AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio

Arthur Adamov (Autre)Carl Gustaf Bjurström (Autre)
EAN : 9782851810489
64 pages
Éditeur : L'Arche (13/06/1997)
3.32/5   14 notes
Résumé :

"...Et le Dieu essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus. Ni deuil, ni cri, ni peine ne sera plus. Car les choses sont passées."
--Ce texte fait référence à l'édition




Poche
.
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Nastasia-B
  09 novembre 2014
La Sonate Des Spectres est une pièce expressionniste par excellence. Les traits y sont grossis, mais pas dans un but caricatural. Les symboles y sont nombreux. Nous ne sommes pas dans la réalité, pas dans la science-fiction, mais dans un monde à part, entre les deux, à la frontière, un monde allégorique, presque dans les vapeurs de l'absinthe et les visions qu'elle entraîne.
L'argument de la pièce pourrait se résumer comme suit : nous sommes tous des fantômes, l'ombre de nous-mêmes, vidés de notre substance réelle par les contraintes sociales. Car nous sommes tous faux, nous cultivons tous une image qui n'est pas la nôtre véritable, et cela, tout le monde le sait. Donc, nul ne peut démasquer la fausseté de l'autre sous peine de se voir mis au jour lui aussi, dans toute sa hideur et dans tous ses mensonges.
Ainsi tenus en respect les uns par les autres, nous jouons tous un peu une petite musique consensuelle, le bruit de fond insipide dont nous nous satisfaisons au lieu de jouer la musique vraie de nos âmes, celle qui nous caractériserait.
Qui se cache derrière cette perruque ? ce corset ? ce titre de noblesse ? cette fonction subalterne ? ce visage ridé ? Nous supporterions-nous les uns les autres si nous nous présentions tels que nous sommes vraiment ? si nous ne parlions que le langage de la vérité ?
August Strindberg crée une ambiance très spéciale, où l'on voit de l'extérieur l'intérieur, voire, l'intériorité des gens. Si je dois prendre une image, j'aurais tendance à évoquer certains tableaux de Hopper où l'on est un spectateur indiscret chez les autres et, bien que Strindberg décrive précisément les décors, j'ai eu le sentiment que ce type d'ambiance serait extraordinairement bien rendu avec un décor minimaliste à la Dogville, le film de Lars von Trier, où l'oeil — cet horrible, ce pernicieux — passe au travers de toutes les cloisons.
La pièce, qui compte trois actes, s'ouvre sur la rencontre entre un étudiant qui vient de risquer sa vie pour porter secours aux habitants d'une maison effondrée avec un vieux monsieur en fauteuil roulant. le vieux semble tout connaître des gens et des lieux alentour, et ne tarde pas, à la façon qu'a l'étudiant de parler, à mettre un nom sur sa tête en prétextant qu'il a très bien connu son père.
De fil en aiguille, le vieux se propose d'être le protecteur, le bienfaiteur de cet étudiant sans le sou et de l'introduire dans la maison d'un colonel noble, dont la simple vue de la fille charmante a séduit le jeune homme. Lui, qui dans ses rêves les plus fous n'osait pas pouvoir ne serait-ce qu'adresser la parole à cette créature divine, aura donc la possibilité d'être introduit dans ce monde. Et que va-t-il y trouver dans ce monde ? C'est ce que je vous laisse le soin de découvrir par vous même.
Une pièce assez atypique, pas pour du Strindberg j'entends, mais par rapport au théâtre de cette époque. Une pièce et un auteur qui marquent indubitablement une évolution de cet art et un pas de plus franchi vers la modernité. Personnellement, ce n'est pas ce que j'aime le mieux dans le théâtre mais j'ai été suffisamment dérangée, mise un peu mal à l'aise pour croire qu'elle a de l'intérêt. En outre, ce que j'exprime ici n'est que la musique de mon avis spectral, c'est-à-dire, pas grand-chose.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          610
Musardise_aka_CthulieLaMignonne
  23 octobre 2020
Après avoir hésité plusieurs fois à lire cette pièce qui semblait éloignée de ce à quoi nous avait habitués Strindberg, je me suis enfin lancée. Et je le dis tout de go : impossible pour moi de résumer même succinctement l'intrigue ; comme le dit un personnage de la pièce, "c'est un peu compliqué", et comme lui répond du tac au tac un autre, "c'est terriblement compliqué". C'est plein de personnages soit morts, soit bizarres d'une façon ou d'une autre. Au centre se trouve une maison typique du bonheur bourgeois, mais emplie de secrets et où quelqu'un vient de mourir. Un vieillard semble tramer une vengeance, tout au moins un plan en rapport avec les habitants de cette maison, tandis qu'un étudiant qui voit des apparitions, des fantômes, des revenants, des morts quoi, se trouve impliqué bien malgré lui dans les projets du vieillard.

