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Anne-Laure Vignaux (Traducteur)
EAN : 9782383612155
288 pages
Globe (04/05/2023)
4.15/5   96 notes
Résumé :
Le Livre de Daniel, c'est l'histoire tragique d'un homme de quatre-vingt-quatre ans assassiné à coups de fourche dans sa ferme isolée, par des jeunes paumés de Roubaix qui veulent de l'argent, le filment avec leurs téléphones portables et font circuler la vidéo de sa mise à mort sans aucune empathie. Le Livre de Daniel, c'est aussi l'histoire de Chris de Stoop, le neveu de Daniel, qui, après avoir enquêté dans le village de son oncle, en Belgique, décide de se porte... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
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Après une retentissante carrière de grand reporter – en 1993, son livre Elles sont gentilles, monsieur, écrit après son infiltration d'un réseau international de traite de femmes, fit tant de bruit qu'il déclencha des enquêtes parlementaires et des ajustements législatifs dans plusieurs pays –, Chris de Stoop a repris la ferme de ses parents, en plein coeur des Flandres, afin de faire perdurer un mode de vie rural en perdition. Deux ans avant cette décision, en 2014 donc, il apprenait qu'il héritait d'une autre ferme, incendiée celle-là, son oncle Daniel Maroy y ayant été sauvagement assassiné, alors qu'à quatre-vingt-quatre ans, il y vivait seul depuis bien longtemps.


Depuis qu'il avait coupé les ponts avec sa famille dans les années 1990, Daniel vivait retiré dans sa ferme, ne quittant ses quatre vaches que pour se rendre au supermarché en vélo – les gendarmes lui avaient confisqué son tracteur pour défaut d'assurance –, réglant ses seuls extras – des steaks blanc bleu et des bières Rodenbach – en piochant sans se cacher dans les liasses de billets que, se méfiant des banques, il conservait sur lui et dans un tiroir de son buffet. Rien de tel pour aiguiser la convoitise de la bande de jeunes désoeuvrés, Belges et Français tout juste majeurs partageant, en cette zone frontalière voisine de l'agglomération roubaisienne – dite la plus pauvre de l'Hexagone –, leur « peu de perspectives, un milieu défavorisé, une scolarité problématique, une éducation déficiente, de mauvaises fréquentations. »


Quoi de plus facile que de s'en prendre en groupe à un vieillard marginalisé, un « vieux crasseux » exclu d'un monde qu'il ne comprenait plus et qui ne le comprenait pas davantage ? Harcelé et attaqué à plusieurs reprises, Daniel fut laissé pour mort, assommé chez lui à coups de manche de fourche, jusqu'à ce qu'une semaine plus tard, pour effacer toute trace, les assassins revinssent incendier la ferme. Entre temps, ses économies devenaient motos pétaradantes, iPhones et baskets de marques, tandis que fiers de leur exploit, les assassins partageaient ouvertement la vidéo de leur méfait. Pourtant, jusqu'à l'incendie, personne au village ne s'inquiéta jamais du sort de Daniel. Mort ou pas sur le coup, il fut abandonné à son triste sort…


Avec autant de sobriété que d'intelligence et d'empathie, l'auteur qui, constitué partie civile lors du procès qui eut lieu en 2019 à Mons, a pu, n'étant représenté par aucun avocat, interroger les accusés et avoir accès à toutes les pièces, raconte « La société qui exclut. Les jeunes qui ne trouvent pas leur place dans la communauté. Et la victime qui se place elle-même en dehors de la société. Chacune d'elle a contribué au drame. » La mort de Daniel est ainsi « le fruit d'une responsabilité collective », le mépris général pour un vieux marginal replié sur un mode de vie d'un autre temps ayant ouvert la voie à la violence chez les uns, à l'indifférence chez les autres. Pour s'être soustrait à la société, Daniel n'était plus, aux yeux de ses semblables, tout à fait un être humain…


Alors, en même temps qu'il répond au devoir moral de redonner une voix et un visage à la victime, Chris de Stoop pointe, à travers ce tragique fait divers largement resté inaperçu du grand public, la confrontation entre deux mondes : l'un, ancestral mais moribond, de la terre et des paysans dont on ne compte plus les cas d'exclusion désespérée ; l'autre, tout autant en perte de repères dans sa fascination pour l'argent et la société de consommation.


