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ISBN : 2267032287
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (08/09/2016)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 26 notes)
Résumé :
Juillet 1895. Nathaniel et Robert Coombes, deux frères âgés de douze et treize ans, se retrouvent seuls pendant dix jours. Leur père, marin, vient d’appareiller pour New York. Quant à leur mère, ils assurent à tout le monde qu’elle est partie à Liverpool. Rapidement, la famille, les voisins, s’inquiètent de ne pas la voir revenir. La police arrive sur les lieux alors qu’une odeur pestilentielle envahit la rue. À l’étage, ils découvrent le corps de la mère en état de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
nameless
  15 juillet 2018
Un singulier garçon est un livre écrit par une singulière auteure : ni officiellement historienne, ni journaliste, Kate Summerscale exhume des faits divers jugés à l'époque victorienne pour autopsier sa société, en dresser un méticuleux état des lieux politique, historique et social, et mettre en lumière comme dans La déchéance de Mrs Robinson, la place des femmes dans un monde rigide et confit dans la misogynie, ou ici, dans Un singulier garçon, la place réservée aux enfants et à leur éducation.

En juillet 1895, les fils Coombes, Nathaniel et Robert, respectivement âgés de 12 et 13 ans assassinent leur mère et laissent son cadavre pourrir dans sa chambre, tandis qu'ils continuent leur vie d'enfants livrés à eux-mêmes, leur père travaillant sur Le France, un transatlantique. La presse à sensation qualifie ce crime de « Crime le plus épouvantable du siècle ». Le jeune Robert est jeté en pâture aux médecins, juges, journalistes, hommes politiques. La psychiatrie balbutiante émet l'hypothèse qu'il souffre d'un excès de matière cérébrale, qu'il a trop de matière grise pour la taille de son crâne. On le déclare ensuite perverti par ses lectures, les penny dreadfuls, ces magazines médiocres qui sont pour la classe ouvrière le premier accès à une littérature de masse bon marché. La bien-pensance victorienne s'enflamme et s'insurge contre l'alphabétisation des classes « inférieures », contre la scolarisation des enfants, « qui n'a pas rendu Robert plus civilisé mais plus sauvage, accentué un processus dégénératif, aiguisé les griffes du petit tigre »... L'élite sociale du XIXème siècle apprécie davantage une populace inculte, docile, corvéable, benoîtement souriante et reconnaissante.

Robert est finalement reconnu irresponsable et interné à Broadmoor, un asile psychiatrique, où bien traité, il devient un résident « au bon vouloir ». Autrement dit, seul le bon vouloir de Sa Majesté peut lui rendre la liberté, ce qui se produit en 1912. Robert émigre en Australie, s'engage dans l'armée australienne, combat dans les tranchées françaises comme brancardier puis finit ses jours à Nana Glen, Nouvelle-Galles du Sud.

Kate Summerscale a consulté une masse considérable d'archives sur le système de l'enseignement primaire, les docks de Londres, les prêts sur gages, la littérature bon marché pour la jeunesse, la psychiatrie, les chantiers navals de la Tamise, le travail des enfants, la législation sur la démence et la protection de l'enfance. Près de 100 pages en fin d'ouvrage, réservées à ses notes, index et bibliographie en témoignent. Elle s'est rendue en Australie pour retrouver la trace de Robert. Grâce à son singulier talent, elle propose au lecteur la biographie vivante, captivante, instructive, mais également humaniste d'un enfant matricide, qui a cherché la rédemption aux antipodes, down-under. L'épilogue de cette histoire vraie est particulièrement touchant.
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AgatheDumaurier
  01 novembre 2016
Tiens ! J'ouvre le bal !
C'est le troisième livre de Kate Summerscale que je lis, et c'est toujours passionnant.
Elle est spécialisée dans les faits divers victoriens, qu'elle reprend et analyse, comparant les mentalités de l'époque et la nôtre. Ici, il s'agit d'un matricide de 1895. Un jeune garçon de treize ans poignarde sa mère, avec la complicité tacite de son petit frère de 11 ans...Beurk, dites-vous, pauvres gens...Effectivement.
Ce qui est très intéressant est le procès des enfants, jugés comme des adultes, mais pas tout à fait, et, surtout, les analyses psychiatriques très datées des jeunes meurtriers. On accuse...leurs lectures ( des feuilletons à sensation type Eugène Sue ou Jules Verne) de leur avoir perverti l'esprit et de les avoir incités à la violence...Comme aujourd'hui les jeux vidéo. L'auteur analyse aussi la crainte de la société devant l'alphabétisation croissante des classes pauvres. Leur esprit ne peut pas supporter trop d'informations...On cherche chez eux des signes physiques de dégénérescence... Crâne etc...Dommage, ils sont tous les deux très beaux et harmonieux...On va très peu chercher dans l'histoire familiale, mais c'est aussi parce que la défense veut plaider la démence. de fait, l'aîné est jugé irresponsable et se retrouve au célèbre asile de Broadmoor...Foin des clichés, il y est très bien traité et grandit...
