AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Béatrice Didier (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070364473
502 pages
Éditeur : Gallimard (16/11/1973)

Note moyenne : 3.67/5 (sur 114 notes)
Résumé :
On a écrit que l'auteur de "la Chartreuse de Parme" avait souhaité "d'être à soi-même plus intérieur et plus étranger qu'il n'est permis". Telle est l'ambiguïté de ce texte capital, véritable confession où Stendhal s'efforce de rejoindre Henri Beyle, et où, en retour, la vérité de l'autobiographie prépare et implique le mensonge, peut-être plus vrai, de la fiction romanesque.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
Henri-l-oiseleur
  22 août 2017
La réputation (surtout scolaire hélas) du "Rouge et le Noir" ou de "La Chartreuse de Parme", livres achevés, romans menés à terme, risque de faire oublier la masse d'essais, de brouillons, de tentatives de génie que Stendhal nous a laissée. Cette "Vie de Henry Brulard" n'est en rien une autobiographie composée, écrite et achevée à la façon de Sartre ou de Rousseau. C'est un récit vite écrit, au fil de la plume, et quand le mot ne va pas, le croquis, le plan, le dessin y suppléent (l'édition Folio donne de ces croquis une reproduction abominable et absolument illisible). le texte fourmille de projets, de promesses de vérifications, d'enquêtes, surtout pour établir la chronologie des événements de l'enfance de l'auteur à Grenoble : plan de travaux à venir qui ne furent jamais accomplis. Pourtant le livre, malgré ses défauts de premier jet, ses redites et ses incertitudes, ne déçoit pas : bien sûr, le lecteur contemporain formaté aux préjugés de la spontanéité verra dans ce fouillis une qualité de plus. Mais il faut ajouter que le ton, la voix de Stendhal se font clairement entendre, quand il nous raconte son enfance, ses haines, ses bonheurs, et nous prend à partie, nous lecteurs de l'avenir qui n'aurons, selon lui, aucun des préjugés de son propre temps. On sera surpris de voir combien il a mis de lui-même dans ses fictions romanesques, et avec quelle habileté il a su transposer et métamorphoser l'expérience autobiographique pour fabriquer un Julien Sorel ou un Fabrice del Dongo.
Enfin, ce livre amusera et instruira, car il est un anti-Rousseau et un anti-Chateaubriand. le grand modèle des Confessions est toujours là pour guider l'auteur et le prévenir de ce qu'il ne faut surtout pas faire. Même si les Mémoires d'Outre-Tombe ne sont pas encore publiés au temps où Stendhal écrit, de larges extraits en avaient été lus dans les salons et circulaient peut-être sous forme de copies : or Chateaubriand est l'objet de la haine de Stendhal, l'incarnation de tout ce qui, en littérature, humainement, et politiquement, lui répugne au plus haut point. Donc l'anti-modèle des Mémoires et du style De Chateaubriand (Atala, René, le Génie du Christianisme, imités par les Hugo, Vigny, Musset et autres romantiques que Stendhal ridiculise au passage), joue un rôle essentiel dans l'écriture morcelée, coupée, apparemment sans apprêts, de ce livre.
Une agréable lecture, même pour un ami De Chateaubriand dans mon genre.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          173
chartel
  06 mai 2014
Dans ce récit autobiographique, Stendhal exprime tout le rejet de ses origines paternelles. Ce rejet est si fort que le nom même du père disparaît au profit d'un autre : Brulard. Stendhal ira même jusqu'à s'inventer des origines italiennes. C'est ce qui rend cette oeuvre passionnante, car l'autobiographie croise constamment avec la fiction. Stendhal ne se contente pas de décrire ses souvenirs pour comprendre quel homme il est, il se construit par son récit. On pourrait croire à de la supercherie, mais Stendhal reste honnête. Il ne dit pas que son autobiographie est historiquement irréprochable. Bien au contraire, il laisse le doute subsister sur l'exactitude de ses souvenirs. L'exemple le plus frappant est le récurrent trou de mémoire devant les événements particulièrement violents vécus au cours de l'enfance, il exprime ces manques par l'image d'une fresque dont un pan s'est détaché, donnant à voir une image incomplète ou inachevée. Enfin, Stendhal charme par la sincérité de son écriture. Il n'écrit pas pour éblouir ses lecteurs, façon Chateaubriand, il répond plus à une nécessité, qu'il exprime au début de son récit : « Je vais avoir cinquante ans, il serait bien temps de me connaître. »
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          200
cicou45
  08 août 2011
A travers cette oeuvre, Stendhal qui entend livrer au lecteur les grandes lignes de sa vie (en effet, celle-ci ne peut pas être totalement objective puisque l'auteur parle de lui et qu'il est toujours plus difficile de parler de soi que d'un personnage fictif ou encore d'un auteur, comme nous le faisons d'ailleurs tous sur ce site) qui restera bien évidemment inachevée puisque l'auteur ne peut pas nous narrer sa propre mort ou encore les impacts qu'il laissera sur terre bien après celle-ci. Cependant, nous, lecteurs, nous pouvons le faire car nous avons un regard extérieur à ce qu'a réellement été sa vie et sur l'immense héritage culturel et littéraire qu'il nous a laissé.
Enfin, pour en revenir à ce livre, je dirais qu'il s'agit d'une oeuvre très passionnante pour quiconque est un tant soit peu intéressé par le Stendhal écrivain car ici, nous apprenons à connaître Henry nourrisson, puis étudiant et futur écrivain de renom. A découvrir !
Commenter  J’apprécie          110
keisha
  12 juin 2011
La même idée d'écrire my life [sic] m'est venue dernièrement pendant mon voyage de Ravenne : à vrai dire, je l'ai eue bien des fois depuis 1832, mais toujours j'ai été découragé par cette effroyable difficulté des Je et des Moi..."