Ce n'est pas tant ce qu'on découvre sur les habitants de la maison et d'autres leur étant liés qui provoque de l'étonnement - ils ont tous commis quelques turpitudes, d'autres plus que d'autres et plus infâmantes, comme des meurtres et ce genre de choses. C'est plutôt cette ronde de personnages qui intrigue, tellement ils paraissent pour la plupart interchangeables, chacun ou presque se dédoublant, parfois dans plusieurs autres personnages. Ainsi, La Cuisinière qui apparaît dans l'acte II commet les mêmes actions - affamer ses maîtres de diverses manières - qu'on avait mis sur le compte du Vieux plus tôt dans la pièce ; et c'est loin d'être le seul exemple. Ainsi également, un personnage qui était un maître de maison est devenu un domestique, et un autre dans le même temps est passé de domestique à maître. Tous se mentent, chacun se fait passer pour ce qu'il n'est pas, et le personnage qui incarne le mieux ce principe, visuellement et physiquement, c'est celui appelé La Momie - en fait l'épouse du maître de maison (si tant est qu'on sache qui est le maître de maison), dont la beauté et la jeunesse ont été figée bien des années plus tôt dans une statue qui ne lui ressemble plus en rien, au point que chacun est effaré de son apparence réelle.

Revient également un autre leitmotiv : celui de la confrontation des classes sociales. Vous aviez sans doute compris que dans ce jeu de chaises musicales pointait le bout de son nez une critique sociale qu'on avait déjà vu à l'oeuvre, au hasard, dans Mademoiselle Julie. Mais ici c'est traité de façon différente, d'une part à cause du style de la Sonate des spectres, d'autre part parce que, même s'il est fait quelques allusions, voire plus, à des mariages, des fiançailles et de relations amoureuses ratées, c'est peu de chose par rapport à la question des classes sociales. Ce n'est pas pour rien que La Cuisinière qu'on voit apparaître à la fin de l'acte II, alors que restent les deux derniers "maîtres de maison", leur dit : "Vous nous prenez tout notre suc et nous vous prenons le vôtre; nous suçons votre sang et vous recevez en échange de l'eau, avec du colorant."

Au milieu de cette corruption dont il est abondamment débattu et qui semble toucher tout le monde, restent deux personnages qui sont... comment les appeler... des âmes pures. L'Étudiant et La Jeune Fille trouvent l'amour et le réconfort l'un auprès de l'autre. Vous avouerez que ce n'est pas souvent chez Strindberg... Oui, mais La Jeune Fille a vécu trop longtemps dans cette maison corrompue, elle n'est pas de force à supporter tout ça. Elle est donc malade dès le début de la pièce et... elle meurt, allez hop ! Reste l'Étudiant, celui qui a le don de voir au-delà des apparences.

