AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Marcel Arland (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070302659
220 pages
Gallimard (28/09/1966)
4.02/5   79 notes
Résumé :
Paru en 1925, Gravitations est le recueil fondamental de l'œuvre de Jules Supervielle.

Il s'ouvre par un remarquable portrait de la mère du poète qui place d'emblée le lecteur dans une sorte de clair-obscur métaphysique : « Mère, je sais très mal comme on cherche les morts... » Pour en comprendre l'univers sémantique et notamment en quoi le concept de gravitation s'oppose à celui de lévitation, on se reportera aux travaux d'Etiemble ainsi qu'à ceux, n... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
4,02

sur 79 notes
5
3 avis
4
6 avis
3
1 avis
2
0 avis
1
0 avis

Jules Supervielle cumulait les prétextes les plus justifiés pour tomber dans le piège de la poésie narcissique, celle qui se nourrit d'amour-propre et retombe rapidement dans l'épuisement de la substance d'un seul être : déchirement géographique doublé de la mort précoce de ses parents constituaient les prétextes qu'il aurait pu utiliser pour justifier l'épandage massif de larmoiements. Si Jules Supervielle semble avoir frôlé plusieurs fois cette tentation, il évite toute complaisance maussade dans ce recueil, considéré comme le sommet de son art poétique. Pas même de tragique : les sentiments se transforment en faits, s'animent dans un bestiaire étrange peuplé de créatures, minérales, végétales, animales ou humaines, figées entre vie et mort, entre deux secondes mortelles.

Presque surréaliste, Jules Supervielle refuse cependant le ton de révolte outré du Manifeste. Surtout, il reconnaît l'insignifiance de son âme et oppose sa modestie aux ambitions parfois mégalomaniaques des surréalistes. Tous ses poèmes ne fonctionnent pas avec la même intensité mais ceux qui sont les plus réussis transmettent courage et grâce. Après avoir longtemps hésité à céder à la tentation de la mort, Jules Supervielle semble avoir refusé ce territoire des merveilles figées pour choisir de rester parmi le peuple des os et du coeur.

Commenter  J’apprécie          350

Probablement un de mes poètes préférés, découvert ces dernières années. Ses poèmes sont des fables, presque des paraboles. Dans des vers accessibles, il invite le lecteur au dialogue.

Dans Débarcadères, il apparaît en poète du voyage, nous nourrissant d'exotisme et de sensualité. L'homme se confronte à la nature. Celle-ci, brute, immuable et physique, rend l'homme petit, fragile, contingent, dérisoire....

Dans Gravitations, presque surréaliste, mais pas tout à fait, il nous donne à voir un monde apparemment léger, évoquant les oiseaux, les nuages, les nuits étoilées, tout en s'appuyant sur les connaissances scientifiques de son temps.

Mais s'en tenir là serait méconnaître la profondeur de son exploration poétique, déformant le réel. Sous des dehors humoristiques et malicieux, Jules Supervielle introduit le paradoxe, brouillant, dans une expression qui reste simple, le sens habituel des image et des mots... ce faisant, il nous fait toucher du doigt, avec modestie et lucidité, la réalité toute relative des choses. A sa lecture, on entre en méditation.

Partir, pour mieux se retrouver... à travers le voyage, Jules Supervielle nous invite en fait à une quête intérieure et spirituelle. le but n'est pas le voyage en soi, mais le fait de s'embarquer. Paradoxe..., l'homme se met à rêver, et cette confrontation se révèle alors passage immobile, "débarcadère" , vers plus grand; Alternant vers réguliers et libres, il semble hésiter, pris dans la houle, questionnant l'univers..

Rien de cérébral dans cette exploration, qui s'appuie cependant sur une bonne connaissance scientifique. Il nous livre des clés, mais c'est à chacun d'interroger son être intérieur, après avoir laissé son ego gisant su rla bastingage. Sa démarche fait penser au questionnement des maîtres bouddhistes : sans rien forcer, partant des situations matérielles vécues par chacun, il nous amènent à toucher avec le coeur les ressorts cachés de nos actes, de la vacuité, le sens des choses au-delà des sens.