La cinquantaine venue, Stendhal qui réside en Italie commence à noircir ses carnets de ses souvenirs. Famille, souvenirs d'enfance, vie en province à Grenoble, études, montée à Paris (déception : il n'a a pas de montagnes et les arbres sont taillés) puis en 1800 les guerres napoléoniennes en Italie. Il n'a pas de documents pour vérifier ses souvenirs (il note souvent de voir à tel endroit, préparant un travail ultérieur qui ne viendra d'ailleurs pas), se moque de ses erreurs de dates, en fait, ne cache pas ses hésitations. Il ne cherche pas à se faire mousser, il écrit pour lui, sera-t-il lu encore en 1880? Ce document, écrit en 1835-1836, interrompu en 1800, même si Stendhal évoque ce que vont devenir les rencontres de sa jeunesse, n'a été publié qu'en 1890.

Alors, un écrit mineur sans intérêt? Oh que non! Stendhal n'a pas repris son texte, mais tel quel son talent éclate, il excelle à croquer ses contemporains en deux trois lignes, souvent avec ironie ("un joli homme, coquin à tout faire" ; " ce grand hâbleur, si nul comme peintre" ; etc...). L'impression de naturel, d'honnêteté, de sincérité éclate. le flou ou les ellipses dans ses souvenirs y contribuent aussi. le texte est parsemé de croquis légendés de Stendhal.

Ce qui frappe d'emblée, c'est l'amour de Stendhal pour sa mère, décédée très tôt, et la haine à l'égard de son père, qui l'empêche de fréquenter des enfants de son âge (il y aurait de l'Oedipe dans l'air...). Il déteste la monarchie et la religion (il suffisait pour cela que son père les soutienne...), respecte son grand père et sa tante, du côté maternel, bien sûr.

"Je ne puis voir la physionomie des choses, je n'ai que ma mémoire d'enfant. Je vois des images, je me souviens des effets sur mon coeur, mais pour les causes et la physionomie néant." "Beaucoup de choses me reviennent en écrivant." Il est bien conscient aussi qu'un souvenir peut avoir été créé par un récit ou qu'une gravure détruit un souvenir réel.

Il a croisé la femme qui inspira à Laclos Madame de Merteuil. Une jolie anecdote aussi sur le baron des Adrets, en retard au diner car il lisait La nouvelle Héloïse.
"Enfin cet homme si froid arriva tout en larmes.
'Qu'avez vous donc, mon ami?' lui dit Mme des Adrets tout alarmée.
'Ah! Madame, Julie est morte! ' et il ne mangea presque pas."

" Si j'eusse parlé vers 1795 de mon projet d'écrire, quelque homme sensé m'eût dit : ' Ecrivez tous les jours pendant deux heures, génie ou non.' Ce mot m'eût fait employer dix ans de ma vie dépensés niaisement à attendre le génie."

