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ISBN : 2226435131
Éditeur : Albin Michel (26/09/2018)

Note moyenne : 4.18/5 (sur 30 notes)
Résumé :
Fraa Erasmas est un jeune chercheur vivant dans la congrégation de Saunt-Edhar, un sanctuaire pour les mathématiciens et les philosophes.
Depuis des siècles, autour du sanctuaire, les gouvernements et les cités n'ont eu de cesse de se développer et de s'effondrer. Par le passé, la congrégation a été ravagée trois fois par la violence de conflits armés. Méfiante vis-à-vis du monde extérieur, la communauté de Saunt-Edhar ne s'ouvre au monde qu'une fois tous le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (18) Voir plus Ajouter une critique
Lutin82
  07 janvier 2019
Donc Frère Erasmas vit dans la concentre Saunt Edhar, un des lieux retiré du monde où les érudits prennent le temps d'étudier leur matière de prédilection (maths, astronomie, philosophie,…).
Du moment qu'une personne manifeste un intérêt pour la connaissance, les portes des maths sont ouvertes. Ainsi, est-il possible de se retirer du monde « séculaire » pour un an, afin de parfaire ses savoirs ou un apprentissage, ou plus longtemps. En effet, il y a plusieurs communautés au sein de la congrégation : les annuelles, les décanales (10 ans), les centenariens (les avôts qui souhaitent rester 100 ans…) et même les énigmatiques millénariens (oui…).
Ces personnes, ou avôts, rompent tout contact avec le monde extérieur – et surtout la technologie numérique – pour se consacrer à l'étude, jusqu'à l'ouverture des portes de leur communauté propre. Tous les ans, les dix ans, chaque siècle, ou au début de chaque millénaire, si vous avez bien suivi.
Ce n'est pas franchement religieux même si nous pourrions comparer Anatèm avec le Nom de la Rose d'Umberto Eco.
Cependant, cette vie n'est pas un long fleuve tranquille dédiée à la connaissance. Chaque communauté a ses factions qui se sont façonnées en fonction de leur perception des sciences, des maths, et même de leur considération des personnes et du mode de vie extérieur. Nous devinons relativement vite qu'il existe des luttes internes pour représenter le groupe d'influence qui régit l'ensemble des maths (en bref, du pouvoir). Lors d'une visite, des inquisiteurs interrogent nos avôts sur leur point de vue sur tel ou tel sujet, notamment sur le courant de pensée majoritaire à Saunt Edhar… Ainsi, les réponses apportées sont-elles cruciales.
Les choses seraient assez simple s'il ne s'agissait que de guerre intestines ou de complots de palais. Hélas, c'est loin d'être le cas, et tout commence à déraper quand un des avôts est appelé par le monde séculaire. Une étrange anomalie a été détectée dans le ciel…
Aussi, sciences et idées ont-elles une place de choix dans le roman, et il est bien possible qu'elles soient au coeur d'une bataille pas simplement fratricide….
D'ailleurs si le premier chapitre (80 pages) fait immanquablement penser au Nom de la Rose, quelques éléments se démarquent pour donner une ambiance plutôt « moyenâgeuse futuriste ». Toutefois, il faut bien patienter une centaine de pages pour que l'histoire s'emballe.
Pour un large public, même les plus exigeants
Le tour de force de Stephenson réside dans sa faculté à prendre en compte un vaste panel de lecteurs, du forçat du space-opera au vétéran de la Sf spéculative. Ce dernier trouvera matière à satisfaire sa soif littéraire.
Là aussi, l'auteur communique tout son humour (et une forme de dérision). Nous ne sommes pas sur Terre, mais sur Arbre qui est une « Terre » plus avancée technologiquement. Pythagore a été troqué par Adrakhonès qui a eu la révélation de CNOUS avec le fameux triangle. Il a deux filles, Déat et Hyléa. La première donne naissance au courant de pensée des déôlatres, méprisés par nos avôts (c'est de l'hérésie) car il favorise une quête transcendantale individuelle. de la seconde découle le monde Hylaéen suivi fidèlement par les frères et soors, basé sur un jugement scientifique reconnu comme (le seul) vrai. Bref, il y a du Kant (et la Vérité, même si l'on peut aller piocher du côté des concepts bouddhistes également) la-dessous, et de quoi satisfaire les plus exigeant en matière d'idées.
