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ISBN : 1090175353
Éditeur : Serge Safran éditeur (20/08/2015)

Note moyenne : 3.87/5 (sur 19 notes)
Résumé :
Un métallurgiste charismatique. Un sculpteur au soir de sa vie. Un député aux dents longues. Trois hommes que tout sépare se retrouvent au cœur du combat pour sauver le dernier haut-fourneau d’Aublange, en Lorraine. Alors que l’élection présidentielle se rapproche, ravivant l’idéal d’un monde meilleur, les parcours s’entrecroisent, les espoirs grandissent. Face aux trahisons des politiques, aux plans de licenciements ou à la montée de l’extrême droite, la beauté n’e... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
PetiteBalabolka
  23 octobre 2015
Je ne me doutais pas en m'emparant de ce livre couleur safran, maison d'édition oblige, je suppose, en le choisissant justement pour son orangé qui invariablement chez moi ravive le doux souvenir d'un célèbre dinosaure télévisuel (tant pis, j'assume), je ne me doutais pas, disais-je, à sa couverture soyeuse et à son titre fleuri (tiré d'une magnifique citation de Pablo Neruda) que l'auteure allait proposer de nous plonger à l'opposé du doux, du soyeux et du fleuri, dans un univers d'acier, de bruit, d'incandescence et de métal en fusion, le tout avec un arrière-plan de crise et de lutte ouvrière.
En Moselle, la vallée de la Fensch déroule ses usines sidérurgiques et ses menaces de fermeture. Des logiques financières de grands groupes sont à l'oeuvre, dépassant complètement voire méprisant la volonté farouche de centaines d'ouvriers de maintenir l'activité du dernier haut-fourneau d'Aublange, la volonté de poursuivre un métier qui avait été garanti à vie aux générations précédentes, récompense attendue, telle un accord tacite inoxydable pour prix de la dureté et du danger. Des logiques qui font fi d'une rentabilité pourtant immédiate et d'une demande mondiale évidente sur l'acier. Derrière l'histoire d'Aublange, c'est celle, réelle, mouvementée, douloureuse de Florange (son usine, son projet de nationalisation temporaire, sa loi du même nom) qui nourrit l'inspiration de l'auteure.
Trois hommes vont se retrouver au coeur de la lutte et donner une dimension chorale au roman.
Pierre Artigas, fils d'immigrés espagnols venus tenter leur chance en Lorraine à l'époque où elle embauchait, est tombé amoureux du métier à la minute où il a assisté au spectacle de la fonte en fusion (le lecteur aussi est fasciné tant l'auteure sait magnifiquement le décrire et le faire partager). D'abord ouvrier « par défaut », pour cause d'ascenseur social bloqué, Pierre s'est efforcé de devenir un excellent fondeur, fier de ses gestes et de son expérience, conscient du savoir-faire hérité. le syndicalisme est une affaire de famille chez les Artigas (parfois payée au prix fort). Lorsque la menace de fermeture de l'usine à chaud se concrétise, Pierre s'implique sans compter pour l'empêcher. Avec sa bouille charismatique et son verbe haut, il devient vite le chouchou des médias tout autant qu'un symbole. C'est l'ouvrier qui refuse de se soumettre tandis qu'Aublange et son avenir incertain font figure de miroir du déclin industriel français.
Daniel Longueville, fils d'ouvriers lui aussi mais pas spécialement fier de l'être. A eu très vite la volonté chevillée au corps de s'extirper de son milieu, est devenu avocat d'affaires puis est entré dans la carrière politique : député, ministre et ne compte pas s'arrêter là. A le verbe haut lui aussi mais ne le met pas au service des mêmes causes. Vivait assez bien son statut de transfuge social (pour employer un terme cher à Annie Ernaux) jusqu'à ce que le dossier Aublange et ses enjeux lui rappellent que dignité ouvrière ne forme pas un oxymore.
Max Oberlé, sculpteur coté dont les oeuvres monumentales sont commandées par les salles d'exposition les plus prestigieuses. Issu de la grande bourgeoisie, il n'a jamais eu à se préoccuper du sort des ouvriers, a accompli son parcours professionnel en solitaire en rencontrant certes reconnaissance et notoriété mais sans jamais éprouver la joie de la fraternité, de l'appartenance au groupe et des "espoirs partagés". Âgé et malade, il est ému par le combat des "Aublanges" et aimerait que son Monumenta, tout en acier lorrain, témoigne de leur savoir-faire et serve leur cause.