Dans Gravitations aussi, l'espace et le temps perdent leurs amarres. Dans une démarche métaphysique que je rapprocherais de celle de Miro, il nous extrait des lourdeurs de ce monde sot disant "réel", tout en lui conservant l'empathie due à l'humanité . Cette démarche génère une certaine angoisse, car "graviter" c'est aussi se rapprocher de la mort, et s'extraire, c'est s'interroger sur le vide, le néant, et perdre tout repère, comme dans le voyage.

Mais au final la poésie de Supervielle reste fraîche et optimiste, nous rassure, transcende les angoisses et difficultés, comme autant d'apparences vaines, et invite à une quête d'absolu, non par la connaissance mais par l'observation méditative d'un nuage, d'un oiseau, d'une nuit étoilée.

Supervielle, dans cette exploration du cosmos, qui confronte l'homme à ses peurs, est le poète-guide que je choisirais, plutôt que le surréalistes, Réda ou René Char ; car il le fait avec douceur et légèreté, avec une retenue et une simplicité, qui ne nuisent pas au double-sens des images et des mots, que chacun peut ainsi assimiler à son rythme.

Commenter  J’apprécie          210

Recueil que je relis avec beaucoup de plaisir.

Des poèmes hors du temps : anciens, actuels, rimes, non rimes, rythme, non rythme, lyrisme, non lyrisme... Tout cela, toutes ces frontières, toutes ces catégories, se trouvent comme par enchantement largement dépassées avec Superviel : aucune mode, aucune idéologie, rien à prendre de "l'air du temps" dans sa mauvaise acception du terme, mais tout à prendre de la poésie !!!... sur les tempos de la vie certes, mais avec ce "je ne sais quoi" de fable, de rêve intemporel, universel, de limpidité aussi qui pour ma part me vont à ravir et me séduisent...

*

Merci à babelio pour me donner ainsi l'occasion et l'envie de "revisiter" les livres de ma bibliothèque !!!

*

Superviel ? à lire et à RE-lire donc ! ...

Commenter  J’apprécie          100

Jules Supervielle n'est pas le plus connu des poètes français et il n'est pas improbable que dans un futur plus ou moins proche ces écrits achèvent de se disperser dans les limbes de l'oubli. Et ce serait une importante perte pour la littérature. Il faut lire ou relire Jules Supervielle tant sa poésie est singulière, émouvante et attachante.

Pour autant, il ne faut pas craindre de s'empêtrer dans les mots qui s'accumulent, se dissipent, s'entrechoquent sous nos yeux. Rien n'est simple avec Supervielle, poète troublé et troublant. Par exemple, qui était vraiment ce Guanamiru, personnage sud-américain, comme l'était Supervielle qui naquit en Uruguay avant d'émigrer en France et de perdre ses parents à l'âge de 8 mois (et de ne l'apprendre qu'à 9 ans), et surtout double aux ardeurs débridées ? Et l'on ne peut pas aborder sa poésie sans avoir conscience de cette dualité, Supervielle homme marqué par le double sceau de la perte (de ses parents) et de l'errance (il naviguera toujours entre l'Uruguay qui l'a vu naître et la France qui l'a formé).

Cette dualité, mais aussi cette violence retenue, ce lyrisme sans cesse freiné, donne à ses vers et à sa prose une odeur, une couleur, une émotion unique. Au travers de cette plongée dans son inconscient il frôle par moment sa psychose, ses angoisses profondes qui le conduisent inévitablement à la dépression, mais parvient toujours à en réchapper par des pirouettes de langage, une réécriture de ses oeuvres ou une réminiscence à double-sens.

Malgré tout, s'il est essentiel d'approcher l'homme pour approcher l'oeuvre, il est vain de croire que l'on peut en saisir toute la richesse et la profondeur. Autant prétendre saisir l'horizon. Et finalement ce mystère, cette intimité foisonnante à l'image de la jungle amazonienne, cette complexité qui nous repousse parfois à l'écart n'occulte en rien la beauté des mots. Il me semble que si le mystère, voire l'obscurité nous attirent parfois, ce qui nous retient en fin de compte c'est la grâce. Les poèmes de Jules Supervielle en sont empreints.