J'avoue maintenant avoir voulu découvrir cette Vie de Henry Brulard surtout pour voir in situ les célèbres passages sur les mathématiques (matière qu'adorait Stendhal, en dépit des méthodes éducatives de l'époque)
"Suivant moi, l'hypocrisie était impossible en mathématiques et, dans ma simplicité juvénile, je pensais qu'il en était ainsi dans toutes les sciences où j'avais ouï dire qu'elles s'appliquaient. Que devins-je quand je m'aperçus que personne ne pouvait m'expliquer comment il se faisait que : moins par moins donne plus (- x - = +)? "
Son problème était de comprendre pourquoi en multipliant des dettes on se retrouve à la tête d'une fortune?
(cependant je dispense mon lecteur fatigué du joli passage sur la résolution des équations...)

Mais je veux partager cette perle, au sujet de romans d'un médiocre intérêt :
"Mais ce n'étaient pas des plaisirs littéraires. Ce sont de ces livres qu'on ne lit que d'une main, comme disait Mme...".

Au total : une lecture fort agréable et instructive, où j'ai aimé picorer suivant mon humeur, une promenade en compagnie d'un honnête homme qui ne craint pas de montrer ses faiblesses.
Lien : http://en-lisant-en-voyagean..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          40
Laureneb
  03 décembre 2019
Je lis peu d'autobiographie, mais ici, c'est celle De Stendhal, un auteur que j'admire. Ce n'est d'ailleurs pas vraiment une autobiographie d'ailleurs ? le personnage ne porte ni le nom de l'auteur, ni son pseudonyme. Et surtout, Stendhal ne se soucie pas d'exactitude, ni de date, ni de noms, ni même de faits. L'important, ce n'est pas la vérité mais les sensations, les souvenirs des émotions plus que les faits eux-mêmes.
Il ne montre pas "un homme dans toute l'exactitude de sa nature" comme Rousseau, mais un garçon puis un jeune homme qui ne s'est pas encore révélé à lui-même. le récit s'arrête là où commence la vie de l'homme avec la découverte de l'amour, la passion pour l'Italie et l'enthousiasme pour Napoléon. Mais l'homme qui se révèle, c'est aussi la vocation d'un auteur qui s'affirme. Très émouvant de lire Stendhal interpeller son lecteur de 1880 sur la postérité future de ses oeuvres, lui qui se croît sans génie et qui pense que personne ne le lira. Car l'amour de l'art et l'envie poétique vient du grand-père, et à travers lui de la mère. J'ai lu aussi cette oeuvre comme un Art d'être petit-fils, avec ce magnifique portrait de grand-père extraordinaire qui m'a touchée.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          51

Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
PartempsPartemps   15 septembre 2020
Je me trouvais ce matin, 16 octobre 1832, à San-Pietro, in Montorio, sur le mont Janicule, à Rome. Il faisait un soleil magnifique ; un léger vent de sirocco à peine sensible faisait flotter quelques petits nuages blancs au-dessus du mont Albano ; une chaleur délicieuse régnait dans l’air, j’étais heureux de vivre.
(...)
Quelle vue magnifique ! C’est donc ici que la Transfiguration de Raphaël a été admirée pendant deux siècles et demi. Quelle différence avec la triste galerie de marbre gris où elle est enterrée aujourd’hui au fond du Vatican ! Ainsi, pendant deux cent cinquante ans ce chef-d’œuvre a été ici, deux cent cinquante ans !… Ah ! dans trois mois j’aurai cinquante ans, est-il bien possible ! 1783, 93, 1803, je suis tout le compte sur mes doigts… et 1833, cinquante. Est-il bien possible ! Cinquante ! Je vais avoir la cinquantaine ; et je chantais l’air de Grétry :

Quand on a la cinquantaine.

