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ISBN : 2370561114
Éditeur : Super 8 éditions (11/10/2018)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Caesura Texas – une minuscule bourgade clôturée, au fin fond du désert. Population ? 48 habitants. Des criminels, a priori. Ou des témoins. Comment savoir ? Tous ces gens ont changé d’identité, et leur mémoire a été effacée. Pour leur bien. Dans l’optique d’un nouveau départ.

En échange de l’amnistie, les résidents doivent accepter trois règles simples : aucun contact avec l’extérieur, aucun visiteur, et aucun retour possible en cas de départ. Une exp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
LePamplemousse
  28 novembre 2018
Caesura est une ville aussi étrange que ce roman peut l'être.
C'est une sorte de ville test dans laquelle ne vivent que des criminels ou des témoins protégés, mais qui ont tous eu la mémoire effacée, de sorte d'aucun d'eux ne se rappellent qui il est, ni ce qu'il a pu faire avant d'arriver ici.
La population totale est de 48 personnes et personne n'y entre ni n'en sort jamais.
Mais l'un d'entre eux s'est récemment suicidé et un autre vient d'être assassiné, alors qu'il n'y a normalement pas d'arme dans la ville.
La belle machinerie bien huilée est donc toute déréglée et une série de catastrophes va s'abattre sur la ville.
On est ici à mi-chemin du western, d'un roman de science-fiction et d'une plongée dans les tréfonds de l'âme humaine.
On n'arrête pas de s'interroger sur ce qui est vrai ou pas, sur ce qu'on croit savoir avec certitude et au final, on se rend compte qu'on avait faux sur toute la ligne ou presque.
J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir tous les dessous de cette ville dans laquelle je n'aurais pourtant aucune envie de mettre les pieds.
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Guylaine
  06 janvier 2019
Bienvenu à Caesura !
Enfin, quand je dis "bienvenu"... tout est relatif, parce que Caesura est une drôle de ville, entourée d'un haut grillage, perdue au milieu du désert Texan, sans contact avec le monde extérieur, sans connexion internet... et elle n'apparaît sur aucune carte... Oui, je sais, c'est assez peu accueillant !
48 personnes vivent là, certaines depuis le commencement de cette aventure, c'est à dire depuis 8 ans, d'autres arrivent tout juste.
Si vous êtes conduit à Caesura c'est que vous avez témoigné dans un procès et qu'il vaut mieux à présent que vous viviez caché, ou alors c'est que vous êtes un criminel.
Dans un cas comme dans l'autre une partie de votre mémoire a été effacée, et personne ne sait finalement s'il est un bon ou un méchant....
Tout fonctionne ainsi, bon an, mal an, dans cette petite communauté créée de toutes pièces, jusqu'à ce qu'un des résidents se suicide, avec un revolver qui n'est pas sensé se trouver dans la ville... c'est le grain de sable dans la mécanique...
Pour être tout à fait honnête, Adam Sternbergh m'a un peu agacée au tout début de son roman. Comme il passait d'un personnage à l'autre et qu'il avait peur que nous, petits lecteurs, peinions à le suivre, il avait tendance à répéter des informations qu'il avait déjà données... mais heureusement ce vilain défaut lui est vite passé, et il en a profité pour nous manipuler ! J'avoue qu'il m'a bien promenée, et que je ne l'ai pas du tout vu venir... et j'avoue aussi qu'en matière de bouquin, c'est un truc que j'aime bien !