Pièce à la fois imprégnée de symbolisme et d'expressionnisme, on pourrait lui trouver une parenté avec certaines oeuvres de Munch et Ensor, notamment. Je pense par exemple à Soirée sur l'avenue Karl Johan de Munch, avec son défilé de passants qui ressemblent à des spectres, et vous n'aurez pas de mal à trouver un tableau d'Ensor qui convienne. Cela dit, La Sonate des spectres part un peu dans tous les sens, que ce soit complètement voulu ou pas (répétons-le, "c'est terriblement compliqué"), avec tous ses personnages grotesques - pourtant au sens noble du terme. Une seconde lecture permettrait peut-être de mieux cerner sa composition, pas évidente à déceler d'un seul coup d'oeil. Pour ma part, j'ai pas plus envie que ça de la relire...

Lien : https://musardises-en-depit-..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          370

Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   16 novembre 2014
L'ÉTUDIANT : Mon père est mort dans un asile de fous.
LA JEUNE FILLE : Il était malade ?
L'ÉTUDIANT : Non, pas malade, mais fou. Sa folie a éclaté un jour, dans les conditions que voici... Comme nous tous, il était entouré de relations que, pour plus de commodité, il appelait ses amis. Des canailles, bien entendu, comme la plupart des hommes. Mais il était bien obligé de voir du monde, puisqu'il ne supportait pas de rester tout seul. Bon. On n'a pas coutume de dire aux gens tout ce qu'on pense d'eux, et lui non plus ne le disait pas. Il savait, bien sûr, à quel point ils étaient faux, il connaissait à fond leur infamie... mais c'était un homme sage et bien élevé, donc toujours très poli. Cependant un soir, au cours d'une grande réception... fatigué par sa journée de travail, et aussi par l'effort qu'il devait faire, d'une part pour se taire, d'autre part pour débiter des sornettes aux invités... Bref, à table, il réclame le silence et, son verre à la main, il s'apprête à faire un discours... Alors les freins ont lâché, il met à nu toute l'assistance, il prend chacun à tour de rôle et lui lance au visage toute sa fausseté. Enfin, épuisé, il s'assied sur la table et les envoie tous au diable.

Acte III.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
Nastasia-BNastasia-B   08 novembre 2014
LE VIEUX : J'ai sauvé votre père de la misère. En retour, il m'a voué la terrible haine qu'engendre toujours une dette de reconnaissance. Et toute la famille, à sa suite, s'est mise à me calomnier.
L'ÉTUDIANT : Vous avez peut-être provoqué vous-même son ingratitude, en empoisonnant par des humiliations inutiles l'aide que vous lui apportiez.
LE VIEUX : Toute aide est humiliante, monsieur.

Acte I.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
Nastasia-BNastasia-B   14 novembre 2014
LE VIEUX : Regardez la vieille à sa fenêtre ! Vous la voyez ? Eh bien, elle a été ma fiancée dans le temps, il y a une soixantaine d'années. J'avais vingt ans... Ne craignez rien, elle ne me reconnaît pas. Nous nous voyons tous les jours, et cela ne me fait plus le moindre effet. Pourtant, à l'époque, nous nous étions jurés une fidélité éternelle. Éternelle !
L'ÉTUDIANT : Comme vous étiez peu raisonnables, autrefois. Nous ne disons plus de choses pareilles à nos petites amies.
LE VIEUX : Il faut nous excuser, jeune homme, nous ne savions pas ! Mais pouvez-vous voir que cette vieille femme a été jeune et belle ?
L'ÉTUDIANT : Il n'y paraît guère.

Acte I.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
Nastasia-BNastasia-B   10 novembre 2014
L'ÉTUDIANT : Et l'honneur et la fidélité, où sont-ils ? Dans les contes de fées et les pièces de théâtre pour enfants. Où y a-t-il une chose qui tienne ce qu'elle promet ? Uniquement dans mon imagination !

