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Paul-Henri Michel (Traducteur)Daniele Del Giudice (Préfacier, etc.)
ISBN : 2020301229
Éditeur : Seuil (02/09/1996)

Note moyenne : 3.68/5 (sur 54 notes)
Résumé :
La passion, douloureuse et tourmentée, d'Emilio, vieux garçon provincial, pour la jeune et belle Angiolina, et celle d'Amélie pour l'avantageux sculpteur Stefano forment la trame de ce premier « roman d'amour moderne » italien, tant loué par James Joyce, Eugenio Montale et Valéry Larbaud.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
isabellelemest
  28 mai 2015
Svevo, cet auteur classique à présent, a écrit très peu de romans et a même cru très longtemps, après l'échec cuisant de "Senilità", publié quand il avait 37 ans, qu'il ne serait jamais qu'un écrivain raté, ce qui serait advenu si James Joyce, son professeur d'anglais à Trieste, ne lui avait manifesté son soutien et son admiration et ne l'avait incité à écrire plus tard son chef d'oeuvre, "La conscience de Zénon."
Et pourtant quelle maîtrise dans ce court roman aux phrases rédigées avec l'élégance et le raffinement d'un style qui épouse au mieux les hésitations et les inflexions de l'âme aux prises avec des doutes et des incertitudes permanentes !
Les personnages sont peu nombreux, Emilio Brentani, un modeste employé de bureau, au centre du récit, sa soeur Amalia, disgracieuse et effacée, son ami le sculpteur Stefano Balli, qui servira de confident, et surtout la femme dont Brentani est amoureux, la coquette et infidèle Angiolina, surnommée bien à tort "Ange".
Emilio, sensible, porté à l'introspection et surtout dépourvu de volonté et d'esprit de décision, suivant les impulsions du moment dont il se repent ensuite trop tard, prisonnier du sentiment qui le domine, qu'il s'agisse d'amour, de colère ou d'une forme de lâcheté, cherche constamment à justifier à ses yeux ses propres inconséquences... Devant le comportement peu fiable d'une Angiolina charmante mais encline au mensonge et aux caprices, il ne cesse de s'auto-morigéner, de prendre des résolutions définitives, de chercher à rompre avec elle, mais ne parvient pas à respecter ses propres décisions. Jouet de l'amour, de la jalousie qui le ravage au moindre soupçon (très souvent justifié !), il aspire à la douceur, à la tendresse, se forge une image idéale de cette femme qu'il méprise intellectuellement et qui l'attire sentimentalement. Dans cette mauvaise conscience permanente, qui sera aggravée par le sort tragique de sa soeur, on perçoit déjà les germes de la "conscience" de Zénon... En observateur impitoyable, Emilio analyse continuellement ses sentiments et leurs motivations, mais cette lucidité ne l'empêche pas d'agir à l'encontre de ses propres jugements... Perspicacité de l'esprit, faiblesse de la volonté, le lecteur retrouvera cette même dualité dans le reste de l'oeuvre de Svevo, où elle mènera même à l'humour le plus déroutant.
On comprend certes le désaveu des contemporains de Svevo car il ne se passe presque rien dans le roman, et l'intrigue, s'il y en a une, ne suit pas de progression visible, au fil des contradictions du héros et de ses allers-retours entre détachement affecté et passion réelle. Seule la dramatique péripétie de la maladie d'Amalia, qui clôt le livre et où la douleur du deuil supplantera la fascination amoureuse, vient apporter une alternative à l'analyse psychologique du reste du récit.
Toutefois la finesse de l'analyse des sentiments, la peinture de la passion et de son irrationalité, l'obsession de la jalousie, font irrésistiblement penser à Proust et à "Un amour de Swann", publié quinze ans plus tard. Certes les deux écrivains différent beaucoup et par leur style et par leur propos, mais que de points communs entre Odette et Angiolina, adorables, mais si peu fiables, et qu'on pourrait si aisément mépriser...! Que de tourments causés dans les deux oeuvres par une jalousie ravageuse !
Plus que d'une filiation littéraire, on pourrait parler d'une convergence, qui a valu parfois à Svevo le titre de Proust italien, à tort ou à raison.
Alors pourquoi lire "Senilità" ? Eh bien parce que la subtilité des analyses et le raffinement de l'écriture y transforment la lecture en un régal permanent !
Lu en V.O,
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ManonReal
  13 mars 2018
Emilio et Amalia sont frères et soeur. Tous deux vivent à Trieste. le frère s'amourache d'une femme aspirant à une sérieuse ascension sociale, Angiolina. La soeur, qui doit penser à un parti convenable tombe elle aussi amoureuse d'un camarade de son frère, Balli, alors que cette sénilité lancinante semblait s'emparer d'elle autant que son frangin. Mais l'illusion et la réalité ne peuvent en aucun cas s'accorder et cet amour désespéré pour Balli la conduit au suicide à l'éther ( pas glamour...)
