux qui témoignent d'un certain attachement)...

Et puis, rien n'est dit sur ce que Marie-Jeanne / Michèle a laissé sur place, si ce n'est une mystérieuse poupée offerte par son père et qui semble lui manquer beaucoup (là, on se demande bien pourquoi/comment une jeune femme de 18 à 20 ans peut s'enticher d'une telle poupée et l'on se pose de réelles questions sur sa maturité).

Une vie paisible jusqu'à ses vingt-ans qui marqueront une étape significative dans le processus mis en branle par Jean-Jacques :
1/ parce que c'est le moment qu'aura choisi Michèle/Madeleine pour affirmer son intention de partir : elle a fait la rencontre d'un chirurgien qui semble s'intéresser à elle, ce qui lui laisse espérer un autre avenir.
2/ parce que c'est aussi le moment où Jean-Jacques a décidé d'une autre destinée pour sa fille de substitution, devenue "une femme très désirable".

Par ailleurs, une aura de mystère fantomatique semble entourer Jean-Jacques et sa maison et notamment ce grenier où Michèle a interdiction de monter. Si on sait que Madeleine est morte, on s'interroge comme Michèle sur la présence énigmatique de voix, de mouvements, de résidus de poussière et/ou de cendres... qui laissent entendre que peut-être cela pourrait ne pas être le cas.

Sans dévoiler la fin, étonnante et que rien ne laisse présager, je salue effectivement la présence de deux rebondissements qui, finalement, éclairent d'un jour nouveau tout ce qui précède. Cependant, on reste vraiment sur sa faim... Cela n'arrive qu'en toute dernière partie d'ouvrage sans autres explications que celles que l'on comprend et qui sont dévoilées à la dernière ligne du livre.

Sur le fond, les thèmes abordés de façon subliminale sont : l'emprise et la soumission (de la mère vis-à-vis du père ; de Michèle vis-à-vis de Jean-Jacques) ; les conséquences de l'alcoolisme et de la maltraitance ; la difficulté de faire le deuil de son enfant ; la difficulté de connaître son identité quand celle-ci a été trop longtemps niée et la difficulté de se construire un avenir dès lors que l'on ne se connaît pas et que l'on est sous emprise.

Sur la forme, l'écriture est correcte et fluide. Et j'ai remarqué de jolies phrases. J'ai cependant regretté les multiples allers-retours entre présent-passé-présent (parfois d'une ligne à l'autre). le lecteur doit, chaque fois, faire un effort d'adaptation, et cela génère un vrai flou dans la narration (peut-être voulu pour montrer le flou dans lequel se trouve l'intéressée ?).
J'ai aussi regretté le seul aspect descriptif des choses. Marie-Jeanne/Michèle narre ce qu'elle voit, ce qu'elle vit, ce que dit ou fait l'autre (Jean-Jacques, ou ses relations masculines d'un jour) mais cela reste très superficiel. L'auteure ne va pas au fond des choses... C'est un peu gnangnan et fade. On aurait bien envie de secouer Michèle pour qu'elle réagisse... Mais en même temps, même si à un moment donné, elle s'inquiète... elle ne semble que subir. On ne sait rien de sa psychologie et de ses introspections (on comprend après coup l'intention de l'auteure de ne pas trop en dévoiler... mais quand même, cela reste très survolé).
On ne sait rien non plus de ce que pense ou ressent Jean-Jacques. Dommage, son point de vue aurait été intéressant.
Tout cela fait que l'on parcourt ces histoires de vies sans réel attachement ni empathie pour les personnages alors même qu'ils ont été touchés par des événements traumatiques. Pour ma part, ce livre qui avait une idée de base intéressante ne me semble pas très abouti et aurait mérité d'être approfondi.
En tant que lectrice, membre du jury d'un prix, j'ai eu le sentiment de "faire le job", c'est-à-dire j'ai lu ce livre dans son intégralité et je l'ai chroniqué, mais il ne m'a pas du tout touchée.

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