C'est avec une très belle qualité d'écriture qu'Isabelle Stibbe rend compte de l'âpreté de cette lutte et des enjeux humains qui lui sont attachés. le vocabulaire est juste, pertinent, riche ; le style s'autorise quelques envolées lyriques ou musclées mais toujours bien dosées. L'auteure semble à l'aise dans la pugnacité (des réflexions bien senties sur les dommages du libéralisme et de la mondialisation) comme dans l'évocation poétique, presque nostalgique déjà d'un monde ouvrier appelé à se justifier d'exister encore. Mais l'on perçoit que, tel un chevalier, elle bataille justement contre une nostalgie possible qui signifierait que cette activité se conjugue au passé, activité qu'elle veut présente, réelle et non masquée par des parcs d'attraction ou des musées, des ouvriers qu'on laisse travailler, tout simplement.

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zazy
  16 septembre 2015
La vallée de la Fensch en Moselle n'est plus la vallée des anges, elle va devenir la vallée de la mort. La mort de la sidérurgie, l'arrêt des hauts-fourneaux pour une vile question d'argent. Il faut le savoir, à Florange, pardon Aublange dans le livre, il y a des commandes, il y a du travail, mais l'indien comme ils l'appellent en a décidé autrement.
« Cette journée qui aurait dû être radieuse sous le soleil aguicheur mais non, putain de journée de juin, se lever et entendre ça, se prendre ce coup de poing dans la gueule qui les laisse là, sonnés, au bord de l'asphyxie, avec ce sentiment de vide qui doivent connaître au réveil les soldats amputés ». le ton est donné, ce sera brut du côté du syndicaliste. Il parle avec ses tripes, avec sa peur au ventre, son désir de continuer ce travail si dur, si rude, mais qu'il aime, le mot est presque faible « C'est extraordinaire, quand tu vois la fonte en fusion qui jaillit, ce feu qui se déverse avec une puissance incroyable et que tu assistes à ça, c'est tellement plus grand que toi que tu ne voudrais être ailleurs pour rien au mode, et là tu l'aimes ton usine, tu l'as dans la peau. Après tu as beau revoir ce spectacle cent mille fois, tu ne t'en lasses jamais »
Alors, ils se battent et Isabelle Stibbe nous raconte cette bataille.
Ce livre écrit à partir de faits réels est ancré dans la réalité politique de l'élection présidentielle, la victoire du parti socialiste et, surtout, les espoirs que cette élection, suite aux promesses faites, a induit.
Livre à 3 voix et 3 couleurs.
Max (gris), le sculpteur au vocabulaire plus littéraire, plus sensuel « J'applique mes paumes contre la surface cimentée, comme un pianiste plaquerait un accord final. Je plonge dans le gris, m'en imbibe, deviens gris moi-même, m'étonne que ce soit si simple ». Son coeur est à gauche, mais, venant d'un milieu privilégié, il ignore le monde ouvrier, non pas par mépris, mais simplement parce que cela ne fait pas partie de son environnement. Il découvre Pierre « … quand un homme d'une cinquantaine d'années a accroché mon attention…. Ce type se bat pour sa peau. » et décide de créer sur le site d'Aublange sa sculpture gigantesque
Avec Pierre, le syndicaliste (rouge), c'est du brut, ça cogne mais ça pleure aussi. Ce fils d'immigré espagnol, syndicaliste dans l'âme, est l'incarnation de l'ouvrier selon Saint Media. « Ils viennent tous là pour nous interviewer, nous filmer, nous photographier, mais ils ne regardent pas l'usine comme nous. » Il se bat, avec ses camarades et les autres, pour sauver leur outil de travail, pour sauver leur vie, leur peau.
Daniel (blanc), ministre est souvent dans l'introspection, dans le doute. Fils d'ouvriers, il a tout fait pour oublier ses origines mais ressent dans ses fibres la fermeture des aciéries. Il est chargé de trouver une solution au problème d'Aublange.