Ceci n'est qu'un exemple de comment il est possible de décortiquer le roman si le lecteur souhaite le lire avec ce niveau de lecture, sachant qu'autrement c'est plus simple. Nous comprenons que les déôlatres ne sont pas les bienvenus au sein des maths, qui favorisent largement la pensée s'appuyant sur la rigueur scientifique. La tension est grande et une scission est possible, et surtout malheur à l‘abbé l'avôt qui afficherait un penchant pour le mauvais courant.
Les idées exposées sont indissociables de l'histoire et parfaitement exposées pour notre plus grand bonheur. le rythme s'avère posé, alors ceux qui attendent un roman qui pétarde dans tous les sens risquent d'être déçus. L'intrigue n'est pas si complexe en soi, il y a un mystère à résoudre potentiellement dangereux. Cependant, les protagonistes doivent également faire face au regard des « civils » pas forcément bienveillants, ainsi qu'aux conflits internes de leur communauté, et cela a tendance à chauffer sévère. (La situation se complique également du fait des voeux exprimés).
Anatèm de Neal Stephenson n'est pas un texte SF de référence en raison de son travail d'orfèvre (et ludique) sur le vocabulaire, ni de l'exposition judicieuse de concepts philosophiques propices à la réflexion ou encore de son histoire avec des trames à tiroir. Il possède tout cela, c'est un grand roman surtout parce ce qu'il s'adresse à tous les lecteurs curieux, offrant à chacun la possibilité de s'éclater au niveau de lecture choisi. Certes, le récit s'acquiert avec une certaine patience, mais quelle récompense finale!
Critique plus complète sur mon blog
Lien : https://albdoblog.com/2018/1..
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JustAWord
  25 septembre 2018
Drôle d'histoire que celle d'Anatèm. Oeuvre-monstre de l'écrivain américain Neal Stephenson, ce roman de près de 930 pages en version originale fut un temps envisagé chez Bragelonne après leur réédition du cultissime le Samouraï Virtuel (ou Snow Crash pour les intimes). Bien vite échaudé par l'ampleur de la tâche, l'éditeur français jette l'éponge et il faut attendre la naissance d'Albin Michel Imaginaire pour que Gilles Dumay nous offre une publication en deux tomes. Auteur majeur du genre, Neal Stephenson n'est pas seulement l'un des pères du post-cyberpunk, c'est aussi l'un des écrivains de science-fiction les plus ambitieux de ces dernières années, la preuve avec son monumental Baroque Cycle où il retrace l'histoire secrète de la science du XVIIe siècle ou son Cryptonomicon qui mélange cryptographie, Seconde Guerre mondiale et paradis virtuel. Pour Albin Michel Imaginaire, Anatèm apparaît comme un défi. Contrairement à l'addictif et accessible American Elsewhere de Robert Jackson Bennett ou à la Big Commercial Fantasy du Mage de Bataille de Peter Flannery, Anatèm s'adresse d'abord aux aficionados du genre. Auréolé du prix Locus et fort de son succès Outre-Atlantique (numéro un des ventes du New York Times quand même), cet arlésienne de la science-fiction peut-elle surprendre le public français ?
Arbre par la face Nord
Tout d'abord, rassurez-vous, Jacques Collin va bien. le traducteur d'Anatèm accomplit ici un travail remarquable, autant sur le fond que sur la forme. En effet, Neal Stephenson nous emporte d'un monde par-delà l'espace et le temps avec Arbre. Pour se faire, il va utiliser une foultitude de néologismes et autres concepts sortis tout droit de son exubérant cerveau postcyberpunk. Si vous pensiez que l'on allait vous prendre par la main pour vous faire visiter Arbre, vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir…ou presque ! Non, Anatèm n'est pas un roman impossible à traduire (la preuve) et encore moins à lire. Pour l'appréhender, voyez les premières pages comme un mur d'escalade. Pour nous aider à le surmonter et à comprendre son univers, Stephenson conserve un certain nombre de mots et concepts familiers tout en intercalant des définitions de ses néologismes à la façon d'un dictionnaire. Ainsi, le lecteur peut s'accrocher de page en page et parvenir progressivement à assembler les pièces du puzzle afin de comprendre ce qu'il se passe là-dedans.
