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Béatrice Didier (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070364473
502 pages
Éditeur : Gallimard (16/11/1973)
3.72/5   118 notes
Résumé :
On a écrit que l'auteur de "la Chartreuse de Parme" avait souhaité "d'être à soi-même plus intérieur et plus étranger qu'il n'est permis". Telle est l'ambiguïté de ce texte capital, véritable confession où Stendhal s'efforce de rejoindre Henri Beyle, et où, en retour, la vérité de l'autobiographie prépare et implique le mensonge, peut-être plus vrai, de la fiction romanesque.
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Henri-l-oiseleur
  22 août 2017
La réputation (surtout scolaire hélas) du "Rouge et le Noir" ou de "La Chartreuse de Parme", livres achevés, romans menés à terme, risque de faire oublier la masse d'essais, de brouillons, de tentatives de génie que Stendhal nous a laissée. Cette "Vie de Henry Brulard" n'est en rien une autobiographie composée, écrite et achevée à la façon de Sartre ou de Rousseau. C'est un récit vite écrit, au fil de la plume, et quand le mot ne va pas, le croquis, le plan, le dessin y suppléent (l'édition Folio donne de ces croquis une reproduction abominable et absolument illisible). le texte fourmille de projets, de promesses de vérifications, d'enquêtes, surtout pour établir la chronologie des événements de l'enfance de l'auteur à Grenoble : plan de travaux à venir qui ne furent jamais accomplis. Pourtant le livre, malgré ses défauts de premier jet, ses redites et ses incertitudes, ne déçoit pas : bien sûr, le lecteur contemporain formaté aux préjugés de la spontanéité verra dans ce fouillis une qualité de plus. Mais il faut ajouter que le ton, la voix de Stendhal se font clairement entendre, quand il nous raconte son enfance, ses haines, ses bonheurs, et nous prend à partie, nous lecteurs de l'avenir qui n'aurons, selon lui, aucun des préjugés de son propre temps. On sera surpris de voir combien il a mis de lui-même dans ses fictions romanesques, et avec quelle habileté il a su transposer et métamorphoser l'expérience autobiographique pour fabriquer un Julien Sorel ou un Fabrice del Dongo.
Enfin, ce livre amusera et instruira, car il est un anti-Rousseau et un anti-Chateaubriand. le grand modèle des Confessions est toujours là pour guider l'auteur et le prévenir de ce qu'il ne faut surtout pas faire. Même si les Mémoires d'Outre-Tombe ne sont pas encore publiés au temps où Stendhal écrit, de larges extraits en avaient été lus dans les salons et circulaient peut-être sous forme de copies : or Chateaubriand est l'objet de la haine de Stendhal, l'incarnation de tout ce qui, en littérature, humainement, et politiquement, lui répugne au plus haut point. Donc l'anti-modèle des Mémoires et du style De Chateaubriand (Atala, René, le Génie du Christianisme, imités par les Hugo, Vigny, Musset et autres romantiques que Stendhal ridiculise au passage), joue un rôle essentiel dans l'écriture morcelée, coupée, apparemment sans apprêts, de ce livre.
Une agréable lecture, même pour un ami De Chateaubriand dans mon genre.
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chartel
  06 mai 2014
Dans ce récit autobiographique, Stendhal exprime tout le rejet de ses origines paternelles. Ce rejet est si fort que le nom même du père disparaît au profit d'un autre : Brulard. Stendhal ira même jusqu'à s'inventer des origines italiennes. C'est ce qui rend cette oeuvre passionnante, car l'autobiographie croise constamment avec la fiction. Stendhal ne se contente pas de décrire ses souvenirs pour comprendre quel homme il est, il se construit par son récit. On pourrait croire à de la supercherie, mais Stendhal reste honnête. Il ne dit pas que son autobiographie est historiquement irréprochable. Bien au contraire, il laisse le doute subsister sur l'exactitude de ses souvenirs. L'exemple le plus frappant est le récurrent trou de mémoire devant les événements particulièrement violents vécus au cours de l'enfance, il exprime ces manques par l'image d'une fresque dont un pan s'est détaché, donnant à voir une image incomplète ou inachevée. Enfin, Stendhal charme par la sincérité de son écriture. Il n'écrit pas pour éblouir ses lecteurs, façon Chateaubriand, il répond plus à une nécessité, qu'il exprime au début de son récit : « Je vais avoir cinquante ans, il serait bien temps de me connaître. »
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nathalie_MarketMarcel
  06 juillet 2021