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belette2911
  28 décembre 2018
Encore un livre que je voulais absolument découvrir et qui ne m'a pas déçu, m'apportant même une bonne dose de ma came préférée : un thriller en huis-clos !
Le tout avec une pointe de fantastique puisque les expériences scientifiques accomplies dans ces pages n'ont pas encore eu lieu.
Enfin… Je crois… Je pense… J'espère…
Caesura, dite aussi "Blind Town"…
Imaginez une ville paumée en plein trou du cul du trou de cul du fin fond de l'anus du Texas.
Un bled qui n'existe sur aucune carte, dans aucune administration et où ne vivent que 48 personnes, dont la particularité est qu'elles ont toutes eu une partie de leur passé effacé ainsi qu'une nouvelle identité que ces gens ont dû choisir en mélangeant un nom/prénom d'acteur célèbre avec celui d'un vice-président.
Assassins notoires ou témoins protégés par le système ? Aucun d'entre eux ne le sait et le lecteur n'en saura rien de plus au départ.
Le départ est banal, si je puis dire, car hormis le lieu inhabituel, la suite a l'air d'être courue d'avance puisque nous avons un crime, faisant suite à un banal suicide et donc, étant en milieu clos, on sent venir le bon vieux whodunit à la Sherlock Holmes/Hercule Poirot, avec le shérif Cooper pour mener l'enquête et son assistante, Sidney Dawes dans le rôle du Watson plus qu'éclairé.
Ça, c'est que tu croiras au départ, lecteur blasé du thriller et du polar ! Un bête crime à résoudre… Que nenni !
On va plus loin que ça, dans ce thriller aux relents fantastiques (SF ?) et d'ailleurs, l'auteur ne s'embarrassera pas longtemps avant de te balancer le coupable de ce meurtre puisque celui-ci n'est que le point de départ et qu'ensuite, on va gripper les rouages de la machine avec des tas de petits grains de sable qui ne se comporteront pas comme ils sont censé le faire.
Et c'est là que réside un autre des talents de l'auteur : arriver à nous perturber, à nous emmener là où on ne s'y attend pas, à nous secouer, à nous surprendre, à nous angoisser… le tout en s'aventurant sur un terrain inhabituel tout en restant plausible et réaliste dans les actions de ses personnages ou dans la logique de son scénario.
Le panel des personnages n'a déjà pas fini de nous surprendre, mais en plus, l'auteur a fait pousser son idée sur un terreau fertile, l'a bien arrosé, l'a retaillé et nous livre un petit OLNI de 418 pages où il est difficile de s'ennuyer, sans compter que l'on risque de s'attacher à certains personnages.
Un meurtre en huis-clos, oui, mais pas que… pour parodier une maison d'édition célèbre pour ça. La partie immergée de l'iceberg est bien plus intéressante, plus importante, plus glauque, plus sombre, qu'un simple meurtre…
Voilà donc un thriller en huis-clos où l'on a plus d'empathie pour la population de ce bled paumé entouré de grillages, même si on se doute que ce ne sont pas toutes des brebis innocentes, alors que l'on prendra en grippe ceux qui représentent la Loi.
Encore une belle découverte de cette année 2018 et sans aucun doute, il terminera dans mes coups de coeur car il a réussi, avec un pitch qui semblait vu et revu au départ, à partir dans un tout autre sens et à m'étonner tout au long de ces pages survoltées où tout peut arriver.