Relâché en 1914 à 30 ans ( entré à 13 ans, quand même), il s'embarque pour l'Australie, puis c'est la guerre. Kate Summerscale réussit ensuite à retrouver sa trace jusqu'à sa mort, toujours cherchant des réponses à ce crime extraordinaire.
La fin du livre est particulièrement émouvante. Elle rebat les cartes. On ne peut pas tout comprendre d'une âme aussi complexe que celle de ce garçon, mais certains voiles sont levés. L'horreur du crime reste entière...Peut-on passer une vie à se racheter ?
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kathel
  18 février 2018
En 1895, Robert, un adolescent de treize ans, assassine sa mère, Emily, plus ou moins avec la complicité de son frère cadet. A ce moment son père, steward sur un paquebot, était en train de traverser l'océan en direction de New York. La famille vivait dans les faubourgs de Londres, un quartier de petites maisons mitoyennes, ils menaient une vie un peu plus difficile que leurs propres parents, avaient un peu de mal à joindre les deux bouts, sans être dans la misère. Après le meurtre, les deux garçons continuent de vivre comme si de rien n'était, alors que le corps de leur mère est dans la pièce d'à côté, et racontent aux voisins qu'elle est en voyage. Ils tentent d'emprunter de l'argent, de gager des objets de famille, pour pouvoir aller s'amuser, puis pour se nourrir. Ce comportement posera beaucoup de questions et permettra à l'avocat de Robert de trouver une ligne de défense, de plaider la folie.
Kate Summerscale, journaliste et auteure anglaise, plonge pour la troisième fois dans des documents d'archives, après L'affaire de Road Hill House et La déchéance de Mrs Robinson. Je n'ai pas lu les deux premiers, mais j'avais écouté un entretien passionnant avec l'auteure lors des Assises Internationales du Roman l'année dernière.
L'époque victorienne est minutieusement reconstituée par Kate Summerscale, la vie de famille, la rue, l'école, les métiers harassants, la justice et même dans ce livre, la psychiatrie. Ce dernier point ne manque d'ailleurs pas de surprendre. L'hôpital psychiatrique dont il est question dans le roman, et où Robert est le plus jeune détenu, ne suivait pas les méthodes en usage à l'époque, et beaucoup de commentateurs trouvaient que les meurtriers qui passaient pour fous ou malades étaient enfermés dans des conditions passablement clémentes, voire luxueuses selon certaines exagérations. J'ai trouvé ce roman captivant, jusqu'à la fin où l'auteure recherche en Australie les traces De Robert, émigré après sa libération et la guerre.
Maintenant, entre les romans classiques d'époque victorienne et les romans contemporains qui s'emparent de cette période historique, il faut ajouter les livres de Kate Summerscale.
L'éducation dans cette deuxième moitié du dix-neuvième siècle, la façon dont sont considérés enfants et adolescents, la crainte que les petits romans d'aventures vendus quelques pennies, que les jeunes lisent abondamment, ne leur corrompent l'esprit, ces questions sont particulièrement bien cernées par l'auteure. Elle a recherché de nombreux documents d'archives et en a tiré le meilleur parti. Je prévoirais volontiers de lire les deux autres livres qu'elle a écrits, si mes listes à lire n'étaient pas déjà aussi longues !
Lien : https://lettresexpres.wordpr..
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som
  06 février 2017
A partir d'un fait divers terrible et bien réel, un matricide commis par deux jeunes frères alors âgés de 12 et 13 ans, Kate Summerscale reconstitue les bas-fonds londoniens de la fin du XIXème siècle. Son approche purement documentaire, dénuée de tout point de vue moral, passe au crible les conditions de vie de cette classe laborieuse, les arcanes d'un procès criminel puis les conditions de détention du condamné avant de retracer son changement radical de vie. Basé sur une solide documentation, ce « singulier garçon » tire les fils de la société victorienne marquée une grande contrainte morale, une violence quotidienne et un libéralisme économique qui bouscule autant qu'il détruit.
Essai sociologique et politique, ce documentaire romanesque se lit également comme un grand roman policier au sang-froid.