Stendhal a 50 ans, il est à Rome, il fait une petite crise existentielle et il entreprend de raconter sa vie. Ce n'est pas une autobiographie, ce ne sont pas des souvenirs. Il racontera sa vie, mais ce sera décousu. Il parlera de lui, mais il trouve tout ce « je moi moi » d'un ridicule achevé. C'est absolument brillant.
Stendhal s'examine, relève ses contradictions avec lucidité et essaie de repérer ses grandes préoccupations, tout en étant conscient de la fragilité de la mémoire. S'agit-il de vrais souvenirs ou de reconstructions a posteriori ? Il ne sait pas, il en est conscient, il hésite dans ses interprétations (c'est tout à fait passionnant de le voir faire).
Le texte est livré brut, avec ses répétitions. Il y a des longueurs. On se dit qu'il ne quittera jamais Grenoble, qu'il semble toujours avoir 10 ans. Il y a plein de noms propres de personnes qui deviendront importantes dans sa vie à venir, mais qui ne nous disent pas grand-chose. L'auteur insère des paragraphes pour noter qu'il faudrait qu'il vérifie telle information dans telle archive ou tel journal. Bien sûr, il ne l'a jamais fait et le récit nous est livré avec ses incertitudes. Ce sont des moments, des sensations, des images qui affleurent à la mémoire de l'écrivain. L'ensemble n'a pas été relu et reconstruit. C'est profondément humain.
Il y a également une multitude de croquis des pièces des appartements grenoblois et des rues de la ville, grâce auxquels il décrit l'ameublement, les déplacements et les positions des personnes lors de certaines conversations décisives. Les aurait-il conservés dans une version définitive ? On ne sait pas, mais c'est réjouissant à lire, car c'est plein d'invention. Les souvenirs sont peu articulés entre eux, mais chaque moment conserve ainsi une dimension visuelle forte. le récit de vie est discontinu.
Sans qu'il le dise, Stendhal se rêve dans ses héros de romans, si fiers, si doués en latin, si charmants, si doués à cheval, capables de grandes passions. À cet égard, le passage à cheval du col du Saint-Bernard apparaît comme un baptême du feu. le récit présente d'ailleurs plusieurs points communs avec celui de Fabrice à Waterloo. On devine une personnalité animée et pleine de vie et d'énergie, qui ne s'arrête jamais, qui avance toujours. Et pourtant il se dépeint souvent triste, malheureux et mélancolique, solitaire et silencieux. le moi hésite.
Lire ce texte, c'est rencontrer une personnalité qui se préoccupe peu de carrière, qui recherche avant tout une rente ou un métier peu préoccupant, pour pouvoir lire, écrire sur les écrivains, écrire, aller au concert, visiter les églises, les musées et les ruines, et surtout tomber amoureux de toutes les femmes belles et jeunes qui ne voudront pas de lui.
Surtout, Stendhal revient sans cesse sur la difficulté qu'il a à rendre ses sentiments de l'époque de façon exacte, mais sans ennuyer le lecteur.
La biographie est inachevée. L'ensemble se clôt en 1800 à l'arrivée à Milan, à la découverte émerveillée de l'Italie et du soleil, du bonheur, de la langue italienne, bientôt la première femme. Tout peut commencer.
Lien : https://chezmarketmarcel.blo..
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cicou45
  08 août 2011
A travers cette oeuvre, Stendhal qui entend livrer au lecteur les grandes lignes de sa vie (en effet, celle-ci ne peut pas être totalement objective puisque l'auteur parle de lui et qu'il est toujours plus difficile de parler de soi que d'un personnage fictif ou encore d'un auteur, comme nous le faisons d'ailleurs tous sur ce site) qui restera bien évidemment inachevée puisque l'auteur ne peut pas nous narrer sa propre mort ou encore les impacts qu'il laissera sur terre bien après celle-ci. Cependant, nous, lecteurs, nous pouvons le faire car nous avons un regard extérieur à ce qu'a réellement été sa vie et sur l'immense héritage culturel et littéraire qu'il nous a laissé.
Enfin, pour en revenir à ce livre, je dirais qu'il s'agit d'une oeuvre très passionnante pour quiconque est un tant soit peu intéressé par le Stendhal écrivain car ici, nous apprenons à connaître Henry nourrisson, puis étudiant et futur écrivain de renom. A découvrir !
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keisha
  12 juin 2011
La même idée d'écrire my life [sic] m'est venue dernièrement pendant mon voyage de Ravenne : à vrai dire, je l'ai eue bien des fois depuis 1832, mais toujours j'ai été découragé par cette effroyable difficulté des Je et des Moi..."