Lien : https://thecanniballecteur.w..
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Livresque78
  11 octobre 2018
Dès le 4ème de couverture, cette histoire intrigante donne envie d'en savoir davantage. Tout est réuni pour appâter le lecteur. Attention! Ici nous sommes loin de Wisterlia lane et des Desperate Housewives. On en sait peu des habitants, lorsque l'on découvre cette ville de Caesura au Texas, les informations qui nous sont données, le sont au compte gouttes. Sont-ils des criminels repentis, des témoins à protéger?
Et petit à petit, les secrets sont dévoilés, et Dieu sait qu'il y en a un sacré paquet à Caesura, cette ville étrange, éloignée de tout, est remplie de mystères, de non-dits, et au fil des découvertes que le lecteur va faire, la violence va prendre place dans la vie plutôt paisible et bien rangée de ses 48 habitants.
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mimo26
  25 octobre 2018
Il s'agit en fait d'une expérience grandeur nature : une société privée découvre le moyen d'effacer la mémoire, partiellement ou totalement, et, après un accord avec le gouvernement, ils décident d'expérimenter sur de vraies personnes : des criminels, et des témoins bénéficiant du statut de protection. Leur mémoire étant effacée, aucun ne se souvient de pourquoi il est là, personne ne sait s'il fait partie des gentils (témoin à protéger) ou des méchants. Pour superviser le tout, nous avons Cooper, élevé au rang de sheriff de « Blind Town » avec pour insigne une étoile en plastique, jouet de pochette surprise.
Cela fait 8 ans que l'expérimentation se déroule, et tout va pour le mieux. Les gens cohabitent, créent des liens, aucune violence n'est à déplorer. Aucune interaction n'est possible avec le monde extérieur, seul le livreur de denrées vient une fois par semaine et casse cette routine très bien huilée. Les habitants ne se sentent pas pour autant prisonniers, ils survivent dans cette ville fantôme, ils ne veulent pas se confronter au vrai monde : ne sachant pas pourquoi ils sont là, ils ont peur de se retrouver face à leur vraie vie, à des tueurs à leur recherche ou pire à des victimes de leur violence passée. Chacun s'est acheté une rédemption et veut à tout prix la conserver.
Mais soudain tout bascule, un des résidents se suicide, et quelques semaines plus tard un meurtre à lieu. C'est la fin de cette petite vie tranquille. La société privée, le gouvernement, envoient des agents pour enquêter sur ces crimes. L'expérimentation est-elle en train de tourner au fiasco ou est-ce une suite de faits malencontreux qui fait imploser la vie calme et tranquille de « Blind Town » ?
400 pages d'un huit clos angoissant avec des protagonistes auxquels on s'attache, pour lesquels on essaie de deviner de quels côtés de la barrière ils étaient : cet homme d'un certain âge, qui passe son temps à bricoler dans son garage, cette femme douce et calme qui fait office de bibliothécaire, et cette jeune femme dont la seule passion est ses livres, maman d'un jeune garçon se peut-il qu'ils soient tous de dangereux criminels ?
L'ambiance est oppressante, de plus en plus stressante au fil des pages. Les indices sont donnés au compte-goutte, et on tourne les pages afin de découvrir tous les secrets enfoui au fin fond du Texas, dans une ambiance de western. Pour chacun « leur victoire ou leur défaite ont été décidées pour eux il y a bien longtemps ».
Adam Sternbergh pose la question de la possibilité de la rédemption. Peut-on, après avoir vécu une vie entière de crimes plus odieux les uns des autres, recommencer à zéro, oublier son passé, accéder à une terre promise où les compteurs sont remis à zéro ?
A-t-on le droit de se fuir soi-même, et plus que le droit, en avons nous le pouvoir ? C'est une chose de recommencer sa vie quand on oublie ce dont on a pu être capable, mais continuer quand on a connaissance de notre propre ignominie, peut-on faire comme si de rien n'était, nous regarder tous les matins dans une glace, entretenir son petit jardin, boire le café avec son voisin, faire comme si rien n'était arrivé, comme si non, nous n'étions pour rien dans les crimes affreux dont nous nous sommes rendus coupable ? le jugement par des tiers peut-être compréhensif, dur, mais notre propre jugement n'est-il pas encore plus impitoyable ?
La violence et l'angoisse sont présentes tout au long du roman, et pour faire passer le tout, Stenbergh distille une touche d'humour bien noir. le roman se lit très vite, vous êtes emportés dans ce tourbillon de secrets, de non-dits, et vous vous interrogez sur le bien-fondé de cette expérimentation et sur notre capacité, à chacun, d'accepter de vivre à côté, avec de potentiels dangereux criminels.