Isabelle Stibbe nous raconte cette bataille. Son tour de force ? Changer de ton, de vocabulaire, de style pour chacun des trois intervenants, d'y avoir mis de la tripe, de l'humanité, de la poésie, de la beauté, de la vraisemblance.
J'ai vu vivre ces 3 personnages si différents qui, chacun à sa façon, lutte t pour ne pas que « l'Indien de mes couilles » ferme les hauts-fourneaux. Max, Pierre, Daniel nous livrent leurs états d'âme, leurs combats, le cheminement, la maturation de leurs pensées.
Un sacré bouquin, une belle écriture. Isabelle Stibbe se fait peintre, poète lorsqu'elle décrit le fer en fusion, se fait journaliste, polémiste, conteuse.
Une lecture passionnante où j'ai ressenti l'urgence, le temps de la lutte, de l'espoir. le temps de l'analyse viendra plus tard.
« Tout à coup le silence. La boucheuse a injecté la masse d'argile réfractaire dans le trou de coulée. Un couvercle sur leur tombe. Cette fois, c'est vraiment la dernière coulée. »
Isabelle Stibbe écrit en exergue de son livre une très belle phrase pleine d'espoir de Pablo Neruda : « Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs mais ils je seront jamais les maîtres du printemps ».
J'aime le toucher de la couverture de ce livre tout de douceur dans sa couleur orange. Oui, comme le dit la 4ème de couverture, ce livre a du Zola, du Victor Hugo dans les veines. Quelles descriptions, quelles envolées ! C'est beau car vivant.
Vous l'avez compris : C'est un coup de coeur

Lien : http://zazymut.over-blog.com..
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Dominique-Joelle
  25 octobre 2015
" Le P3 a été mis à l'arrêt." Chronique d'une mort annoncée, celle du dernier haut-fourneau de Moselle, inspiré de l'histoire de Fondrange. Beauté et grandeur de la fonte en fusion, dans une vallée démantelée par les plans sociaux.
Dès l'avant-propos, Isabelle Stibbe, dont c'est le deuxième roman, nous met en garde:
" mais si les cieux de Lorraine vous paraissent gris et humides, si vous préférez des paysages plus riants. Japon florissant ou élégante Italie - ,attention ! Habitués des soirées à l'opéra, des cocktails et de l'entre-soi, amateurs d'histoires de couples qui s'enflamment, se délitent ou se trompent, ou de quêtes existentielles d'intellos nombrilistes du café de Flore ou de ses succédanés, vous risquez de vous égarer. Ici vous entendrez parler acier, métallurgistes, syndicalistes, ici vous entendrez parler usines,, nationalisations, chômage. Si pour vous ces mots sont synonymes de nuisances et de laideur, s'ils vous font l'effet de répulsifs....,refermez aussitôt ce livre ou, pour les plus modernes d'entre vous, éteignez votre liseuse, en tout cas passez votre chemin, ce texte n'est pas pour vous, autant vous prévenir tout de suite. Entre le ciel et la boue , préférez le ciel, c'est moins salissant."
Voilà c'est gonflé! Mais c'est tiré de l'avant-propos de ce magistral ouvrage "Les Maîtres du Printemps" L'auteure nous aura prévenu, elle ne fait ni dans la dentelle ni dans la mièvrerie et ça laisse augurer de la suite. Et c'est beau. La poésie n'est jamais loin car Isabelle Stibbe sait tout au long de ces pages rendre belle cette Lorraine moribonde à force de plans sociaux multipliés, d'oublis et de trahisons des gouvernants successifs. Beaux aussi sont les hommes qui y vivent et surtout y travaillent, l'aiment et la défendent, croient en elle coûte que coûte.
Roman choral: Trois hommes que tout semble sinon opposer du moins séparer, vont se rejoindre et se faire echo autour du dernier haut fourneau sur le point de fermer. Ils prennent la parole tour à tour, se mettent à nu.