De son côté, Emilio plonge de jour en jour dans une solitude des plus sombres, ajoutant à cela l'attitude d'Angiolina qui le répugne. le personnage "svevien" focalisé sur le monologue intérieur est évidemment présent, associé au jugement du narrateur qui y laisse son point de vue sur la situation. Sénilité ou comment vieillir avant de vraiment vivre!
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JacobBenayoune
  08 novembre 2013
C'est son chef-d'oeuvre "La conscience de Zeno" que je voulais lire au premier, mais le hasard m'a mené à celui-ci. Et à dire vrai, je n'étais pas déçu.
Le tout peut paraître assez maigre: quatre personnages importants, deux histoires d'amour et de souffrance. Or Svevo a touché l'universel avec l'histoire individuelle de son anti-héros Emilio.
Un trentenaire indécis, voire aboulique, sans gloire, à la vie modeste et médiocre, tombe amoureux d'une jeune fille infidèle et insatiable, tandis que sa soeur, une vieille fille, s'éprend secrètement de son ami indifférent et séducteur (mais bon). Emilio connait son malheur, il l'analyse, mais ne peut changer d'attitude, ni prendre de décision sérieuse pour son bien et le bien de sa soeur au sort douloureux.
Un roman plein d'amertume sur la solitude, la jalousie, la peur de vieillir, d'être oublié, de ne pas être aimé.. Svevo est un artiste dans la peinture des sentiments.
Je terminerai par cette phrase de Valéry Larbaud:
"Ce qui est fascinant chez Svevo, c'est l'infatigable enquête sur eux-mêmes que poursuivent ses héros sans jamais cesser d'observer autour d'eux, sans jamais cesser d'agir."
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stcyr04
  25 janvier 2015
Emilio Brentani, modeste employé dans une compagnie d'assurance et écrivain dilettante ayant des prétentions d'artiste et d'esthète, un brin pédant et jaloux invétéré, s'éprend, si l'on peut qualifier leur relation d'amoureuse, d'Angiolina, sorte d'ingénue libertine, dont il éprouvera le drame de ne pouvoir l'élever par l'amour jusqu'à lui. En proie à son égotisme invétéré, il se berce dans une atmosphère de mensonge et de faux semblant : fausseté des sentiments, amitiés feintes, racontars, autosuggestion. C'est un idéaliste assez ridicule, qui appelle l'imagination à son secours, en guise d' échappatoire aux actes que son maladif manque de volonté l'interdit de réaliser : dans son esprit tournant à vide, il corrige la réalité à sa guise, sourd par son égocentrisme forcené, à la détresse de sa soeur, tels deux monolithes de souffrance qui ne peuvent se joindre …
Le livre s'ouvre sur une note d'ironie mordante pour s'achever dans une atmosphère d'agonie particulièrement saisissante. Les sempiternels atermoiements du personnage principal peuvent lasser, les cinquante dernières pages n'en sont pas moins “haletantes”.
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Livretoi
  16 mai 2015
Ce deuxième roman d'Italo Svevo publié en 1898, six ans après « Une vie » (1892) fut également un échec.
Emilio Brantani, modeste employé dans une compagnie d'assurances, a écrit un roman de jeunesse et n'a pas abandonné ses ambitions littéraires. Il vit avec sa soeur Emilie. Emilio a une liaison tumultueuse avec la belle et volage Angiolina, tandis que sa soeur, peu séduisante, est secrètement amoureuse du sculpteur Balli, le meilleur ami d'Emilio. L'indécision, la maladresse et surtout la jalousie d'Emilio à l'égard de sa soeur, de son ami et de sa maîtresse vont provoquer des déchirements sentimentaux et des ruptures.
Cette brillante étude psychologique aborde les mêmes thèmes que les deux autres romans de Svevo avec la figure de l'antihéros introspectif et hésitant qui gâche ses chances de bonheur. Ici le thème du mensonge est omniprésent avec des personnages qui, tous, mentent ou déguisent la vérité, par intérêt, par pudeur, par orgueil, par égard. Des situations qui pourraient être saines et simples se complexifient au point qu'il n'est plus possible de sortir de cet imbroglio psychologique.
Dans " La conscience de Zeno " un chapitre était consacré à la mort du père, dans " Une vie " un long développement traitait de la mort de la mère, ici nous avons droit à la mort de la soeur.
Personnellement j'ai préféré " La conscience de Zeno " pour son humour, son optimisme relatif, et le côté positivement attachant de ses personnages.
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
LivretoiLivretoi   16 mai 2015
Extraits de la préface de Daniele del Giudice (Points) :

