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EAN : 9782916141213
252 pages
Éditeur : L'Arbre vengeur (06/02/2008)

Note moyenne : 4.12/5 (sur 8 notes)
Résumé :
94 jours derrière les hauts murs de Sainte-Anne, trois mois à observer les condamnés de ce bagne ignoré, des semaines à contenir sa propre folie, Marc Stéphane les a vécus au début du XXe siècle. Voyage au bout d'un enfer personnel et collectif, cette Cité des fous est le récit détaillé de sa plongée dans ce monde chaotique interdit à quiconque n'était pas psychiatre, infirmier ou... aliéné. Et parce que cet écrivain désormais englouti possède une langue d'une verde... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Alcapone
  08 juillet 2013
Lorsque Marc Stéphane parle de "Cité des fous", c'est bien à l'asile de Sainte-Anne qu'il fait allusion. Les 94 jours passés en compagnie de ceux qu'il dénomme les pégés (paralytique général au dernier période) ou autres aliénés constituent la base de ce récit aussi drôle que révoltant. Les fous y sont aussi déjantés que les personnels et il n'y a pas un infirmier pour rattraper un louf. Parmi cette horde de cinglés, il y a bien évidemment les persécutés, les grandes gueules, les obsédés, les mystiques et bien d'autres encore... Les portraits brossés ne manquent pas de faire sourire mais qu'on se le dise, personne (exceptés peut-être certains qui se font passer pour fou) n'a envie de se faire interner à Sainte-Anne. C'est avec beaucoup de bienveillance que Marc Stéphane s'attache à décrire son expérience chez les fous. Conduit à l'asile en raison d'un état de santé jugé fébrile, l'auteur de la Cité des fous jouit pourtant cet esprit critique qui fait de son séjour, un terrain d'observation aussi riche qu'hallucinant. Il avoue d'ailleurs sans concession qu'il faut être un peu dérangé pour travailler en asile. Pour preuve, il ne tarit pas en anecdotes aussi navrantes que truculentes. J'aurais d'ailleurs bien du mal à exprimer mieux qu'Éric Dussert ne l'a fait dans sa préface, tout le bien que je pense de cet ouvrage : "Et parce que cet écrivain désormais englouti possède une langue à faire pâlir un certain Céline, parce que ses lignes mêlent à une intense compassion un refus du pathos fétide, il transforme ce qui pourrait être un réquisitoire en odyssée au pays de la folie." C'est vrai : à aucun moment, Marc Stéphane ne verse dans le pathos. Empathique et compréhensif, il témoigne à travers son récit d'un attachement presque paternel à ses compagnons d'infortune. Parallèlement, il prend un malin plaisir à faire tourner en bourrique les personnels de l'asile lorsqu'il ne les a pas "à la bonne". A tel point, qu'on finit par ne plus savoir qui est sain et qui est fou et que finalement, on se demande ce que signifie réellement être fou...
Bien sûr, le sujet abordé n'est pas drôle : l'asile du début du 19e siècle n'a rien d'une sinécure (soit dit en passant nos actuels hôpitaux psychiatriques ne sont pas forcément beaucoup mieux armés qu'à l'époque). L'idée qu'on peut s'en faire n'est donc pas si éloignée du tableau dépeint par Marc Stéphane mais là où l'on décèle le génie (ou devrait-on plutôt dire la folie ?) de l'auteur, c'est lorsque l'on arrive tout de même à rire des scènes racontées. le verbe de Stéphane est unique en son genre. Voilà par exemple comment il parle des infirmiers : "Qui n'a point vécu avec ces matamores ne peut s'imaginer combien ils sont capons." (p.109). Nous noterons au passage cette étrange lucidité dont fait preuve l'auteur et qui ne laisse pas d'interroger sur le sens véritable de la folie : "Un homme qui, vraiment sain d'esprit viendrait par malfortune à être interné dans un asile, ne devra jamais prostester de sa parfaite lucidité, s'il tient à revoir promptement ses dieux lares. Et ceci, je vous prie de le croire, n'est nullement un paradoxe, attendu que tous les fous concevables, je dis tous les fous sans exception, s'affirment à tue-tête les êtres les mieux équilibrés de l'univers (...) Et l'abc de la profession d'aliéniste consiste simplement à acquérir d'emblée la conviction qui deviendra irréductible, parce que toujours vérifiée, que jamais pégé ne se reconnaîtra gâteux, jamais loquace incohérent, jamais soulographe alcoolique, jamais persécuté sot, et qu'un halluciné enfin, se laissera stoïquement doucher à glace, plutôt que d'admettre la sombre inanité de ses phantasmes." (p.212). Marc Stéphane conviendra d'ailleurs qu'il n'a pas lui-même échappé à cette étrange logique...
