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Murielle Szac (Préfacier, etc.)François Mathieu (Traducteur)
ISBN : 2362291669
Éditeur : Bruno Doucey (04/01/2018)

Note moyenne : 3.8/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Elle dit que « le tournesol est la fleur du Rom », qu’elle est une Tsigane qui aime « la pluie, le vent et l’éclair, quand les nuages masquent le ciel ». Elle dit qu’Auschwitz est son manteau et qu’elle ne connaît pas la peur car sa peur s’est arrêtée dans les camps. Elle dit que les notes de ses chansons en romani « sont toutes encore en désordre », mais que cela ne l’empêche pas de dire « Oui à la vie ». Elle, c’est Ceija Stojka, la première femme rom rescapée des... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
AgatheDumaurier
  01 mars 2018
C'est une découverte pour moi que cette poétesse et peintre confidentielle. Je note que, malheureusement, sur les camps de la mort comme sur autre chose, la voix des femmes (Charlotte Delbo, Ceija Stojka ...) est tout autant étouffée et plus inaudible que celle des hommes...Mais là, c'est un cas un peu particulier, car Cieja Stojka n'a commencé à s'exprimer qu'à l'âge de cinquante-cinq ans, soit quarante-cinq ans après les faits.
Les faits paraissent incroyables et miraculeux quand on a lu beaucoup de textes sur la Shoah : appartenant à une famille tsigane catholique, raflée en 1943, déportée à dix ans avec sa famille à Auschwitz, puis Ravensbrück et Bergen-Belsen, Ceija survit avec sa mère et des frères (pas tous, quand même,et pas le père, dont ils furent séparés.)
Ceija Stojka nous offre donc un des très rares textes sur le génocide des Tsiganes par les Nazis, car il n'était pas dans leur culture de "témoigner" par écrit. Ainsi Ceija, quasi analphabète, apprend à écrire l'allemand (car elle est autrichienne) et se lance d'abord dans un témoignage : Wir leben im Verborgenen - Errinerungen einer Rom-Zigeunerin (« Nous vivons dans la clandestinité. Souvenirs d'une rom-tzigane ») Ensuite, elle se tourne vers la poésie et la peinture.
Le recueil proposé par les éditions Bruno Doucey contient un ensemble de poèmes de Ceija, classés en trois parties : "je suis une Tsigane bon teint", "Auschwitz vit et respire en moi" et "Raconte-moi"
Le premier ensemble exprime le profond attachement de la poétesse à la terre d'Autriche :
Ich bin eine Wurzel
Aus Österreich
Eine Wurzel
Die sich auch nicht umsetzen lässt...
(Je suis une racine/D'Autriche/Une racine/Qui non plus se laisse pas déplacer...)
Les poèmes sont très beaux (et très bien traduits). Ils "jouent" sur l'enracinement et le nomadisme, la trahison de la terre-mère dans le destin des Tsiganes, la liberté , la nature, thèmes classiques en poésie lyrique, mais qui prennent ici une dimension singulière.
Le deuxième ensemble, éponyme, a pour thème Auschwitz. Il est très court. Ceija s'est plus exprimée par la peinture sur cette partie de son histoire. N'attendez pas non plus de détails précis, comme on peut les trouver, génialement mêlés à la poésie en prose, chez Charlotte Delbo. C'est le dessin qui a joué ce rôle pour Ceija. Là, vous n'aurez que des vertiges et des impressions profondes :
"Auschwitz ist mein mantel
du hast angst vor des finsternis ?
Ich sage dir, wo der weg menschenleer ist
brauchst du dich nicht zu fürchten"
(C'est l'auteure qui ne met pas les majuscules aux noms communs)
(Auschwitz est mon manteau/tu as peur de l'obscurité ? /je te le dis, là où le chemin est vide d'hommes/tu n'as pas besoin de t'effrayer)
On retrouve néanmoins les thèmes communs à ceux qui ont vécu cette expérience : impression d'être mort là-bas, ténèbres, bruits de bergers allemands, barbelés, déshumanisation, volonté de renaître mais sensation d'être ailleurs, de ne plus partager le même monde que les autres.
C'est d'ailleurs le thème du troisième ensemble, qui, quoique hanté par les camps, parle de la vie après.
Bien entendu, ce recueil bilingue est tout à fait extraordinaire. Comme tous les recueils de poèmes, il appelle des lectures et des relectures (car le texte poétique, à la différence autres textes, ne s'épuise pas.)
Les éditions Bruno Doucey offrent encore un travail remarquable, où il manque juste un petit rappel historique pour ceux qui s'étonnent qu'une enfant de dix ans ait survécu à Auschwitz sans être gazée à l'arrivée en1943 . J'ai lu sur internet que les Tsiganes avaient été internés à part dans un "camp familial" qui leur avait été réservé. Ils n'ont donc pas tous (certains, mais pas tous), été triés sur la rampe d'Auschwitz, à la différence des Juifs. Mengele se servait dans ce "camp familial" pour ses cobayes enfants...
Je remercie les éditions Bruno Doucey et Babelio pour ce magnifique recueil.