La cinquantaine venue, Stendhal qui réside en Italie commence à noircir ses carnets de ses souvenirs. Famille, souvenirs d'enfance, vie en province à Grenoble, études, montée à Paris (déception : il n'a a pas de montagnes et les arbres sont taillés) puis en 1800 les guerres napoléoniennes en Italie. Il n'a pas de documents pour vérifier ses souvenirs (il note souvent de voir à tel endroit, préparant un travail ultérieur qui ne viendra d'ailleurs pas), se moque de ses erreurs de dates, en fait, ne cache pas ses hésitations. Il ne cherche pas à se faire mousser, il écrit pour lui, sera-t-il lu encore en 1880? Ce document, écrit en 1835-1836, interrompu en 1800, même si Stendhal évoque ce que vont devenir les rencontres de sa jeunesse, n'a été publié qu'en 1890.

Alors, un écrit mineur sans intérêt? Oh que non! Stendhal n'a pas repris son texte, mais tel quel son talent éclate, il excelle à croquer ses contemporains en deux trois lignes, souvent avec ironie ("un joli homme, coquin à tout faire" ; " ce grand hâbleur, si nul comme peintre" ; etc...). L'impression de naturel, d'honnêteté, de sincérité éclate. le flou ou les ellipses dans ses souvenirs y contribuent aussi. le texte est parsemé de croquis légendés de Stendhal.

Ce qui frappe d'emblée, c'est l'amour de Stendhal pour sa mère, décédée très tôt, et la haine à l'égard de son père, qui l'empêche de fréquenter des enfants de son âge (il y aurait de l'Oedipe dans l'air...). Il déteste la monarchie et la religion (il suffisait pour cela que son père les soutienne...), respecte son grand père et sa tante, du côté maternel, bien sûr.

"Je ne puis voir la physionomie des choses, je n'ai que ma mémoire d'enfant. Je vois des images, je me souviens des effets sur mon coeur, mais pour les causes et la physionomie néant." "Beaucoup de choses me reviennent en écrivant." Il est bien conscient aussi qu'un souvenir peut avoir été créé par un récit ou qu'une gravure détruit un souvenir réel.

Il a croisé la femme qui inspira à Laclos Madame de Merteuil. Une jolie anecdote aussi sur le baron des Adrets, en retard au diner car il lisait La nouvelle Héloïse.
"Enfin cet homme si froid arriva tout en larmes.
'Qu'avez vous donc, mon ami?' lui dit Mme des Adrets tout alarmée.
'Ah! Madame, Julie est morte! ' et il ne mangea presque pas."

" Si j'eusse parlé vers 1795 de mon projet d'écrire, quelque homme sensé m'eût dit : ' Ecrivez tous les jours pendant deux heures, génie ou non.' Ce mot m'eût fait employer dix ans de ma vie dépensés niaisement à attendre le génie."

J'avoue maintenant avoir voulu découvrir cette Vie de Henry Brulard surtout pour voir in situ les célèbres passages sur les mathématiques (matière qu'adorait Stendhal, en dépit des méthodes éducatives de l'époque)
"Suivant moi, l'hypocrisie était impossible en mathématiques et, dans ma simplicité juvénile, je pensais qu'il en était ainsi dans toutes les sciences où j'avais ouï dire qu'elles s'appliquaient. Que devins-je quand je m'aperçus que personne ne pouvait m'expliquer comment il se faisait que : moins par moins donne plus (- x - = +)? "
Son problème était de comprendre pourquoi en multipliant des dettes on se retrouve à la tête d'une fortune?
(cependant je dispense mon lecteur fatigué du joli passage sur la résolution des équations...)