Équateur

Sous la véranda de stuc rose

Les colons jambes croisés, vêtus de blanc et de soleil,

Dans la chaleur urgente n'osent

Bouger de peur de se blesser aux rais qui coupent comme verre.

[…]

Retour à l'Estancia

[…]

Je me mêle à une terre qui ne rend de comptes à

personne et se défende de ressembler à ces paysages

manufacturés d'Europe, saignés par les souvenirs,

à cette nature exténuée et poussive qui n'a plus que

des quintes de lumière,

et, repentante, efface, l'hiver, ce qu'elle fit pendant l'été.

[…]

Retrouvez des critiques et bien plus encore sur mon blog.


Lien : https://voushumains.com
Commenter  J’apprécie          62

Gravitations ; Débarcadères : les deux éléments qui imprègnent la poésie de Supervielle sont annoncés dès le titre. Air et eau. Et le poète se tient, frêle, entre ces deux blocs d'immensité, tentant timidement de sonder leurs mystères. Sans jamais les outrager toutefois, avec une retenue pleine de tendresse pour tous ceux qu'il convoque : l'océan et la montagne, les oiseaux et les étoiles. Averti de l'ampleur de la tâche, il opte d'emblée pour la simplicité, le sourire, la fable. Rien d'obscur chez Supervielle, seulement des images d'une évidence frappante en même temps que d'une farouche originalité. C'est de l'opposition irréductible entre intériorité et infini que naît le drame, la raison d'être de Supervielle poète ; et c'est de ce drame que procèdent certaines pages déchirantes. Car ce drame est aussi celui de l'exil, du départ de l'Uruguay pour l'Europe, dont le premier recueil, Débarcadères, traite plus particulièrement ; de la disparition des êtres chers, dont le poète cherche trace dans les Gravitations. Entre les deux recueils, d'ailleurs, sa voix semble s'être émancipée, s'être faite plus personnelle et, aussi, plus inquiète – avant de s'achever dans une tonalité presque apocalyptique, surprenante et moins convaincante. On préfère croire que s'il sillonne son coeur et sa mémoire, s'il interroge le nuage, donne la parole à la montagne, scrute les abysses, c'est bien pour trouver un apaisement et atteindre, peut-être, une « joie évasive comme la mélancolie ».