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Yaena
  04 février 2018
C'est le deuxième livre des éditions Bruno DOUCEY que je reçois grâce à la masse critique Babelio et je m'en réjouis. C'est une belle découverte pour moi qui suis néophyte en matière de poésie.
J'étais assez perplexe en abordant ce livre. J'ai beaucoup lu sur les camps de concentration mais principalement des documentaires ou des témoignages. Comment aborder ce thème via la poésie?
D'abord, j'ai découvert que l'auteur, complètement autodidacte, avait longtemps tue son vécu dans les camps. Après de longues années de silence témoigner s'est imposé à elle, c'était devenu indispensable pour continuer à vivre. Alors cette femme, complètement analphabète, décide de relever un défi incroyable: apprendre à lire et écrire pour pouvoir mettre son témoignage sur papier. Au diable la grammaire et la ponctuation, ce sera pour plus tard, elle a assez attendu. Elle écrit avec impatience, ce qui compte c'est de sortir enfin ce qui la prend aux tripes et qui la hante. Elle écrit un livre, des poèmes et son besoin de s'exprimer l'amène vers la peinture, toujours en autodidacte et toujours pour témoigner. Comme si tout ce qu'elle avait tue trop longtemps devait s'exprimer sans plus attendre.
Mais je m'éloigne du sujet là... donc revenons en au recueil de poèmes. Difficile, du moins en ce qui me concerne, d'en lire un trop grand nombre à la fois. Ces poèmes d'une apparente simplicité sont lourds de sens, dense et ne se laissent pas apprivoiser facilement. Il faut les lire, les relire, les laisser décanter, les oublier, y revenir pour appréhender, dans son ensemble, le message qu'ils contiennent. Certains sont plus accessibles et j'avoue ne pas les avoir tous appréciés.
En savoir un peu plus sur l'auteur, notamment grâce à la préface du livre et à la note de l'éditeur, a son importance car le manque de ponctuation est surprenant. le parti pris de l'éditeur a été de laisser les textes tels qu'ils ont été écrits. D'ailleurs les pages de gauche reprennent les poèmes dans leur langue d'origine, les germanophones peuvent donc en profiter.
Sur le fond ces poèmes sont forts et sans filtre. Pas de descriptions insoutenables, loin de là, mais les mots bousculent, interpellent.
Je m'attendais à une lecture sur le seul thème des camps, ce ne fut pas le cas. On y parle des Roms, des communistes, des différences, de la société, de patriotisme, de guerre, des camps, de la vieillesse, de l'enfance, de la mort, bref une large palette.
J'ai été touchée par l'histoire de Ceija STOJKA et par sa plume, même si ma lecture fut parfois difficile car je suis pas rodée à la lecture de la poésie.
Merci à Babelio et aux éditions Bruno DOUCEY pour cette belle découverte.
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noryane
  27 février 2018
une découverte étonnante que ce livre. Tout d'abord je lis rarement de la poésie. J'en ai beaucoup lu pendant mes études et y ai rarement trouvé ce que je cherchais.
Si je lis beaucoup sur la cette guerre qui a tant marqué mes grands-parents (bien qu'ils n'en parlaient jamais), c'est rarement de la poésie.
D'autant plus que l'absence de ponctuation me trouble toujours beaucoup. J'ai donc du lire et relire à plusieurs reprises cette oeuvre singulière d'une survivante des camps qui a du jour au lendemain, eu besoin d'écrire apres des décennies de silence. On sent que le besoin s'est fait irrépressible et que les mots sont jetés, qu'il faut qu'ils sortent impérativement. L'auteur y parle des camps mais pas que, sa vie et celle de sa communauté en général.
C'est un livre que je trouve un peu difficile d'accès, pour moi en tous cas. Les mots sont simples mais profonds et on ressent l'ombre de l'horreur dans la plupart des poèmes. Au début j'avais envie d'écrire de l'espoir aussi mais derrière j'ai enchainé avec Hippocrate aux enfers et du coup j'ai eu du mal à retrouver le sentiment des espoirs des survivants.
Alors j'ai relu encore une fois (oui je persiste) et oui il y a de l'espoir malgré les horreurs et les morts, les disparus qui hantent certainement ces lieux mais aussi nos mémoires.
Ce livre m'a permis de prendre conscience une fois de plus de l'importance de ne jamais désespérer, de ne pas couper les liens avec les choses simples comme regarder les nuages et la nature en général.
Ce ne sera pas un coup de coeur mais une découverte , une belle découverte.
Lien : http://noryane.canalblog.com..
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
AgatheDumaurierAgatheDumaurier   01 mars 2018
Auschwitz ist mein mantel
du hast angst vor der finsternis ?
ich sage dir, wo der weg menschenleer ist,
brauchst du dich nicht zu fürchten