Tué pour quelques milliers d'euros et parce que sa vieille solitude marginale n'intéressait plus personne, Daniel se résume aujourd'hui à cette inscription sur sa pierre tombale : « Une vie rustique, une mort tragique », mais aussi, grâce à Chris de Stoop, à ce livre bouleversant qui dénonce le terrible manque d'empathie de la société envers ses marginaux. Coup de coeur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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Voilà un livre bouleversant et captivant dont on n'a pas assez parlé à mon goût bien qu'il ait obtenu le prix du meilleur roman étranger dans la catégorie non-fiction.
« Un cri et puis plus rien » a titré le journal belge l'Avenir. Un titre et puis plus rien ou pas grand chose sur le meurtre sauvage de Daniel Maroy, oncle de l'écrivain et journaliste Chris de Stoop, qui fut rapporté comme un simple fait divers. Daniel, un vieux fermier solitaire de 84 ans, a pourtant été violenté puis assassiné à coup de fourche pour quelques sous dans sa ferme isolée du Hainaut où il avait décidé de vivre en ermite.
Les agresseurs, des jeunes désoeuvrés de Roubaix, ont filmé l'attaque et exhibé la vidéo autour d'eux sans une once de remord, ni d'empathie. Une bande de petits caïd incontrôlables qui avaient pour habitude de tout saccager sur leur passage en toute impunité. Ils seront heureusement arrêtés et jugés.
Et c'est le récit de ce meurtre et du procès qui suivra que Chris de Stoop, le neveu de Daniel, nous relate ici en reprenant le dossier et les rapports d'expertise, analysant en détail tous les faits.
Avec son enquête auprès des villageois, de la famille, ses déplacements dans la ferme familiale, il exhume des souvenirs et reconstitue la nuit du meurtre en même temps qu'il réhabilite la mémoire de son oncle. Il se constitue partie civile et décide de le défendre seul, sans avocat, au nom des siens.
On va suivre le procès d'assises de l'intérieur. Chris de Stoop s'y présentera fébrilement avec la photo de Daniel lui redonnant ainsi une voix, un visage, une histoire et surtout une humanité. Mais c'est aussi l'histoire des jeunes délinquants qui nous est racontée car il essaie de comprendre sans excuser. Il enquête sur leur origine et montre la mécanique implacable et le processus de déshumanisation du « vieux crasseux » qui les a conduits au meurtre donnant aussi une voix et une identité à ceux que personne n'a envie d'entendre.

Oui c'est triste, oui le sujet peut rebuter pourtant l'écriture a une résonance particulière tant les mots sans artifice de l'écrivain irradient de sincérité, d'authenticité et de compassion.

Le texte a une grande puissance de frappe et l'angle de vue qu'il propose est intéressant. Il en dit long sur la société actuelle. La dernière image du livre est forte et oblige le lecteur à se positionner.

Grâce à son oncle et à la littérature le cri de Daniel trouve enfin écho au sein de l'humanité et franchit les frontières.
Émouvant et passionnant❤
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On le surnomme "le vieux crasseux ". Daniel à 84 ans. Il vit seul dans sa ferme avec 4 vaches et pas même un chien. Chaque fin de semaine, il va à Saint-Léger faire au supermarché les mêmes courses : un steak de "blanc bleu", quelques bières et du fromage. Autrefois, il y allait juché sur son tracteur bleu. Mais on le lui a réquisitionné faute d'assurance. Maintenant, c'est sur un antique vélo qu'il s'y rend, le poussant à retour, déséquilibré par le sac de courses.
Jadis, Daniel portait beau. On le voit sur les photos jaunies, impeccable entre ses parents et son jeune frère Michel épileptique et un peu handicapé. Il a pris soin de chacun d'eux avec amour et respect jusqu'à les porter en terre.
Depuis, il vit seul, limitant ses contacts à une poignée de personnes qui ont son amitié. Il s'est retiré du monde, s'est exclu de la communauté, ne donnant sa tendresse qu'à ses vaches, sa ferme, ses terres amputées par de trop nombreuses dettes. Toute sa vie, Daniel a été amoureux de la bouchère. Même après qu'elle lui ait dit non, il a persisté à stoppé le tracteur face à la vitrine, la regardant longuement avant de rentrer chez lui.
Maintenant, Daniel a tout du clochard. Vêtements mités, cheveux longs et barbe hirsute, seul son regard à la fois doux et lointain éclaire son visage labouré de rides.