Un grand moment de lecture, un véritable roman noir, avec des héros et des méchants, chacun ayant une frontière assez floue, méthode western spaghetti, chaque personnage étant assez complexe pour flirter avec le bien et le mal.
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critiques presse (1)
LeMonde   16 novembre 2018
Addictif : en plus d’offrir un regard acide sur son époque, ce roman rusé, bâti sur un high concept (postulat) qui rendrait jaloux n’importe quel scénariste, ne laisse pas le lecteur en paix. Comme les personnages, on avance dans l’inconnu en quête de secrets inavouables.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (28) Voir plus Ajouter une citation
LUKE59LUKE59   02 août 2019
Quarante-cinq ans, ce n'est pas bien loin de cinquante. Et cinquante ans, il le sait bien, c'est le moment où vous arrêtez de regarder devant vous en vous demandant quel genre de personne vous allez devenir pour commencer à regarder en arrière en vous demandant comment vous avez bien pu devenir la personne que vous êtes. ( p 91 )
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flolabbeflolabbe   25 mars 2019
“Je ne veux pas un nom négroïde”, dit La Tige-Tatouée d’une voix calme en regardant Robinson dans les yeux.
Il n’y a plus qu’eux deux dans la pièce. Robinson ne se souvient que trop bien de ce genre de défi, du temps où il était flic à Baltimore. Il plante son regard dans celui de La Tige pour lui faire comprendre qu’il a relevé sa provocation de petit branleur mais qu’il ne la commentera pas et ne se laissera pas troubler par celle-ci.
“Jefferson, Johnson, Thompson. Je ne veux pas d’un nom négroïde, répète La Tige.
C’était vos noms avant d’être les nôtres”, remarque Robinson.
La Tige cède le premier. Il jette un coup d’oeil à la liste et revient à Robinson. “Tous les bons noms sont pris. Je ne peux pas avoir Wayne ?
Non.
Et Dean ?
Déjà pris.
Bah merde.
Quarante-quatre personnes sont arrivées ici avant toi, il y a moins de choix. Mais tu n’es pas obligé de prendre un nom d’homme, tu sais. Tu peux choisir chez les femmes.”
La Tige regarde cette liste et s’arrête sur Marlène Dietrich
“Et Dietrich ?
Il est disponible. Mais il te faut aussi un prénom. De la liste des vice-présidents.”
La Tige regarde la deuxième liste. “C’est bizarre, non ? D’arriver aussi haut au cours de ta vie et d’être ensuite complètement oublié ? C’est vrai, qui se souvient de Schuyler Colfax ? Ou de John C. Breckinridge ?
Les livres d’histoire.
Croyez-en mon expérience, les bouquins d’histoire sont le dernier endroit où il faut aller chercher la vérité.” La Tige consulte de nouveau la liste. Pendant qu’il lit, Robinson observe les tatouages qui recouvrent ses bras et son cou, jusqu’à son menton comme un col de uré. Des visages entourés de halos ou de roses, des hommages visiblement. Des femmes, des hommes et même quelques jeunes enfants. Tous arborent un sourire béat.
“Tu connais tous ces gens ? demande Robinson.
Oui. Enfin je les ai connus.
Et ils sont tous morts?
Oui monsieur.
Ça en fait de la douleur sur les bras”, remarque Robinson, qui commence à reconsidérer son absence de compassion pour l’homme assis en face de lui.
La Tige tend les bras et remonte les amples manches de sa chemise en lin pour observer ses tatouages comme un homme inspectant un costume coûteux. “oui , monsieur, c’est la pure vérité.” puis il pose le doigt sur un nom en bas de la liste des vice-présidents. “Et dick ?
Dick. Il est à toi.
Dick Dietrich, sourit La Tige. Ça sonne bien, vous trouvez pas ?
En tous cas ce n’est pas un nom négroïde, fait remarquer Robinson en l’inscrivant dans le registre.
Dick Dietrich.” La Tige hoche la tête, satisfait de son choix. “Voilà, ça c’est un nom que l’Histoire va retenir.”
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mimo26mimo26   25 octobre 2018
Elle est suffisamment âgée, à trente-six ans, pour avoir des flashs d’autres lieux, d’autres vies, mais son fils n’a que huit ans, ce qui signifie qu’il est né ici, à Blind Town. Elle était enceinte de quatre mois le jour de son arrivée, son secret commençait tout juste à se deviner. Si l’officier en charge des admissions l’avait remarqué, il n’a en tout cas rien dit quand, dans le mobile home dédié à ces formalités, il l’a fait asseoir à une table pliante pour lui expliquer les règles de son nouveau lieu de vie. Aucune visite. Aucun contact. Aucun retour. Il lui apprit ensuite à prononcer correctement le nom officiel de la ville – Caesura, ça rime avec tempura – avant de lui dire de ne pas trop s’en inquiéter puisque de toute façon tout le monde appelait le bourg Blind Town.

