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EAN : 9782851812544
107 pages
Éditeur : L'Arche (13/06/1997)
3.92/5   26 notes
Résumé :

Il y a un télégraphe et des voix. Une machine et des humains. La machine crépite parfois, les humains parlent le reste du temps. La machine transmet des messages, les humains de la Danse de morts, et ils ne sont que trop humains, se transmettent des mots. Des mots qui dansent et se répondent automatiquement comme si les êtres qui les prononcent avaient été réduits par la vie à l'état de machines. Des machi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Fabinou7
  25 mars 2020
Couple et confinement ne font pas toujours bon ménage…nous l'allons montrer tout à l'heure...
Drôlerie macabre.
« Nous souffrons et nous faisons souffrir les autres. Nous n'en savons pas davantage. » faisait dire Herman Bang à l'un des personnages de son roman Mikaël.
Cette citation de l'auteur danois, qui a mis en scène certaines pièces d'August Strindberg pourrait résumer le jeu sordide et absurde que se font subir Alice et son époux, le capitaine Edgar, dans cette comédie diabolique.
« On ne devrait jamais désapprendre le rire… » L'auteur et peintre suédois a traversé plusieurs périodes artistiques, passant du réalisme au symbolisme et a même écrit un essai en français.
Avec « La danse de mort » (« Dödsdansen » : titre original), le dramaturge scandinave semble pencher vers l'irréel, l'impression d'être dans un monde incertain, isolé de tout, une île vaguement danoise, un purgatoire insulaire que vient perturber Kurt, le passif témoin des monstruosités de ces époux confinés, aigris par la médiocrité de leur existence facultative, qui ne cessent de s'agonir d'injures (on voudrait d'ailleurs pouvoir remonter le temps et assister à la pièce montée à Broadway avec Helen Mirren et Ian Mckellen).
« Voici comment j'ai compris l'art de la vie : éliminer… autrement dit : effacer et continuer. Je me suis, de bonne heure, fait un sac où je mettais les humiliations. Et quand il était plein, je le jetais à la mer. » Maudits par le destin ou le hasard (cette pièce prenant des allures prémonitoires de « Fin de Partie » de Beckett), Alice et Edgar sont condamnés à rester ensemble dans cette valse funèbre de « l'entrée des Boyards », où le dernier souffle, le souffle de mort, toujours prochain reste en perpétuel sursis ; « satisfait ? le jour où je pourrai mourir, je serai satisfait. »
« Je sais être seul… ». Peut-être inspiré des propres déboires sentimentaux de l'auteur, trois fois divorcé, ce couple vit un « inferno » et ne parvient pourtant pas à se départir de son amour : un « mythe de Sisyphe » marital.
Tack så mycket August !
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Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  30 septembre 2019
Après Mademoiselle Julie et Créanciers, j'ai décidé de sauter une bonne dizaine d'années avec Danse de mort, une pièce écrite à la toute fin du dix-neuvième siècle, en 1900. Et Danse de mort va probablement vous rappeler quelque chose...
Un couple, Edgar et Alice, vit marié depuis 25 ans dans la forteresse d'une petite île. Lui est capitaine de la forteresse, sans qu'on sache très bien à quoi il s'occupe la plupart du temps - ses rodomontades permanentes nous empêchent de cerner clairement ses fonctions. Alice fut comédienne, et il semblerait qu'avoir abandonné son métier pour son mari constitue un motif sérieux d'amertume pour elle - mais nous apprendrons que ce n'est pas si évident que ça. Ces deux-là semblent se haïr, se jettent à la tête sans cesse des mots doux, se rendent la vie infernale. L'arrivée de Kurt, le cousin d'Alice, va jeter de l'huile sur le feu et servir à la fois de de révélateur et d'élément cathartique : eh oui, on n'est pas loin d'Edward Albeee quelques bonnes dizaines d'années avant Qui a peur de Virginia Woolf ? (et en effectuant quelques recherches, il m'a été confirmé que Strindberg avait bien été une influence pour Albee. Il faut dire que le contraire eût été étonnant !)