Si j'ai voulu longuement vous présenter Daniel, c'est en grande partie parce qu'au procès de son assassinat, il a été répété qu'en s'étant exclu des autres, il s'était déshumanisé, s'offrant en quelque sorte comme victime à n'importe quel rite expiatoire. Ni homme, ni bête ; un autre, un rébus, un vieux crasseux...

Un jour de 2014, alors que le printemps pointait don nez, deux jeunes de la bande d'Evregnies ont pénétré chez lui, l'ont frappé avec une planche, et lui ont dérobé les 13000 € qu'il cachait sur son ventre.
Jackpot. Scooter, fêtes à gogo et sapes de luxe, les deux gamins se sont vantés, ont montré la vidéo qu'ils avaient faite. Tout le village savait, mais personne n'a bougé. Parce que l'histoire n'est pas finie. Appâtés par tant de billet, les potes ont voulu retourner à la ferme pour la fouiller. L'un d'eux a frappé lourdement la vieille tête avec le manche d'une fourche. Pour ne pas qu'il se relève, ils ont renversé le lourd poêle sur ses jambes, et ont encore trouvé 6000 €.
Daniel a t'il vécu après cette seconde agression ? Certains témoins l'affirment...
Et l'aventure continue... Quelques jours plus tard, tourmentés par l'idée d'avoir laisser des empreintes, les jeunes décident de revenir à la ferme. Ils arrosent Daniel d'essence et l'incendie embrase la ferme, seules les vaches sont retrouvées vivantes.