Ich habe keine angst.
meine angst ist in Auschwitz geblieben
und in den lagen

Auschwitz ist mein mantel
Bergen-Belsen ist mein kleid
und Ravensbrück mein unterhem.
Wovor soll ich mich fürchten ?

(Auschwitz est mon manteau
tu as peur de l'obscurité ?
Je te le dis, là où le chemin est vide d'homme
tu n'as pas besoin de t'effrayer

Je n'ai pas peur
ma peur est restée à Auschwitz
et dans les camps

Auschwitz est mon manteau
Bergen-Belsen est ma robe
Et Ravensbrück mon maillot de corps
De quoi faut-il que j'ai peur ? )
+ Lire la suite
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YaenaYaena   31 janvier 2018
Auschwitz est mon manteau
tu as peur de l'obscurité?
je te dis que là où le chemin est dépeuplé,
tu n'as pas besoin de t'effrayer

je n'ai pas peur.
ma peur s'est arrêtée à Auschwitz
et dans les camps.

Auschwitz est mon manteau,
Bergen Belsen ma robe
et Ravensbrück mon tricot de peau.
de quoi faut-il que j'aie peur?
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coco4649coco4649   24 mai 2018
 
 
Le tournesol est la fleur du Rom.
Elle le nourrit, elle est la vie.
Et les femmes se parent de lui.
Il a la couleur du soleil.
Enfants, au printemps nous avons mangé ses feuilles
Jaunes délicates et à l’automne ses pépins.
Il était important pour le Rom.
Plus important que la rose,
Parce que la rose nous fait pleurer.
Le tournesol, lui, nous fait rire.
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DanieljeanDanieljean   17 mars 2018
Ne sois pas triste
même si tu te sens dans cet état
ne baisse pas les bras
ce n'est pas aussi grave
qu'à l'instant tu le penses
Regarde l'autre bord de ton chemin
Regarde comme les fleurs du pommier
s'étirent et se tournent obligeamment
vers la douce pluie
Je veux te dire
que la pluie et le jour
sont pour toi
un don de la vie
Regarde comme les abeilles bourdonnent
comme les petites fourmis
s'en vont chercher la vie de tous les jours
Toi aussi tu dois respirer profondément
dire Oui à la vie
+ Lire la suite
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pgremaudpgremaud   19 janvier 2018
Moi
Ceija
je dis
qu’Auschwitz vit
et respire
aujourd’hui encore en moi
je sens aujourd’hui encore
la souffrance
Chaque brin d’herbe chaque fleur là-bas
est l’âme d’un mort .
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