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Critique de oblo


oblo
  09 juin 2016
A l'image d'un Kim Stanley Robinson, d'un Greg Egan ou d'un William Gibson, Charles Stross fait partie de ces auteurs de la hard S.F., un genre littéraire qui ne se contente pas de se livrer à l'exploration de futurs possibles mais à accompagner leurs récits de références culturelles et surtout scientifiques (voire économiques, dans ce livre) pour tâcher de rapprocher, un peu plus, la réalité et la fiction.
Le thème central du roman est la singularité, ce moment où la technologie, connaissant un progrès sans pareil, permettrait à l'homme de dépasser ses propres capacités jusqu'à un niveau absolument imprévisible. La singularité aurait alors des conséquences irréversibles et extrêmement fortes sur les sociétés humaines. Ce moment, indique-t-on dans le livre, serait d'ailleurs peut-être déjà intervenu avec la création et l'avènement d'internet à la fin du siècle dernier. Ainsi, à travers les trois chapitres du livre, le lecteur suit la destinée familiale des Macx entre le début du 21ème siècle et les débuts du 23ème ou du 24ème siècle.

Manfred Macx est courtier en idées : il offre des idées gratuitement à des entreprises en échange de privilèges divers qui lui permettent de vivre très confortablement. Partagé entre son épouse Pamela et sa maîtresse Annette, Manfred connaît les dernières années d'un monde encore humain, grignoté lentement par la technologie mais aussi gangrenée par le droit, thème également récurrent du roman.
Amber Macx, la fille de Manfred et de Pamela, s'est proclamée souveraine d'un Etat en orbite autour de Saturne. Elle part bientôt, téléchargée dans une capsule dotée d'une voile solaire, à la rencontre d'un routeur extraterrestre à travers lequel elle espère trouver des intelligences aliens.
Autour de Saturne puis dans le vide intersidéral de l'espace, les Macx finissent par se retrouver. Amber veut se présenter en politique ; Manfred s'est dupliquée en de nombreux exemplaires de lui-même ; Sirhan, le fils d'une Amber restée autour de Saturne tandis que son autre elle filait vers le routeur, essaie de bâtir une nouvelle économie fondée sur la réversibilité et l'authenticité avant de rallier sa presque mère.

L'une des forces du roman réside dans le fait que Stross parte de problématiques actuelles – il faut songer au progrès technologique des années 1980-2010, tel que le monde n'en a jamais connu dans l'Histoire dans une période si rapprochée – et imagine, à partir de cela et de la probabilité d'atteindre cette notion philosophique de la singularité, un futur possible pour l'humanité. Evidemment, ce futur est à la fois exaltant – l'humanité sans limite, la victoire sur la mort, la possibilité d'une exploration infinie de l'univers – et déprimant. Car l'humanité et la post-humanité – ces entités uniquement mentales, téléchargées et qui acquièrent la puissance de calcul de superordinateurs – ont en commun l'obsession du détachement du corps physique, de la désincarnation, et ne vivent leur humanité que dans l'édification virtuelle de décors très 20ème siècle. Stross pose d'autres questions dans Accelerando : le rapport à l'intelligence artificielle, surtout quand celle-ci dépasse les capacités humaines (ainsi pour les aliens mais aussi pour Aineko, le chat intelligent et robotique) ou encore l'avenir de l'humanité dans un monde dominé par la technologie.

La question de l'existence légale de ces nouvelles entités que sont les post-humains ou les réplications d'humains et celle du droit commercial entourant ces nouvelles formes vivantes et économiques sont également très prégnantes dans le roman. Elles ne sont pas les moins intéressantes, bien au contraire. L'esprit du capitalisme anglo-saxon souffle bien sur ces 700 pages. Stross envisage donc cet avenir incertain sous un angle certes improbable mais qui est, déjà et à coup sûr, considéré sérieusement par les acteurs économiques d'aujourd'hui.

Le roman est truffé d'idées nouvelles et de références scientifiques et informatiques contemporaines. le lecteur saura s'y retrouver grâce à un lexique aussi salvateur qu'indispensable. Toutefois, c'est là l'un des défauts majeurs du roman : certains passages sont illisibles, dans le sens où ils ne créent aucune – ou presque – image dans l'esprit du lecteur (comme un film dont l'image serait coupée pendant quelques minutes) et déstabilisent la cohérence du roman, qui n'en avait pas besoin puisque le roman est originellement un assemblage de 9 nouvelles indépendantes. Illisibilité et inaccessibilité plombent, durant quelques pages, la lecture, et l'on ne peut s'empêcher de penser à Neuromancien de William Gibson, roman révolutionnaire mais d'un accès terriblement difficile pour toute personne étrangère de près ou de loin au monde de l'informatique.

Révolutionnaire, Accelerando l'est aussi. Brillant, il l'est à coup sûr. Clivant, c'est là encore une certitude : porté aux nues par beaucoup (il a remporté le prix Locus du meilleur roman de science-fiction en 2005), il ne pourra certainement pas être lu par tous.
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