Dans cet exercice de justice restaurative, Chris de Stoop, qui ne connaissait que peu son vieil oncle, exprime la nécessité de redonner son humanité à cette figure de vieux crasseux. Entre réflexions intimes et digressions sur le procès, il propose dans ce texte un douloureux chemin de résilience.
A quoi tient à valeur d'un homme ? A son appartenance au système ? A ses connexions réelles ou virtuelles ?
Quant à ces jeunes, certes délinquants et lourds de bagages familiaux délétères, comment ont-ils pu pousser si loin la violence? Sont-ils, comme l'affirme l'auteur, les produits d'une société qui fait de la consommation un ersatz du bonheur? Y- a t'il eu un effet systématique lié au groupe, fusionnant les individualités dans un "tout" garantissant l'impunité de chacun?
Chris de Stoop a rencontré chacun des gamins, les voisins, le bourgmestre, les commerçants, la famille.
Il nous livre ses impressions, ses aversions, ses compassions sans jamais flirter avec le jugement.
A la fin, en plus de l'émotion accumulée au fil des pages, il reste cette question lancinante. Quelle est le prix d'une vie?
Un livre sobre, dépouillé, dont la force de frappe est immense...
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Le livre de Daniel n'est pas un roman , c'est le récit - hommage de son neveu Chris de Stoop , journaliste belge néerlandophone.
En mars 2014 , Daniel Maroy , agriculteur de 84 ans est assassiné par des adolescents de Roubaix , attirés par l'argent que Daniel M gardait sur lui .
Un meurtre atroce , d'autant plus que les auteurs ne semblent pas du tout comprendre la gravité de leurs actes .
Chris de Stoop va se constituer partie civile et va essayer d'expliquer l'inexplicable.
J'ai beaucoup apprécié ce récit touchant , très nuancé , la collision de deux mondes inconciliables, celui de Daniel , seul survivant de la famille Maroy , qui vit à ' l'ancienne ' , qui s'occupe encore tous les jours de ses vaches , Daniel M , qui a vécu sa vie entière avec ses parents , qui s'est occupé de son frère malade jusqu'à la mort de celui-ci, qui n'a jamais accepté la vie moderne , seule concession , son tracteur qui lui sert de véhicule .
Le point de basculement sera la confiscation de son tracteur , le vieil homme devra désormais faire ses courses à pied , avec sa perpétuelle liasse de billets .
Un monde figé , un homme têtu , borné , au curieux comportement , il s'est laissé aller complètement , il n'a plus aucun contacts avec sa famille depuis à peu près 30 ans , sa vie sociale se résume aux courses alimentaires qu'il fait une fois par semaine au Colruyt, là il s'achète un steak ' bleu , blanc , rouge .
Il y a un témoignage touchant d'une personne qui a rencontré souvent Daniel M lors de ses achats hebdomadaires, elle écrit une lettre affectueuse à son neveu , pour lui dire qu'elle admirait Daniel .
Il y a une analyse très poussée de la personnalité de Daniel , celui qui n'a pas pu prendre le train de la vie , qui ne s'est jamais marié , malgré une tentative tragi-comique à l'âge de 62 ans .
De l'autre , il y a ces jeunes désoeuvrés, qui aiment l'argent facile , pour frimer . Pour eux , Daniel M , le fermier marginal est la proie idéale , ils ne voient pas en lui un homme mais un sous - homme , complètement déshumanisé , ce qui bien entendu ne cautionne pas du tout la violence
Le procès décrit chacun des accusés au plus proche de leurs personnalités , essaie de comprendre l'enchaînement fatal .
Un récit touchant , sans pathos , oui, un bel hommage à Daniel , un marginal peut être mais un homme libre , intègre . J'ai l'impression d'avoir tellement de choses à dire , ce livre mérite une discussion passionnée .
Merci à Babelio pour ce dernier Masse Critique et aux éditions Globe .
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Cet essai raisonne tant il est d'actualité.
Des jeunes, désoeuvrés, fumant souvent, quasi déscolarisés ont tué son vieil oncle et ont filmé leur agression.
Sans envie de vengeance, l'auteur cherche à comprendre.
Il dépeint avec tendresse un oncle qu'il a peu connu et qui avait une vie solitaire.
Il enquête sur ces jeunes ; comment en sont-ils arrivés là ?
La pauvreté, l'oisiveté, des enfances abîmées, des parents dépassés vont nourrir le drame.
Et puis, il y l'oncle, son mode de vie, son attachement à la ferme, ses parents aimés, son frère qu'il protège et un amour impossible.
Le récit est intime.
D'une plume claire, Chris de Stoop donne un visage à cet homme et à ses agresseurs.
C'est poignant et prenant.
Merci à Babelio et aux éditions Globe pour ce beau témoignage.
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critiques presse (5)
LesEchos
28 juillet 2023
Un récit saisissant, minutieux et clinique.
Lire la critique sur le site : LesEchos
OuestFrance
14 juin 2023
Le journaliste belge livre une enquête littéraire de haut vol sur le meurtre de son grand-oncle, un fermier de 84 ans vilement assassiné par des petites frappes.
Lire la critique sur le site : OuestFrance
Marianne_
31 mai 2023
Écrivain et journaliste, le Flamand Chris de Stoop fait avec « Le Livre de Daniel » le récit de la vie et de la mort de son oncle, un fermier ermite octogénaire assassiné en 2014 par une bande de jeunes marginaux. Photographie cruelle d’une ruralité finissante que rien n’avait préparée à être percutée par une violence gratuite.
Lire la critique sur le site : Marianne_
LeSoir
22 mai 2023
Dans « Le Livre de Daniel », Chris de Stoop raconte la mort de son oncle et le procès de ses jeunes meurtriers. C’est bouleversant et reflète bien les maux dont souffre aujourd’hui notre société.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LaLibreBelgique
17 mai 2023