Danse de mort doit sa réussite, son efficacité à deux points essentiels - hormis le sujet et les personnages, bien sûr. D'une part, Strindberg a placé sa pièce sous le triple signe de l'isolement. Je le disais, Edgar et Alice vivent sur une petite île, donc vivant dans une petite communauté. Mais de cette communauté, et de leurs familles respectives, ils se sont exclus, notamment par la faute d'Edgar. Mais pas seulement, car ils affichent tous deux constamment, dans leurs dialogues, leur mépris pour à peu près toutes les personnes dont ils parlent. Et puis, évidemment, ils se sont isolés l'un de l'autre, ils se sont retirés en eux-mêmes, ne cherchant pas ou plus à se connaître, encore moins à échanger - du moins, à échanger sans s'engueuler et s'en mettre plein la tronche. Ajoutez à cela la forteresse (architecturale) dans laquelle ils vivent, et qui n'est finalement qu'une représentation de leur forteresse mentale : Strindberg n'a pas lésiné sur les symboles, sans d'ailleurs que ce soit lourd.
D'autre part, même si je m'y connais peu de ce côté-là, il me semble que Strindberg a travaillé avec l'idée d'un rythme musical propre à la pièce. Bien entendu, le titre, le piano d'Alice et les chansons qui reviennent parfois se prêtent à cette interprétation. Mais on sent surtout - et il faudrait sans doute passer plus de temps à étudier cet aspect des choses pour en donner une véritable analyse - que la pièce suit différents tempos, selon l'enchaînement des scènes. Vers la fin notamment, le rythme s'emballe carrément, pour retomber soudain dans la dernière scène, avec des personnages épuisés. Et je vous laisserai découvrir pourquoi Strindberg a jugé bon d'intituler son drame Danse de mort.
Donc, une bonne surprise pour moi qui n'avait pas beaucoup goûté l'art de Strindberg jusqu'ici. J'ai découvert un auteur plus fin que je ne m'y attendais, qui manie de façon très habile le drame et l'humour - car sous le drame de la vie devenue un enfer, l'humour couve toujours dans Danse de mort.


Challenge Théâtre 2018-2019
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colimasson
  19 décembre 2013
De prime abord, on pourrait penser que La danse de mort est un de ces textes qu'il faudrait offrir en prélude amoureux à tous les couples qui envisagent de se marier. Prenez-garde au cérémonial qui menace votre amour : August Strindberg place ses personnages au coeur du cercle des Enfers. Dans une forteresse isolée, sur une île isolée, Alice et le Capitaine vivent en tête-à-tête, rejetés et méprisants du reste de l'humanité, se haïssant mutuellement, et sans doute ne s'aimant pas eux-mêmes. La pièce commence comme un morceau de théâtre absurde –Eugène Ionesco s'en serait-il inspiré pour écrire sa Cantatrice chauve ?- et nous montre deux personnages qui cherchent à meubler l'ennui en l'embellissant de querelles et de jeux triviaux. L'évènement perturbateur provient de l'extérieur en la personne de Kurt. Cousin d'Alice, ancien ami du Capitaine, il est le responsable des fiançailles du couple. Animé de bonnes intentions, il n'avait jamais imaginé la déchéance qui les guetterait à l'issue de cette union. Progressivement, il va découvrir la réalité de leur vie sur cette île et chercher à comprendre les raisons qui ont conduit le Alice et le Capitaine, de l'amour à la haine.