Commenter  J’apprécie          50

Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
Rien qu'un cri
Rien qu'un cri différé qui perce sous le cœur
Et je réveille en moi des êtres endormis.
Un à un, comme dans un dortoir sans limites,
Tous, dans leurs sentiments d'âges antérieurs,
Frêles, mais décidés à me prêter main forte
Je vais, je viens, je les appelle et les exhorte,
Les hommes, les enfants, les vieillards et les femmes,
La foule entière et sans bigarrures de l'âme
Qui tire sa couleur de l'iris de nos yeux
Et n'a droit de regard qu'à travers nos pupilles.
Oh ! population de gens qui vont et viennent,
Habitants délicats des forêts de nous-mêmes,
Toujours à la merci du moindre coup de vent
Et toujours quand il est passé, se redressant.
Voilà que lentement nous nous mettons en marche,
Une arche d'hommes remontant aux patriarches
Et lorsque l'on nous voit on distingue un seul homme
Qui s'avance et fait face et répond pour les autres.
Se peut-il qu'il périsse alors que l'équipage
A survécu à tant de vents et de mirages?
Commenter  J’apprécie          340
Nous sommes là tous deux comme devant la mer sous l’avance saline des souvenirs.
De ton chapeau aérien à tes talons presque pointus tu es légère et parcourue
comme si les oiseaux striés par la lumière de ta patrie remontaient le courant de tes rêves.
Tu voudrais jeter des ponts de soleil entre des pays que séparent des océans et des climats,
et qui s’ignorent toujours.
Les soirs de Montevideo ne seront pas couronnées de célestes roses pyrénéennes,
Les monts de Janeiro toujours brûlants et jamais consumés ne pâliront point
sous les doigts délicats de la neige française,
et tu ne pourras entendre, si ce n’est en ton cœur, la marée des avoines argentines
ni former un seul amour avec tous ces amours qui échelonnent ton âme,
et dont les mille fumées ne s’uniront jamais dans la torsade d’une seule fumée.
Commenter  J’apprécie          180
...
Au feu ! — à Henri Michaux.
J'enfonce les bras levés vers le centre de la Terre
Mais je respire, j'ai toujours un sac de ciel sur la tête
Même au fort des souterrains
Qui ne savent rien du jour.
Je m'écorche à des couches d'ossements
Qui voudraient me tatouer les jambes pour me reconnaître un jour.
J'insulte un squelette d'iguanodon, en travers de mon passage,
Mes paroles font grenaille sur la canaille de ses os
Et je cherche à lui tirer ses oreilles introuvables
Pour qu'il ne barre plus la route
Mille siècles après sa mort
Avec le vaisseau de son squelette qui fait nuit de toutes parts.
Ma colère prend sur moi une avance circulaire,
Elle déblaie le terrain, canonne les profondeurs.
Je hume des formes humaines à de petites distances
Courtes, courtes.
J'y suis.
Il n'y a plus rien ici de grand ni de petit, de liquide ni de solide,
De corporel ni d'incorporel ;
Et l'on jette aussi bien au feu une rivière, où saute un saumon, et qui traversait l'Amérique,
Qu'un brouillard sur la Seine que franchissent les orgues tumultueuses de Notre-Dame.
Voici les hautes statues de marbre qui lèvent l'index avant de mourir.
Un grand vent gauche, essoufflé, tourne sans trouver une issue.
Que fait-il au fond de la Terre ? Est-ce le vent des suicidés ?
Quel est mon chemin parmi ces milliers de chemins qui se disputent à mes pieds
Un honneur que je devine ?
Peut-on demander sa route à des hommes considérés comme morts
Et parlant avec un accent qui ressemble à celui du silence.
Centre de la Terre ! je suis un homme vivant.
Ces empereurs, ces rois, ces premiers ministres, entendez-les qui me font leurs offres de service
Parce que je trafique à la surface avec les étoiles et la lumière du jour.
J'ai le beau rôle avec les morts, les mortes et les mortillons.
Je leur dis : « Voyez-moi ce cœur,
Comme il bat dans ma poitrine et m'inonde de
chaleur !
Il me fait un toit de chaume où grésille le soleil.
Approchez-vous pour l'entendre. Vous en avez eu un pareil.
N'ayez pas peur. Nous sommes ici dans l'intimité infernale ».
Autour de moi, certains se poussent du coude,
Prétendent que j'ai l'éternité devant moi,
Que je puis bien rester une petite minute,
Que je ne serais pas là si je n'étais mort moi-même.
Pour toute réponse je repars
Puisqu'on m'attend toujours merveilleusement à l'autre bout du monde.
Mon cœur bourdonne, c'est une montre dont les aiguilles se hâtent comme les électrons
Et seul peut l'arrêter le regard de Dieu quand il pénètre dans le mécanisme.
Air pur, air des oiseaux, air bleu de la surface,