L’ancien journaliste y dresse le portrait d’un homme qu’on a considéré "sans histoire" et dénonce le manque d’empathie de notre société.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Dans ma propre ferme familiale, où j'ai pris l'habitude de venir pour écrire, je reste un long moment dans la « belle pièce » à regarder par la fenêtre. Ici aussi, la porte d'entrée et les fenêtres sont du côté de la cour intérieure, là où tout se passe. D'un coup d'œil, on embrasse tout ce qui bouge, vole, rampe ou creuse. La ravissante petite tête rouge d'un chardonneret dans le sapin au tronc tordu. La lumière sur un vieux tas de bois aux reflets cuivrés. La mousse qui envahit les joints de l'allée en béton. Le toit de tuiles légèrement verdies de la grange bicentenaire, avec, ici aussi, les anciennes toilettes et l'étable côte à côte, réunies fraternellement au-dessus de la même fosse. La beauté du déclin, qui prend à la gorge.
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Cela m'a toujours fasciné. Ces gens qui ne jouent plus le jeu, qui se retirent, se détournent de la société, suivent leur propre chemin et nagent à contre-courant, il m'arrive de les envier. Se soustraire au système est une preuve de courage, je pense.
(...)
Pour ma part, je ne regrette pas le monde des médias que j'ai laissé derrière moi afin de m'isoler dans la ferme familiale pour écrire. C'est un travail solitaire, qui demande calme et silence. Je me surprends à moins me préoccuper de l'actualité et à regarder de plus en plus souvent la mangeoire à oiseaux.
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La justice restaurative a l’immense avantage que coupables et victimes se considèrent de nouveau comme des personnes, sans menace ni diabolisation. C’est un processus de « réhumanisation ». Il existe aujourd’hui des services de médiation officiels pour mener à bien ce processus. On essaie de parvenir à un accord ensemble.
Comme le professeur Walgrave, j’ai toujours pensé que l’homme était bon par nature, mais que les circonstances pouvaient faire de lui un être mauvais. Mais un meurtrier impitoyable ?
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Cela paraît presque une hérésie à notre époque numérique, où on doit constamment se tenir informé, être accessible sur les réseaux sociaux et partager sa vie avec la planète entière d’un simple clic. Comment peut-on encore disparaître aujourd’hui ? Il faudrait pour cela débrancher toutes nos webcams pour ne plus être espionnés dans notre propre maison, nos déplacements sont traçables à tout moment par nos portables et nos GPS, des caméras nous surveillent presque partout dans l’espace public, il semble toujours y avoir quelqu’un qui regarde par-dessus notre épaule.
En réaction, certains goûtent de nouveau la tranquillité de l’invisibilité. Voir, sans être vu. Comme les enfants qui jouent à cache-cache, comme les animaux qui se camouflent pour passer inaperçus.
La nature aime le secret. La vérité se déploie sous la surface. Ce qui est essentiel n’a pas toujours besoin d’être remarqué.
Oncle Daniel, qui ne faisait qu’un avec sa ferme et acceptait son déclin, avait pour philosophie de toujours se tenir au dehors. Il ne nourrissait plus d’ambitions, n’attendait plus rien. Dans sa ferme, derrière ses volets fermés et sa porte barricadée, personne ne pouvait le voir ni l’entendre, il pouvait être simplement lui-même. Libre.
Tu savais où tu en étais avec toi-même. (…)
Son isolement volontaire lui a toutefois coûté la vie.
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La première conclusion qu’il a tirée était qu’il y avait eu un effet d’opportunisme dans la dynamique de groupe. Le groupe était aussi immature que l’était chacun de ses membres. Il n’y avait pas eu de véritable stratégie, pas de préparation, comme s’ils allaient seulement tuer un lapin ou commettre un vol mineur. Ce n’était pas non plus un groupe clairement défini, plutôt un ensemble fluctuant de jeunes qui partageaient un avenir incertain ou un sentiment d’injustice sociale. Ils étaient en manque de lien et voulaient appartenir à quelque chose. Le groupe leur donnait un statut et une raison d’être. Etant donné leur rejet de la société qui leur offrait trop peu de chances, prendre ce qui était possible de prendre, quitte à le voler, leur paraissait légitime. (…) Ils se sentaient faibles individuellement, mais forts ensemble.
La deuxième conclusion de Piccirelli, c’est qu’ils n’ont pu agir comme ils l’ont fait qu’en raison de la déshumanisation d’oncle Daniel, qui, isolé et marginalisé, constituait la victime idéale. De plus, ils n’étaient pas les seuls à le considérer comme le « vieux crasseux ». Beaucoup parlaient de lui au village dans ces mêmes termes. (…)
C’est souvent par les surnoms, les caricatures et la stigmatisation que s’enclenche un processus de dévalorisation et de déshumanisation. Claudio Piccirelli n’hésite pas à faire référence aux nazis, qui considéraient ceux appartenant à certaines races et classes sociales comme des sous-hommes, et au gouvernement rwandais, qui traitait les Tutsis de parasites et de cafards.
La déshumanisation offre trois avantages pour les auteurs de crimes, explique Piccirelli. Elle justifie la violence, place leur propre groupe en position de supériorité, et permet d’éliminer toute empathie et toute éthique pour éviter les problèmes de conscience. Il n’y a plus ni compassion pour la victime, ni remords.
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Videos de Chris de Stoop (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Chris de Stoop
Chris de Stoop vous présente son ouvrage "Le livre de Daniel" aux éditions Globe.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2815792/chris-de-stoop-le-livre-de-daniel
Note de musique : © mollat Sous-titres générés automatiquement en français par YouTube.
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