" Une vie ", " Senilità " et " La Conscience de Zeno ", les trois romans d’Italo Svevo, entretiennent tous un rapport avec le mensonge.
Non, bien mentir signifie jouer finement, jouer sur les détails, dire et ne pas dire, dire et laisser entendre, en dire suffisamment pour que ce soient les autres qui comprennent mal et mentent donc involontairement ; mentir signifie aider les autres à croire ce qu’ils voudraient s’entendre dire, un petit coup de pouce suffit, de légers déplacements même très vagues, pour les détourner du sillon du vrai vers celui du vraisemblable, et de là dans le sillon du faux. Bref, un bon mensonge n’est pas une fausse pièce, une contrefaçon ; c’est une pièce mise de chant, verticalement, qui montre ses deux faces. Il faut s’arranger pour que les autres choisissent celle que l’on veut.

Emilio est un tacticien du mensonge, il lui manque la force de la prévision pour en être un stratège – son cycle émotif fondamental est trop rapide, trop changeant – et sa façon d’ajuster ses mensonges principaux en tirant des salves de mensonges de correction tient un peu de la balistique.

Le Svevo de " Senilità " n’a pas encore découvert la psychanalyse, et il faut se garder de lire " Senilità " du point de vue de " la Conscience de Zeno ", à savoir en fonction de notre connaissance d’un livre écrit vingt-cinq ans plus tard. Dans la Conscience, Svevo offrira au lecteur les clefs du récit ; dans " Senilità ", ces clefs n’apparaissent pas, Emilio ne les possède pas malgré son analyse et son observation incessante de la vie " comme un naturaliste ".

La maladie n’est donc pas la condition d’Emilio, mais son rêve le plus doux…La maladie serait cette issue que Zeno trouvera 25 ans plus tard, avec beaucoup d’ironie et non sans scepticisme, dans la psychanalyse et, en s’y dissimulant, il pourra faire accepter, de façon enfin solaire, ce cycle intime du mensonge et du fantasme parfaitement conservé.

Qu’est-ce que la sénilité ? C’est le titre du roman, mais qui était différent à l’origine - Le Carnaval d’Emilio -, comme nous l’apprend une lettre de Svevo à sa femme du 14 mai 1897. " Carnaval " rendait bien la superposition de masques et de rêves, c’était un titre mimétique, explicatif, une anse pour passer l’histoire au lecteur.

Sénilité… C’est de toute façon l’incapacité d’entretenir un rapport direct avec la vie, empêché qu’il est par sa propre nature analysante, observante, jugeante, empêché par sa malle pleine de rêves, de velléités, de fantasmes, dont l’encombrement est fatal, spécialement pour un homme qui aimerait saisir et vivre " les choses comme elles sont ".

Ces ineptes ou séniles ou malades, Svevo les adore, ils sont toute sa personne, le meilleur et le pire de lui-même ; A la fin du siècle dernier, il ne peut encore les expliquer en aucune manière, ni avec Schopenhauer, ni même avec Charcot. Il prend congé d’eux avec une sentence préventive, afin que rien de pire ne puisse leur arriver : pour Alfonso Nitti ( " Une vie " ), qui ne sait pas encore mentir (c’est là sa véritable inaptitude) et donc succombe, c’est une condamnation à mort. Emilio Brentani ( " Senilità " ), qui s’en sort très bien avec les mensonges mais reste prisonnier du remords et de l’indignation de son fantasme, échappe à la mort mais est condamné à la sénilité. Zeno sera le seul vainqueur, menteur solaire à qui le ciel a accordé un laissez-passer formidable et inespéré, sa " conscience ", c’est-à-dire l’écran tout-puissant de la psychanalyse.
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SachenkaSachenka   04 janvier 2019
Quand une fille permet à un jeune homme de lui dire qu'il l'aime, elle est déjà sienne et elle n'est plus libre.
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stcyr04stcyr04   23 janvier 2015
Le nom d’Angiolina choquait son oreille sensible d’homme de lettres. Il l’abrégea en Lina. Puis mal satisfait de ce diminutif, il se rejeta sur la forme français Angèle qui, bien de fois, devenait simplement Ange. Il essaya de lui faire dire en français qu'elle l'aimait. Elle ne voulut pas, mais elle retint la formule et, à leur rendez-vous suivant, elle lui déclara avant qu'il le lui eût demandé: Che tèm bokou.
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stcyr04stcyr04   23 janvier 2015
Qu'est-ce que l'honnêteté au monde? C'est l'intérêt! Les femmes honnêtes sont celles qui savent trouver acquéreur au plus haut prix, celles qui n’accordent leur amour que si elle y trouvent leur compte.
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mireille.lefustecmireille.lefustec   20 mars 2013
Pour effacer la conscience qu'il avait de la nullité de son travail,il ne se glorifiait pas de son passé,cependant, comme dans la vie,tout comme dans l'art, il croyait se trouver encore dans la période de préparation, se voyant, dans son fort intérieur, comme une puissante machine géniale en construction, pas encore en activité. Il vivait toujours dans l'attente,non patiente,de quelque chose qui devait lui arriver de l'extérieur, la fortune, le succès , comme si ,pour lui, l'âge des belles énergies ne fut pas dépassé.,
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