Caesura.

Un vilain nom, avait-elle pensé, et elle le pense toujours, avec trop de voyelles aux mauvais endroits. Un vilain nom pour un vilain lieu, mais bon, est-ce qu’elle avait vraiment le choix ?

Il est 2 heures du matin, elle est assise sur les marches en bois de son perron, et sort un paquet de cigarettes neuf. La nuit est si calme que la Cellophane craque comme un feu de camp quand elle la déchire. Elle regarde les maisons aux alentours en ouvrant son paquet, les rangées de bungalows en béton identiques, tous dotés d’un petit porche en bois et d’un modeste carré d’herbe rabougrie. Certains habitants qui font encore semblant d’en avoir quelque chose à foutre la tondent, plantent des fleurs et balayent leur perron tandis que d’autres laissent l’herbe pousser et attendent la suite, quoi qu’elle puisse être. Elle jette un œil vers le bout de la rue et compte les lumières encore allumées à cette heure-ci : deux maisons, peut-être trois. Tous les autres doivent dormir. Elle devrait en faire autant. Et ce qui est sûr, c’est qu’elle ne devrait pas fumer.

Mais bon, tout va bien, elle ne fume pas, se dit-elle en sortant une cigarette du paquet.

Après que l’officier lui eut expliqué le fonctionnement de Blind Town – les règles, les interdits, les conditions de vie, les privations –, il lui demanda de choisir son nouveau nom. Il ne savait pas comment elle s’appelait et, à ce moment-là, elle n’en savait rien non plus. Il lui présenta deux feuilles de papier : une liste d’acteurs et d’actrices célèbres et une liste d’anciens vice-présidents. « Choisissez un nom dans chaque liste », lui expliqua-t-il. Elle les parcourut. Elle ne se rappelait pas grand-chose de qui elle était autrefois, mais au fond d’elle, elle avait le sentiment qu’elle n’était pas une Ava. Ni une Ingrid. Pas plus qu’une Judy, même si elle adorait Judy Garland. Ça, elle s’en souvenait.

« Vous avez dû le faire, vous aussi ? demanda-t-elle, principalement pour gagner du temps.

— Oui, madame. C’est la règle.

— Et vous avez choisi quoi ?

— Cooper.

— Comme Gary Cooper ? »

Il acquiesça, ça la fit rire.

« Pas étonnant. » Elle mit le doigt sur un nom situé tout en bas de la liste des stars de cinéma. « Et pourquoi pas Frances Farmer ? Je prends Frances. Vous pourrez m’appeler Fran. »

L’officier inscrivit le prénom sur le formulaire d’admission. « Il vous faut aussi un nom de famille », dit-il en désignant la liste des vice-présidents. Elle y jeta un œil et choisit le premier nom qu’elle vit, tout en haut de la colonne.

« Adams. Fran Adams. »

L’officier compléta le formulaire.

« Vous avez un prénom, Cooper ?

— Calvin. Vous pourrez m’appeler Cal. Enfin, on verra si ça me reste. » L’officier signa le document et s’interrompit alors qu’il était sur le point de le tamponner. « Vous êtes sûre que vous ne préférez pas Marilyn ? Ou Audrey ? Quelque chose de plus glamour ? Tous les prénoms sont encore disponibles.

— J’aime bien Frances. C’était le vrai nom de Judy Garland : Frances Gumm. Ça me plaît. »

L’officier hocha la tête, tamponna son document et le glissa dans un dossier.

« Bienvenue au pays d’Oz, Frances. »

Assise sur son perron, huit ans plus tard, sous un ciel saturé d’étoiles, Fran Adams glisse la cigarette entre ses lèvres. Elle aime ce moment qui s’étire – la délicieuse attente qui, de bien des manières, est bien meilleure que la cigarette elle-même. Elle se penche en avant, sort un briquet de sa poche et repose ses avant-bras nus sur ses genoux. Elle porte toujours le jean qu’elle avait aujourd’hui et la même vieille chemise à carreaux ouverte sur un débardeur. Elle considère sa tenue assemblée à la va-vite : elle laisse deviner un jour de forte chaleur et de grand ménage, ce qui résume assez bien la journée qu’elle a passée. Ça résume assez bien les huit dernières années à vrai dire. S’il n’y avait pas Isaac, elle serait déjà partie. Ou du moins c’est ce qu’elle aime se dire.

Aucune visite. Aucun contact. Aucun retour.

Les manches remontées contre la nuit qui s’entête à demeurer aussi brûlante que le jour, elle regarde, d’un air absent, la série de chiffres tatoués comme un délicat bracelet sur son poignet gauche.

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sonfiljuliesuitsonfiljuliesuit   28 avril 2019
Les esprits sont simples et faciles à décrypter. Les esprits coupables, quant à eux, sont incroyablement fascinants, à condition de se retrousser les manches.
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WiniFREDWiniFRED   19 janvier 2019
Une bouteille de bourbon à moitié vide est posée sur la table devant un Cooper à moitié plein.
Il remplit son verre. Il le lève.
𝐴̀ 𝑙𝑎 𝑝𝑒𝑟𝑠𝑜𝑛𝑛𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑡𝑢 𝑎𝑢𝑟𝑎𝑖𝑠 𝑝𝑢 𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑎̀ 𝑐𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑞𝑢𝑒 𝑡𝑢 𝑒𝑠 𝑑𝑒𝑣𝑒𝑛𝑢. 𝑃𝑜𝑢𝑟𝑣𝑢 𝑞𝑢'𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑛𝑒 𝑠𝑒 𝑐𝑟𝑜𝑖𝑠𝑒𝑛𝑡 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑢𝑛𝑒 𝑟𝑢𝑒𝑙𝑙𝑒 𝑠𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒.
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