Cette découverte imprévue ne m’irrita point, je venais de songer à Annibal et aux Romains. De plus grands que moi sont bien morts !… Après tout, me dis-je, je n’ai pas mal occupé ma vie, occupé ! Ah ! c’est-à-dire que le hasard ne m’a pas donné trop de malheurs, car en vérité ai-je dirigé le moins du monde ma vie ?
(...)
Je me suis assis sur les marches de San Pietro et là j’ai rêvé une heure ou deux à cette idée : je vais avoir cinquante ans, il serait bien temps de me connaître. Qu’ai-je été, que suis-je, en vérité je serais bien embarrassé de le dire.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   15 septembre 2020
N’étant bon à rien, pas même à écrire des lettres officielles pour mon métier, j’ai fait allumer du feu, et j’écris ceci, sans mentir j’espère, sans me faire illusion, avec plaisir, comme une lettre à un ami. Quelles seront les idées de cet ami en 1880 ? Combien différentes des nôtres ! Aujourd’hui c’est une énorme imprudence, une énormité pour les trois quarts de mes connaissances, que ces deux idées : le plus fripon des Kings et Tartare hypocrite* appliqués à deux noms que je n’ose écrire ; en 1880, ces jugements seront des truisms que même les Kératry de l’époque n’oseront plus répéter. Ceci est du nouveau pour moi ; parler à des gens dont on ignore absolument la tournure d’esprit, le genre d’éducation, les préjugés, la religion* ! Quel encouragement à être vrai, et simplement vrai, il n’y a que cela qui tienne. Benvenuto a été vrai, et on le suit avec plaisir, comme s’il était écrit d’hier, tandis qu’on saute les feuillets de ce jésuite* de Marmontel qui pourtant prend toutes les précautions possibles pour ne pas déplaire, en véritable Académicien. J’ai refusé d’acheter ses mémoires à Livourne, à vingt sous le volume, moi qui adore ce genre d’écrits.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   15 septembre 2020
Je voulais couvrir ma mère de baisers et qu’il n’y eût pas de vêtements. Elle m’aimait à la passion et m’embrassait souvent, je lui rendais ses baisers avec un tel feu qu’elle était souvent obligée de s’en aller. J’abhorrais mon père quand il venait interrompre nos baisers. Je voulais toujours les lui donner à la gorge. Qu’on daigne se rappeler que je la perdis, par une couche, quand à peine j’avais sept ans.

Elle avait de l’embonpoint, une fraîcheur parfaite, elle était fort jolie, et je crois que seulement elle n’était pas assez grande. Elle avait une noblesse et une sérénité parfaite dans les traits ; brune, vive, avec une vraie cour et souvent elle manqua de commander à ses trois servantes et enfin* lisait souvent dans l’original la Divine Comédie de Dante, dont j’ai trouvé bien plus tard cinq à six livres d’éditions différentes dans son appartement resté fermé depuis sa mort.

Elle périt à la fleur de la jeunesse et de la beauté, en 1790, elle pouvait avoir vingt-huit ou trente ans.

Là commence ma vie morale.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   15 septembre 2020
Ainsi, il y a quarante-cinq ans que j’ai perdu ce que j’aimais le plus au monde*.

Elle ne peut pas s’offenser de la liberté que je prends avec elle en révélant que je l’aimais ; si je la retrouve jamais, je le lui dirais encore. D’ailleurs, elle n’a participé en rien à cet amour. Elle n’en agit pas à la Vénitienne, comme Madame Benzoni avec l’auteur de Nella. Quant à moi, j’étais aussi criminel que possible, j’aimais ses charmes avec fureur.

Un soir, comme par quelque hasard on m’avait mis coucher dans sa chambre par terre, sur un matelas, cette femme vive et légère comme une biche sauta par-dessus mon matelas pour atteindre plus vite à son lit.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
PartempsPartemps   15 septembre 2020
J’ai besoin de temps en temps de converser le soir avec des gens d’esprit, faute de quoi je me sens comme asphyxié.
__________________________________________
On peut comparer ce besoin de celui de Holderlin " écris-moi bientôt sans faute.J'ai besoin de tes pures sororités.La Psyché entre amis, la naissance de la pensée dans la conversation et la correspondance est nécessaire aux artistes." Lettre à Böhlendorff, automne 1802.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

Videos de Stendhal (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Stendhal
L'historien Emmanuel de Waresquiel publie "J'ai tant vu le soleil" aux éditions Gallimard.
Cet ouvrage est un essai consacré à Stendhal. Pourquoi faire le portrait de l'auteur du "Rouge et le noir" ? "Le contexte historique dans lequel s'inscrit Stendhal m'intéressait tout autant que lui-même", déclare Emmanuel de Waresquiel à François Busnel. La chute de Napoléon va faire tomber les ambitions sociales De Stendhal, mais le pousser vers la littérature et lui faire prendre conscience de son génie littéraire. "Stendhal réveille en nous des contradictions dont nous ne sommes pas prêts de sortir", affirme l'historien.
Retrouvez l'intégralité de l'interview ci-dessous : https://www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-12/1454555-crise-sanitaire-ce-que-nous-apprend-l-histoire.html
+ Lire la suite
autres livres classés : autobiographieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

La chartreuse de Parme

De quel pays est originaire le héros du roman ?

France
Italie
Espagne
Allemagne

10 questions
186 lecteurs ont répondu
Thème : La Chartreuse de Parme de StendhalCréer un quiz sur ce livre

.. ..