Si la La danse de mort n'était qu'une évocation de ce triste cheminement, August Strindberg ne mériterait pas la réputation qu'on lui attribue. A l'image de son auteur, les personnages sont complexes : ils se battent contre les autres mais aussi contre eux-mêmes dans une quête de signification. le 19e siècle est passé, la foi religieuse et la tragédie épique sont passées –le 20e siècle arrive : comment pourra-t-on le meubler ? Ni Alice, ni le Capitaine, ni même Kurt ne semblent encore avoir de croyances profondément enracinées. Dieu a déserté le ciel, et les hommes sont en train de déserter la terre, alors, avec quoi repeuplera-t-on le théâtre terrestre ? Finalement, La danse de mort parle bien moins d'amour que de métaphysique, et si la thématique du couple semble toutefois importante, c'est parce qu'elle est la situation intersubjective privilégiée qui permet de se couler dans l'introspection. L'être humain n'arrivant jamais totalement à se définir seul et par lui-même, August Strindberg le place en face de son reflet –ce qui suscite bien plus souvent de la haine que de l'amour, quoique les deux ne soient peut-être pas si éloignés l'un de l'autre qu'il n'y paraît.

Il serait dommage de croire que La danse de mort est une pièce seulement désespérée. Elle ne l'est pas, et c'est justement ce qui en fait sa grandeur. Elle se moque d'elle-même, elle se moque de ses personnages, elle se moque de son auteur, de ses lecteurs et spectateurs –et, en se moquant, elle aime d'autant plus qu'elle connaît désormais les faiblesses et les terreurs de ses sujets. La tentation de l'absurde est évitée de justesse : après avoir oscillé entre tragédie et comédie, La danse de mort opte pour l'ironie, qui en est une sublime synthèse.

Lien : http://colimasson.over-blog...
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ptiteComete
  01 février 2013
C est assez bizarre, pas commun. À lire
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Citations et extraits (26) Voir plus Ajouter une citation
Fabinou7Fabinou7   17 novembre 2019
« Voici comment j’ai compris l’art de la vie : éliminer… autrement dit : effacer et continuer. Je me suis, de bonne heure, fait un sac où je mettais les humiliations. Et quand il était plein, je le jetais à la mer. »
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   30 septembre 2019
ALICE. Devrais-je jouer pour toi ?
LE CAPITAINE (s'asseyant à son bureau). Ton ultime ressource ! Oui, pour peu que tu abandonnes les marches funèbres, les complaintes, le lamento - - - On dirait une musique à programme, chaque fois j'entends : "Écoutez comme je suis malheureuse ! Miaou ! Miaou ! Écoutez l'horreur d'avoir un tel mari ! Broum, broum, broum ! Ah, s'il pouvait bientôt mourir ! Tambours de l'allégresse, fanfare ! Fin de la Valse de l'Alcazar ! Et Galop du Champagne !"
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Musardise_aka_CthulieLaMignonneMusardise_aka_CthulieLaMignonne   01 octobre 2019
KURT. Tu n'es pas satisfait de ton existence ?
LE CAPITAINE (soupire). Satisfait ? Le jour où je pourrai mourir, je serai satisfait !
KURT. Ça, tu ne le sais pas... Mais, dis-moi : que se passe-t-il entre vous, ici, dans cette maison ? Qu'y a-t-il ici ? L'odeur se répand comme d'une trame empoisonnée et elle rend malade à peine entré ! Je préférerais passer mon chemin, n'était que j'ai promis à Alice de rester ; des cadavres sont couchés sous les planchers ; la haine est ici, et elle empêche de respirer. (Le capitaine s'affaisse et regarde fixement devant lui.) Qu'est-ce qui t'arrive ? Edgar ! (Le capitaine reste figé, Kurt le frappe sur l'épaule.) Edgar !