Il y a d'abord Max, quatre-vingts ans, sculpteur internationalement reconnu, à qui la vie a toujours souri. Issu de la grande Bourgeoisie, il n'a jamais eu à se soucier de son quotidien. Aujourd'hui atteint d'un cancer, diminué, il rejette les ravages de la maladie sur son corps. Son dernier projet, une statue d'Antigone pour le Grand Palais, devient rempart contre la maladie. Le ministère de la culture lui propose ainsi de contribuer à la survie du Site en réalisant la sculpture à partir de l'acier produit à Aublange, oeuvre qui témoignera su savoir faire de ces métallurgistes bientôt condamnés au chômage. Le vieil homme solitaire est confondu par la beauté fraternelle et virile de ces hommes qui se battent pour leur emploi, leur usine, la Lorraine. Il se laisse gagner par leur cause. Mais la vie qui lui a jusque là tout donné, lui laissera-t-elle le temps determiner sa Monumenta en acier lorrain?
Il y a également Pierre, délégué syndical (il refuse les termes édulcorés de partenaires sociaux) sincère et charismatique qui sous la plume d'Isabelle Stibbe représente le syndicaliste dans ce qu'il a de noble, fils d'émigrés espagnol, il est arrivé en Moselle au plus fort du plein emploi, sans y être préparé, il va être l'objet d'un véritable coup de foudre pour l'acier, la fonte et le métal en fusion. Il s'implique corps et âme dans l'action syndicale, galérant entre joies et désillusions des luttes collectives. Il croit dur comme fer en un avenir pour la sidérurgie et pour le site.
Le troisième homme c'est Daniel, l'homme politique. Issu lui aussi du monde ouvrier, il a honte de ses origines, les renie même. Devenu avocat d'affaires à force de travail, il est entré en politique pour assouvir ses ambitions démesurées. Député, il aspire à la consécration en briguant le portefeuille de ministre de l'industrie, la fermeture du dernier haut fourneau pourrait lui offrir une voie royale, en défendant l'potion d'une nationalisation provisoire, tous les espoirs lui semblent permis. mais il n'est pas issu du sérail, on ne lui fera pas de cadeau, les codes pour s'imposer au sein de ses pairs en politique, il doit les acquérir tout seul et c'est une peinture d'un monde implacable et cruel qui nous est dévoilée. L'expérience lui permettra de redécouvrir la dignité et la fierté de la classe ouvrière.
Splendeurs et misères de la vallée de la Fensch, dans un concentré de beautés quasi toujours présentes en dépit des laideurs et dégâts de la Finance essaimés en filigrane, l'auteure au travers des propos de trois protagonistes, nous invite à une réflexion en profondeur sur la notion de beau associée à l'univers de l'usine et de l'ouvrier, mais aussi sur l'art, l'évolution du monde et le besoin de continuer à rêver, parce que malgré tout les drames humains sous jacents ce livre est un livre d'espoir, d'espoir en l'homme surtout. Chacun des trois hommes va trouver en lui ce qu'il a de meilleur pour sauver Aublange, l'humanité en réponse à la loi, le cœur contre la bassesse politique. Le Héros est ici toujours positif et c'est une véritable invitation à l'espoir que ce livre. Invitation vraie à l'espoir de pouvoir changer le monde, pouvoir le rendre beau et plus humain .
Dans un style épuré et fluide c'est une lettre d'amour à la Lorraine, terre déchue à la robe déchirée, violentée, terre en colère que nous offre Isabelle Stibbe
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TRIEB
  16 septembre 2015
« Les Maîtres du printemps « est un roman choral, articulé à partir de trois personnages principaux, dont les vies vont s'entrechoquer, se répondre, se faire écho.
Le premier acteur, Pierre Artigas, est métallurgiste à Aublange, localité de Moselle , de la vallée de la Fentsch, région de tradition industrielle autrefois propriété du comité des forges, et par voie de conséquence de la dynastie des de Wendel .Pierre, ainsi qu'il est nommé dans le récit, est syndicaliste, descendant d'immigrés espagnols ; il croit à la solidarité ouvrière, à l'importance de la perpétuation de l'industrie, à la perpétuation de la dignité ouvrière .Il s'implique sans compter dans des actions de toutes sortes : piquets de vigilance, interview auprès des médias pour faire céder « L'Indien » le propriétaire des hauts-fourneaux d'Aublange, peu désireux de prolonger l'activité industrielle en Lorraine
Le second acteur est Max OBerlé, sculpteur de renom, atteint d'un cancer qui lui laisse peu de chances de survie vu son grand âge –quatre-vingts ans, a pour dernier projet unes statue d'Antigone dans la nef du Grand-Palais .Il se laisse convaincre par des membres du ministère de la Culture, qu'il peut contribuer à la survie du site en sculptant à partir de l'acier produit à Aublange.