Pour résumer (et pour ceux qui n'aiment pas tant que ça le piolet et le baudrier), Anatèm explore une concente (comprendre un monastère) où sont regroupés des moines appelés fraa (frères) et soor (soeurs) qui, en lieu et place d'une religion déiste, philosophent, théorisent et réfléchissent sur des concepts scientifiques théoriques et praxiques (qui fait appel aux praxies donc). Parmi eux, fraa Erasmas, notre narrateur, qui appartient à l'ordre des dixies, c'est à dire ceux qui ont fait voeu de rester cloîtrer dans la concente de Saunt-Edhar pour dix ans et donc, de n'avoir de contact avec le monde extérieur (ou saeculier) que lors de l'aperte décennale (aperture = ouverture). Vous imaginez donc bien qu'il existe aussi des unitariens, des séculiers et des millénariens… qui n'ont aussi de contact entre eux que lors des apertes respectives de leurs ordres. À la veille de l'ouverture des portes pour les dixies et les unitariens, fraa Erasmas s'interroge sur son devenir au sein de la concente qu'il n'a rejoint que quelques années plus tôt. Confronté aux extra-muros (ceux qui vivent donc à l'extérieur de la concente), il va également devoir composer avec l'apparition d'un étrange phénomène dans le ciel d'Arbre, phénomène qui va venir bouleverser son existence et celle de toute la planète.
La science et la philosophie pour religion
Pour renverser les perspectives, Neal Stephenson imagine un monde où la science et la philosophie sont devenues une sorte de religion où les divers théoriciens ont été élevés au rang de saunt (ou saint). de là, Anatèm inverse notre perception traditionnelle des choses tout en jouant sur ce que nous connaissons déjà. Fraa Erasmas et ses coreligionnaires ne sont rien d'autres que des ersatz de moines et autres ermites voués à la vénération d'une puissance supérieure. Sauf que cette fois, ces communautés isolées aux règles très strictes (formant la Discipline) sont une sorte d'utopie dans le sens où elle conserve le savoir à travers les millénaires. Si l'on apprend rapidement qu'un cataclysme a secoué Arbre — Les événements horrifiques — on comprend surtout que les différentes concentes sont comme autant de moustiques pris dans l'ambre. Témoignage du passé mais aussi véritable mine de savoir, le lieu de vie d'Erasmas s'avère un chef d'oeuvre d'architecture fascinant où l'on se perd avec joie. Non content de poser les bases d'un univers foisonnant, Stephenson arrose rapidement le lecteur de théories et de réflexions philosophiques où l'histoire d'Arbre ainsi que ses mythes et légendes se dévoilent petit à petit. On y (re)découvre des choses comme le Paradoxe de Fermi, le Rasoir d'Ockham ou encore le Mythe de la Caverne. Traversé par divers courants philosophiques revus et corrigés, Anatèm devient vite un passionnant récit d'apprentissage où Fraa Erasmas mûrit par ses réflexions et errements avec le lecteur lui-même, autant sur le plan humain que sur le plan philosophique. le lecteur se passionne rapidement pour les abstractions utilisées par les Fraas dans le but d'élucider le mystère qui vient rapidement bouffer le récit : quelque chose vient d'arriver dans le Ciel et personne ne sait vraiment de quoi il s'agit…!!
Des religions et des hommes
Même lorsqu'il flirte avec le thriller et le récit d'aventure (voir le road-movie), Anatèm n'oublie jamais de s'épancher sur son background d'une richesse proprement ahurissante. Quand Neal Stephenson quitte son monastère, c'est pour mieux enrichir son univers. Nous sommes en effet en 3689 après la Reconstitution et le monde semble toujours convalescent. Ici ou là, le lecteur attentif remarquera une ville envahie par la végétation, symptôme évident de sa décadence, ou des ruines marquant le tombeau d'une immense cité désormais oubliée. Au dehors, Fraa Erasmas explore un univers où les hommes ont régressé et où les religions, les vraies, les déistes, se sont scindées encore et encore. Comme si l'imbroglio des maths ne nous suffisait pas ! le résultat, toujours plus dense, permet de bâtir quelque chose de passionnant. On est sans cesse happé par l'ambition démesurée de Stephenson et par la richesse perpétuelle de son récit où les visions marquantes ne manquent jamais. le rapport entre religieux et philosophes (à travers les multiples iconographies des mathiques) ne manque pas d'interpeller et d'offrir une réflexion truculente sur la place de l'immatériel et du divin, du perpétuel et du changement. Un changement qui sera le maître-mot pour fraa Erasmas bien vite obligé de sortir de son isolement pour se confronter aux autres. Avec un humour pince sans-rire omniprésent, Neal Stephenson nous balade jusqu'au pôle, nous livre sa propre version des Mille et Une Nuits revue et corrigée pour l'occasion, fait intervenir des moines Shaolin avant de nous renvoyer dans l'espace pour suivre le mystère qui semble sur le point de bouleverser Arbre à jamais. Forcément, la fin de ce premier tome laisse orphelin. Heureusement, la suite arrive bientôt.