Voici Jésus qui s'avance pour maçonner la voûte du ciel.
La terre en passant frôle ses pieds avec les forêts les plus douces.
Depuis deux mille ans il l'a quittée pour visiter d'autres sphères,
Chaque Terre s'imagine être son unique maîtresse
Et prépare des guirlandes nuptiales de martyrs.
Jésus réveille en passant des astres morts qu'il secoue,
Comme des soldats profondément endormis,
Et les astres de tourner religieusement dans le ciel
En suppliant le Christ de tourner avec eux.
Mais lui repart, les pieds nus sur une aérienne Judée,
Et nombreux restent les astres prosternés
Dans la sidérale poussière.
Jésus, pourquoi te montrer si je ne crois pas encore?
Mon regard serait-il en avance sur mon âme?
Je ne suis pas homme à faire toujours les demandes et les réponses !
Holà, muchachos ! J'entends crier des vivants dans des arbres chevelus,
Ces vivants sont mes enfants, échappés radieux de ma moelle !
Un cheval m'attend attaché à un eucalyptus des pampas,
Il est temps que je rattrape son hennissement dans l'air dur,
Dans l'air qui a ses rochers, mais je suis seul à les voir !
—p.205
Commenter  J’apprécie          30
MATINALE
Mon âme donne sur la cour
Où quelque canaris pépient,
Une bonne dans l'ombre pie
Repasse ses vieilles amours.
Le lait du petit jour qu'on monte
Propose une âme et de l'espoir
Aux anneaux de l'escalier noir
Où tintent ses promesses promptes.
Ce sont les bruits clairs du matin,
Le jour nouveau qui me visitent,
Et ni moins vite, ni plus vite
Les pas serviles du destin.
Ce sont mes jambes de trente ans
Qui filent vers la quarantaine,
Sans que ni l'amour ni la haine
Ne les arrêtent un instant.
Je retrouve à la même place
Mes os d'hier et d'aujourd'hui,
Parmi la chair vive et sa nuit
Mon cœur m'encombre et me grimace.
Commenter  J’apprécie          171
...
APPARITION — à Max Jacob, 1923
Où sont-ils les points cardinaux,
Le soleil se levant à l'Est,
Mon sang et son itinéraire
Prémédité dans mes artères ?
Le voilà qui déborde et creuse,
Grossi de neiges et de cris
Il court dans des régions confuses ;
Ma tête qui jusqu'ici
Balançait les pensées comme branches des îles,
Forge des ténèbres crochues.
Ma chaise que happe l'abîme
Est-celle du condamné
Qui s'enfonce dans la mort avec toute l'Amérique ?
Qui est là ? Quel est cet homme qui s'assied à notre table
Avec cet air de sortir comme un trois-mâts du brouillard,
Ce front qui balance un feu, ces mains d'écume marine,
Et couverts les vêtements par un morceau de ciel noir ?
A sa parole une étoile accroche sa toile araigneuse,
Quand il respire il déforme et forme une nébuleuse,
Il porte, comme la nuit, des lunettes cerclées d'or
Et des lèvres embrasées où s'alarment des abeilles,
Mais ses yeux, sa voix, son cœur sont d'un enfant à l'aurore.
Quel est cet homme dont l'âme fait des signes solennels ?
Voici Pilar, elle m'apaise, ses yeux déplacent le mystère.
Elle a toujours derrière elle comme un souvenir de famille
Le soleil de l'Uruguay qui secrètement pour nous brille,
Mes enfants et mes amis, leur tendresse est circulaire
Autour de la table ronde, fière comme l'univers ;
Leurs frais sourires s'en vont de bouche en bouche fidèles,
Prisonniers les uns des autres, ce sont couleurs d'arc-en-ciel.
Et comme dans la peinture de Rousseau le douanier,
Notre tablée monte au ciel voguant dans une nuée.
Nous chuchotons seulement tant on est près des étoiles,
Sans cartes ni gouvernail, et le ciel pour bastingage.
Comment vinrent jusqu'ici ces goélands par centaines
Quand déjà nous respirons un angélique oxygène,
Nous cueillons et recueillons du céleste romarin,
De la fougère affranchie qui se passe de racines,
Et comme il nous est poussé dans l'air pur des ailes longues
Nous mêlons notre plumage à la courbure des mondes.
— p.95
Commenter  J’apprécie          50

Videos de Jules Supervielle (28) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jules Supervielle
Jules SUPERVIELLE – Introduction à son œuvre (Conférence, 2017)) Une conférence d’Adeline Baldacchino, intitulée « Jules Supervielle - Cœur de vivant guetté par le danger », donnée le 4 février 2017 à l’Université Populaire de Caen.
autres livres classés : poésieVoir plus
Notre sélection Littérature française Voir plus






Quiz Voir plus

Les titres de Jules Supervielle

Comment sont les amis ?

méconnus
inconnus
reconnus
nus

9 questions
14 lecteurs ont répondu
Thème : Jules SupervielleCréer un quiz sur ce livre