La dernière partie prenante est Daniel Longueville, homme politique, député du parti socialiste. Il convoite un maroquin, le portefeuille du ministère de l'Industrie, qui, il l'espère, lui permettra d'imposer nationalisation provisoire du site d'Aublange, et de sauver la production d'acier locale .Cet homme est en rupture, par rapport à ses origines modestes, il tente d'acquérir les codes pour s'imposer dans cet univers politique, cruel, implacable, surtout vis-à-vis de ceux non issus du sérail …
Isabelle Stibbe décrit l'intimité des réflexions de ces trois hommes, leurs ressorts les plus secrets, les plus intimes ; chacun contribuant pour sa part à enrichir cette réflexion sur le monde moderne, sur la condition ouvrière, sur l'art, sur le monde moderne, la nécessité de rêver grand, si l'on ne veut pas capituler en rase campagne et renoncer à ses idéaux, à transformer le monde.
L'un des grands mérites de ce roman est d'associer de nouveau la notion de beauté à l'univers ouvrier : celui de la production pure, brute : »Ne me branche pas là-dessus parce que je ne peux plus m'arrêter. C'est extraordinaire quand tu vois la fonte en fusion qui jaillit, ce feu qui se déverse avec une puissance incroyable(…) C'est tellement plus grand que toi que tu ne voudrais être ailleurs pour rien au monde, et tu l'aimes ton usine, tu l'as dans la peau. »
Par ailleurs, les personnages nous attachent en ce qu'ils sont en situation, pour des raisons différentes tenant à leur parcours, de donner le meilleur d'eux-mêmes pour sauver ce site industriel.
Le sculpteur Max OBerlé y voit comme un rempart contre sa propre maladie « L'humanité contre la rigueur de la loi, le coeur contre le calcul politique. La violence de l'histoire d'Antigone faite de morts et de rébellion me paraît la plus proche de la violence en oeuvre à Aublange. (…) Antigone, celle qui dit non, c'est peut-être aussi ma façon, j'y songe soudain, de refuser mon cancer. »
On le voit, le roman d'isabelle Stibbe est un hommage aux héros positifs, au principe espérance .Il renoue avec des courants de la littérature française, Zola, Hugo, Aragon, Vailland, dont certaines citations sont, à bon droit, en exergue de certains paragraphes …Il instille l'idée, saugrenue de nos jours, que l'on ne doit pas, sous prétexte de courber l'échine sous un faux réalisme, renoncer à espérer, à changer le monde, à l'embellir .Peut-on décliner une telle proposition ?Assurément non .
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Floyd2408
  21 juin 2015
Petite découverte de ce livre à l'écriture ciselé au charme poétique d'humeur familière aux cris Cyniques d'un sujet brulant touchant notre société présente notre quotidien -Le combat entre l'humanité et le pouvoir de l'argent .
Les maîtres du printemps d'Isabelle Stibbe narre le combat d'une région -La Lorraine,d'une ville -Aublange, des ouvriers-Les Hauts fourneaux d'Aublange, des trois hommes que tout oppose-Un métallurgiste syndicaliste d'origine Espagnol, un politicien socialiste ministre de l'industrie issu d'une famille ouvrière et un Sculpteur de renom octogénaire atteint d'un cancer dans sa dernière œuvre Antigone...Un chassé croisé entre ses trois personnages où leur pensées tracent l'histoire de ce roman. Isabelle dans cette recherche de proximité entremêle les émotions diverses de ces trois hommes entre réflexions, réponses à des questions, discours, lettres pour une écriture plus intime. le sujet fait écho à celui de Florange et de la lutte des ces ouvriers pour garder en vie cette région avec la préservation de ses emplois ...