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agape0
  19 janvier 2017
Juillet 1895. Un meurtre, un matricide perpétué à Cave Road, rue du quartier londonien de West Ham nouvellement construit pour faire face à la croissance démographique galopante à la fin du XIXéme siècle.
Deux frères Nathaniel et Robert Coombes âgés de 12 et 13ans qui vécurent 10 jours dans la maison où le corps de leur mère qu'ils avaient tués, gisait dans son lit exposé à des températures caniculaires.
A partir de ce fait divers, Kate Summerscale mène son enquête et tente de comprendre et d'expliquer ce geste qui suscita l'indignation dans la presse de cette époque. Elle nous guide à travers les méandres de la justice victorienne où un enfant était jugé comme un adulte. Elle nous présente une magnifique galerie de portraits des hommes et des femmes qui croisèrent la route de Robert Coombes et le suit jusqu'à sa dernière demeure.
Forte d'une riche documentation et d'une grande érudition, entre roman et essai, Kate Summerscale nous plonge dans une société tellement proche chronologiquement et pourtant psychologiquement et moralement tellement éloignée de nous.
Cet ouvrage est aussi palpitant que captivant tant par sa forme audacieuse que par le choix du sujet.
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critiques presse (2)
Actualitte   06 décembre 2016
Bien qu’il prenne parfois la forme d’un compte-rendu rigoureux et précis, ce livre n’en possède ni l’ennui ni la complexité ou l’austérité.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Telerama   07 septembre 2016
Tout ceci est érudit, perspicace, passionnant, mais aussi formidablement vivant et incarné — c'est dans cet alliage que réside le talent fou de Kate Summerscale.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
namelessnameless   14 juillet 2018
Les penny bloods (*) donnaient une idée effrayante des usages que feraient les travailleurs de Grande-Bretagne du fait de savoir lire et écrire et de leur pouvoir nouvellement acquis : ces fantasmes de richesse et d'aventures pouvaient engendrer ambition, agitation, défi, un esprit insurrectionnel. On ne savait pas où conduirait l'expansion des idées et des rêves des classes inférieures.
p. 146
(*) Magazine de médiocre qualité vendu 1 penny destiné aux jeunes de la classe ouvrière, contenant des récits d'aventures, de piraterie, de meurtres, de science-fiction....
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namelessnameless   12 juillet 2018
Début juillet, un anarchiste du cru nommé Edward Leggatt avait été poursuivi en justice pour avoir pris le train en seconde classe avec un billet de troisième. "Je ne reconnais qu'une seule classe, proclama-t-il, à savoir celle des travailleurs qui produit toute la richesse du monde et qui est la seule habilitée à prendre les transports en commun".
p. 48
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cecilitcecilit   18 février 2018
Les jurys établissaient souvent un lien entre suicide et littérature bon marché. Quand un garçon de douze ans se pendit à Brighton, les jurés conclurent à "un suicide lors d'une démence momentanément causée par la lecture de mauvais romans". Quand un ouvrier agricole de vingt et un ans se brûla la cervelle en 1894 dans le Warwickshire, le coroner avança que la cinquantaine de livraisons trouvées dans sa chambre avaient eu "un effet déséquilibrant et hypnotique" sur son esprit. Le jury inclina à en convenir : "Le défunt s'est donné la mort alors qu'il traversait un état de confusion mentale produit par la lecture d'une littérature à sensation ".
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michdesolmichdesol   04 août 2018
Beaucoup d'observateurs percevaient une horreur atavique sous la morne uniformité de l'East London. « De même qu'il est une Afrique très noire, n'existe-t-il pas une Angleterre des plus noires ? s'interrogeait William Booth, prêcheur méthodiste qui fonda l'Armée du Salut. Si elles pouvaient parler, les rues glaciales de Londres raconteraient des tragédies aussi atroces, des déchéances aussi absolues, des viols aussi odieux que si nous étions au cœur de l'Afrique ; sauf que l'épouvantable dégradation y est cachée, comme on dissimule un cadavre, sous les artifices de la civilisation moderne. »Tout se passait comme si, de façon perverse, un environnement technologique avancé ramenait les gens à leurs origines bestiales, usines et machines produisant des crétins et des monstres.
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kathelkathel   18 février 2018
Tant qu’aucun adulte n’était au courant du meurtre, il ne s’était pas vraiment produit. Les garçons continuèrent de jouer, dans la cour, au jardin public, dans la rue, au salon. Ils habitaient un monde imaginaire dans lequel Emily pouvait « aller bien ».
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Videos de Kate Summerscale (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Kate Summerscale
Kate Summerscale discusses her new book, Mrs Robinson's Disgrac
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