Mais je veux partager cette perle, au sujet de romans d'un médiocre intérêt :
"Mais ce n'étaient pas des plaisirs littéraires. Ce sont de ces livres qu'on ne lit que d'une main, comme disait Mme...".

Au total : une lecture fort agréable et instructive, où j'ai aimé picorer suivant mon humeur, une promenade en compagnie d'un honnête homme qui ne craint pas de montrer ses faiblesses.
Lien : http://en-lisant-en-voyagean..
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   20 août 2017
Cet homme (l'abbé Raillane, chargé de son éducation) aurait dû faire de moi un coquin, c'était, je le vois maintenant, un parfait jésuite, il me prenait à part dans nos promenades le long de l'Isère, de la porte de la Graille à l'embouchure du Drac, ou simplement à un petit bois au delà du travers de l'île A (sur le plan dessiné au-dessus) pour m'expliquer que j'étais imprudent en paroles : "Mais, Monsieur, lui disais-je en d'autres termes, c'est vrai, c'est ce que je sens.
- N'importe, mon petit ami, il ne faut pas le dire, cela ne convient pas." Si ses maximes eussent pris je serais riche aujourd'hui ...

p. 94.
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SophiePatchouliSophiePatchouli   16 août 2017
Ceci est nouveau pour moi ; parler à des gens dont on ignore absolument la tournure d'esprit, le genre d'éducation, les préjugés, la religion! Quel encouragement à être vrai, et simplement vrai, il n'y a que cela qui tienne.
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PiertyMPiertyM   28 novembre 2014
Un roman est comme un archet, la caisse du violon qui rend les sons, c'est l'âme du lecteur
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PiertyMPiertyM   29 novembre 2014
l'hypocrisie était impossible en mathématiques et, dans ma simplicité juvénile, je pensais qu'il en était ainsi dans toutes les sciences où j'avais ouï dire qu'elles s'appliquaient. Que devins-je quand je m'aperçus que personne ne pouvait m'expliquer comment il se faisait que : moins par moins donne plus (- x - = +)?
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Henri-l-oiseleurHenri-l-oiseleur   22 août 2017
Tel j'étais pour la musique en 1799. Le hasard a fait que j'ai cherché à noter les sons de mon âme par des pages imprimées. La paresse et le manque d'occasion d'apprendre le physique, le bête de la musique, à savoir jouer du piano et noter mes idées, ont beaucoup de part à cette détermination qui eût été tout autre, si j'eusse trouvé un oncle ou une maîtresse amants de la musique. Quant à la passion, elle est restée entière.

p. 367
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Videos de Stendhal (55) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de  Stendhal
Scruter les passions humaines, se placer du côté de la victime ou dans la tête de l'assassin… les journalistes, écrivains et historiens se sont toujours passionnés des faits divers. Récemment les affaires Xavier Dupont de Ligonnès, Laetitia, ont inspiré de nombreuses plumes. Il y a plus longtemps, Alexandre Dumas, Stendhal, Marguerite Duras, se sont aussi appropriés des faits réels pour les mettre en mots.
Que peut apporter un écrivain à une histoire vraie ? Comment expliquer le succès médiatique de telles affaires ? Faut-il y voir une réhabilitation du genre ?
Ivan Jablonka, historien, écrivain, auteur notamment de “Laetitia ou la fin des hommes”, ed. Seuil / réédition Points.
Thibault Raisse, l'un des auteurs de l'enquête de Society sur l'affaire Xavier Dupont de Ligonnès.
Minh Tran Huy, écrivaine et journaliste, auteure de “Les écrivains et le fait divers, Une autre histoire de la littérature”, éd. Flammarion, “La Double Vie d'Anna Song”, éd. Babel et “Les inconsolés”, Acte Sud
L'invité des Matins de France Culture. Comprendre le monde c'est déjà le transformer(07h40 - 08h00 - 2 Juillet 2021) Retrouvez tous les invités de Guillaume Erner sur www.franceculture.fr
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