C'est un ouvrage mémorable que nous offre Albin Michel Imaginaire et Jacques Collin avec Anatèm. D'une extraordinaire densité, le roman fascine dès la première page et ne lâche jamais son lecteur. À la manière d'un Too Like the Lightning, le chef d'oeuvre d'Ada Palmer, le livre de Neal Stephenson philosophe et se réinvente sans jamais oublier ses personnages et ses enjeux en cours de route.
S'engager dans les Ordres n'aura jamais été aussi tentant…
Lien : https://justaword.fr/anat%C3..
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Apophis
  09 septembre 2018
Anatèm (tome 1) raconte, sur un monde appelé Arbre (dont la nature restera incertaine à l'issue de ce premier livre), la quête d'Érasmas, un avôt (érudit philosophico-scientifique cloîtré, comme tous ses pareils, dans des enceintes qui ne s'ouvrent au monde extérieur que tous les un-dix-cent-mille ans, les protégeant des convulsions de ce dernier mais les empêchant aussi de mettre leurs considérables connaissances théoriques en pratique), pour retrouver son maître, qui a découvert un secret astronomique que la hiérarchie « monastique » et le pouvoir séculier veulent à tout prix cacher. L'auteur ayant créé un écosystème complet de néologismes allant avec son monde (on peut d'ailleurs saluer le travail de dingue du traducteur !), et vous immergeant dans celui-ci d'un coup, sans vous tenir par la main, les premières centaines de pages sont prodigieusement exigeantes, même pour quelqu'un habitué à ce genre de livre-univers et pour un vétéran de la SF. Si la suite s'avère beaucoup plus digeste (à partir de 40 %, en gros), et invariablement passionnante (et j'insiste sur ce fait), elle constituera parfois aussi une autre forme de défi, tant les larges et profondes thématiques abordées (de la sociologie à l'Histoire en passant par la linguistique, la philosophie, la mécanique quantique, la cosmologie, l'ingénierie, etc) peuvent laisser sur le bord de la route les lecteurs les moins intéressés par cet aspect ou n'ayant pas le bagage culturel adéquat (et je pense que peu, moi y compris, répondront à 100 % à celui exigé par Stephenson, du moins sans recherches sur le net).
Clairement, donc, Anatèm n'est pas un livre facile (du moins, une partie de ce tome 1 ne l'est pas), mais tout aussi clairement, c'est un livre de SF majeur, qui vous en demandera beaucoup mais vous en donnera encore plus. Si je vous conseille de bien réfléchir au fait de l'acheter (ou pas) en fonction de vos envies et de votre volonté de vous investir dans un effort intellectuel intense plutôt qu'une lecture « détente », je vous prie aussi de croire que des romans comme ça, vous n'en verrez qu'une fois ou deux par génération, et que donc ne pas le lire serait une décision aussi lourde de conséquence que de l'acheter à la légère. C'est le style de roman qui tire tout le genre, voire toutes les littératures de l'imaginaire, vers le haut, que ce soit sur le plan stylistique ou intellectuel, aussi serait-il malavisé, à mon sens, de ne pas au moins tenter l'expérience sur ce tome 1.
Ceci n'est que le résumé de la critique, beaucoup plus complète, que vous trouverez sur mon blog.
Lien : https://lecultedapophis.com/..