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colimassoncolimasson   27 mai 2014
ALICE. – […] Mais je songe que la paix règne maintenant dans la maison. La paix merveilleuse de la mort. Merveilleuse, comme le trouble solennel qui accompagne la naissance d’un enfant. J’entends le silence, je vois sur le parquet les traces de la chaise longue qui est partie avec lui. Et je sens que ma vie est finie, et que je m’achemine vers la destruction… Comme c’est étrange, les paroles toutes simples du lieutenant, qui est une âme simple, eh bien, elles me poursuivent, elles prennent tout leur sens. Mon époux, l’amour de ma jeunesse –oui, faut-il rire ?- était un homme noble et bon, malgré tout.
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colimassoncolimasson   13 janvier 2014
KURT, hors de lui. – Oui, je te mordrai la gorge, je sucerai ton sang comme un lynx. Tu as déchaîné la bête fauve que pendant des années j’ai voulu tuer, à coups de renoncements et de macérations. Je suis venu, croyant que j’étais meilleur que vous, et voilà que je suis le plus misérable. Depuis que je t’ai vue, dans ton effrayante nudité, la passion m’aveugle et je sens toute la puissance du mal ; la laideur est devenue beauté, la bonté laideur et faiblesse… Viens que je t’étouffe.
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Videos de August Strindberg (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de August Strindberg
August Strindberg : Inferno (2005 - France Culture / Samedi noir). Photographie : DR/Coll. particulière, Autoportrait de Strindberg à Gersau, 1893-1894. Diffusion en deux parties sur France Culture les 24 et 31 décembre 2005. (Il manque environ cinq minutes à la deuxième partie.) Adaptation : Juliette Heymann. Musique originale : Dominique Massa. Bruitage : Jean-François Bernard-Sugy. Réalisation : Christine Bernard-Sugy. « C'est l'une des plus belles œuvres de Strindberg, peut-être même son œuvre majeure, en dehors de ses grandes pièces. C'est un portrait extraordinairement puissant et convaincant de l'intérieur d'un esprit perturbé, qui mérite d'être mis sur un pied d'égalité avec des oeuvres comme les autoportraits de Van Gogh, les poèmes d'Hölderlin et les romans de Dostoïevski. » Michael Meyer (in “A. Strindberg”) « Le récit ou le « roman » “Inferno” a été écrit par Strindberg en français, entre le 3 mai et le 25 juin 1897, à Lund, au sud de la Suède. (Après “Le plaidoyer d'un fou” en 1887, c'est le second texte écrit en français par l'auteur dramatique suédois, dix ans plus tard.) Dans une lettre de cette même année, il en donne les raisons : « La clarté du style, vois-tu, c'est cela, la langue française ! Je l'utilise comme Swedenborg et les autres maniaient le latin : comme la langue universelle. » Dans ce livre où réalité et fiction s'entremêlent trompeusement, Strindberg raconte de façon dramatisée (en partie sous forme de souvenirs, en partie comme des extraits de son journal intime, ou présentés comme tels) la série de crises psychiques qu'il traversa à partir de l'été 1894, après son retour à Paris, et jusqu'à l'automne 1896. Cette période mouvementée, au cours de laquelle il semble avoir approché de près la folie, déboucha sur une réorientation radicale de sa vie et de son œuvre et eut un effet particulièrement fécond sur sa force créatrice. Dans ce récit, il s'agit pour Strindberg, selon ses propres paroles, de « faire profession devant le peuple tout entier » de la façon dont l'écrivain comprend qu'une main le guide consciemment à travers les souffrances qu'il subit : la souffrance n'est compréhensible que si elle a un sens et suppose une culpabilité, la sienne propre ou celle qu'il a héritée de ses aïeux. Le thème d'“Inferno” rappelle que notre vie terrestre et mortelle est le temps du châtiment et de l'expiation. » Juliette Heymann.
1ère partie : 0:00 2ème partie : 49:33
Avec : Jean-Michel Dupuis (August Strindberg) et Yves Pignot, Françoise Henry-Cumer, Christian Zanetti, Danielle Rezzi, Julien Mouroux, Gaël Zaks, Thomas Fitterer, Cédric Simon, Julien Turgis
Source : France Culture
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