Pour conclure, je reprendrai encore une fois les mots suivants d'Éric Dussert : "La cité des fous mérite de figurer dans les bibliothèques de ceux pour qui la littérature n'est prisonnière d'aucune forme et d'aucune camisole." Pour moi, c'est exactement sous cet angle que j'envisage la littérature.
Pour aller plus loin sur ce sujet, découvrir également Un drame affreux chez les tranquilles du même auteur, oeuvre fantastique cette fois, qui complète la présente réédition de la Cité des fous aux éditions de L'Arbre Vengeur et dont je recommande également la lecture.
Le livre est enfin illustré par de beaux dessins d'Alain Verdier dont l'éditeur dit : "A force d'illustrer Marc Stéphane, Alain Verdier en a perdu un peu de raison, pas mal d'appétit et beaucoup d'encre."
Lien : http://embuscades-alcapone.b..
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Athouni
  14 mai 2013
La Cité des Fous est le témoignage de l'écrivain Marc Stéphane, scandaleusement inconnu aujourd'hui, sur ses 3 mois passés à St Anne au début du 20ème siècle.
Indéniablement, ce livre est un document sur l'internement et les « traitements » de la folie à l'époque. Mais par sa langue exceptionnelle, orale et argotique et dont le préfacier a raison de dire qu'elle annonce Louis-Ferdinand Céline, « La Cité des Fous » s'inscrit de plein droit – et avec quelle maestria - dans la littérature.
Marc Stéphane multiplie les portraits tragi-comiques de ses petits camarades. Si les délires des uns et des autres prêtent à rire, Marc Stéphane est, à l'endroit des « louftingues », plein d'humanité. le rire n'est jamais ici un jugement ou une condamnation. Si Marc Stéphane manie une ironie féroce lorsqu'il évoque les brutalités quotidiennes des infirmiers, il sait aussi prendre du recul, suspendre son jugement, analyser les conditions de travail et comprendre l'énervement du personnel. Seule l'hypocrite Société, à qui Marc Stéphane réserve ses mots les plus durs et des condamnations sans équivoque, ne trouve pas de grâce aux yeux de cet anarchiste revendiqué.
Texte absolument remarquable, magnifiquement écrit, « La Cités des Fous » est pour moi une révélation ; Probablement un des meilleurs livres lus cette année. A lire !
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Citations et extraits (3) Ajouter une citation
AthouniAthouni   12 mai 2013
Un homme qui, vraiment sain d'esprit viendrait par malefortune à être interné dans un asile, ne devra jamais protester de sa parfaite lucidité, s'il tient à revoir promptement ses dieux lares. Et ceci, je vous prie de le croire, n'est nullement un paradoxe, attendu que tous les fous concevables, je dis tous les fous sans exception, s'affirment à tue-tête les êtres les mieux équilibrés de l'univers.
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AthouniAthouni   13 mai 2013
Il y a bien cinq minutes que je subis cette avalanche de paroles obtuses et apocalyptiques, sans sourciller ni piper mot, et je crois remarquer une sourde fureur dans les petits yeux gris bleus, un peu gorisants, qui me fusillent à bonne portée. Tout à coup, trois signent de croix foudroyant comme autant d'éclairs, du front au creux du giron, et la tempête éclate, brutale et déconcertante ! "Apprrroche ici monstrrre inferrrnel, auteur de tout le mel ! Approche ici, que je t'écrrrèse, que je t'écrrrèse ! - tout en ligne drouète !" Miséricorde, faut-il pas me sauver promptement ?... Non car déjà, soulagé, débondé, satisfait, paisible et finassier, Jean-Marie s'éloigne en quête de feu, m'ayant tapé d'une pipe copieuse, et chantant à pleine gorge : " Lauda, lauda, lauda te Mari-i â â â !"
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AthouniAthouni   13 mai 2013
Décidément, ces braves gens ont raté leur vocation, en s'improvisant Chevaliers du clystère, dans la Cité des Fous. Ils seraient de bien meilleurs apaches. Car tandis que Briond amuse son malade d'invites douceureuses, Busier, toujours à l'affût de la beigne, franchit à pied de loup le gazon et vient par derrière lacer le coup d'Antignac, de son bras robuste. Et lors, pendant que celui-ci à demi étranglé, grimace et se tortille, éjecte la langue et commence à râler, tous les infirmiers accourent à la rescousse, se jettent courageusement sur lui, et à puissantes bourrades de genoux et de pognes dans l'estomac, ont tôt fait de l'amener à quia. Le malheureux sera plus d'une heure à se remettre de ce tabac étourdissant.
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