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micetmac
  18 février 2019
J'assume, sans fausse modestie, une étiquette de lecteur SF niveau baroudeur puissance 15. J'ai fini, sans trembler (non sans bailler) le pensum métaphysique L'EMPEREUR-DIEU DE DUNE de Frank Herbert. J'ai vaillamment achevé RADIX, le roman d'Alfred Angelo Attanasio. J'ai même, suprême épreuve, supporté l'arnaque littéraire, jusqu'à l'ultime goutte d'encre, qu'est L'OMBRE DU SHRANDER de John M Harrison .
Alors ça va hein... Je mérite mes points de vie !
En outre , j'étais prévenu, tout le monde s'accordait à dire que le masterpiece de Neal Stephenson était âpre, d'un abord ingrat. Les blogs fleurissaient de mises en garde et de conseil de persévérance, le jeu en valant la dentelle... Je goguenardisais dans mon coin. Oui c'est ça... Je suis pas un lapin de Mayenne qui serait né de la dernière suie. Vont voir...
J'ai vu.
Effectivement...
Il faut s'enquiller les 200 premières pages. Au bas mot. Il faut accepter de barboter dans une mer inconnue sans brassière. J'ai rarement ressenti un tel décalage entre un vocabulaire usuel et l'usage qui en est fait dans un livre. Sans compter le vocabulaire qu'invente Stephenson. Qui nous est donné brut de pomme. Surtout que l'auteur fait le pari de miser sur notre ténacité : ni lexique, ni glossaire ne sont fournis avec le premier tome. Nous n'avons que le contexte et les références à une encyclopédie fictive, ponctuant chaque début de chapitre d'une définition, pour nous faire une idée.
C'est quelque chose.
Et puis... Ces 200 (à la louche) premières pages décantées, tout prend sens, tout s’emboîte. Et un sentiment d'admiration littéraire peut légitimement nous imbiber le lobe frontal adéquat devant la maîtrise de Neal Stephenson.
La suite déroule un récit plus classique, un road movie plaisant et mouvementé qui s'appuie sur des personnages bien campés, attachants. Stephenson ne les sacrifie pas sur l'autel de la complexité de son livre, livre qui multiplie les envolées philosophiques les expériences de pensée, les scènes proprement hallucinantes. Là est sa plus grande réussite.
Et une résolution finale qui tient la route et nous laisse un brin émerveillés... Avec la sensation d'avoir lu un ouvrage qui compte et comptera dans la littérature de l'imaginaire.
Certes, on songe à un NOM DE LA ROSE alien, à un CANTIQUE POUR LEIBOWITZ métaphysique, mais ANATEM se suffit à lui même et nul doute que c'est lui qui fera référence à l'avenir.
Bluffant...
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Tachan
  16 octobre 2018
Anatèm est le premier titre de la nouvelle collection d'Albin Michel consacré à l'imaginaire que je teste. J'étais impatiente de découvrir cette nouvelle collection dirigée par Gilles Dumay, ancien directeur de Lunes d'encre chez Denoël où il avait publié des titres cultes. La maquette des tomes sortis me plaît beaucoup avec son identité visuelle forte dès la couverture où les dessins sont à chaque fois très beaux. Malheureusement pour moi, Anatèm ne fut pas une bonne pioche.
Je savais avant même de commencer, parce que je l'avais lu, qu'Anatèm serait une lecture exigeante. Mais je ne m'attendais pas à ce que la forme prenne le pas sur le fond et le plaisir de lecture. En effet, dans ce titre, découpé en 2 tomes chez nous, l'auteur prend plaisir à créer un univers fort original. Je dis original parce qu'il a imaginé de toutes pièces un monde qui pourrait être le nôtre dans un futur très éloigné, un futur où la langue mais aussi les codes de notre société en plus des paysages et des peuples ont évolué. Et nous lecteur, nous sommes les témoins privilégiés de cette évolution dans laquelle nous sommes plongés de plein pied assez brutalement dès les premières pages. Ainsi, honnêtement les 200 premières pages furent vraiment laborieuse à lire du fait même de la langue employée. Pourtant, je ne peux pas dire que je n'ai pas aimé. Je trouve le concept très fort et culotté, je ne crois pas que cela ait été poussé à ce point dans un autre titre. Malheureusement, ça a vraiment freiné mon plaisir de lecture et c'est là le grand problème.