Acte III.
Commenter  J’apprécie          290
Nastasia-BNastasia-B   13 novembre 2014
LA MOMIE : Mon Dieu, si seulement nous pouvions mourir ! Si seulement nous pouvions mourir !
LE VIEUX : Mais pourquoi vous fréquentez-vous, alors ?
LA MOMIE : Parce que nos crimes et nos secrets nous lient. Tant et tant de fois nous avons rompu, nous nous sommes séparés, mais toujours pour être à nouveau attirés les uns vers les autres.

Acte II.
Commenter  J’apprécie          170

Videos de August Strindberg (12) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de August Strindberg
August Strindberg : Inferno (2005 - France Culture / Samedi noir). Photographie : DR/Coll. particulière, Autoportrait de Strindberg à Gersau, 1893-1894. Diffusion en deux parties sur France Culture les 24 et 31 décembre 2005. (Il manque environ cinq minutes à la deuxième partie.) Adaptation : Juliette Heymann. Musique originale : Dominique Massa. Bruitage : Jean-François Bernard-Sugy. Réalisation : Christine Bernard-Sugy. « C'est l'une des plus belles œuvres de Strindberg, peut-être même son œuvre majeure, en dehors de ses grandes pièces. C'est un portrait extraordinairement puissant et convaincant de l'intérieur d'un esprit perturbé, qui mérite d'être mis sur un pied d'égalité avec des oeuvres comme les autoportraits de Van Gogh, les poèmes d'Hölderlin et les romans de Dostoïevski. » Michael Meyer (in “A. Strindberg”) « Le récit ou le « roman » “Inferno” a été écrit par Strindberg en français, entre le 3 mai et le 25 juin 1897, à Lund, au sud de la Suède. (Après “Le plaidoyer d'un fou” en 1887, c'est le second texte écrit en français par l'auteur dramatique suédois, dix ans plus tard.) Dans une lettre de cette même année, il en donne les raisons : « La clarté du style, vois-tu, c'est cela, la langue française ! Je l'utilise comme Swedenborg et les autres maniaient le latin : comme la langue universelle. » Dans ce livre où réalité et fiction s'entremêlent trompeusement, Strindberg raconte de façon dramatisée (en partie sous forme de souvenirs, en partie comme des extraits de son journal intime, ou présentés comme tels) la série de crises psychiques qu'il traversa à partir de l'été 1894, après son retour à Paris, et jusqu'à l'automne 1896. Cette période mouvementée, au cours de laquelle il semble avoir approché de près la folie, déboucha sur une réorientation radicale de sa vie et de son œuvre et eut un effet particulièrement fécond sur sa force créatrice. Dans ce récit, il s'agit pour Strindberg, selon ses propres paroles, de « faire profession devant le peuple tout entier » de la façon dont l'écrivain comprend qu'une main le guide consciemment à travers les souffrances qu'il subit : la souffrance n'est compréhensible que si elle a un sens et suppose une culpabilité, la sienne propre ou celle qu'il a héritée de ses aïeux. Le thème d'“Inferno” rappelle que notre vie terrestre et mortelle est le temps du châtiment et de l'expiation. » Juliette Heymann.
1ère partie : 0:00 2ème partie : 49:33
Avec : Jean-Michel Dupuis (August Strindberg) et Yves Pignot, Françoise Henry-Cumer, Christian Zanetti, Danielle Rezzi, Julien Mouroux, Gaël Zaks, Thomas Fitterer, Cédric Simon, Julien Turgis
Source : France Culture
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Littérature suédoiseVoir plus
>Littérature des langues germaniques. Allemand>Autres littératures germaniques>Littérature suédoise (182)
autres livres classés : critique socialeVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Titres d'oeuvres célèbres à compléter

Ce conte philosophique de Voltaire, paru à Genève en 1759, s'intitule : "Candide ou --------"

L'Ardeur
L'Optimisme

10 questions
788 lecteurs ont répondu
Thèmes : littérature française , roman , culture générale , théâtre , littérature , livresCréer un quiz sur ce livre