Nous pénétrons dans les coulisses et les états d'âme de tous ses protagonistes dans lutte humaine face au pouvoir des finances, ce combat de certains hommes face à leur destin et leur passé source d'un avenir marqué au fer rouge, prisonnier incertain de cette enfance perdu dans l'abime de leur carrière...
Ce roman court pose cette question sociétal de l'argent. de chômage. de choix, d'avenir, d'espérance, de lutte, d'ambition, de politique, de ces maux qui gangrènent la vie.
La poésie du portrait de ces hauts fourneaux où la lave chante la mélodie des mots d'Isabelle Stibbe caresse avec émotion la chaleur fusionnelle de cette naissance de l'acier. Un roman juste au saveur légère de Germinal
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Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   29 mai 2015
Il faut voir ça au déboulé, le feu qui arrive sans crier gare de son trou de coulée. Ça déferle d’un coup, ça fait peur tant on le sait dévastateur ce feu qui surgit – grand barouf, fumées et poussières –, inquiétant, anarchique, méchant même, et parfois c’est tout son contraire, c’est une petite chose qui pointe comme apeurée, repliée sur elle-même mais brusquement vous en percevez nettement les potentialités et là, peu à peu, l’étincelle grandit, d’autres s’ajoutent et ensemble elles forment un grand feu qui se met à crépiter et qui danse follement, libre, bouillonnant, heureux, traçant son chemin comme s’il le connaissait déjà. Un feu de joie uniquement dominé par les rigoles dont les contours deviennent les règles du jeu : comme un pilote dans son bobsleigh, le feu fait de la luge.
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PetiteBalabolkaPetiteBalabolka   24 octobre 2015
Les parents, quand ils faisaient la grève, c'était pour des augmentations de salaire. Les fils, aujourd'hui, ils font la grève pour continuer à travailler. Chacun sent bien qu'ils sont au cœur de la contradiction : le travail à l'usine est toujours vécu comme une aliénation. Or ce travail, c'est ce qui les rend dignes.
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PetiteBalabolkaPetiteBalabolka   24 octobre 2015
Ils ne comprennent toujours pas, ils avaient signé pour un emploi qui leur permettait d'accéder à la permanence, le haut-fourneau avait la solidité des choses qui durent ; la pierre, l'Etat. Consistance. Durabilité. Résistance. L'acier représentait une tradition autant qu'une fierté. Qu'en reste-t-il ? Leur ancienne vie a fondu comme le métal qu'ils s'employaient à couler. Ils font connaissance avec la caducité, mais qui voudrait trinquer avec cette piquette-là ? On peut bien leur expliquer qu'ils sont dans l'ère postmoderne, qu'aujourd'hui le temps de travail moyen d'un employé de la Silicon Valley équivaut à huit mois, on peut bien leur dérouler année par année la chronique des plans sociaux, c'est pas ça qui va remplir leur frigo.
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zazyzazy   16 septembre 2015
Ils préfèrent croire que demain ils ne seront pas l’arbre face à la cognée, mais l’arbre qui reverdit.
Ils préfèrent croire qu’ils ne connaîtront pas le parjure, mais le respect de la parole donnée.
Ils préfèrent croire à la bonne nouvelle, celle qu’ils veulent entendre, et ils baptiseront ce jour Thanksgiving Day, jour d’actions de grâce, dû à leur seul courage, à leur détermination collective.
Encore une nuit à attendre, quelques heures, ce n’est rien.
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PetiteBalabolkaPetiteBalabolka   24 octobre 2015
Le soleil s'y levait à l'ouest, c'est du moins ce que croyaient les gamins qui de leur chambre observaient la coulée rougir le ciel, chaque matin, à travers les volets. Heures fascinantes passées à la fenêtre, yeux écarquillés sur l'aube incandescente nimbant cette masse puissante et bruyante : l'usine tournant à plein régime. Les hauts-fourneaux étaient leur cosmogonie. C'était Orion et les Pléiades, Sirius et Andromède. C'était les astres et les globes, les feux et les cieux, les comètes, les volcans, les éclairs convulsifs. Le monde battait au rythme de ce Titan, géant vorace avalant à grandes goulées minerai de fer et charbon qu'il régurgitait en flots de fonte et de laitier. Quel festin, quelle fournaise, quel fracas !
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