A vouloir créer un monde original dont on découvre la langue, les philosophies, les religions, les relations interclasses et extraclasses, la géographie, l'histoire, etc… l'auteur passe son temps à nous décrire son monde, oubliant que le lecteur cherche aussi parfois une histoire où s'évader et non juste un univers. J'ai très longtemps cherché quel était le but de cette histoire avant de le trouver vers le milieu du tome mais c'était déjà trop tard. Une quête a beau se dessiner, ce n'est pas pour autant que l'auteur lui donne la priorité. C'est ce qui me fait dire qu'il a préféré l'exercice de style au plaisir du simple lecteur et je trouve ça dommage.
Parce que l'univers est intéressant. J'ai aimé découvrir un nouveau monde par sa dimension religieuse ou plutôt philosophique à travers des personnages appartenant à une congrégation qui cultive le savoir universel et non vraiment la foi. J'ai aimé me mettre dans les pas du héros, Erasmas, qui découvre lui aussi le monde dans lequel il vit et ses mystères une fois sorti de sa réclusion volontaire. Cela donne lieu à des discussions très intéressantes sur la religion, dieu, la communication, etc.
De plus, le rythme s'accélère et l'histoire devient plus facile à lire à partir de la moitié du tome et encore plus dans les 100, 200 dernières pages. On rencontre enfin ce qui sera le bouleversement narratif qui va nous happer et on découvre ainsi une vraie intrigue avec de multiples tiroirs. On a ainsi droit à une enquête interne digne du Nom de la Rose, suivi d'un road trip inquiétant, le tout avec une petite touche de Rencontre du 3e type. J'ai beaucoup aimé cela mais c'était malheureusement trop distillé au milieu des interminables descriptions de la planète Arbre. Alors je sais que ce n'est que la première partie d'une vaste histoire, que peut-être la suite apportera ce qui m'a manqué dans ce tome, mais je n'ai pas très envie de continuer après les difficultés que j'ai eues déjà à terminer ce tome.
Anatèm est donc un roman qui sur le papier avait tout pour me plaire et pour lequel je partais avec un a priori positif, mais ma lecture s'est révélée laborieuse. Je n'ai pas été emportée par l'histoire. Je suis trop longtemps restée sur le bas côté de la route à cause d'un auteur qui a privilégié une sorte d'expérimentation créatrice à laquelle je suis restée hermétique. Dommage. Après, ça ne veut pas dire que je ne testerai pas les autres titres de science-fiction de la collection quand ils se présenteront, mais j'attendrai peut-être d'avoir plus d'avis avant.
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
RoicarotteRoicarotte   02 octobre 2018
Cela la refroidit un peu. Mais, elle finit par demander : « Est-ce que vous avez besoin d’un moyen de transport ? D’outils ? De quelque chose ?
– Notre adversaire est un vaisseau extrasylvestre bourré de bombes atomiques, répondis-je. Nous avons un rapporteur.
– D’accord, je vais repasser chez moi voir si je trouve une règle et un bout de ficelle.
– Ce serait super.
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JustAWordJustAWord   25 septembre 2018
On réalise quelque chose. Plus tard, la même chose est réitérée d’une toute autre façon ; mais le fait demeure identique. Quelque soit celui qui élabore la démonstration, quelle que soit l’époque, qu’il s’agisse de gâteaux ou de parcelles, on obtient toujours la même réponse. Ces vérités semblent venir d’un autre monde, d’un autre niveau d’existence. Il est difficile de ne pas croire que cet autre monde a en un sens une existence tangible, qu’il n’est pas uniquement issu de notre imagination !
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JustAWordJustAWord   25 septembre 2018
Rien n’est plus important que de voir et d’aimer la beauté qui est juste devant toi, parce que sinon tu n’auras aucune défense contre la laideur qui trouvera tant de façons de t’oppresser et de t’agresser.
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JustAWordJustAWord   25 septembre 2018
Tous les autres devaient chercher en dehors de leur travail le sentiment qu’ils appartenaient à une histoire, ce qui était probablement la raison pour laquelle ils aimaient autant le sport et la religion. Quel autre moyen avaient-ils de connaître l’aventure ? Un événement avec un début, un milieu et une fin, et dans lequel ils jouaient un rôle significatif ?
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Neal Stephenson au National Book Festival de 2011 (en anglais)
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