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Critique de TINUSIA


TINUSIA
  22 mars 2010
Comme beaucoup, je connais l'existence du Taj Mahal, sans vraiment en avoir pénétré l'histoire. Je sais qu'il s'agit d'un magnifique mausolée, édifié par un empereur Moghol, en hommage à l'une de ses épouses décédée en couches.

Mes connaissances se résumaient, vous pouvez le constater, à bien peu avant la lecture de cette grande saga historique écrite par INDU SUNDARESAN, à la suite de "La vingtième épouse" et "Le festin de roses".

Shah Jahan, cet empereur, a conquis son territoire et son pouvoir de haute lutte. Les Moghols sont un peuple guerrier et lorsque Khurram a rencontré Arjumand, ils avaient respectivement seize et quinze ans. Ce fut un coup de foudre, mais, pour des raisons politiques, le jeune homme dut d'abord épouser une princesse Perse et attendre cinq années pour être autorisé à s'unir à l'élue de son coeur. Khurram, devenu Shah Jahan, et Arjumand, devenue Mumtaz Mahal, furent heureux et eurent beaucoup d'enfants : quatorze en dix-neuf ans de vie commune !

Le roman de INDU SUNDARESAN commence le 17 Zi'l-Qa'da A.H. 1040, le 17 juin 1631 ; il est trois heures du matin. Voici plus de vingt-quatre heures que l'impératrice souffre le martyr d'un accouchement effroyablement douloureux. À ses côtés ses deux filles aînées, Jahanara et Roshanara, tentent de la réconforter et de la soutenir. Elles ont dix-sept et quinze ans. Et c'est le quatorzième enfant de Mumtaz Mahal et de Shah Jahan qui est en train de naître. Entre chaque contraction qui la laisse pantelante, Mumtaz Mahal voit défiler les moments de sa vie aux côtés de son époux bien-aimé : leur fuite devant le courroux de l'empereur Jahangir, son beau-père, leur exil, la naissance des treize autres enfants... seulement six ont survécu : deux filles, Jahanara et Roshanara, et quatre garçons. Il y a Dara, l'aîné des garçons, Aurangzeb, treize ans, Chah Shuja, Mourad. C'est une petite fille, Goharara, qui va naître, "chassant sa mère de ce monde en y entrant".

Car Mumtaz Mahal ne survit pas. Sa mort laisse l'empereur complètement désespéré (ses cheveux blanchiront en une nuit), désemparé, privé de toute envie d'exister. il songe aussitôt à abandonner son pouvoir à Dara ; Jahanara qui voue pourtant une profonde et sincère admiration pour ce frère, va tout faire pour que son père se maintienne au pouvoir qu'il a si âprement gagné.

Jahanara va payer de sa propre indépendance cet attachement qu'elle a pour son père : il lui sera interdit de se marier. En revanche, elle va devenir la "maîtresse" du harem, du zenana, si puissante et si autoritaire que la rumeur circulera qu'une relation incestueuse s'est instaurée entre le père et la fille. Elle jouera le rôle de la favorite, alors qu'elle n'est "que" la fille de l'empereur.

Pendant ce temps, les intrigues se nouent, et se dénouent.

...Entre Jahanara et sa soeur Roshanara, autour d'un amir : elles se disputent son coeur bien que l'une et l'autre soeient empêchées d'épouser Najabat Khan. Roshanara fera preuve de beaucoup de bassesse pour détourner l'amour qui se fait jour entre cet homme et sa soeur. En vain, d'ailleurs !

...Entre les deux aînés, Dara et Aurangzeb, qui convoitent le pouvoir. Dara est le préféré de Shah Jahan, l'empereur, et de sa soeur. Aurangzeb, mal aimé (ou en tout cas, c'est ainsi qu'il se ressent), qui intrigue avec Roshanara pour combattre Dara et Jahanara. Et ils utilisent des procédés très malhonnêtes !

En filigrane... la construction du Taj Mahal... ce monument est tout entier dédié à la mémoire de Mumtaz Mahal, l'épouse adorée. Il faudra deux longues années avant que l'empereur n'accepte de quitter les vêtements blancs du deuil. Il veillera aux moindres détails de l'architecture du mausolée et se fera seconder par les meilleurs architectes de l'époque : "Et de toutes les régions de l'empire, furent appelés grand nombre de tailleurs de pierres (sangtarash) de lapidaires (munabbatkar) et de marqueteurs (parchingar), chacun expert en son art, qui se mirent à travailler avec les autres artisans" (Tiré du Padchah Nama d'Abdul Hamid Lahori, W.E. Begley & Z.A. Desal, Taj Mahal : le mausolée de lumière). Parmi eux, Mirza Amanat Khan et Ustad Ahmad Lahori ; le premier, calligraphe, fut chargé de choisir les sourates qui allaient orner les panneaux de la tombe, de les transcrire dans une magnifique écriture, d'en surveiller l'incrustation dans le marbre à l'aide d'agate noire.

Le Taj Mahal n'est que magnificence, profusion d'or, de pierres précieuses, de marbres, de fontaines d'eau pure, de plantes rares... Il faudra vingt-deux ans avant que le corps de la tant aimée n'y repose définitivement. Vingt-deux ans pendant lesquels les fils de Shah Jahan vont guerroyer contre les étrangers, mais aussi entre eux, en quête d'un pouvoir qu'il faudra ravir au père, sous le regard accablé de Jahanara qui devra se résoudre à n'exister que dans l'ombre.

♥♥♥♥♥

Je me suis laissée envouter par ce roman, dont les sources historiques sont solides, mais qui m'a entraînée dans les labyrinthes d'une saga familiale où l'amour se mêle à la haine. Les sentiments des uns vis à vis des autres y sont dépeints sans détours : jalousie, mesquinerie, traîtrise, concupiscence. Les jeux des alliances entre les différents protagonistes mettent en lumière la fragilité des consciences : l'unité familiale est sans cesse remise en question. Mais il y est question aussi d'AMOUR, celui de l'empereur inconsolé de la mort de son épouse, celui de la fille pour son père, celui de cette même Jahanara pour l'homme auquel elle ne pourra s'unir qu'en secret.

Je n'ai pas lu les deux premiers livres d'Indu Sundaresan... je pense qu'ils vont bientôt venir prendre place dans ma liste. Même si j'ai trouvé parfois quelques longueurs, notamment au cours de la description minutieuse de la construction du Taj Mahal, je ne me suis jamais lassée. le style d'écriture est alerte et les rebondissements bienvenus pour relancer l'intérêt et l'envie de connaître le destin de cette "princesse de l'ombre", bien attachante.
Lien : http://livresouverts.canalbl..
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